JUDY GARLAND

Judy Garland à l’instar d’un James Dean ou d’une Marilyn Monroe, est entrée trop tôt dans la légende du cinéma. Personnalité fragile et dépressive, elle n a pas pu surmonter les profondes crises qui entraînèrent sa fin prématurée.

Par sa carrière exceptionnelle commencée dès sa plus tendre enfance aussi bien que par sa mort précoce, à quarante-sept ans à peine, Judy Garland est devenue un mythe du monde du spectacle. Perfectionniste et tourmentée, elle fut la victime de son propre succès, payant de sa santé et, pour finir, de sa vie l’adulation qu’elle suscita. Sans la moindre pitié. elle fut, toute sa vie durant, jetée en pâture au public avide de tout savoir sur elle.

Un talent précoce

Judy Garland, de son vrai nom Frances Gumm, naquit à Grand Rapids, dans le Minnesota, le 10 juin 1922. Ses parents, Frank et Ethel Gumm, avaient été acteurs de variétés avant de devenir exploitants d’une salle de cinéma. C’est peut-être pour réaliser, à travers ses enfants, ses ambitions déçues que la mère de Judy organisa avec ses deux filles aînées un spectacle qui servait d’attraction entre les deux films au programme. Comme le veut la légende, Baby Gumm (c’est ainsi qu’on avait baptisé Frances, la plus jeune et la plus choyée des enfants) débuta à l’âge de trois ans, soulevant l’enthousiasme du public par son interprétation de « Jingle Bells ». A onze ans, Baby Gumm changea de nom. Les deux sœurs, en effet, engagées pour un spectacle à Chicago, se laissèrent convaincre par le présentateur George Jessel d’adopter le nom de Garland qui, selon lui, sonnait beaucoup mieux que Gumm. Un peu plus tard, Frances adopta le prénom de « Judy », emprunté à une chanson à succès de Hoagy Carmichael.

Pour faire entrer ses filles dans le monde du cinéma, Mme Gumm n’avait pas ménagé sa peine. Pourtant, en 1929, tout ce qu’elle avait pu obtenir, c était de les voir apparaître dans un court métrage intitulé : The Old Lady and the Shoe.

L’engagement à la MGM

En 1934, cependant, Judy Garland avait été pourvue d’un agent, Al Rosen, et comptait un admirateur, au moins, au sein de la MGM, en la personne de Joseph Mankiewicz. L’un et l’autre réussirent à lui obtenir une audition. Judy fut paraît-il convoquée séance tenante et il n’est pas douteux que cette invitation impromptue stimula la vivacité et la spontanéité de la petite fille. Elle frappa d’ailleurs à tel point Ida Koverman, l’influente secrétaire de Louis B. Mayer, et Jack Robbins, le talent-scout de la firme, qu’ils rappelèrent immédiatement le pianiste du studio, Roger Edens et Mayer lui-même, qui lui offrit un contrat sans lui faire faire le moindre bout d’essai, ce qui constitue un fait sans précédent !

Les jours de Judy à la MGM commencèrent sous de tristes auspices avec la mort soudaine de son père. En dépit de ce deuil, Judy qualifiera plus tard cette période de « perpétuel éclat de rire ». Les lois sur le travail des mineurs imposant aux firmes qui les employaient de pourvoir à leur instruction, Judy rejoignit sur les bancs de classe Lana Turner, Jackie Cooper, Deanna Durbin et Freddie Bartholomew. Ses premières apparitions à l’écran remontent à cette époque ; elle donna la réplique à Deanna Durbin dans le court métrage Every Sunday (1936) et la même année, dans Pigskin Parade, un musical ayant pour cadre un collège où trois chansons chantées par Judy Garland lui valurent quelques critiques favorables.

