VISAGES FAMILIERS DU CINÉMA FRANÇAIS (partie 2)

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de l’Occupation à de nombreux jeunes acteurs de se révéler au public. La plupart rapidement au vedettariat au cours des années 50, mais si on excepte quelques chefs-d’œuvre fulgurants, Ils seront souvent mal employés.

PIERRE FRESNAY, en 1945, fut victime de la campagne déclenchée contre Le Corbeau, où il avait trouvé son meilleur rôle, avec celui du capitaine de Boieldieu de La Grande Illusion. Il était alors au sommet de sa gloire, un des tout premiers acteurs français, après une première carrière, qui comprenait entre autres le Marius (1931) de Korda et sa suite, La Dame aux camélias (1934) d’Abel Gance, Adrienne Lecouvreur (1938) de L’Herbier et L’Assassin habite au 21 (1942) de Clouzot. Après quelques mois d’interdiction succédant à quelques semaines de séjour à Fresnes, il effectuait sa rentrée dans Fille du diable (1945) de Decoin et retrouvait rapidement sa place au premier rang des vedettes françaises. De nouveaux triomphes personnels l’attendaient, dans des films parfois inégaux. Parmi ceux-ci, on doit rappeler sa mémorable composition de saint Vincent-de-Paul, dans le Monsieur Vincent (1947) de Maurice Cloche écrit par Jean Anouilh ou son savoureux Offenbach de La Valse de Paris (1949) de Marcel Achard. Son meilleur rôle de cette seconde période fut sans doute celui de Dieu a besoin des hommes (1950) de Delannoy. Après cela, le niveau des films dans lequel il parut commença à baisser. On peut encore retenir le curieux Défroqué (1953) de Léo Joannon et le vieux marquis des Aristocrates (1954) de Denys de la PatelIière. Fresnay, qui avait débuté à la Comédie-Française et continué de jouer au Boulevard, retourna au théâtre. II fit d’admirables créations, surtout Le Neveu de Rameau de Diderot et Mon Faust de Valéry, dont la télévision a gardé le souvenir. Il mourut en 1975, à Paris (où il était né en 1897).

DANIELLE DARRIEUX (née à Bordeaux en 1917) avait été une des grandes vedettes d’avant-guerre et de l’Occupation grâce à des films comme Mayerling (1936) de Litvak où elle incarnait une inoubliable Marie Vetsera, ou à ceux qu’elle interpréta sous la direction de son mari Henri Decoin, Retour à l’aube (1938), Battements de cœur (1939) et Premier Rendez-vous (1941). Elle avait excellé dans des rôles de jeunes filles modernes, enjouées et mutines, mais qui finissaient toujours par tomber dans les bras du beau jeune premier. Dotée d’une voix agréable, elle susurrait souvent de jolies mélodies, un peu sirupeuses comme le voulait le goût de l’époque et généralement promises à un grand succès, comme la célèbre « chamade » de Battements de cœur. Après trois ans d’interruption, Danielle Darrieux revint à l’écran en 1945, pour une seconde carrière encore plus brillante que la première. Épanouie, mûrie, ayant pris de l’autorité, c’est alors qu’elle interpréta quelques-uns de ses plus beaux rôles, comme la reine de Ruy Blas (1947) dans le film de Cocteau et Pierre Billon ou la fantasque Amélie de Feydeau, dans Occupe-toi d’Amélie (1949) d’Autant-Lara. Mais c’est surtout grâce à Ophuls qu’elle put se surpasser, dans La Ronde (1950), Le Plaisir (sketch de La Maison Tellier d’après Maupassant, 1951) et surtout l’exquise Madame de (1953) d’après Louise de Vilmorin, où elle était une épouse frivole qui finissait par mourir d’amour. Elle fut également remarquable dans La Vérité sur Bébé Donge (1951) où elle retrouvait Decoin, dont elle avait divorcé dix ans plus tôt et dans Le Bon Dieu sans confession (1953) d’Autant-Lara. Elle est décédée en octobre 2017.

