La Comédie musicale

ZIEGFELD GIRL (La Danseuse des Folies Ziegfeld) – Robert Z. Leonard (1941)

Ce n’est pas une comédie musicale au sens propre ; c’est un film d’amour(s) qui plante son décor dans l’univers étincelant mais impitoyable du music-hall. Trois grâces sont engagées comme girls par le tout-puissant imprésario Florenz Ziegfeld. Du jour au lendemain, ces étoiles (d’un jour ?) voient leur vie et leurs amours bouleversées par le mirage de la célébrité. Bien sûr, le film est ponctué de ballets, mais ce n’est pas ce que l’on retiendra : hormis les numéros chantés et dansés par Judy Garland, qui n’ont pas vieilli, les « pièces montées » de girls florales et satinées de Busby Berkeley ont un petit parfum suranné. [Guillemette Odicino – Télérama]

Si cet itinéraire de trois filles gâtées est passionnant, c’est que l’on y parle d’amour, contrarié, aveuglé, soluble dans le champagne et le luxe. Celui de l’humble camionneur, qui se fera dur à cuire pour oublier sa « gosse » infidèle. Celui, éternel, d’une femme pour son mari, jaloux qu’elle s’exhibe. Celui d’une enfant de la balle pour son vieil artiste de père. Cette ronde des sentiments, bavarde et spirituelle, dénonce avec subtilité la mécanique du spectacle qui broie les faibles mais révèle les vrais talents (goûtez l’insolence de la fin où il est question d’élevage de volailles…). James Stewart émeut comme dans les meilleurs Capra ; Judy Garland a tous les talents ; il suffit à Hedy Lamarr d’être belle à tomber ; enfin, Lana Turner force l’admiration, en garce au petit cœur noyé sous le strass. Dans ce superbe rôle de femme fatale à elle-même, elle exécute sa dernière descente d’escalier en grande tragédienne de Hollywood. [Guillemette Odicino – Télérama]

Cinq ans après Le Grand Ziegfeld, Ziegfeld Girl voit la Metro-Goldwyn-Mayer rendre à nouveau hommage au plus célèbre des entrepreneurs de spectacles américains. Le film aurait dû être tourné en 1938 avec Joan Crawford, Eleanor Powell, Virginia Bruce, Walter Pidgeon et Margaret Sullavan. La mort de W. Anthony McGuire retarda le projet dont la distribution fut totalement modifiée. Réalisateur du Grand Ziegfeld, Robert Z. Leonard est chargé de la mise en scène du film dont le producteur est Pandro S. Berman, l’ancien producteur de Fred Astaire et Ginger Rogers, désormais à la M.G.M. Contrairement au Grand Ziegfeld dont Florenz Ziegfeld était la vedette, ce dernier n’apparaît pas ici, même si son influence, ses goûts et son imagination sont constamment présents. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de La Martinière (1993)]

Le film ne se contente pourtant pas d’être un brillant hommage à l’extravagance et à l’originalité de Ziegfeld ; le scénario est en fait celui d’un superbe et tragique mélodrame. L’admirable scène de la rencontre de Mrs. Merton et de Sandra, l’une et l’autre éprises du même homme, est un moment bouleversant et il est difficile de ne pas être fasciné par le personnage de Sheila. Jeune employée d’ascenseur promue Ziegfeld Girl, Sheila est victime d’un monde frivole et trop facile. Elle sombre dans l’alcoolisme, se fait battre par un boxeur agressif et meurt en descendant – pour la dernière fois de sa vie – un escalier comme une star de Ziegfeld au son de « You stepped out of a Dream ». C’est l’une des plus belles scènes du film, un pur morceau de mélodrame qui s’achève par la chute de Sheila au pied de l’escalier. Contrairement à Sandra, qui préfère finalement le bonheur avec l’homme qu’elle aime à la célébrité, et à Sheila, trop vite grisée, Susan Gallagher, qu’interprète Judy Garland, demeurera une Ziegfeld Girl, chantant ici l’un de ses airs les plus entraînants, « Minnie from Trinidad ». [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de La Martinière (1993)]

Robert Z. Leonard a donc assuré la mise en scène purement dramatique du film, Busby Berkeley ayant la charge des numéros musicaux où, selon la tradition, se mêlent des girls vêtues des costumes les plus ahurissants à des décors tout aussi surprenants. En dehors de quelques discrets réemplois de The Great Ziegfeld, les numéros musicaux servent celle-ci à mettre en valeur Judy Garland, splendide, Hedy Lamarr et – surtout – Lana Turner ayant la responsabilité des moments essentiellement dramatiques du film. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de La Martinière (1993)]