La MGM n’avait pas de projets très précis pour elle. On doit à Roger Edens d’avoir mis sur pied le plan qui permit à la grande compagnie de réaliser enfin quelle mine d’or Judy pourrait représenter pour elle : pour la party que donna Clark Gable sur le plateau de Parnell (La Vie privée du tribun, 1937) à l’occasion de son trente-sixième anniversaire, Edens conçut une version spéciale de « You Made Me Love You » confiant à Judy Garland le rôle d’une fidèle admiratrice écrivant à son idole, prétexte au délicieux monologue « Dear Mister Gable », Clark Gable fut profondément touché et la MGM inséra immédiatement ce numéro dans Broadway Melody of 1938 (Règne de la joie, 1937) : Judy Garland était lancée !

Judy joua ensuite dans Thoroughbreds Don’t Cry (1937) partageant la vedette avec Mickey Rooney (ils devinrent dès lors de très bons amis) puis dans Listen, Darling (1938) avec Freddie Bartholomew. Dans Everybody Sing (1937), elle apparut au côté de Fanny Brice, la grande vedette de Broadway.

Dans tous ces films, Judy Garland chantait et le public se laissait prendre par le charme de sa voix dont l’étendue, la force et la maturité lui permettaient d’interpréter de grands morceaux du répertoire, comme « My Man » de Fanny Brice. Toutefois, les directeurs musicaux de la MGM, où déjà Arthur Freed était d’un grand poids, préférèrent exploiter son humour et sa vivacité dans des chansons du genre « Swing, Mr. Mendelssohn » et « Zing Went the Strings of My Heart ». Elle retrouva ensuite Mickey Rooney avec lequel elle tourna trois films de la série Andy Hardy.

La grande occasion

C’est d’ailleurs au cours de ces années que l’occasion lui fut offerte de s’affirmer définitivement et de lier son nom à une chanson qui deviendra, tout au long de sa carrière, son grand cheval de bataille : « Over the Rainbow ». En 1900, la collection de livres pour enfants « Oz », écrits par L. Frank, apparut sur le marché où elle fit rapidement partie des best-sellers. En 1925, le cinéma s’en empara, tournant une version muette de « The Wizard of Oz » avec Larry Semon et Oliver Hardy. La MGM était disposée à engager deux millions de dollars pour réaliser une nouvelle version en couleurs avec Shirley Temple pour vedette mais celle-ci, indisponible, fut alors remplacée par Judy Garland. Après quelques difficultés et hésitations sur le choix du metteur en scène, Victor Fleming se vit confier la réalisation du film : il fut tourné en 1939, la même- année que Gone With the Wind (Autant en emporte le vent). Grâce à son scénario intelligent, aux excellents effets techniques et à l’interprétation de premier ordre, The Wizard of Oz (Le Magicien d’Oz) fut une réussite totale et, surtout, le premier grand succès personnel pour Judy.

Le public l’aimait énormément pour sa gaîté, son entrain, sa spontanéité et sa nature attachante. Toutefois, sa vie privée était troublée par l’extrême tension à laquelle la toute jeune actrice était soumise. Son irrésistible joie de vivre se manifestait également par un robuste appétit. Mais son métier exigeait un sévère contrôle de sa ligne et c’est à contrecœur qu’elle dut se soumettre aux prescriptions de Mayer qui veillait personnellement à son régime. Judy découvrit en outre que même sa vie privée était placée sous contrôle et que l’ami fidèle avec lequel elle était allée vivre dans un petit appartement était payé par la firme pour l’espionner et rendre compte de chacun de ses gestes ! Il en allait d’ailleurs de même avec sa mère.

Pour combattre son irrésistible appétit, on lui administra un nouveau médicament alors en vogue, la benzédrine, dont les effets euphorisants étaient combattus à l’aide de somnifères. Cette lamentable « thérapie » engendra une « dépendance » qui fut le cauchemar de sa vie et entraîna sa mort tragique.

Le public en avait fait son idole, et la MGM l’exploita à fond, sans le moindre ménagement. Dès lors Judy n’allait plus cesser de payer le tribut de son succès, toute vie privée devenant impossible. Mayer et la MGM ne cachèrent d’ailleurs même pas leur déception quand, en 1941, elle épousa le chef d’orchestre David Rose et de toute évidence ne firent rien pour sauver l’inévitable faillite de son mariage. .