PIERRE BRASSEUR (1905-1972) tourna beaucoup et aussi de temps en temps n’importe quoi avant de parvenir à imposer son talent exceptionnel. Réserve faite de la gifle mémorable du Quai des brumes (1938) de Carné, ce n’est qu’avec les années 40 qu’il commença à trouver l’occasion de s’employer. Ce fut surtout grâce à Jacques Prévert qui écrivit pour lui quelques rôles sur mesure, destinés à mettre en valeur un abattage extraordinaire. On en eut un premier aperçu avec le peintre alcoolique de Lumière d’été (1942), le meilleur film de Grémillon, où il éclipsait ses nombreux et remarquables partenaires. Mais c’est l’année suivante qu’il allait rencontrer le rôle de sa vie, avec le fameux Frédérik Lemaître des Enfants du paradis (1943-1945), le chef-d’œuvre de Carné-Prévert. Dans cette évocation d’un « monstre sacré » du romantisme, il fut éblouissant, truculent et gouailleur à la fois, émouvant et sobre quand il le fallait, bref acteur complet et génial. Après cela, il parut presque effacé dans Les Portes de la nuit (1946) de Carné-Prévert, bien qu’il y fût excellent, mais eut l’occasion d’un nouveau grand numéro dans Les Amants de Vérone (1948) de Cayatte-Prévert. Il fut aussi un savoureux Barbe- bleue (1951) pour Christian-Jaque et un héros de Sartre dans Les Mains sales (F, Rivers, 1951), Après un truculent Buridan dans La Tour de Nesle de Gance (1954), et un pittoresque Juju pour René Clair (Porte des Lilas, 1956), il incarna de nombreux rôles jusqu’à sa mort (Les Bonnes causes, Christian-Jaque, 1962), mais plus rien de très marquant. Il fut marié à Odette Joyeux, dont il eut un fils, le comédien Claude Brasseur.

SIMONE SIGNORET (née Simone Kaminker en 1921, à Wiesbaden et morte en 1985 à Autheuil-Authouillet (Eure)) fut une des premières jeunes actrices à s’imposer comme vedette au lendemain de la Libération. Figurante et secrétaire du journaliste Jean Luchaire sous l’Occupation elle décrocha quelques petits rôles, avant d’être lancée par les films d’Yves Allégret, son premier mari, Les Démons de l’aube (1945) et surtout Dédée d’Anvers (1947) qui fit d’elle une grande vedette, dans un rôle pourtant assez conventionnel de fille de maison close, emploi qu’elle tint plusieurs fois dans sa carrière. Elle fut également fille « mauvaise femme », ambitieuse et sans scrupule dans Manèges (1949), film très noir, le dernier qu’elle fit pour Yves Allégret, dont elle divorça peu après. Après deux ou trois films anglo-saxons sans intérêt, et quelques productions françaises très médiocres, on la retrouva dans La Ronde (1950) d ‘Ophuls et surtout dans son plus grand rôle, Casque d’Or (1951), le chef-d’œuvre de Jacques Becker. Faisant un curieux couple avec Serge Reggiani, elle y était belle, simple et émouvante, dans son personnage de fille du peuple, amoureuse et heureuse de vivre. Malheureusement, ni Thérèse Raquin (1953) de Carné, ni Les Diaboliques (1954) de Clouzot, ni La Mort en ce Jardin (1956) de Buñuel n’eurent la même valeur. Avec un film anglais assez moyen de Jack Clayton, Les Chemins de la haute ville (Room at the Top, 1958), Simone Signoret obtint un Oscar. Puis elle vieillit et changea d’emploi, tirant un parti parfois un peu appuyé des changements physiques apportés par le passage des ans. Mariée à Yves Montand, elle le suivit dans ses prises de position politiques. On lui doit un livre de souvenirs : « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. »

JEAN MARAIS (né en 1913 et décédé en 1998), grande révélation du cinéma de l’Occupation avec L’Éternel Retour (1943), fut pendant plusieurs années le jeune premier idéal du cinéma français. Son nom demeure étroitement lié à celui de Jean Cocteau, et c’est au cinéaste-poète qu’il doit le meilleur de sa carrière. Prince charmant et monstre émouvant dans La Belle et la Bête (1945), « ver de terre amoureux d’une étoile » dans Ruy Blas (1947), anarchiste épris de sa victime dans L’Aigle à deux têtes (1947), enfant gâté des Parents terribles (1948), poète maudit d’Orphée (1949), cette série de rôles incomparables lui valut une popularité comme il y en eut peu dans le cinéma français. Sa voix étrange et sa blondeur irrésistible en firent l’enfant chéri de plusieurs générations de spectatrices. Tout cela achevait d’irriter une critique qui le bouda longtemps et fut longue à lui reconnaître un talent qui pourtant était réel. D’autres cinéastes que Cocteau surent l’utiliser, de Christian-Jaque (Voyage sans espoir, 1943) à Jean Renoir (Elena et les hommes, 1956) en passant par René Clément (Le Château de verre, 1950) et Yves Allégret (Nez-de-cuir, 1951). Jean Marais se reconvertit ensuite avec bonheur dans le film de cape et d’épée, sous la direction d’André Hunnebelle : Le Bossu (1959), Le Capitan (1960), Le Miracle des loups (1961). Son dernier grand rôle fut dans Peau d’âne (1970) de Jacques Demy.

