Tout commence avec une émission née sur FR3 en 1976, Le Cinéma de minuit. Une fenêtre ouverte au cœur de la nuit, discrète, presque clandestine, qui offrait au public des films rares, muets, en version originale, des œuvres fragiles que l’on ne voyait nulle part ailleurs. Grâce à son approche documentaire et à une programmation d’une exigence rare, elle a permis à tant de films menacés d’oubli de retrouver une place, une voix, une lumière. Pour beaucoup d’entre nous, elle a été une école de patience, de curiosité, de découverte — une véritable initiation à la cinéphilie. Et pour moi, l’aventure avec le Cinéma de minuit a commencé avec un film d’Ernst Lubitsch : The Shop Around the Corner (1940). Un film d’une délicatesse presque miraculeuse, où chaque geste, chaque regard, chaque silence porte la signature invisible du fameux « Lubitsch touch ». Une comédie qui parle d’amour avec une pudeur infinie, d’humanité avec une douceur qui désarme. Ce film, je l’ai vu pour la première fois grâce au Cinéma de minuit. Je l’ai enregistré fébrilement sur une cassette VHS, comme si je capturais un trésor dont je ne savais pas encore qu’il allait m’accompagner depuis toutes ces années. C’était le 21 décembre 1986. Je me souviens l’obscurité de la pièce, du silence de la maison endormie, du magnétoscope qui cliquetait doucement. Et puis James Stewart et Margaret Sullavan, leurs voix, leurs hésitations, leurs lettres échangées sans savoir qu’ils s’aimaient déjà. Ce soir-là, j’ai définitivement compris que le cinéma pouvait être un refuge, une émotion pure, un monde où l’on entre sans frapper. Aujourd’hui encore, quand je repense au Cinéma de minuit, c’est ce film qui revient en premier. Comme un point de départ. Comme une porte entrouverte sur une passion qui ne m’a jamais quitté.
Que 2026 vous offre des moments habités par ces films, comme autant de rendez‑vous secrets avec l’histoire du cinéma. Puissent vos pas de cinéphile vous mener encore vers ces œuvres que l’on découvre, redécouvre et transmet, dans la lumière fidèle du Cinéma de minuit.