UN REVENANT – Christian-Jaque (1946)

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Gaby Morlay

Ce revenant qui, la quarantaine franchie, continue à hanter la mémoire, comment le conjurer ? Spectre à malices, il se drape dans un suaire aux changeantes couleurs. On croit le saisir et, léger, il s’esquive. Il ébouriffe, fait des pieds de nez, tire la langue. Au claquement des répliques, son drame bourgeois vire au vaudeville. Le vinaigre de la satire assaisonne la sauce policière. La comédie fuse dans le crépitement des mots d’auteur. Les comédiens rompus à ces brillants exercices triomphent dans la virtuosité. Le réalisateur, célèbre pour ses exercices de voltige, a freiné ses travellings et s’est borné à prêter l’oreille pour mettre en valeur un texte pince-sans-rire où parfois, les larmes affleurent. Le dialoguiste qui venait de fustiger les bourgeois coincés et couards de Boule de suif poudré, cette fois, de mélancolie à fleur de peau les échanges les plus cinglant, voire les plus sanglants. [Raymond Chirat – Vous êtes mon Lyon… – Un revenant (Christian-Jaque) – L’Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)]

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Jean Brochard

Un Revenant, c’est en fin de compte un film à la Jeanson. Oscillant entre la rafale des répliques brèves et barbelées et l’ampleur des morceaux de bravoure. Dialogues à l’emporte-tête, monologues au parfum tenace où perce parfois un soupçon de sentimentalisme, paraphe de la signature du dialoguiste. Il en va ainsi de la visite de Jean-Jacques à la chambre qui abrita ses défuntes amours, des adieux de Geneviève adressés du bout de sa lorgnette à l’honorable société locale, de la visite succulente de Tante Jeanne à celui qu’elle a connu jeune homme et qui, sans doute, l’a fait rêver. Performances d’acteurs qu’on oublie de nos jours, qui, pourtant, sont inoubliables et qui s’appellent Morlay, Moréno, Jouvet. Mais aussi Périer, Seigner, Brochard, messieurs et dames qui savaient ce que parler veut dire et jouaient la comédie de royale manière. Dans ce film où chacun, justement, se donne la comédie, leur triomphe est assuré. [Raymond Chirat – Vous êtes mon Lyon…- Un revenant (Christian-Jaque) – L’Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)]

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Ludmila Tcherina

L’histoire : Edmond Gonin (Louis Seigner), qui, toutes affaires cessantes, se hâte de rejoindre son beau-frère Jérôme Nizard (Jean Brochard), pour lui apprendre l’effarante nouvelle : Jean-Jacques Sauvage (Louis Jouvet) est revenu à Lyon. Bien mieux, le voici, sur les talons d’Edmond.
Autrefois, dans cette maison, une machination avait été ourdie contre lui, riche d’espérances mais pauvre matériellement, parce qu’il faisait la cour à Geneviève Nisard (Gaby Morlay). Le guet-apens préparé, Jean-Jacques tomba dans le piège et, voulant rejoindre Geneviève, fut proprement descendu d’un coup de feu par Jérôme qui avait pris, soit disant, le visiteur nocturne pour un cambrioleur. Pendant que le pauvre amoureux de débattait entre la vie et la mort, on pressa le mariage de Geneviève et d’Edmond. Guéri, Jean-Jacques Sauvage, n’avait plus qu’à s’effacer. Il s’exila…

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet

… Il revient dans sa ville natale, célèbre et adulé. Il dirige en effet une compagnie de ballet. Au théâtre se présente un jeune homme, désireux de lui proposer des maquettes de décors. C’est François Nisard (François Périer), le fils de Jérôme. Jean-Jacques agit rapidement. En même temps qu’il précipite François, émerveillé de sa bonne fortune, dans les bras de la danseuse étoile Karina (Ludmila Tcherina), il reconquiert le cœur de Geneviève, ravie de ses rendez-vous clandestins et de la vie de théâtre qu’elle découvre avec émerveillement. La première du spectacle sera mouvementée. François qui a compris qu’il n’était qu’une amourette passagère pour Karina essaie de se suicider en se précipitant des cintres sur la scène.
Paris attend Sauvage ; toujours ironique et amer, il retrouve sur le quai de la gare Perrache une Geneviève confiante. En quelques mots, il l’humilie, la renvoie à son destin de Madame Gonin. Et, tandis que le train s’ébranle, emmenant aussi le tendre François qu’il n’a pas voulu abandonner, le «revenant » voit disparaître les fantômes de son passé.