MARTINE CAROLE, née Maryse Mourer (1920-1967), fut pendant une dizaine d’années la star d’une période un peu creuse du cinéma français. Blonde, éclatante, un rien de vulgarité qu’excusait un côté bonne fille, elle parut dans de nombreux films, souvent médiocres, mais dont elle assurait le succès. Un succès qu’elle poursuivit pendant des années, entre ses débuts (1943) et sa consécration en 1950, par tous les moyens : un faux suicide, des idylles tapageuses, un grand sens de la publicité. En 1950, ce fut enfin Caroline chérie, assez platement réalisé par Richard Pottier, mais l’héroïne du best-seller de Cecil Saint-Laurent, au prénom prédestiné, semblait avoir été inventée pour elle. Son charme blond, appuyé par des dialogues impertinents d’Anouilh, fit merveille. Plus tard, mariée à Christian-Jaque, elle interpréta pour lui une série de films, bâtis à peu près sur le même principe : Lucrèce Borgia (1952), Madame du Barry (1954), Nana (1955). Ce furent ses plus grands succès commerciaux avec un niveau au-dessus, Les Belles de nuit (1952) de René Clair. Il est permis de juger plus intéressante son interprétation dans un film méconnu de Lattuada, La Pensionnaire (La Spiaggia, 1954). Enfin, elle restera toujours dans le souvenir des cinéphiles, grâce à un seul film, mais quel film ! Lola Montès (1955), le chef-d’œuvre sans égal de Max Ophuls, où, brune pour une fois, elle confirmait un vrai talent qui soutenait une photogénie éclatante. Ensuite, ce fut le déclin rapide, les épreuves, les trahisons de la mode, bref une fin de carrière désolante, dénouée par une mort tragique. On peut encore en extraire un dernier film : Austerlitz (1960) d’Abel Gance, où elle incarnait Joséphine de Beauharnais.

FRANÇOIS PÉRIER (né en 1919 et mort en 2002), grâce à un personnage charmant de jeune premier fantaisiste, connut une très grande popularité dans les années 40. Entrevu dans Hôtel du Nord (1938) puis révélé au théâtre, c’est sous l’Occupation qu’il devint vedette, avec Lettres d’amour (1942), petit chef-d’œuvre méconnu d’Autant-Lara, Le Camion blanc (1942) de Léo Joannon ou Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs de Roland Tuai (1943). Il confirma les mêmes qualités d’esprit et d’intelligence dans Un Revenant (1946) de Christian-Jaque, Le Silence est d’or (1947) de René Clair ou dans Souvenirs perdus, de nouveau avec Christian-Jaque (sketch de Jeanson, 1950). Il étendit, avec un égal succès, son registre vers la gravité avec l’excellent film de Jean Faurez, La Vie en rose (1947) et avec Orphée (1949) de Cocteau, où il fut un étonnant Heurtebise. La suite de sa carrière fut plus décevante sauf Les Nuits de Cabiria (Le notti di Cabiria, 1956) de Fellini, et il se consacra surtout au théâtre où il continue de triompher.

SUZY DELAIR (née le 31 décembre 1916 à Paris) commença à la fois Comme figurante et Comme chanteuse de music-hall, débutant dans des établissements populaires parfois modestes. C’est dans un de ces lieux qu’il affectionnait que Clouzot la découvrit et prit sa carrière en main, en même temps qu’il allait partager sa vie une dizaine d’années environ. Il la fit débuter à la Continental en 1941, dans Le Dernier des six écrit par lui mais réalisé par Georges Lacombe, puis dans L’assassin habite au 21, qu’il réalisa lui-même en 1942. Dans l’un et l’autre, elle incarnait Mila-Malou, la petite amie volcanique de l’inspecteur Wens, joué par Pierre Fresnay. D’emblée, elle imposa ce personnage « d’une incroyable vulgarité », qui prenait sous la direction de Clouzot un style assez « flamboyant » (Jacques Siclier). Toujours avec Clouzot, elle eut son plus grand rôle, dans Quai des Orfèvres (1947), celui de la chanteuse Jenny Lamour trépidante sur scène, et dans la vie adorant son « biquet » (B. Blier). Un rôle où elle avait mis beaucoup d’elle-même, de ses souvenirs de début et de sa vie avec Clouzot (on se souviendra de son numéro: « Avec son tralala » ). Elle fut aussi Lady Paname (1949) pour Henri Jeanson, dans sa seule mise en scène, un personnage assez voisin du précédent et la partenaire de Laurel et Hardy dans leur dernier film, Atoll K (1951). La même année elle faisait un duo irrésistible avec François Périer, dans le sketch de Jeanson réalisé par Christian-Jaque pour Souvenirs perdus. Dans le registre dramatique, son plus grand rôle fut celui de la fille cynique de Pattes blanches (1948), chef-d’œuvre encore trop ignoré de Grémillon. Par la suite, il faut encore mentionner Gervaise (René Clément, 1955) et Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli, Visconti, 1960). Simultanément, Suzy Delair poursuivait une brillante carrière au théâtre, lyrique particulièrement. Mais on doit regretter que le cinéma français n’ait pas su employer davantage ce tempérament dramatique exceptionnel, fait d’une authentique verve populaire.