L’histoire

Sheila Regan (Lana Turner), qui est demoiselle d’ascenseur et aime Gilbert Young (James Stewart), Susan Gallagher (Judy Garland), dont le père est un vétéran du music-hall, et Sandra Kolter (Hedy Lamarr), qui a pour mari Frank (Tony Martin), un violoniste, sont engagées pour devenir des Ziegfeld Girls. Gilbert devient jaloux et demande à Sheila de l’épouser mais la jeune femme préfère sortir avec le riche Geoffrey Collis (Ian Hunter). Elle vit désormais dans le luxe. Gilbert la quitte et se met au service du gangster Nick Capalini. Sheila boit de plus en plus et Geoffrey Collis renonce à la demander en mariage. Sandra est troublée par la visite de Mrs. Merton dont le mari, Franz, est devenu son amant. Sheila apparaît, ivre, sur scène et est renvoyée. Sandra retrouve son mari, Franz, qui lui avait autrefois demandé de choisir entre la scène et lui. Le spectacle est un triomphe. Sandra quitte les Follies pour vivre avec son mari. Sheila meurt, usée et brisée, alors que Susan, resplendissante, est l’une des nouvelles stars des Ziegfeld Follies.

Programme musical
You Stepped out of a Dream
Music by Nacio Herb Brown
Lyrics by Gus Kahn
Sung by Tony Martin and chorus in a Zeigfeld Follies number
Minnie from Trinidad
Written by Roger Edens
Sung and Danced to by Judy Garland and chorus, and danced to by Sergio Orta
Mr. Gallagher and Mr. Shean
Written by Edward Gallagher and Al Shean
Sung by Charles Winninger and Al Shean in a Ziegfeld Follies show
Ziegfeld Girls
Written by Roger Edens
Sung by Judy Garland and chorus, with solo lines by Dorothy Hoyle, Christine Stafford,
Rose Paidar, Betty Allen, Virginia Rees and Helen Patterson in the finale
You Gotta Pull Strings
Music by Walter Donaldson
Lyrics by Harold Adamson
Sung by Judy Garland and chorus
You Stepped out of a Dream
Music by Nacio Herb Brown
Lyrics by Gus Kahn
Tony Martin and chorus
You Never Looked So Beautiful
Music by Walter Donaldson
Lyrics by Harold Adamson
Sung by Judy Garland and chorus

ZIEGFELD FOLLIES – Vincente Minnelli (1945)
Dans un paradis de coton et de marbre, Florenz Ziegfeld se remémore ses souvenirs terrestres. Il fut un très célèbre directeur de revue à Broadway. Un à un, ses numéros défilent dans sa mémoire. Ne vous laissez pas effrayer par les automates mal dégrossis qui ouvrent le film. Dans un Broadway cartonné façon école maternelle, Vincente Minnelli commence par évoquer la pré-histoire de la comédie musicale, avec toute sa mièvrerie archaïque.


LANA TURNER
Sept maris, un père bootlegger assassiné en pleine rue, un amant gangster poignardé par sa propre fille Cheryl : la vie de Lana Turner n’a pas été de tout repos ! Mais ce magnifique symbole du sex-appeal hollywoodien a su révéler une troublante sensibilité sous l’écorce soigneusement entretenue du glamour.

JUDY GARLAND
Judy Garland à l’instar d’un James Dean ou d’une Marilyn Monroe, est entrée trop tôt dans la légende du cinéma. Personnalité fragile et dépressive, elle n a pas pu surmonter les profondes crises qui entraînèrent sa fin prématurée. Par sa carrière exceptionnelle commencée dès sa plus tendre enfance aussi bien que par sa mort précoce, à quarante-sept ans à peine, Judy Garland est devenue un mythe du monde du spectacle. Perfectionniste et tourmentée, elle fut la victime de son propre succès, payant de sa santé et, pour finir, de sa vie l’adulation qu’elle suscita. Sans la moindre pitié. elle fut, toute sa vie durant, jetée en pâture au public avide de tout savoir sur elle.

BUSBY BERKELEY : DES LÉGIONS DE DANSEUSES
Produits d’une imagination débridée, les extravagantes et colossales mises en scène dansées de Busby Berkeley font à jamais partie du grand rêve hollywoodien des années 30. Seuls quelques esprits chagrins crièrent au mauvais goût devant les ballets de Berkeley. Le comble du ridicule semblant être atteint, selon eux, par les monuments d’extravagance potagère et fruitière que Carmen Miranda arbore en guise de bibi dans The Gang’ s all Here (Banana Split, 1943). Mais Busby Berkeley se moquait bien du bon… ou du mauvais goût !


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