LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936)

Pour son allant, son utopie réalisée (même si elle ne dure que le temps d’une saison) et son vin gai, cette Belle Equipe procure une griserie intacte. Cinq camarades, des ouvriers au chômage et un réfugié espagnol, partagent un pactole gagné à la Loterie nationale pour rénover un lavoir en ruine au bord de la Marne et le transformer en guinguette. Chacun retrousse ses manches, tous se serrent les coudes. Belle union, sans défection. Le film respire à pleins poumons l’esprit du Front populaire. Rêve collectiviste, solidarité, fraternité, il n’est question que de ça. Dans l’allégresse, puis la désillusion. Le film est peu amène avec les femmes — soit garces dangereuses, soit ménagères nourricières. Duvivier n’est pas Grémillon. Mais ce que l’auteur de Panique montre de l’amitié amoureuse a peu d’équivalent. C’est plus qu’une bande de copains, d’abord : une communauté joyeuse et conquérante, batailleuse, presque guerrière — le drapeau planté sur la guinguette l’atteste. Aimos, plus titi que lui tu meurs, cabotine avec génie. Gabin, lui, est ­immense. Chaleureux, fiévreux, fédérateur. Entraînant comme la valse musette de légende Quand on s’promène au bord de l’eau. Le film est, désormais, montré avec sa fin unique, tragique, fataliste, voulue par Duvivier, et non, comme ce fut longtemps le cas, avec une autre fin, d’un optimisme forcé. [Jacques Morice – Télérama]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

C’est vraisemblablement à l’automne 1935 que l’idée du film est née dans l’esprit de Charles Spaak à qui Duvivier, parti à Prague tourner Le Golem, a demandé de réfléchir à un sujet original. Petit à petit, se développe l’histoire d’un groupe de copains qui, gagnant à la Loterie Nationale, s’associent pour ouvrir une guinguette. A la même époque, Spaak travaille déjà, avec Jean Renoir, à ce qui deviendra, en 1937, La Grande illusion et l’on a souvent dit que Renoir aurait souhaité échanger ce sujet contre celui de La Belle équipe. (…) Le scénario de la future Belle équipe a pour titre « Jour de Pâques », allusion au jour d’ouverture de la guinguette. Très tôt, le choix des deux acteurs principaux est fixé : dès février 1936, Jean Gabin et Charles Vanel sont annoncés dans la presse. Ils gardent d’ailleurs leurs propres prénoms dans le film. Pour le premier rôle féminin – Gina, épouse de Charles – il aurait été question, paraît-il, d’engager Edwige Feuillère ou… Marlene Dietrich ! Ce projet, s’il a été réellement conçu, n’a guère dû sortir du domaine de l’utopie… Duvivier, ayant donné un petit rôle à Viviane Romance dans La Bandera, lui avait promis de lui en confier un plus important à l’avenir. Celle-ci se rappelle alors à son bon souvenir et obtient le rôle, qui sera décisif pour sa carrière. Après Gabin et Vanel, l’équipe de copains est complétée par Charles Dorat, Raymond Aimos et Raphaël Médina. [Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Ouvriers, paysans, petits employés n’ont jamais intéressé le cinéma au même titre. Les paysans sont les éternels oubliés parce que (…) les zones rurales ne permettent pas de bonnes recettes. Et puis, pensent les producteurs et bien des auteurs, en dehors des heures de travail, le Français moyen ne veut-il pas avant tout se changer les idées ? Voir Fred Astaire danser dans un palace, n’est-ce pas plus distrayant que retrouver « la chaîne » ? Il serait cependant faux de croire que le peuple n’apparaît jamais au cinéma. Quels films ? Quel peuple ?  Tourné pendant le bel été 36, sorti à la mi-septembre, La Belle équipe de Julien Duvivier et Charles Spaak (co-scénariste, dialoguiste) est peut-être le film le plus inspiré par l’esprit des événements, sans qu’on puisse cependant lui accoler l’étiquette « politique ». [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

