LES GIRLS – George Cukor (1957)

Procès retentissant : lady Sybil Wren, ancienne girl de la troupe du célèbre danseur Barry Nichols, est poursuivie pour diffamation par une autre ex-girl, Angèle Ducros, à cause de son livre de souvenirs sur l’époque où, avec Joy, une troisième girl, elles étaient les vedettes du spectacle de Nichols à Paris. Les Girls peut se vanter d’avoir le scénario le plus sophistiqué de l’histoire de la comédie musicale : un Rashomon dans le milieu stylisé (comme les aime Cukor) du music-hall parisien des années 1950. Délicieusement immoral, il passe en revue trois petites arrivistes amoureuses de leur chorégraphe (forcément, c’est Gene Kelly), qui cherchent à épouser des hommes riches. Comme toujours chez Cukor, il n’y a qu’un pas (ici, un pas chassé) entre comédie et drame, entre illusion et réalité. « Où est la vérité ? », demande un panneau brandi devant le tribunal. Dans la synthèse de tous les mensonges de ces dames… Avec son casting brillant (mention spéciale à Kay Kendall en girl alcoolique), ses chansons de Cole Porter et sa chorégraphie de Jack Cole, Les Girls brille des derniers feux de la comédie musicale de l’âge d’or et offre à Gene Kelly son dernier grand rôle hollywoodien. Il chorégraphia lui-même un ballet hommage à The Wild One (L’Equipée sauvage), avec Marlon Brando, d’une beauté à tomber. [Guillemette Odicino – Télérama]

DE BROADWAY À HOLLYWOOD 

Afin de donner un second souffle à la comédie musicale, Hollywood fait appel aux auteurs à succès de Broadway : leurs chansons, leurs spectacles, ou même parfois leur vie, seront portés à l’écran.  
Au lendemain de la crise économique de 1929, le théâtre américain connaît de graves difficultés, ce qui permet à Hollywood d’attirer de nombreuses célébrités de Broadway ; après Cole Porter, Irving Berlin, Jerome Kern et George Gershwin, le cinéma voit venir à lui des personnalités comme Rodgers et Hart, auteurs de comédies musicales aussi fameuses que Hallelujah, I’m a Bum (1933), Babes in Arms (Place au rythme, 1939) ou Pal Joey (La Blonde ou la rousse, 1957). Ou comme le compositeur et acteur George M. Cohan, dont la vie inspirera d’ailleurs Yankee Doodle Dandy (La Glorieuse Parade, 1942) de Michael Curtiz – un film qui passe toutefois sous silence les démêlés pourtant fameux du personnage avec le très puissant syndicat des acteurs.

STORMY WEATHER (La Symphonie magique) – Andrew L. Stone (1943)

«Don’t know why, there’s no sun up int he sky… Stormy Weather, since my man and I ain’t together… keeps raining all the time…» Ainsi commence l’une des plus jolies chansons de l’histoire du jazz chantée ici par Lena Horne et qui donne son titre au film. Film de jazz, film de danse, Stormy Weather est un moment extrêmement joyeux et entraînant, probablement la plus belle comédie musicale noire qui s’achèvera en une séquence explosive où les Nicholas Brothers, probablement les plus grands danseurs de Tap dance du monde, font une étourdissante démonstration de leur talent, à montrer impérativement à tous ceux que la danse inspire. Du pur bonheur !

SHOW BOAT – George Sidney (1951)

A la fin du XIXe siècle, le Cotton Blossom descend le Mississippi avec à son bord la troupe de music-hall itinérante menée par le capitaine Andy Hawks. La fille de ce dernier, Magnolia, rêve de devenir elle aussi comédienne, malgré l’opposition farouche de sa mère. Mais lors d’une escale dans un village, un événement dramatique va venir chambouler l’organisation de la petite compagnie…  Adapté d’un spectacle à succès de Jerome Kern et Oscar Hammerstein II, le film de George Sidney fait partie de ces superproductions musicales dont la MGM a le secret. Retour sur une œuvre-phare.  

THE PAJAMA GAME (Pique-nique en pyjama) -Stanley Donen et George Abbott (1957)

Sid Sorokin (John Raitt) est nommé inspecteur général à la fabrique de pyjamas « Sleep-tite ». Il s’éprend de Babe Williams (Doris Day) qui dirige le bureau des réclamations et fait partie du bureau syndical. Ce dernier réclame avec insistance une augmentation de sept cents et demi que le directeur, Hasler (Ralph Dunn), refuse de donner. Furieux, les ouvriers sabotent alors leur travail et Sid est obligé de renvoyer Babe mais il est décidé à vérifier les livres de comptes de la fabrique, gardés dans un coffre dont seule la comptable, Gladys (Carol Haney), a la clé. Sid séduit Gladys, vérifie les comptes et découvre qu’Hasler a en réalité fait figurer l’augmentation de sept cents et demi qu’il a toujours refusée. Il menace alors Hasler de tout révéler aux employés. Au cours du meeting syndical, Hasler annonce au personnel qu’il lui accorde l’augmentation tant réclamée. Babe rejoint alors Sid qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et avec qui elle va se marier. 