MICHELINE PRESLE est née Micheline Chassagne à Paris, en 1922. Elle connut ses premiers succès au début de la guerre et de l’Occupation avec Paradis perdu (1939) de Gance et La Comédie du bonheur (1940) de L’Herbier. Ce furent ensuite deux films du même, Histoire de rire (1941) et La Nuit fantastique (1942), suivis de deux créations importantes qui ne sortirent qu’après la Libération, Félicie Nanteuil (1942) de Marc Allégret et Falbalas (1944) de Jacques Becker. Jeune fille ou jeune femme, parfois hésitant entre les deux, tous ses personnages sont marqués de sa forte personnalité et d’un talent aussi heureux dans le registre comique que dans le dramatique. Ces qualités se confirmèrent dans le fameux Diable au corps (1946), d’Autant-Lara, ou dans L’Amour d’une femme (1953) de Grémillon. Les Américains la remarquèrent et elle fut engagée à Hollywood où elle ne fit pas grand-chose, sauf « le plus mauvais film de Fritz Lang » (Pierre Rissient). Par contre, elle fut excellente dans un fameux film anglais de Losey, L’Enquête de l’inspecteur Morgan (Chance Meeting, 1959). Longtemps fiancée à Louis Jourdan, elle fut aussi mariée avec Bill Marshall, ex-mari de Michèle Morgan.

BERNARD BLIER (né en 1916 et décédé en 1989) a imposé sa rondeur joviale dans d’innombrables films. Élève de la classe de Louis Jouvet au Conservatoire, il débute au théâtre et décroche quelques petits rôles au cinéma à la veille de la guerre (Hôtel du Nord, Le Jour se lève). Il atteint le vedettariat pendant l’Occupation, dans plusieurs films où il impose une drôle de silhouette de jeune premier maigre (à cause des restrictions) et au front dégarni. On le découvre ainsi dans L’Assassinat du Père Noël (1941) et La Symphonie fantastique (1941) de Christian-Jaque, dans La Nuit fantastique (1941) de L’Herbier, dans Marie Martine (1942) d’Albert Valentin et dans Les Petites du quai aux Fleurs (1943) de Marc Allégret. Après la guerre, sa silhouette s’épaissira progressivement de film en film, ce qui ne l’empêche pas de garder la vedette jusqu’aux abords de la quarantaine, dans des œuvres aussi diverses que Orfèvres (Clouzot, 1947), L’Ecole buissonnière (Le Chanois, 1948), Sans laisser d’adresse (Le Chanois, 1950) ou Le Dossier noir (Cayatte, 1955). L’âge venu, Bernard Blier deviendra un remarquable acteur de composition, dans les registres les plus variés, passant du drame à la comédie avec le même succès, et ses rôles ne se comptent plus. Il excelle dans la méchanceté où son apparente bonhomie lui permet de saisissantes créations. Il a été plusieurs fois dirigé par son fils, le réalisateur Bertrand Blier Buffet froid 1980.