Au cours des trois années qui suivirent, Judy Garland tourna plusieurs comédies musicales à succès : Ziegfeld Girl (La Danseuse des Folies Ziegfeld, 1941), For me and my gal (Pour moi et ma mie, 1942), Presenting Lily Mars (Lily Mars, vedette) et Thousands Cheer (La Parade aux étoiles), l’un et l’autre de 1943.

Meet Me in St. Louis (Le Chant du Missouri), réalisé en, 1944 demeure aujourd’hui encore, la plus séduisante comédie musicale de la MGM. Dans ce film, outre. ses inoubliables chansons, Judy Garland apporte la preuve d’un talent dramatique qui s’est alors affirmé avec force, et s’intègre parfaitement dans l’interprétation évoquant une famille américaine du début du siècle.

Le réalisateur de Meet Me in St. Louis était Vincente Minnelli que Judy épousait au mois de juillet 1945 avec, cette fois, l’approbation unanime de la MGM (Liza, leur fille, naîtra l’année suivante mais l’accouchement ne fera qu’aggraver l’état de santé de Judy). Cette même année, Minnelli la dirigea dans The Clock (L’Horloge) ; c’était la première fois que l’actrice abandonnait la comédie musicale, puis dans un bref épisode de Ziegfeld Folies (1946) et dans The Pirate (1948) dont le premier rôle masculin revenait au jeune Gene Kelly.

Vers la névrose

Malgré la fatigue de plus en plus évidente de Judy, la MGM se montra peu compréhensive avec sa vedette, acceptant très mal son état de santé, son manque de ponctualité, ses absences répétées et ses constantes sautes d’humeur. Elle tomba malade pendant la tournage du Pirate et dut être hospitalisée dès la fin du tournage. La MGM mit à son programme une autre comédie musicale Easter Parade (Parade du printemps, 1948) conçue pour le couple Garland-Kelly mais ce dernier, indisponible à la suite d’un accident, fut remplacé par Fred Astaire. Tourné dans la bonne humeur, ce film fut un répit pour Judy ; elle devait d’ailleurs retrouver Fred Astaire pour The Barkleys of Broadway (Entrons dans la danse, 1949) mais sa santé à nouveau chancelante l’en empêcha. L’interruption fut de courte durée, cependant, puisqu’elle devait tourner encore Words and Music (Ma vie est une chanson, 1948), biographie musicale des compositeurs Rodgers et Hart ainsi que In the good old summertime (Amour poste restante, 1949), un remake de The Shop around the corner (Rendez-vous, 1940). Au comble de
l’épuisement, elle réussit encore à enregistrer quelques chansons pour Annie Get Your Gun (Annie, reine du cirque), mais elle fut remplacée au moment de tourner le film parce qu’il n’était désormais plus possible de compter sur elle.

Non sans peine, elle réussit à terminer Summer Stock (La Jolie Fermière, 1950). Elle y apparut épaissie mais au prix de terribles efforts parvint à retrouver sa ligne et son allant pour l’éblouissant numéro final : « Get Happy ». On recourut ensuite à elle pour remplacer une autre vedette, June Allyson qui attendait un enfant et ne pouvait par conséquent tourner Royal Wedding (Mariage royal, 1951). Judy eut le temps d’enregistrer les chansons puis elle retomba malade et la MGM renonça à l’utiliser. Ses rapports avec la grande firme cinématographique qui, depuis sa quatorzième année, lui avait servi de famille, prenaient fin.

Les quatre années qui suivirent la virent entreprendre une nouvelle carrière dans la chanson et le spectacle de variétés. Le 9 avril 1951, elle inaugurait la saison au Palladium de Londres et s’engageait au mois d’octobre suivant pour un programme de dix-neuf semaines au Palace de New York qui appartient maintenant à l’histoire de la comédie musicale. Une fois de plus, malheureusement, l’effort qu’elle dut soutenir eut raison de sa santé et l’obligea à renoncer à plusieurs représentations.