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Jean Brochard

« Il y a vingt ans, lorsque j’ai quitté cette ville, je manquais un peu de vraie gaieté… Et dans le train qui m’emportait, je me disais : « Tout de même, cette Geneviève, j’ai failli mourir pour elle… Et elle a fichu le camp avec ce cher Edmond… Elle aurait pu au moins m’écrire un mot, un petit mot, histoire  de me laisser quelque chose d’elle. Et j’imaginais votre lettre… Tenez, une lettre un peu comme celle-ci : « Mon amour. Te souviens-tu de cette chanson de Mozart que nous chantions quand nous étions heureux ? Nous la chantions souvent… Une bien belle chanson, un bien bel amour… » C’est sur cet air un peu mélancolique que nous penserons à nous désormais … car je t’ai quitté, mon amour (…) Ne te plains pas trop … Après tout, mieux vaut se souvenir sur du Mozart que sur du Meyerbeer … » JEAN-JACQUES

Les extraits
Les dialogues d’Henri Jeanson

Auteur, né à Paris en 1900, mort en Normandie en 1970, il fut journaliste à la dent dure, dialoguiste au cœur tendre, brillant créateur de comédies pour le Boulevard, de scénarios pour l’écran. C’était lui, Jeanson, le doux-amer qui parlait à l’emporte-pièce et faisant mouche des quatre fers, derrière Julien Duvivier (Pépé le MokoUn Carnet de bal, Au Royaume des cieuxLa Fête à Henriette) derrière Christian-Jaque (Boule de suifUn revenantFanfan-Ia-Tulipe) et encore Robert Siodmak (Mister Flow), Marc Allégret (Entrée des artistes), L’Herbier (La Nuit fantastique), Faurez (La Vie en rose), Decoin (Les Amoureux sont seuls au monde), j’en oublie. Mais oui, j’oublie « Atmosphère… »

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet

Dans ses «mots», il se mettait tout entier, capable – Françoise Giroud dixit – quand un mécontent lui bottait les fesses, d’enchaîner sans se retourner : « C’est du 43 ». On disait méchamment – on le redira pour Audiard – « le Prévert du pauvre » ; en fait, ce serait plutôt à Giraudoux qu’il fait penser, et jamais il n’a prétendu être un poète démiurge transfigurant les phrases de M. Tout-le-monde, seulement un anar atypique de gauche et de droite en même temps – pacifiste en 39, une position difficile à soutenir – dandy au gilet rouge fourvoyé chez les cuistres. Ce quichotte pouvait agacer, mais le ridicule n’était pas de son côté : plutôt en face. [Méandres lyonnais autour d’Un Revenant – Bernard Chardère – Un revenant (Christian-Jaque) – L’Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)]

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Gaby Morlay

François Périer est né le 10 novembre 1919 à Paris. Il fut longtemps le jeune premier «de caractère», romantique, mais dans la gentillesse et l’humour, timide, un brin cocasse, d’un cinéma français encore sous l’emprise du théâtre de boulevard. Il sut composer ses rôle en les déséquilibrant toujours un peu à sa façon adroite et personnelle, avec un temps d’hésitation entre la réalité d’une situation et l’interprétation mentale de cette réalité – jeu traditionnel et typique du comédien de vaudeville. Mais François Périer apportait toujours avec bonheur la «touche d’humanité» qui camoufle à merveille la mécanique d’un rire destiné à «avoir le spectateur au sentiment». Dans la pantomime, il eût été Pierrot enfariné. A l’écran, il prit la succession immédiate de René Lefèvre et de Noël-Noël – en succession plus lointaine d’Harry Langdon, avec un petit quelque chose des personnages au cœur tendre dessinés par Walt Disney.
Il a débuté très jeune. Élève de René Simon à quinze ans (de 1934 à 1937), jouant en amateur dans la troupe des «Compagnons du plateau», puis élève d’André Brunot pendant une année (1938-39) au Conservatoire de Paris, après avoir obtenu le Prix Réjane, en 1938 (mais aucune récompense au Conservatoire, ce qui fit une manière de scandale).

