Troisième sketch : LE RETOUR DE JEAN d’Henri-Georges Clouzot (RETOUR A LA VIE, 1949) © René Chateau Vidéo

Tourné à la fin de l’année 1948, Le Retour à la vie est une authentique curiosité, une œuvre unique dans le cinéma français de l’après-guerre et qui a d’ailleurs suscité l’intérêt de plusieurs historiens attachés à l’étude de la représentation de la guerre et de ses séquelles au cinéma.

Le Retour à la vie est un film noir dont l’initiative revient au producteur Jacques Roitfeld, à qui l’on doit notamment Copie Conforme de Jean Dréville avec Louis Jouvet. Marqué par le retour à la liberté de milliers de soldats et de déportés entre 1944 et 1945, Jacques Roitfeld a été sensible au douloureux problème de leur réinsertion dans la vie civile par l’extrême difficulté de la reprise d’une activité normale.
En effet, en quatre ans d’absence, bien des choses avaient changé pour ces soldats ou ces civils, leurs conjoints les avaient parfois abandonnés, leurs familles s’étaient trouvées dispersées, leurs biens dilapidés et le retour du prisonnier parmi les siens s’était avéré bien plus difficile qu’ils n’avaient pu l’imaginer.
Cet épisode méconnu de l’immédiat d’après-guerre est au cœur de Retour à la vie par deux fois novateur. D’abord c’est la première fois dans le cinéma français qu’est évoquée la déportation, sujet alors tabou et pas seulement au cinéma. Ensuite d’un point de vue plus anecdotique, Retour à la vie est le premier long métrage français à sketches réalisés par différents cinéastes. Auparavant, chaque sketch était réalisé par un unique metteur en scène. Julien Duvivier en avait fait une de ses spécialités. Le producteur Jacques Roitfeld a donc réussi à convaincre une partie de la fine-fleur du cinéma français de partager l’affiche, ce qui n’était pas évident vu les différences de personnalité et des caractères des uns et des autres.

Avec Le Retour de Jean, le film retrouve son ton de départ, réalisé par Henri Georges Clouzot, le troisième sketch, est sans nul doute le plus dur de tous. Ancien prisonnier de guerre, Jean, interprété par Louis Jouvet traîne sa souffrance dans une pension de famille où les pires difficultés à renouer avec la vie communautaire. Il se tient délibérément à l’écart des autres pensionnaires qui ont tôt fait de le marginaliser. Un soir, il recueille dans sa chambre un tortionnaire allemand en fuite et grièvement blessé. Il le sauve des mains de la police, profite de la situation pour se lancer dans un interrogatoire sauvage afin de découvrir comment un homme en apparence ordinaire a bien pu devenir bourreau et finit par le tuer de ses propres mains. Fidèle à ses habitudes, Clouzot impose sa vision pessimiste de la nature humaine, il met en scène des personnages qui portent en eux le bien et le mal qui ne sont pas sans rappeler les protagonistes du Corbeau et de Quai des Orfèvres. Le personnage de Jean met en évidence ce que personne ne veut voir : la banalité du mal. Clouzot révèle la part d’ombre qui est en nous et porte une explication à la victoire du nazisme. Tout être ordinaire plongé dans une situation qui lui est favorable est parfaitement à même de devenir un salop. Comme l’écrira François Chalais : « Encore une fois c’est Clouzot le premier qui a le courage de poser de telles questions, qui a le courage de provoquer la réflexion des gens dans un sens où elle hésite d’ordinaire à avancer. » Ce sketch sera évidemment le moins bien reçu de la critique qui supporte mal que le cinéaste enfonce avec une évidente délectation des doigts rouillés dans une plaie purulente. Et tous, de condamner l’amoralisme du film et la dégénérescence où Clouzot semble se complaire.

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