Divorcée de Vincente Minnelli, Judy Garland épousa Sidney Luft (deux enfants, Lorna et Joey naquirent de cette nouvelle union) avec lequel elle fonda une maison de production : la Transcorna. Pour la Warner, la Transcorna réalisa A Star Is Born (Une étoile est née, 1951). Réalisé par George Cukor, metteur en scène de grande classe et de goût qui savait parfaitement tenir compte des qualités artistiques et des problèmes de Judy, le film fut hélas « trafiqué » par la compagnie qui pratiqua d’abondantes coupures pour les remplacer par des éléments nouveaux (dont, entre autres, le mémorable numéro intitulé « Born in a Trunk »). Le film était le remake de A Star Is Born dirigé en 1936 par William Wellman. Avec Hollywood pour toile de fond, il avait été interprété par Janet Gaynor dans le rôle d’une jeune inconnue qui devient vedette après avoir été découverte. par une ancienne idole de l’écran sur le déclin (Fredric March), rôle repris par James Mason dans la nouvelle version. Entre les mains de George Cukor, l’histoire acquit une nouvelle dimension dans la mesure où elle se prêtait à l’évocation des dures expériences de Judy Garland dans le milieu hollywoodien. Le film consacra d’ailleurs, officiellement, le talent dramatique de l’actrice.

Il mit également un terme à sa carrière cinématographique. Judy Garland fit une nouvelle fois une mémorable apparition dans Judgement at Nuremberg (Procès à Nuremberg, 1961) de Stanley Kramer et elle participa également à A Child is waiting (Un enfant attend, 1963), un film passionnant traitant des problèmes des enfants arriérés. La même année elle avait tourné à Londres I Could Go on Singing (L’Ombre du passé) de Ronald Neame : un mélodrame sans prétentions avec quelques numéros musicaux, dont le thème principal était le combat que se livrent une étoile du chant et son mari (Dirk Bogarde) pour la garde des enfants (une histoire très proche, d’ailleurs, de la réalité !)

Dès lors, Judy Garland se consacra exclusivement aux concerts, suscitant toujours le fol enthousiasme de ses fans. Le soutien que lui apporta son public, sa chaleur, l’aidèrent sans nul doute à surmonter ses épreuves personnelles. Après avoir gagné une fortune que l’on pourrait estimer aujourd’hui à l’équivalent de huit millions de dollars, une mauvaise administration ne lui avait laissé que d’énormes dettes. Son état de santé empirait. Des représentations annulées, des assignations pour rupture de contrat, un mariage avec Mark Herron dont l’échec fut immédiat, un combat impitoyable avec Luft pour obtenir la garde de ses enfants, d’autres problèmes encore alimentaient sans arrêt la chronique, laissant la jeune femme profondément meurtrie. Jusqu’à la fin, cependant, elle manifesta une extraordinaire volonté, arrivant même par moment à retrouver la forme éclatante de ses meilleures années.

Remariée à l’acteur Mickey Deane, Judy sembla retrouver la sérénité… Mais elle était terriblement amaigrie et les épreuves aussi bien que les années avaient profondément marqué son visage. Le matin du 22 juin 1969, son mari la trouva morte dans leur appartement de Londres, victime, probablement, d’une trop forte dose de somnifère.

A ses obsèques, James Mason qui avait tourné à ses côtés dans A Star Is Born, déclara avec émotion : « Aussi bien à son public qu’à ses amis, Judy est une femme qui a tant donné, et si généreusement, qu’il est impossible de la payer de retour. En effet, son besoin d’amour et d’affection était tel qu’il dépassait ce que chacun de nous aurait pu lui offrir. »

ESTHER WILLIAMS : La sirène d’Hollywood

Lorsque en 1941, Esther Williams signa un contrat avec la MGM, personne n’imaginait alors qu’en l’espace de dix ans elle deviendrait la plus grande étoile de cette compagnie et que pendant deux années consécutives elle serait une des stars du box-office. Elle-même affirmait volontiers qu’elle était avant tout une nageuse avant d’être une actrice.

