La Comédie musicale

ONE HOUR WITH YOU (Une Heure près de toi) – Ernst Lubitsch (1932)

One hour with you est un parfait exemple de la manière dont Hollywood s’est longtemps amusé à représenter Paris : une cité où chacun consacre la majeure partie de son temps à l’amour, de préférence adultère. Avec son ironie habituelle, Lubitsch nous fait assister ici à un chassé-croisé amoureux que n’aurait pas renié Marivaux, et encore moins Labiche. Le cinéaste multiplie d’ailleurs les clins d’œil au théâtre : ses héros s’expriment parfois en vers, et il leur arrive de s’adresser directement au public. Mais bien sûr, ce qui l’intéresse surtout, c’est encore et toujours la tentation de la chair. 

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

One hour with you fourmille d’allusions à peine voilées aux désirs de chaque protagoniste (si l’on y regarde bien, même les soubrettes ont ici une vie amoureuse, et un domestique peut dire à son maître qu’il avait « tellement envie de le voir en collants »). Certains journaux déconseilleront donc de programmer un tel film dans les petites villes, en particulier le dimanche… Mais ces précautions ne seront bientôt plus nécessaires : le code Hays se verra en effet renforce en 1934, et les « audaces » d’un film comme One hour with you disparaitront pendant trente ans du cinéma hollywoodien. 

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Au commencement était une pièce allemande, Nur ein Traum, écrite en 1909 par Lothar Schmidt. Après s’en être inspiré pour livrer en 1924 son deuxième film américain, ComédiennesLubitsch décide de repartir du même matériau pour One hour with you, dont la préparation est lancée par la Paramount à la fin de l’année 1931.

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Le cinéaste confie l’écriture du scénario à celui qui est en passe de devenir son collaborateur attitré, le dramaturge Samson Raphaelson : ce dernier vient en effet de livrer coup sur coup le script des films The Smiling Lieutenant (Le Lieutenant souriant) et Broken Lullaby (L’Homme que j’ai tué), et il enchaînera directement avec celui de Trouble in Paradise (Haute pègre). Mécontent de la première version proposée par Raphaelson, Lubitsch lui demande de la retravailler selon ses suggestions – s’il se voit rarement crédité comme scénariste, ce maître de la comédie n’en participe pas moins à l’écriture de tous ses films, ce qui leur donne leur style immédiatement reconnaissable.

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Le projet de One hour with you permet à Lubitsch de réunir le couple vedette de sa toute première comédie musicale, The Love Parade (Parade d’amour), tournée en 1929 : Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald. Le cinéaste a eu l’occasion de diriger entre-temps le premier dans The Smiling Lieutenant et Paramount on parade, et la seconde dans Monte-Carlo, et il souhaitait en faire à nouveau les héros d’un même film – contre l’avis de l’acteur qui, dit-on, aurait préféré avoir pour partenaire Kay Francis, pour des raisons jugées un peu trop « personnelles » par Lubitsch

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Le film étant tourné en double version, américaine et française (une pratique courante au début du parlant, quand la technique du doublage ne s’était pas encore imposée), Maurice Chevalier et Jeanette MacDonald jouent alternativement dans les deux langues. En revanche, le reste du casting diffère d’une version à l’autre : Genevieve Tobin et Charles Ruggles incarnent Mitzi et Adolph dans la version destinée au public américain, tandis que Lili Damita et Pierre Etchepare tiennent ces rôles en français. Il ne subsiste malheureusement aujourd’hui aucune copie de la version française de One hour with you, mais les historiens du cinéma espèrent qu’elle resurgira un jour… 

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Un autre mystère entourant le film est la part réellement prise par George Cukor dans sa réalisation. Il semble que, retenu sur le tournage difficile de Broken LullabyLubitsch ait d’abord souhaité lui confier la mise en scène de One hour with youi, lui-même se contentant de superviser le projet. Agé de 31 ans et déjà auteur de deux longs métrages, Cukor entame donc les prises de vues, mais doit bientôt laisser son aîné reprendre les rênes. Pour quelle raison ? Certains invoquent de mauvaises relations entre Cukor et Maurice Chevalier, mais à en croire Samson Raphaelson, les premières scènes dirigées par le jeune réalisateur ne correspondaient pas du tout au style léger du scénario, et Lubitsch a décidé de rectifier le tir.

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Quoi qu’il en soit, la paternité du film va donner lieu de part et d’autre à des menaces de procès, et la Paramount finit par régler l’affaire en créditant Cukor comme « dialogue director », et en le libérant de son contrat afin qu’il puisse aller tourner pour la RKO le bien nommé What Price Hollywood ?.. Peu intéressés par ces conflits, les spectateurs de 1932 se contenteront quant à eux d’apprécier le charme de ce marivaudage musical, qui se verra nommé à l’Oscar du meilleur film… 

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

On l’aura compris, One hour with you est un film difficile à apprécier. Seul, parmi les cinq opérettes, à se dérouler dans un contexte moderne, il se situe dans une zone confuse, quelque part entre le music-hall et la comédie de mœurs. En costume de ville, s’adressant au public et chantant « Oh, that Mitzi ! », Chevalier est plus proche qu’il ne l’a jamais été d’un numéro de cabaret ; Chevalier encore, ainsi que Roland Young, dressent de temps à autre des bilans de l’action qui mettent à nu implacablement les ressorts du vaudeville. Les couplets rimés qu’échangent Mitzi et Colette hésitent entre répliques et chansons…

