Étiquette : comédie musicale

THREE LITTLE WORDS (Trois petits mots) – Richard Thorpe (1950)

C’est à Jack Cummings que l’on doit l’idée de produire Three little words (Trois petits mots) mais la Metro-Goldwyn-Mayer, qui vient d’avoir un échec avec Words and Music (Ma vie est une chanson), la biographie de Richard Rodgers et Lorenz Hart réalisée par Norman Taurog, est peu enthousiaste. Cummings insiste en rappelant que l’histoire de Bert Kalmar et Harry Ruby est beaucoup plus originale en raison même de la personnalité des deux héros. Bert Kalmar rêvait d’être magicien et de sortir des lapins d’un chapeau alors qu’Harry Ruby était prêt à tout sacrifier pour devenir joueur de base-ball.

PIN UP GIRL – H. Bruce Humberstone (1944)

On pourrait considérer que la fantaisie inhérente à la comédie musicale s’accommode mal d’un contexte aussi grave que celui de la guerre. Mais pour les producteurs d’Hollywood, qui ont decidé d’encourager par leurs films l’élan collectif suscité par l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, les films musicaux ne doivent pas faire exception à la règle. Comme les films policiers, les mélodrames et, bien sûr, les films de guerre, les comédies musicales doivent refléter l’épreuve que traverse le pays. C’est donc tout naturellement que la star Betty Grable se met à côtoyer dans Pin up Girl des officiers et des aviateurs en permission. Lorry, l’héroïne du film, fait – comme l’actrice elle-même – du bénévolat pour l’USO (United Service Organizations), association qui, dès 1941, offre des spectacles aux soldats, aux États-Unis et sur le front. De tels personnages sont courants dans la comédie musicale de l’époque, car chaque studio fait feu de tout bois pour soutenir l’effort de guerre, en incitant notamment le public à acheter des War Bonds. D’ailleurs, le générique de fin de Pin up Girl informe les spectateurs que ces bons de guerre sont disponibles dans leur salle de cinéma…

ONE HOUR WITH YOU (Une Heure près de toi) – Ernst Lubitsch (1932)

One hour with you est un parfait exemple de la manière dont Hollywood s’est longtemps amusé à représenter Paris : une cité où chacun consacre la majeure partie de son temps à l’amour, de préférence adultère. Avec son ironie habituelle, Lubitsch nous fait assister ici à un chassé-croisé amoureux que n’aurait pas renié Marivaux, et encore moins Labiche. Le cinéaste multiplie d’ailleurs les clins d’œil au théâtre : ses héros s’expriment parfois en vers, et il leur arrive de s’adresser directement au public. Mais bien sûr, ce qui l’intéresse surtout, c’est encore et toujours la tentation de la chair. One hour with you fourmille d’allusions à peine voilées aux désirs de chaque protagoniste (si l’on y regarde bien, même les soubrettes ont ici une vie amoureuse, et un domestique peut dire à son maître qu’il avait « tellement envie de le voir en collants »). Certains journaux déconseilleront donc de programmer un tel film dans les petites villes, en particulier le dimanche… Mais ces précautions ne seront bientôt plus nécessaires : le code Hays se verra en effet renforce en 1934, et les « audaces » d’un film comme One hour with you disparaitront pendant trente ans du cinéma hollywoodien.

BUSBY BERKELEY : DES LÉGIONS DE DANSEUSES

Produits d’une imagination débridée, les extravagantes et colossales mises en scène dansées de Busby Berkeley font à jamais partie du grand rêve hollywoodien des années 30. Seuls quelques esprits chagrins crièrent au mauvais goût devant les ballets de Berkeley. Le comble du ridicule semblant être atteint, selon eux, par les monuments d’extravagance potagère et fruitière que Carmen Miranda arbore en guise de bibi dans The Gang’ s all Here (Banana Split, 1943). Mais Busby Berkeley se moquait bien du bon… ou du mauvais goût !