BATHING BEAUTY (Le Bal des sirènes) – George Sidney (1944)

Esther Williams n’a encore joué que deux petits rôles quand la MGM lui donne la vedette de cette comédie musicale aquatique. Il faut dire que la jeune fille est jolie, bonne comédienne, mais surtout championne de natation. Elle campe donc une nageuse qui enseigne dans un collège. Un musicien est amoureux d’elle. Malgré son imprésario, qui n’accepte pas leur liaison, il se fera engager dans l’école pour être près d’elle. L’intrigue, squelettique, n’offre aucun intérêt. Qu’importe ! Ce Bathing beauty est un grand succès. La grâce de Williams, son sourire éclatant malgré les efforts, la beauté des figures exécutées par plusieurs dizaines de nageuses au rythme d’une mélodie entraînante, dans des décors oniriques et colorés, les pitreries sympathiques de Red Skelton enchantent le public. L’avenir de la belle naïade est tout tracé. Pendant une dizaine d’années, elle enchaîne plongeon sur plongeon dans des comédies dont l’histoire prétexte ne sert qu’à introduire des ballets spectaculaires minutieusement réglés. Avec sa mise en scène kitsch et son atmosphère gentiment surannée, Bathing beauty reste un plaisir des yeux. [Gérard Camy – Télérama.fr]

MEET ME IN ST. LOUIS (Le Chant du Missouri) – Vincente Minnelli (1944)

En 1903, lu ville de Saint-Louis se prépare avec effervescence à l’Exposition Universelle qui doit célébrer le centenaire de la vente de la Louisiane aux États-Unis. La famille Smith attend elle aussi ce grand événement, même si certains de ses membres se passionnent pour d’autres questions. La jeune Esther s’inquiète notamment du fait que le prétendant de sa sœur aînée ne semble pas vouloir se déclarer… Premier des cinq films tournés par Vincente Minnelli avec Judy Garland, cette comédie musicale de 1944 est un hymne à l’amour et aux joies de la famille. Genèse d’un immense succès.

CARMEN JONES – Otto Preminger (1954)

En transposant la célèbre histoire de Carmen dans le milieu noir américain, Otto Preminger avait scandalisé les héritiers et les éditeurs de Georges Bizet, qui s’opposèrent à la diffusion du film en France. Présenté en clôture du festival de Cannes 1955, Carmen Jones ne sortira sur les écrans français qu’en 1981. Avec un Don José transformé en caporal américain et un Escamillo troquant sa muleta pour des gants de boxe, l’adaptation aurait pu sombrer dans le ridicule. Il n’en est rien : tout est crédible, vivant, dramatique. Naviguant avec plus ou moins de bonheur entre le lyrisme un peu désuet de l’œuvre originale et le réalisme violent des rapports entre les personnages (tous noirs), le réalisateur ancre intelligemment cette histoire de passion, de jalousie et de mort dans la société américaine à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Les mains sur les hanches ou une rose entre les doigts, Dorothy Dandridge, fière et sculpturale, est d’une grande beauté. Sa voix éclatante trouve en Harry Belafonte un écho lumineux et grave. Et même si la mise en scène des morceaux chantés manque singulièrement d’imagination, Carmen Jones continue de dégager une évidente sensualité et une forte émotion. [Gérard Camy – Télérama.fr]

GIVE A GIRL A BREAK (Donnez-lui une chance) – Stanley Donen (1953)

Après le triomphe de Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie), coréalisé avec Gene Kelly, Stanley Donen poursuit une carrière en solo, avec ce petit joyau où trois danseuses convoitent le même rôle à Broadway. On retiendra les duos de Debbie Reynolds avec Bob Fosse (le futur réalisateur et chorégraphe de Cabaret) et, surtout, l’admirable ­séquence sur les toits de Marge et Gower Champion, où ce dernier, avec force claquements de doigts, tente de convaincre son ancienne partenaire de remonter sur les planches. Chose rare : Stanley Donen apparaît également au générique comme cochorégraphe (avec Gower Champion). [N.T. Binh – Télérama]

CAN-CAN – Walter Lang (1960)