COVER GIRL (La reine de Broadway) – Charles Vidor (1944)

Pour un historien de cinéma, l’un des éléments les plus marquants de Cover girl est assurément le conflit de générations qui a marqué son tournage en 1943, même si cet affrontement n’a peut-être pas été perçu comme tel à l’époque. Une grande partie de l’équipe est en effet composée de vétérans du cinéma, qu’il s’agisse du réalisateur Charles Vidor, du chef opérateur Rudolph Maté, du compositeur Jerome Kern ou du parolier Ira Gerswhin. Quant aux chorégraphes Seymour Felix et Val Raset, ils sont nés respectivement en 1892 et 1900. Le décalage est donc grand entre leurs goûts et ceux de deux nouveaux venus : Gene Kelly, âgé de trente-et-un ans au moment du tournage, et Stanley Donen, qui n’en a même pas vingt.
Si les numéros mis au point par Felix et Raser s’inscrivent dans une double tradition – celle des revues de Broadway (The Show Must Go On, Sure Thing… ) et des films musicaux de Busby Berkeley (Cover Girl) – les séquences chorégraphiées par Kelly et Donen font preuve d’une grande modernité, en faisant notamment descendre le personnages de leur piédestal pour danser dans la rue. On sait que ce style « révolutionnaire », ébauché dans Cover Girl, fera plus tard le succès de films comme On the town (Un jour à New York) et Singin’ in the rain (Chantons sous La pluie)…

ROYAL WEDDING (Mariage royal) – Stanley Donen (1951)

Tourné pendant l’été 1950, le second film de Stanley Donen est avant tout un écrin pour le talent extraordinaire de Fred Astaire, parfaitement secondé ici par la charmante Jane Powell.
Amoureux sur scène, Tom et Ellen Bowen sont frère et soeur à la ville. Leur nouveau spectacle de Broadway remporte un tel succès qu’on leur propose bientôt de le présenter à Londres. Tous deux sont évidemment emballés à cette idée, même si cela implique pour Ellen de laisser à New York ses chevaliers servants. Les artistes s’embarquent donc pour l’Angleterre, où se prépare fébrilement le mariage de la jeune princesse Elizabeth…

HELLZAPOPPIN – H. C. Potter (1941)

Attention les yeux : sorti en 1941, Hellzapoppin n’a rien perdu de son impact. Totalement atypique, la transposition sur celluloïd du spectacle culte de Broadway défie les lois du genre, dans sa manière de mélanger justement tous les genres : le film emprunte à la fois au burlesque, à la satire, au cartoon, et même… à la comédie musicale – le tout mené à un rythme frénétique. Mais si les numéros chantés se succèdent ici, c’est pour mieux se démarquer de la concurrence en les émaillant de gags toujours plus « hénaurmes ». Il est même étonnant de voir à quel point le film peut se lire comme une parodie de la comédie musicale classique, avec son couple de jeunes amoureux aussi beaux que fortunés, montant un spectacle dans le vaste jardin de la propriété familiale… Le fait que cette partie de l’intrigue ait justement été exigée par le studio pour respecter les codes du genre n’en est que plus réjouissant. Olsen et Johnson, les deux créateurs du spectacle original, se servent en outre des moyens d’expression propres au cinéma pour ajouter de nouveaux effets comiques impossibles à obtenir au théâtre, faisant d’Hellzapoppin un film à part entière. Lequel influencera, bien plus tard, un autre classique du « musical loufoque », The Rocky Harrar Picture Show…

VINCENTE MINNELLI

Véritable magicien du cinéma, Vincente Minnelli a porté la comédie musicale à son point de perfection, ce qui ne doit pas faire oublier qu’il est l’auteur de quelques chefs-d’œuvre du mélodrame.   Tout le monde s’accorde à dire, fût-ce à des titres divers, que Vincente Minnelli est un des grands maîtres du cinéma. Dès ses débuts…

DADDY LONG LEGS (Papa longues jambes) – Jean Negulesco (1955)  

Dans Daddy long legs (Papa longues jambes), les raffinements du ballet parisien se mêlent à l’énergie du music-hall américain. Servi par la musique de Johnny Mercer, le film de Jean Negulesco marque l’unique rencontre à l’écran de deux légendes de la comédie musicale : le géant Fred Astaire et l’étoile Leslie Caron.  

PAL JOEY (La Blonde ou la Rousse) – George Sidney (1957)

Sortie en 1957, Pal Joey musicale de George Sidney bénéficie de la présence de trois grandes stars (Rita Hayworth – Frank Sinatra – Kim Novak), ainsi que d’une bande originale entièrement signée Richard Rodgers et Lorenz Hart. 

AN AMERICAN IN PARIS – Vincente Minnelli (1951)

Couvert d’oscars et de récompenses de toutes sortes, généralement porté aux nues, considéré souvent comme le plus grand « musical » de l’histoire du cinéma, Un Américain à Paris est le film qui a le plus contribué à la célébrité de Vincente Minnelli. Quand on parle de lui aux profanes, on peut se contenter de dire : c’est l’auteur de Un Américain à Paris. That’s Entertainment, laborieux film de montage, se termine, en apothéose, par son célébrissime ballet final. Un livre entier (The Magic Factory : How MGM Made An American in Paris), a été consacré au tournage. Tous les collaborateurs du film en parlent avec des sanglots dans la voix. Et pourtant, nous restons sur une étrange impression de réserve, car il s’agit d’un des films les plus inégaux de son auteur. Si le ballet final, maintes fois célébré, n’a rien perdu de son éclat, il  faut pourtant nuancer sur le reste et si, finalement, Un Américain à Paris était un des films les moins personnels de Minnelli ? Si sa réputation était, en partie du moins, usurpée ?