DANIÈLE DELORME (Danièle Girard) a débuté à seize ans, dans de petits rôles que lui confiait Marc Allégret dans ses films. Elle se fit remarquer dès Les Petites du quai aux Fleurs, (1943), aux côtés d’un autre débutant Gérard Philipe. Après quelques silhouettes encore épisodiques dans divers films, elle fit ses débuts de grande vedette grâce à Colette, qui la choisit pour incarner Gigi (1949) dans la version de Jacqueline Audry. Encadrée de deux fameux monstres sacrés, Gaby Morlay et Yvonne de Bray, elle était parfaitement à l’aise, et ce fut la gloire immédiate. Son physique et sa voix de ravissante ingénue, un peu acide, firent merveille dans toute une série de films de valeur malheureusement inégale. A part Miquette et sa mère (1949), seule tentative comique de Clouzot, les meilleurs furent encore ceux de la série de J. Audry-Colette : Minne, l’ingénue libertine (1950) et Mitsou (1956), On peut aussi y ajouter Sans laisser d’adresse (Le Chanois, 1950), La Jeune Folle (Y. Allégret, 1952) et Voici le temps des assassins (Duvivier, 1955). D’abord mariée à Daniel Gélin, elle épousa ensuite le réalisateur-producteur comédien Yves Robert, dont elle partage les activités. Productrice avisée, on ne compte plus ses succès. De temps à autre on la retrouve dans un film, toujours étonnamment juvénile, notamment dans les œuvres de son mari (Un Eléphant ça trompe énormément, 1976).

DANIEL GÉLIN (né en 1921 et décédé en 2002) a mis près de dix ans avant de devenir un des jeunes premiers les plus aimés du public des années 50. Quasi-figurant à la veille de la guerre, il obtient quelques bouts de rôle, souvent minuscules, pendant l’Occupation. On l’entrevoit ainsi dans Premier Rendez-vous (1941) de Decoin ou dans Lucrèce (1942) de Léo Joannon. Après 1945, ses rôles s’étoffent dans des films secondaires comme Martin Roumagnac (1946) de Lacombe ou Le Mannequin assassiné (1947) de Pierre de Hérain. En 1949, Jacques Becker en fait une vedette, en lui confiant le rôle principal de Rendez-vous de juillet, son grand film sur la jeunesse d’après-guerre. Son succès personnel est très grand, et le pose en rival de Gérard Philipe alors en pleine gloire. Leur confrontation dans La Ronde (1950) d’Ophuls, semble même tourner à son avantage. Plusieurs bons films vont achever de consacrer Daniel Gélin qui, dans la vie, forme avec Danièle Delorme le nouveau couple-vedette du cinéma français. Ce sont d’abord deux délicieuses comédies de Jacques Becker, son metteur en scène fétiche : Édouard et Caroline (1950) et Rue de l’Estrapade (1952). Ce sont aussi le grand succès de Delannoy, Dieu a besoin des hommes (1950), le troisième sketch (Le Modèle) du Plaisir d’Ophuls (1951) et Napoléon de Guitry (1954), dans lequel il incarne Bonaparte jeune. Comme réalisateur, Daniel Gélin a dirigé Les Dents longues (1952), avec Danièle Delorme et lui-même en vedettes, film qui n’était pas sans qualités.

DANY ROBIN (née en 1927) commença par décrocher un premier prix du Conservatoire de danse et se produisit à l’Opéra. Puis elle étudia la comédie et décrocha également un premier prix de Conservatoire. Marc Allégret la fit débuter dans un petit rôle de Lunegarde (1944), puis on la remarqua dans Les Portes de la nuit (1946) de Carné et dans une scène du Silence est d’or de Clair (1946). Le public apprécia rapidement son jeu aigu et son physique de blonde ingénue souriante. Elle forma longtemps un couple idéal avec Georges Marchal, beau jeune premier à la mode, et tourna de nombreux films, où malheureusement les chefs-d’œuvre sont rares. De son abondante filmographie, il faut retenir : Les Amoureux sont seuls au monde (Decoin, 1947), La Soif des hommes (S. de Poligny, 1949) en compagnie de Georges Marchal et de la pathétique Andrée Clément, Deux Sous de violettes (1951), un film réalisé par Jean Anouilh, trop oublié des historiens, La Fête à Henriette (Duvivier, 1952), Julietta (1953), jolie réussite de Marc Allégret d’après Louise de Vilmorin, Frou-Frou (Genina, 1954). Dans Napoléon (1954) de Guitry, elle était Désirée Clary, la fiancée abandonnée de Bonaparte. Plus tard elle fut la partenaire de Peter Sellers, dans un film anglais tiré d’une pièce d’Anouilh, Les Femmes du général (The Waltz of the Toreadors, 1962). Elle fut aussi une des rares Françaises à avoir l’honneur d’être dirigée par le grand Hitchcock dans L’Etau (Topaz, 1969).

A voir également

VISAGES FAMILIERS DU CINÉMA FRANÇAIS (partie 1)

 

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  1. Marcorèle dit :

    Beau florilège. Merci. 🙂

    J'aime

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