Depuis ses débuts, la comédie musicale hollywoodienne a fait de Paris l’une de ses destinations privilégiées. Dans Can-Can, c’est la période « Fin de siècle » qui est mise à l’honneur, avec ses danseuses en guêpières et ses marlous de la Butte. Entièrement tourné en studio en Californie, le film de Walter Lang [There’s No Business Like Show Business (La Joyeuse Parade), The King and I (Le Roi et moi)…] s’évertue à faire revivre la grande époque du Cancan, sans s’embarrasser de scrupules historiques. Dans ce film, c’est la vision enchantée et fantaisiste de la comédie musicale d’origine qui prévaut, et les nombreuses chansons de Cole Porter sont évidemment les morceaux de choix du film. « Let’s Do It », « C’est Magnifique », « Apache Dance » (hommage aux mauvais garçons de Montmartre) et, bien sûr, « I Love Paris » forment une longue déclaration d’amour à la capitale française. Tous ces titres ne proviennent pas de la version scénique de Can-Can, Cole Porter ayant intégré à la partition du film d’autres chansons fétiches. S’il n’apparaît pas lui-même à l’écran, le compositeur de Broadway est donc la vraie star de cette adaptation, n’en déplaise à Frank Sinatra et Shirley MacLaine. Aux États-Unis, le titre complet du film est d’ailleurs Cole Porter’s Can-Can…

LA COMÉDIE MUSICALE CHERCHE SON STYLE

A la fin des années 30, le public américain boude la comédie musicale. A l’affût de talents nouveaux et de formules à succès, Hollywood cherche par tous les moyens à renouveler un genre qui s’essouffle. 

ZIEGFELD FOLLIES – Vincente Minnelli (1945)

Dans un paradis de coton et de marbre, Florenz Ziegfeld se remémore ses souvenirs terrestres. Il fut un très célèbre directeur de revue à Broadway. Un à un, ses numéros défilent dans sa mémoire. Ne vous laissez pas effrayer par les automates mal dégrossis qui ouvrent le film. Dans un Broadway cartonné façon école maternelle, Vincente Minnelli commence par évoquer la pré-histoire de la comédie musicale, avec toute sa mièvrerie archaïque. Au fil du temps, il nous laisse contempler l’éclosion de ce genre féerique, pour accéder à l’apothéose, avec des numéros étincelants, peut-être parmi les plus beaux que Hollywood nous ait offerts. A la manière d’un reportage foutraque et raffiné, il laisse les étoiles du genre (Fred Astaire, Judy Garland…) jouer leur propre rôle, et se gausse des futures hagiographies documentaires que la télévision leur consacrera. Une fantaisie brillante et prémonitoire qui nécessiterait peut-être un petit remontage : l’humour de certains sketchs non musicaux a mal vieilli, mais la folie brûlante des autres compense largement ces faiblesses. Allez, s’il fallait n’en garder que deux, ce serait sans aucun doute la lévitation éthylique de Cyd Charisse, blottie dans un nuage de bulles de champagne, et le frissonnant Love, que Lena Horne psalmodie comme une formule hypnotique… [Télérama – Marine Landrot]

GUYS AND DOLLS (Blanches colombes et vilains messieurs) – Joseph L. Mankiewicz (1955)

A première vue, l’affiche de Guys and dolls (Blanches Colombes et Vilains Messieurs) a de quoi surprendre. Joseph Mankiewicz, le cinéaste psychologique de A Letter to three wives (Chaînes conjugales) et de The Barefoot contessa (La Comtesse aux pieds nus), dirigeant le « sauvage » Brando dans une comédie musicale ? Sans doute fallait-il l’audace – d’aucuns diront l’inconscience – du producteur Samuel Goldwyn pour s’y risquer. Certes, la présence dans le film de Jean Simmons et, surtout, du crooner Frank Sinatra, a de quoi rassurer les fans du genre – Vivian Blaine étant là quant à elle pour apporter au projet la caution de Broadway. Bien sûr, Joseph Mankiewicz ne se contentera pas de l’intrigue maigrelette du spectacle original : il apportera au scénario son goût des rapports humains complexes et inattendus. Le film s’en trouvera rallongé d’autant. Mais le réalisateur n’en respecte pas moins la commande. Épaulé par le chorégraphe Michael Kidd, qui signe ici les numéros musicaux, Mankiewicz prouve, quelques années avant de se lancer dans Cléopâtre, qu’il n’est pas seulement un cinéaste cérébral. Certains critiques feront la fine bouche devant le résultat, mais le public suivra, faisant de Guys and dolls  et Vilains Messieurs un grand succès commercial. [Eric Quéméré – Collection Comédies musicales]

