UNDERCURRENT – Vincente Minnelli (1946)

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UNDERCURRENT (Lame de fond) – Vincente Minnelli (1946) – Katharine Hepburn

L’histoire : Ann Hamilton (Katharine Hepburn) mène une vie douillette avec son père qui est professeur (Edmund Gwenn ) jusqu’au jour où elle rencontre Alan Garroway (Robert Taylor), beau et plein de charme, à la tête d’une usine d’aviation. Ils tombent amoureux l’un de l’autre et se marient, mais Alan est en fait un homme perturbé psychologiquement et obsédé par un sentiment de haine à l’égard de son frère depuis longtemps disparu, Michael (Robert Mitchum). Alan prétend que Michael lui a fait de sales coups, professionnellement, puis a disparu. Ann découvre, petit à petit, une autre image de Michael, homme doux et sensible qui aurait peut-être été tué par son frère. Dévorée de curiosité, Ann se rend dans la maison de Michael et fait la connaissance du gardien, qui est en fait Michael en personne. Ce dernier va voir son frère craignant qu’il ne ruine la vie d’Ann. Si Michael a abandonné l’entreprise familiale c’est qu’il sait qu’Alan a tué un ingénieur qui travaillait pour lui afin de s’approprier ses idées, crime grâce auquel sa compagnie a acquis sa prospérité. Alan rassure Michael et lui affirme qu’il aime vraiment Ann mais lorsqu’il se rend compte qu’elle se détache de lui, il  tente de la tuer. Il meurt avant d’accomplir son dessein criminel, tué par le cheval de Michael. Ann avoue plus tard à Michael qu’elle a tout de suite su qui il était lors de leur première rencontre et qu’elle l’aime.

Le film Noir a permis à de grands metteurs en scène comme Lang, Ray, Preminger et Mann de créer leurs œuvres les plus imaginatives. Malheureusement, le seul film noir de Minnelli, compliqué et confus, manque de puissance malgré certaines qualités, défaut regrettable car on y trouve pourtant le style du metteur en scène. A peine sortie de son cocon familial, on voit l’héroïne entrer dans une réalité cauchemardesque – incarnée par son mari Alan – et chercher à s’en protéger en tombant amoureuse d’un rêve – personnifié par Michael. Katharine Hepburn maîtrise ici parfaitement son rôle mais la mise en scène pèche par complaisance et utilise des motifs d’un symbolisme trop évident comme celui du cheval de Michael ou des flammes vacillant dans la cheminée, apparaissant à chaque séquence-clé. Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)

Minnelli a d’ordinaire un style plus précis ; certaines scènes révèlent pourtant une certaine conscience de l’écriture noire : l’affrontement entre Alan et Michael, dans l’écurie, est par exemple souligné par le balancement d’une lampe. Le moment où Ann se retrouve seule dans un train la nuit est l’une des scènes les plus mémorables : ne pouvant s’endormir, son visage reflète des cauchemars qui trahissent à la fois ses fantasmes et la réalité. Curieusement, Minnelli qui sut si bien dépeindre la folie dans des films comme Madame Bovary, The Cobweb (La Toile d’araignée) et Lust for life (La vie passionnée de Vincent Van Gogh) paraît mal à l’aise avec le personnage d’Alan, peut-être parce que sa maladie relève plus d’un procédé narratif que d’une caractérisation réelle du personnage avec lequel le metteur en scène pourrait se sentir en sympathie. Pourtant, les sentiments infériorité et de persécution qui habitent Alan sont très caractéristiques du film Noir.

Curieusement, Minnelli s’est imposé dans The Band wagon (Tous en scène) avec un intermède musical, « Girl Hunt Ballet », qui en plus sur le film noir en dix minutes que Undercurrent en deux heures. Il s’agit d’une satire de la fiction policière qui place les éléments littéraires traditionnels du genre dans un contexte visuel exotique. Minnelli intègre une chorégraphie très inventive de Michael Kidd et une musique de jazz romantique, due à Arthur Schwartz, à un décor expressionniste de marches qui ne mènent nulle part et de labyrinthes : l’action se déroule sur plusieurs plans spatiaux. Les couleurs très vives, caractéristiques de Minnelli, permettent d’identifier les personnages archétypaux comme bons ou méchants, dangereux ou innocents. Fred Astaire joue et danse dans le rôle du détective Rod Riley sur un argument écrit par Minnelli lui-même ironisant avec esprit sur les clichés du Noir ; Cyd Charisse tient le rôle de deux femmes mystérieuses qui ne sont pas ce qu’elles prétendent être. Le détective, seul, la nuit « dans la ville qui dort… avec tous les rats dans leur trou » et la musique d’un trombone solitaire, est soudain dérangé par une blonde au visage d’ange qui vient lui demander son aide pour une sordide histoire de meurtre. Rod soupçonne une danseuse de cabaret aux allures fatales (une brune vêtue de rouge) mais, bien entendu, la blonde se révélera la meurtrière et la femme en rouge capable d’une loyauté et d’une fidélité insoupçonnées. « Je hais les tueurs, avait déjà prévenu Rod, et quand je hais c’est pour de bon» ; « les criminels doivent mourir » ajoute-t-il en tirant sur la blonde. Le détective et la sirène en rouge s’enfoncent dans la ville sombre et Rod de conclure : « C’était une femme dangereuse. Je n’aurais jamais pu avoir confiance en elle  mais c’était mon type. » Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)

Fiche technique du film

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