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Ludmila Tcherina, François Périer

La guerre venue, il avait déjà acquis une certaine notoriété en campant des petits rôles (dans La Chaleur du sein, de Jean Boyer ; L’Entraineuse, d’Albert Valentin ; Hôtel du Nord, de Marcel Carné, 1938 ; La Fin du jour, de Julien Duvivier ; Le Duel, de Pierre Fresnay). Mais sa carrière avait déjà pris, au théâtre, un bel élan. Sa chance au cinéma lui vint avec Premier bal, de Christian-Jaque, en 1941, où il donnait la réplique à deux jeunes comédiennes : Marie Déa et Gaby Sylvia. Il devint rapidement très populaire et joua d’affilée : Les Jours heureux (de Jean de Marguenat), d’après la pièce de Marc-Gilbert Sauvageon qui avait grandement contribué à le faire connaître ; Mariage d’amour, d’Henri Decoin ; Lettres d’amour, de Claude Autant-Lara (1942) ; Le Camion blanc, de Léo Joannon ; et diverses autres comédies d’inspiration en général facile. Il fut le poète funambulesque de Sylvie et le fantôme (Claude Autant-Lara, 1946) et enfin le jeune bourgeois amoureux d’une danseuse dans Un Revenant (Christian-Jaque, 1946 – peut-être, dans son emploi ordinaire, son meilleur rôle, en tout cas, l’un des mieux écrits pour mettre en valeur la souplesse de son talent).

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – François Périer

 

Ludmilla Tcherina est une danseuse et actrice française née le 10 octobre 1925 à Paris. Une première carrière de danseuse fait d’elle la danseuse étoile des Ballets de Monte-Carlo, puis l’interprète favorite de Serge Lifar (autour de 1942), mais elle veut être aussi comédienne. Sans abandonner la danse classique, elle joue un des principaux rôles féminin d’Un Revenant, le film de Christian-Jaque et Henri Jeanson, avec Louis Jouvet et François Périer, en 1946. Elle s’y montre fort adroite et fort belle. On ne la reverra guère que dans des rôles où il est fait appel à son double talent de danseuse et de comédienne. Citons les principaux (sur une quinzaine) : d’abord The Red shoes (Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, 1947) ; Fandango (d’Emil-Edwin Reinert, 1948) ; La Nuit s’achève (Pierre Méré, 1949) ; La belle que voila (Jean-Paul Le Chanois, 1949) ; Les Contes d’Hoffmann (Powell et Pressburger, 1950) ; Le Signe du Païen (Douglas Sirk, 1954) ; Les Amants de Teruel (Raymond Rouleau, 1962).

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Ludmila Tcherina, François Périer

Jean Brochard est né à Nantes le 12 mars 1893, mort dans la même ville le 19 juin 1972. Il remporta le premier prix de comédie et le premier prix de flûte du conservatoire de sa ville natale. Ses débuts parisiens au théâtre datent de 1918, ses débuts au cinéma de 1932, mais il a fait aussi divers métiers : typographe et musicien, métallurgiste, docker et cafetier. Un recueil de poèmes (1936). Ce comédien sobre et nuancé a joué dans bien plus de cent films, sans acquérir vraiment la réputation que sa qualité de présence méritait, un peu comme si les producteurs et réalisateurs avaient vu en lui un indispensable acteur de composition ou de contrepoint, sans grand souci de le révéler dans la vérité de ses dons personnels.