THE GANG’S ALL HERE (Banana split) – Busby Berkeley (1943)

On a souvent écrit que l’audace du numéro dans lequel Carmen Miranda chante « The Lady in the Tutti Frutti Hat » a valu à The Gang’s all here (Banana split) d’être interdit en Amérique latine : les bananes géantes tenues à mi-corps par les chorus girls auraient été jugées bien trop suggestives… En réalité il n’en fut rien, mais le numéro n’en reste pas moins l’un des plus fameux créés par l’étonnant Busby Berkeley. En 1943, le cinéaste-chorégraphe a depuis longtemps marqué les esprits par ses bataillons de danseuses formant des kaléidoscopes humains, et par ses mouvements de caméra vertigineux. Mais l’exotisme bon enfant que lui apporte cette fois Carmen Miranda, conjugué à la puissance expressive du Technicolor qu’il utilise pour la première fois, semblent avoir totalement débridé Busby Berkeley, qui atteint dans The Gang’s all here des sommets d’inventivité. On est ici en plein dans ce que les Américains nomment « Extravaganza », ce mélange de grand spectacle et de kitsch absolu. La séquence finale du film, d’une grande originalité pour l’époque, préfigure même certaines expérimentations des années 1960… Doté en outre d’un casting réjouissant, et d’une excellente bande originale signée Warren et Robin, Banana Split fait partie des monuments méconnus du genre musical.

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

Satire de l’industrie du rêve, ce film de 1937 fait de James Cagney un danseur à succès tenté par une carrière à l’écran. Un rôle qui n’est pas sans rappeler son propre parcours. Le film, qui est une satire sur les faiblesses de l’industrie cinématographique, s’est effondré dans les salles de cinéma, provoquant la fermeture récente du Grand National indépendant (Poverty Row), qui avait considérablement dépassé son budget pour faire le film, en fermant ses portes en 1940. Quand, à 80 ans, on a demandé à James Cagney lequel de ses films – en dehors de Yankee doodle dandy (Le Joyeuse parade) – qu’il aimerait revoir, c’est le film qu’il a choisi.

ON THE TOWN (Un Jour à New York) – Stanley Donen et Gene Kelly (1949)

En 1949, le producteur Arthur Freed décide de donner leur chance à deux chorégraphes, Gene Kelly et Stanley Donen, pour réaliser un film moderne et stylisé. Si le premier est déjà un artiste confirmé, le second n’a pas vingt-cinq ans quand le tournage commence. C’est sûrement sa jeunesse, alliée à la nouveauté du propos, qui permet au tandem de sortir des sentiers battus pour innover. Les chansons se fondent dans une action réaliste, elles expriment les sentiments des personnages, et peuvent aussi les emmener dans des décors imaginaires… Autant d’extravagances pour l’époque, et qui font encore mouche aujourd’hui. Grâce à la musique de Leonard Bernstein et Roger Edens, et aux paroles d’un duo plein d’avenir, Adolph Green et Betty Comden, le film nous emporte d’un bout à l’autre de New York à un rythme endiablé. Du Musée d’Histoire Naturelle, avec son squelette de dinosaure, à l’Empire State Building, de la Statue de la Liberté à Chinatown, le public du monde entier découvre dans le film le vrai visage de Big Apple. Avec, pour guides, trois matelots en permission qui n’ont que 24 heures pour découvrir Manhattan, et l’amour. Laissez-les donc vous embarquer vous aussi pour tout « Un jour à New York ».

LES MUSICALS DE LA MGM

L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, celle qui réussit l’accord parfait entre action, musique et danse, est à jamais lié à un sigle : MGM et à un nom : Arthur Freed, le grand promoteur du genre. « Nous comptons plus d’étoiles que le ciel», telle était l’orgueilleuse devise de la MGM, et si l’on considère le nombre de vedettes – de Greta Garbo à Mickey Rooney – que la firme avait sous contrat à la fin des années 30, on peut dire qu’elle était à peine exagérée. Pourtant, la MGM ne sut pas toujours tirer le meilleur parti de son exceptionnelle « écurie ».

JUDY GARLAND

Judy Garland à l’instar d’un James Dean ou d’une Marilyn Monroe, est entrée trop tôt dans la légende du cinéma. Personnalité fragile et dépressive, elle n a pas pu surmonter les profondes crises qui entraînèrent sa fin prématurée. Par sa carrière exceptionnelle commencée dès sa plus tendre enfance aussi bien que par sa mort précoce, à quarante-sept ans à peine, Judy Garland est devenue un mythe du monde du spectacle. Perfectionniste et tourmentée, elle fut la victime de son propre succès, payant de sa santé et, pour finir, de sa vie l’adulation qu’elle suscita. Sans la moindre pitié. elle fut, toute sa vie durant, jetée en pâture au public avide de tout savoir sur elle.