LA BELLE DE NEW YORK – Charles Walters (1952)

Deux ans après leur rencontre dans Three little words (Trois Petits Mots, 1950), Fred Astaire et Vera-Ellen se retrouvent sous la houlette de Charles Walters pour une comédie musicale aux numéros particulièrement réussis.

LES GIRLS – George Cukor (1957)

Procès retentissant : lady Sybil Wren, ancienne girl de la troupe du célèbre danseur Barry Nichols, est poursuivie pour diffamation par une autre ex-girl, Angèle Ducros, à cause de son livre de souvenirs sur l’époque où, avec Joy, une troisième girl, elles étaient les vedettes du spectacle de Nichols à Paris. Les Girls peut se vanter d’avoir le scénario le plus sophistiqué de l’histoire de la comédie musicale : un Rashomon dans le milieu stylisé (comme les aime Cukor) du music-hall parisien des années 1950. Délicieusement immoral, il passe en revue trois petites arrivistes amoureuses de leur chorégraphe (forcément, c’est Gene Kelly), qui cherchent à épouser des hommes riches. Comme toujours chez Cukor, il n’y a qu’un pas (ici, un pas chassé) entre comédie et drame, entre illusion et réalité. « Où est la vérité ? », demande un panneau brandi devant le tribunal. Dans la synthèse de tous les mensonges de ces dames… Avec son casting brillant (mention spéciale à Kay Kendall en girl alcoolique), ses chansons de Cole Porter et sa chorégraphie de Jack Cole, Les Girls brille des derniers feux de la comédie musicale de l’âge d’or et offre à Gene Kelly son dernier grand rôle hollywoodien. Il chorégraphia lui-même un ballet hommage à The Wild One (L’Equipée sauvage), avec Marlon Brando, d’une beauté à tomber. [Guillemette Odicino – Télérama]

DE BROADWAY À HOLLYWOOD 

Afin de donner un second souffle à la comédie musicale, Hollywood fait appel aux auteurs à succès de Broadway : leurs chansons, leurs spectacles, ou même parfois leur vie, seront portés à l’écran.  
Au lendemain de la crise économique de 1929, le théâtre américain connaît de graves difficultés, ce qui permet à Hollywood d’attirer de nombreuses célébrités de Broadway ; après Cole Porter, Irving Berlin, Jerome Kern et George Gershwin, le cinéma voit venir à lui des personnalités comme Rodgers et Hart, auteurs de comédies musicales aussi fameuses que Hallelujah, I’m a Bum (1933), Babes in Arms (Place au rythme, 1939) ou Pal Joey (La Blonde ou la rousse, 1957). Ou comme le compositeur et acteur George M. Cohan, dont la vie inspirera d’ailleurs Yankee Doodle Dandy (La Glorieuse Parade, 1942) de Michael Curtiz – un film qui passe toutefois sous silence les démêlés pourtant fameux du personnage avec le très puissant syndicat des acteurs.

STORMY WEATHER (La Symphonie magique) – Andrew L. Stone (1943)

«Don’t know why, there’s no sun up int he sky… Stormy Weather, since my man and I ain’t together… keeps raining all the time…» Ainsi commence l’une des plus jolies chansons de l’histoire du jazz chantée ici par Lena Horne et qui donne son titre au film. Film de jazz, film de danse, Stormy Weather est un moment extrêmement joyeux et entraînant, probablement la plus belle comédie musicale noire qui s’achèvera en une séquence explosive où les Nicholas Brothers, probablement les plus grands danseurs de Tap dance du monde, font une étourdissante démonstration de leur talent, à montrer impérativement à tous ceux que la danse inspire. Du pur bonheur !