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Jean Brochard

Parallèlement, il a fait une attachante carrière théâtrale, mais c’est peut-être à la télévision, dans les beaux récits insolites de Bernard Hecht (« Les Compagnons du  Demi Deuil », etc.) qu’il a trouvé ses plus mémorables rôles.
Sur une cinquantaine de films tournés depuis 1932 (Il a été perdu une mariée, de Léo Joannon), on se souvient surtout de Jean Brochard dans : Boubouroche, d’André Hugon, avec Madeleine Renaud et André Berley (1933) ; Ramuntcho, de René Barberis, avec Louis Jouvet (1937) ; le «remake» de Forfaiture par Marcel L’Herbier (1937) ; Paradis perdu, d’Abel Gance (1938) ; La Loi du nord, de Jacques Feyder (1939) ; L’Enfer des anges, de Christian-Jaque, et Pièges, de Robert Siodmak (la même année 1939) ; Miquette, de Jean Boyer (1940) ; Premier bal, de Christian-Jaque (1941) ; Le Corbeau, d’Henri-Georges Clouzot (1943) ; Boule de Suif, de Christian-Jaque (1945) ; Jéricho, d’Henri Calef (1945) ; Un Revenant, de Christian-Jaque (1946) ; Les Chouans, d’Henri Calef (1946) ; Dieu a besoin des hommes, de Jean Delannoy (1950) ; Knock, de Guy Lefranc, avec Louis Jouvet (1950) ; I Vitelloni, de F. Fellini (1953) ; Les Diaboliques, d’Henri-Georges Clouzot (1954) ; Rafles sur la ville de Pierre Chenal (1958).

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Jean Brochard
CHRISTIAN-JAQUE

Auteur, et d’abord parce qu’il est inscrit comme tel au générique, aux côtés de Jeanson et de Chavance. Avec Jeanson, il a travaillé pour Carmen en 1942, puis les noirs Boule de suif et Un revenant, mais encore… pour Souvenirs perdus (1950), Barbe-Bleue (1951), Fanfan-la-Tulipe (1951), Destinées (1953), Madame du Barry (1954), Nana (1954), Nathalie (1957), Madame Sans-Gêne (1961), Les Bonnes causes (1962), La Tulipe noire (1963), Le Repas des fauves (1964), Le Saint prend l’affût (1966).
Vocation, le cinéma est aussi une profession… Et il fallait bien en laisser à Charles Spaak, à Jacques Prévert, à Pierre Véry, à Jean Ferry, qui furent tous, aussi, des raconteurs d’histoires et des inventeurs de phrases pour ce diable d’homme qui fait du cinéma depuis le parlant et vient à peine de poser sa visière.

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Ludmila Tcherina, François Périer

Journaliste, décorateur, assistant à la fin du muet, Christian-Jaque commença par adapter des vaudevilles, par diriger aussi volontiers Fernandel à la Légion ou sous François 1er que Sacha Guitry dans Les Perles de la couronne… Il gagne ses galons avec trois titres où la poésie croise tantôt la fantaisie, tantôt la noirceur : Les Disparus de Saint-AgilL’Assassinat du Père NoëlSortilèges.
«J’ai un style propre à chaque sujet, donc je n’ai pas de style et je m’en flatte. En outre, comme j’ai été nourri à l’Ecole des Beaux-Arts, où l’on n’est jamais pris au sérieux, ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer.» Bien. Saluons donc l’entrain de La Symphonie fantastique, l’intelligence de La Chartreuse de Parme, l’allégresse de Fanfan-la-Tulipe, et passons-en beaucoup. Peut-être fera-t-on dans le lot des redécouvertes ? Le Repas des fauves ?
Un cinéaste à l’américaine, ne passant de message que si c’est écrit dans son contrat. Le plus étonnant, c’est de savoir le faire, sur demande aussi bien qu’il peut le faire.
[Méandres lyonnais autour d’Un Revenant – Bernard Chardère – Un revenant (Christian-Jaque) – L’Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)]

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet
Les images et les mots

« Qu’il observe la ville aux pentes de Fourvière, qu’il découvre le charme triste des quais et les arbres de Bellecour, qu’il se réfugie dans un bureau de soyeux, qu’il évolue dans un salon désuet, pompeux et rengorgé, qu’il brosse à grands traits la soirée de gala en province, ou qu’il ponctue le déroulement tragique du ballet, il est constamment juste et arrive, à force de résonances feutrées, à tirer des accents d’une poésie frileuse et à la limite du désespoir. Ce film, si contraire somme toute à son tempérament, par son désenchantement et sa misogynie. Il l’a admirablement conduit » dit encore Raymond Chirat. Jouvet marche dans une ville-souvenir qui ressemble à ses photographies par Demilly, avec des «bas-ports » pour promenades d’amoureux : Christian-Jaque a vraiment ancré l’œuvre au décor, au paysage-état d’âme.