BATHING BEAUTY (Le Bal des sirènes) – George Sidney (1944)

Esther Williams n’a encore joué que deux petits rôles quand la MGM lui donne la vedette de cette comédie musicale aquatique. Il faut dire que la jeune fille est jolie, bonne comédienne, mais surtout championne de natation. Elle campe donc une nageuse qui enseigne dans un collège. Un musicien est amoureux d’elle. Malgré son imprésario, qui n’accepte pas leur liaison, il se fera engager dans l’école pour être près d’elle. L’intrigue, squelettique, n’offre aucun intérêt. Qu’importe ! Ce Bathing beauty est un grand succès. La grâce de Williams, son sourire éclatant malgré les efforts, la beauté des figures exécutées par plusieurs dizaines de nageuses au rythme d’une mélodie entraînante, dans des décors oniriques et colorés, les pitreries sympathiques de Red Skelton enchantent le public. L’avenir de la belle naïade est tout tracé. Pendant une dizaine d’années, elle enchaîne plongeon sur plongeon dans des comédies dont l’histoire prétexte ne sert qu’à introduire des ballets spectaculaires minutieusement réglés. Avec sa mise en scène kitsch et son atmosphère gentiment surannée, Bathing beauty reste un plaisir des yeux. [Gérard Camy – Télérama.fr]

MEET ME IN ST. LOUIS (Le Chant du Missouri) – Vincente Minnelli (1944)

En 1903, lu ville de Saint-Louis se prépare avec effervescence à l’Exposition Universelle qui doit célébrer le centenaire de la vente de la Louisiane aux États-Unis. La famille Smith attend elle aussi ce grand événement, même si certains de ses membres se passionnent pour d’autres questions. La jeune Esther s’inquiète notamment du fait que le prétendant de sa sœur aînée ne semble pas vouloir se déclarer… Premier des cinq films tournés par Vincente Minnelli avec Judy Garland, cette comédie musicale de 1944 est un hymne à l’amour et aux joies de la famille. Genèse d’un immense succès.

CARMEN JONES – Otto Preminger (1954)

En transposant la célèbre histoire de Carmen dans le milieu noir américain, Otto Preminger avait scandalisé les héritiers et les éditeurs de Georges Bizet, qui s’opposèrent à la diffusion du film en France. Présenté en clôture du festival de Cannes 1955, Carmen Jones ne sortira sur les écrans français qu’en 1981. Avec un Don José transformé en caporal américain et un Escamillo troquant sa muleta pour des gants de boxe, l’adaptation aurait pu sombrer dans le ridicule. Il n’en est rien : tout est crédible, vivant, dramatique. Naviguant avec plus ou moins de bonheur entre le lyrisme un peu désuet de l’œuvre originale et le réalisme violent des rapports entre les personnages (tous noirs), le réalisateur ancre intelligemment cette histoire de passion, de jalousie et de mort dans la société américaine à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Les mains sur les hanches ou une rose entre les doigts, Dorothy Dandridge, fière et sculpturale, est d’une grande beauté. Sa voix éclatante trouve en Harry Belafonte un écho lumineux et grave. Et même si la mise en scène des morceaux chantés manque singulièrement d’imagination, Carmen Jones continue de dégager une évidente sensualité et une forte émotion. [Gérard Camy – Télérama.fr]

GIVE A GIRL A BREAK (Donnez-lui une chance) – Stanley Donen (1953)

Après le triomphe de Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie), coréalisé avec Gene Kelly, Stanley Donen poursuit une carrière en solo, avec ce petit joyau où trois danseuses convoitent le même rôle à Broadway. On retiendra les duos de Debbie Reynolds avec Bob Fosse (le futur réalisateur et chorégraphe de Cabaret) et, surtout, l’admirable ­séquence sur les toits de Marge et Gower Champion, où ce dernier, avec force claquements de doigts, tente de convaincre son ancienne partenaire de remonter sur les planches. Chose rare : Stanley Donen apparaît également au générique comme cochorégraphe (avec Gower Champion). [N.T. Binh – Télérama]