La Comédie musicale

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

Satire de l’industrie du rêve, ce film de 1937 fait de James Cagney un danseur à succès tenté par une carrière à l’écran. Un rôle qui n’est pas sans rappeler son propre parcours. Le film, qui est une satire sur les faiblesses de l’industrie cinématographique, s’est effondré dans les salles de cinéma, provoquant la fermeture récente du Grand National indépendant (Poverty Row), qui avait considérablement dépassé son budget pour faire le film, en fermant ses portes en 1940. Quand, à 80 ans, on a demandé à James Cagney lequel de ses films – en dehors de Yankee doodle dandy (Le Joyeuse parade) – qu’il aimerait revoir, c’est le film qu’il a choisi.

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)
James Cagney, Evelyn Daw, William Frawley, Gene Lockhart

Pour les cinéphiles, le nom de James Cagney évoque instantanément des images de truands arrogants et sadiques, et l’idée de le rapprocher de son contemporain Fred Astaire ne viendrait assurément à personne. Et pourtant, si Cagney n’a jamais été considéré à Hollywood comme « le roi du musical », il en a néanmoins été un représentant très apprécié. La légende voudrait que l’acteur ait appris dès l’enfance à faire des claquettes sur les trottoirs de New York pour épater ses camarades. Ce qui est certain, c’est qu’il s’est montré aussi bon chanteur que danseur lors de ses débuts à Broadway, et qu’il n’a pas hésité à ouvrir une école de danse lors d’une période de vaches maigres. Les films musicaux tournés par Cagney au début de sa carrière révèlent chez lui une virtuosité étonnante, et l’on se dit que si le film noir n’avait pas été un genre jugé fort rentable par les dirigeants de la Warner, sa carrière aurait probablement capitalisé davantage sur son expérience des shows de Broadway. Something to sing about constitue donc un précieux témoignage sur cet « autre Cagney », et il n’est peut-être pas surprenant que, malgré sa décevante carrière en salles, ce film soit resté l’un des préférés de l’acteur.

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

Créée en 1936 par Edward Alperson, la compagnie Grand National fait partie des rares sociétés de production indépendantes qui se risquent à rivaliser avec les majors d’Hollywood. Spécialisée dans les films d’aventures et les westerns à petit budget, Grand National s’est fait rapidement une place sur le marché grâce au succès de son cow-boy chantant Tex Ritter. Mais l’ambitieux  Alperson n’entend pas en rester là, et il n’hésite pas à approcher James Cagney lorsque celui-ci parvient à se libérer, par voie de justice, du contrat peu satisfaisant qui le liait à la Warner. Le fait qu’une telle star accepte de travailler pour son modeste studio constitue une aubaine pour Alperson, qui lui fait tourner en octobre 1936 le film de gangsters Great guy (Ennemis publics). Le succès étant au rendez-vous, un deuxième projet, intitulé Angels with dirty faces (Les Anges aux figures sales), est immédiatement proposé à l’acteur. Mais il s’agit à nouveau d’un thriller, et James Cagney, lassé des rôles de « dur à cuire », préfère opter pour une comédie musicale, genre qu’il n’a plus exploré depuis Footlight Parade, en 1933.

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

La réalisation de Something to sing about est confiée à Victor Schertzinger, artiste aux multiples talents puisqu’il est également l’auteur de l’histoire originale et des chansons du film. C’est également lui qui fait engager pour le principal rôle féminin une soprano de vingt ans, Evelyn Daw, qu’il vient de découvrir au sein du Philharmonique de Los Angeles (il s’agit du premier film de la jeune femme, qui n’en tournera qu’un second avant de poursuivre sa carrière sur scène).

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

La distribution comprend par ailleurs deux seconds rôles réputés, William Frawley et Gene Lockhart, qui interprètent respectivement l’attaché de presse Hank Meyers et le producteur B.O. Regan – lequel constitue une caricature transparente des grands manitous Jack Warner et Louis B. Mayer. Le rôle de la star Steffie Hajos, dont le nom n’est pas sans rappeler celui de la célèbre patineuse de la Fox Sonja Henie, est confié à Mona Barrie, une actrice anglaise venue du théâtre, et Kathleen Lockhart, épouse de Gene à la ville, campe une échotière à la Hedda Hopper. Quant au domestique Ito, il est incarné par Philip Ahn, un Américain d’origine coréenne qui sera le premier acteur asiatique honoré par une étoile sur le Hollywood Walk of Fame…

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)

Première œuvre de prestige de Grand National, Something to sing about bénéficie d’un budget nettement supérieur à celui des productions habituelles du studio – même s’il reste fort modeste comparé aux sommes colossales investies par les majors. Tourné au début de l’été 1937, le film comporte cinq séquences musicales bâties sur les chansons de Victor Shertzinger. L’une d’elles voit James Cagney danser sur le pont d’un bateau avec le chorégraphe du film, Harland Dixon, et Johnny Boyle – deux valeurs sûres du music-hall qui furent autrefois ses professeurs quand il dansait à New York. Par ailleurs, l’acteur a le privilège de répéter certains numéros avec un autre danseur de Broadway devenu lui aussi une star de l’écran, Fred Astaire… Mais en dépit de ces efforts, la sortie de Something to sing about, le 30 septembre 1937, se solde par un échec cuisant, dont Grand National ne se remettra pas (le studio fera faillite en 1940). Déçu, James Cagney accepte alors une offre alléchante de la Warner, et c’est pour son ancien studio qu’il tournera finalement en 1938 le thriller Angels with dirty faces.

SOMETHING TO SING ABOUT (Hollywood Hollywood) – Victor Schertzinger (1937)
Programme musical (sélection)
Fiche technique du film

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