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet

Mais le film garde un rythme rapide, et son dialogue à effets est plus serré qu’il n’y paraît. Les fameux «mots» ne font pas points d’orgue dans l’action (« C’est une ville comme tout le monde… La preuve que c’est une ville épatante, c’est que les peintres lyonnais ne quittent jamais Lyon»), qu’il s’agisse d’un gag personnel (« Oh bonjour ! Je vous présente le Général Prévert ») ou de ces répliques que cisèle Jouvet, étonnant de rancœur machiavélique (« Mon amour, virgule, il la ligne…»)

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Ludmila Tcherina, François Périer

François Périer rend sensible un rôle de convention, et Gaby Morlay sait dire : « J’ai partagé sa vie ; il n’a rien eu de la mienne» ou «Toutes ces petites fourmis lyonnaises, c’est rigolo n’est-ce pas ?» Mais c’est Marguerite Moreno, plus Ainay que nature – la version non-conformiste existe aussi – qui « emballe » le film, dans un monologue étourdissant où Jouvet lui « sert la soupe » par des gros plans silencieux, tandis qu’elle le félicite d’être « toujours aussi spirituel… aussi paradoxal… aussi intelligent… parfait ». Une scène qui aura sa place place dans l’anthologie internationale des meilleures séquences, dès que les critiques cesseront de classer les cinéastes, en retrouvant dans leur chapeau le lapin-auteur qu’ils y ont mis, et voudront bien regarder les films un par un, dès que les professeurs en Sorbonne n’utiliseront plus pour « les Renoir de la fin » d’autres critères que pour « les Corneille de la fin »…

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, Ludmila Tcherina

Si le style de Christian-Jaque n’est pas «  »de l’homme même », il est en tout cas celui qui convient à son sujet. A son époque aussi. Au cadre choisi pour le mettre en valeur. Un Revenant a gagné, avec le temps, une patine d’époque qui le fait apparaître aujourd’hui moins brillant, moins extérieur : plus profond, pour tout dire. La description critique a pris le pas sur les mots (d’auteur). [Méandres lyonnais autour d’Un Revenant – Bernard Chardère – Un revenant (Christian-Jaque) – L’Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)]

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet

 

Revue de presse

« .. Jouvet pour lequel Jeanson a écrit un dialogue claquant et syncopé qui donne contInuellement l’impression au spectateur que l’artiste invente les répliques avec ses mots à lui. Film soigné et drolatique en surface, mais gonflé intérieurement d’un pessimisme pénétrant, d’une espèce de tristesse sans illusion bien en accord avec la couleur de l’air lyonnais. » Jean-Jacques Gautier (Le Figaro)

« Ici, pour une fois, un auteur a eu de l’humour, de la poésie, car l’humour est de la poésie et n’est que cela. M. Jeanson a gagné brillamment sa partie. Et le public ne cesse de lui donner raison. Il faut le remercier d’avoir ainsi sonné le glas du dialogue pour concierge. » Hervé Lauwick (Noir et Blanc)

« Le dialogue abondant, drôle, parfois irritant aux oreilles bourgeoises n’est jamais lassant. Jeanson donne là une démonstration éclatante de sa théorie : puisque le cinéma est parlant qu’il parle. » Bernard Zimmer (la Bataille)

« Le film est satirique et acide. Le scénario d’Henri Jeanson et ses dialogues sont féroces. On lui a reproché d’avoir de l’esprit. Souhaitons que tous les dialoguistes en aient autant. Et de cette qualité. » Armand Mace (Résistance)

« Les dialogues de Jeanson nous enchantent. Esprit, férocité, humanité, vivacité s’y conjuguent avec tant de spontanéité, de naturel, un tel mépris des poncifs littéraires que les acteurs ont l’air d’improviser. » Pierre Lagarde (Résistance) 

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UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet
Fiche technique du film
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