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Tout cela sur un fond d’intrigue très fidèle à The Marriage Circle (Comédiennes) – fidèle pour la lettre, s’entend, car l’esprit, lui, est très différent. Le parlant réduit l’ambiguïté possible seulement dans le silence ; conscients de cela, Lubitsch et Raphaelson placent tout le charme du film dans des dialogues travaillés à la perfection, du point de vue tant du sens que des sonorités, ce qui provoque une confusion de plus entre partie chantée et parlée. Qu’on se rappelle les « Mitzi, Kitzi, Bitzi » et autres « I can tie a tie and how ! »  – le fait de nouer et dénouer une cravate étant donné comme une métaphore de l’acte sexuel. [Jacqueline Nacache – Lubitsch – Ed. Edilig (1987]

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Et puis, il y a des bizarreries hilarantes, mais inexplicables, qui font encore de One hour with you un mouton à cinq pattes. Ainsi le commentaire loufoque que fait Chevalier de trois photos censées « prouver » qu’il est marié ; le personnage de Charlie Ruggles, amoureux transi et non moins mufle, et ses étranges rapports avec son valet. « Pourquoi m’avez-vous dit que la soirée était costumée ? », lui demande Ruggles, vêtu d’une inutile défroque de Roméo. « Monsieur, répond le valet, j’avais tant envie de vous voir en collants ! » Grâce à Young et Ruggles surtout, on frôle les précipices de l’absurde ; et l’on retombe sur ses pieds, le temps d’une limpide et superbe séquence comme celle de la lampe éteinte et rallumée, ou la danse sur la chanson « One Hour with you ». [Jacqueline Nacache – Lubitsch – Ed. Edilig (1987]

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)

Cet objet non identifié qu’est One hour with you n’a pas démesurément intrigué les commentateurs. Il faut admettre que le film fonctionne très bien si l’on n’y prend que la comédie conjugale, ou les dialogues désopilants, ou le cabotinage d’un Chevalier dont la tâche est facilitée par une Jeanette MacDonald singulièrement éteinte. Il n’en reste pas moins une œuvre hybride, où le genre de l’opérette est sans cesse convoqué et sans cesse rejeté, dans un double mouvement qui ne peut marquer qu’une large aspiration à la nouveauté. [Jacqueline Nacache – Lubitsch – Ed. Edilig (1987]

ONE HOUR WITH YOU – Ernst Lubitsch (1932)
L’histoire

Le Dr André Bertier (Maurice Chevalier) vit en couple heureux avec Colette (Jeanette MacDonald). Mais leur mariage va être mis à mal par l’arrivée de la meilleure amie de Colette, Mitzi Olivier (Genevieve Tobin) qui s’efforcera d’être aimée d’André, tout en faisant croire à Colette que celui-ci est amoureux d’une certaine Martel (Josephine Dunn). Colette, lors d’un bal voit à plusieurs reprises son mari en compagnie de cette Martel et soupçonne qu’il la trompe. André la trompe, en effet, mais avec Mitzi. Le mari de celle-ci, le professeur Olivier (Roland Young) apprend l’histoire via ses détectives et décide de divorcer appelant le docteur Berthier comme témoin, ce qui le forcerait d’avouer son infidélité publiquement. De son côté, Colette essaie de se consoler en acceptant la déclaration d’amour d’un de ses amis, Adolph (Charles Ruggles). Finalement, l’élément perturbateur Mitzi repartant à Lausanne, André et Colette reprennent leur vie tranquille et amoureuse.

Les extraits

ERNST LUBITSCH : CRÉATEUR DE STYLE
Ernst Lubitsch est l’un des grands stylistes du cinéma américain. Sa renommée internationale, il la doit à ce que l’on a depuis baptisée la « Lubitsch’s touch », un style brillant où se mêlent l’allusion subtile, l’élégance et le brio des dialogues et de la mise en scène, la satire ironique. et légère des faiblesses de la société, plus spécialement dans les rapports entre hommes et femmes.

THE SHOP AROUND THE CORNER (Rendez-vous) – Ernst Lubitsch (1940)
En 1939, Lubitsch parlait de la nécessité de faire des films en rapport avec  » le monde réel ». En 1940, il tourne sur quatre semaines et avec moins de 500 000 dollars The Shop around the corner, dont il dira : « Pour la comédie humaine, je n’ai rien produit d’aussi bon…  Je n’ai jamais fait non plus un film dans lequel l’atmosphère et les personnages étaient plus vrais que dans celui-ci » 

CLUNY BROWN (La Folle ingénue) – Ernst Lubitsch (1946)
A la fin de l’année 1945, Lubitsch, qui avait rencontré de graves problèmes de santé, est autorisé par son médecin à reprendre son poste derrière la caméra. Cluny Brown (La Folle ingénue) est adapté d’un roman populaire à succès de Margery Sharp – source qui n’a rien de commun avec les pièces hongroises dont Lubitsch est friand.

ANGEL (Ange) – Ernst Lubitsch (1937)
Dans une maison de rendez-vous parisienne, Anthony Halton rencontre une très belle et mystérieuse jeune femme, qui s’enfuit à la fin de la soirée. Plus tard, à Londres, il retrouve l’inconnue sous les traits de la respectable lady Maria Barker, épouse de lord Barker, homme politique très occupé. Maria est sur le point de suivre Anthony pour toujours ; mais lord Barker apprend la vérité et survient à temps pour persuader sa femme de revenir près de lui…

THAT LADY IN HERMINE (La Dame au manteau d’hermine) – Ernst Lubitsch (1948)
Dernier projet d’Ernst Lubitsch, ce film de 1948 réunit la star Betty Grable et le séducteur Douglas Fairbanks Jr dans une romance musicale où l’humour le dispute sans cesse au merveilleux.


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