On retrouve dans ce film toute la mythologie de 36 : la solidarité ouvrière : éveillée par les paroles de Jean, elle est symbolisée par la construction de la guinguette, la mise en commun de l’argent, la nuit passée sur le toit à retenir les tuiles menacées par l’orage. L’affiche du film représente cinq silhouettes se tenant par la main. Un nom doit être trouvé pour la propriété commune, ce petit phalanstère comme un siècle plus tôt en rêvait Fourier. « Chaque citoyen (étant) président », elle s’appellera « Chez nous ». L’enseigne qui l’illustre est encadrée de deux mains qui se serrent, le symbole de la C.G.T. (est-ce volontaire ?). La solidarité s’exerce aussi envers le cinquième, Mario, réfugié politique espagnol, amoureux d’Huguette. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Elle s’oppose enfin à l’égoïsme méprisant des propriétaires : le patron de l’Hôtel du roi d’Angleterre, pour qui les chômeurs sont « un tas de fainéants qui cherchent du travail en priant le bon Dieu de ne pas en trouver» ; ou encore le prêteur-vendeur du terrain qui se voit devenir le véritable patron de la guinguette : « alors, qu’est-ce que vous attendez pour prendre une truelle ? » et dont les fesses sont menacées par des pieds d’ouvriers. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Le rêve d’ascension sociale : la propriété reste un but, la mise en commun n’étant qu’un moyen: « De l’eau, un potager et puis une p tite maison au milieu… Ça va ? » Le jour de l’inauguration, Jean et Charlot (Charles Vanel) sont tout fiers de s’entendre appeler « patrons » par le cuisinier ; leurs portraits en pied trônent près de l’enseigne. C’est le rêve classique et toujours actuel du petit propriétaire indépendant et « pépère ». [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Les loisirs : une grande affiche au début du film semble narguer les chômeurs mais est un appel aux « congés payés » : « Pourquoi se morfondre à Paris ? Stockez de la santé parmi les neiges éternelles. » Beaucoup plus accessible déjà, le dimanche à la campagne explique le choix de la guinguette. Le jour où Tintin (Aimos) veut planter le drapeau, il invite ses anciens copains de l’usine. Jeunes gens et jeunes filles arrivent à pied ou en canots pour danser et s’amuser. L’une fait même de la gymnastique en chemin parce que sa mère lui a dit de bien profiter de la campagne. Le générique sur fond d’arbres filmés en contre-plongée à partir d’un canot glissant au fil de l’eau nous mettait déjà dans l’ambiance. Duvivier et Spaak l’opposent à la première séquence, des petites ouvrières fabriquant des fleurs artificielles. La fameuse chanson interprétée par Gabin de son ton gouailleur le jour du drapeau est un petit chef-d’œuvre en même temps que le leitmotiv du film (paroles de Julien Duvivier et Louis Poterat, musique de Maurice Yvain). [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Le jour de Pâques, je jour de l’inauguration officielle, le drame éclate : Gina furieuse de se voir repoussée par Jean, vient « embobiner » le faible Charlot que Jean abat au cours de la dispute qui s’ensuit. Peut-on comparer « la guinguette collectiviste » selon l’expression de Vinneuil, à la coopérative du Crime de Monsieur Lange ? Pas vraiment. La coopérative représente une conviction profonde, « militante », des auteurs, Renoir et le Groupe Octobre. La Belle équipe basée sur le « deus ex machina » du billet de Loterie ne songe jamais à faire œuvre critique de la société, par exemple, à propos du chômage. Même Mario, l’exilé politique, ne pense guère à l’Espagne ; son statut de paria ne sert qu’au scénario. Le ressort principal est la fatalité, comme dans de nombreux films de l’époque (l’équipe Carné-Prévert), en particulier ceux de Duvivier-Spaak : La Bandera, plus tard Pépé le Moko donnent au héros une fin tragique. Par ailleurs, toute la carrière de Duvivier le montre comme un cinéaste pessimiste ; les scènes où l’on voit la grand-mère d’Huguette rendue à la solitude lorsque sa petite-fille part avec Mario, ne sont pas spécialement gaies. Charles Spaak a souligné que sa volonté était de raconter une histoire individuelle, non de tirer une leçon de portée générale ; « le sujet de La Belle équipe entrait davantage dans le tempérament et dans les idées de Renoir que dans ceux de Duvivier qui n’était pas un metteur en scène très engagé, très brillant mais (…) dont les idées politiques étaient très flottantes ». Renoir était prêt à céder La Grande illusion à Duvivier pour tourner La Belle équipe, mais finalement Duvivier n’y consentit point. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Alors si la presse de droite n’aime pas le scénario, que Gringoire apprécie la réalisation, les journaux de gauche hésitent. Le Canard regrette trop d’argot (!), L’Humanité critique l’apparente condamnation d’un « essai de collectivisme », La Flèche déplore que ce bon film ne soit qu’un fait divers par manque de portée révolutionnaire, accusant la fatalité, non le cadre social. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Or, curieusement, l’histoire de La Belle équipe continue là où celle des autres films échappe en général à l’auteur. Le public boude… Les producteurs, s’y attendant, avaient demandé à Duvivier et Spaak d’avoir une fin de rechange dans laquelle l’amitié de Charlot et Jean résiste au piège de Gina. Montrée aux directeurs de salles lors de la première corporative, elle fut trouvée séduisante. Devant l’échec des premières projections, les deux auteurs acceptent de se rendre au verdict populaire. On choisit une salle de banlieue (Le Dôme, à La Varenne) et le public d’habitués du samedi soir, invité ~ rester gratuitement après la séance normale. A une écrasante majorité (305 voix sur 366 suffrages exprimés), la fin optimiste est préférée. La fin pessimiste sera néanmoins gardée pour l’exportation ; c’est à cela qu’on doit aujourd’hui de l’avoir conservée : la seule copie disponible est sous-titrée en allemand. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Cet exemple assez unique est symptomatique : le public d’alors à qui on présente souvent une fin tragique aime bien les fins heureuses. Et dans ce cas précis, les spectateurs populaires ont sans doute eu tendance à s’identifier aux personnages. C’est pourquoi il nous semble important d’insister sur La Belle équipe malgré les critiques de démagogie dont elle souffre par rapport aux œuvres de Renoir. Mais le temps qui a passé permet d’être aujourd’hui plus juste à l’égard de Duvivier. Pourtant celui-ci et Spaak ne se trompaient-ils pas ? Le public n’a-t-il pas eu raison en choisissant la fin « rose » ? Même si le télégramme du Canada apaisant la colère de Charles arrive un peu trop au bon moment (précédé de l’horloge, cadeau post-mortem de Tintin), la fin « rose » reste malgré tout, nous semble-t-il, plus logique par rapport à la psychologie des personnages. C’est Jean qui a l’idée de la guinguette et entraîne les autres à s’y installer ; c’est autant pour en sauvegarder la réalisation que par amitié pour Charles qu’il renonce à Gina. Serait-il logique qu’il sacrifie ce but au moment où il l’atteint et alors même que les accusations de Charles (avoir éliminé tous les autres pour rester seul propriétaire) sont insignifiantes par leur absurdité ? Le Jean de la fin heureuse est plus conforme au personnage, de loin le plus calme et le plus volontaire des cinq. Le véritable pessimisme réside davantage dans les emprunts effectués en douce par Jacques, Mario et Tintin qui mettent ainsi « Chez nous » sous la menace d’une hypothèque. [Le peuple au cinéma – Geneviève Guillaume-Grimaut – L’Avant-scène cinéma (n°450 – mars 1996)]

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ON SET – LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936)

La mise en scène, remarquable, sert particulièrement bien les instants de bonheur que l’on sait fragiles, que l’on voudrait prolonger. Le générique, déjà, promène le spectateur « au bord de l’eau » (sans la montrer), la caméra flânant sur les arbres. Lors des scènes de fête (à l’hôtel, dont les locataires trinquent ; lors de l’ouverture de la guinguette aux amis puis le jour de l’inauguration, à Pâques), la caméra relie les personnages, glisse d’un groupe à un autre, tissant des liens (illusoires) de fraternité, s’attarde sur le paysage. Ces longs plans sont merveilleux et la célèbre scène de la chanson de Gabin, où le soleil joue à travers les branches, est particulièrement belle et renferme une pointe de mélancolie (le mouvement descendant a commencé, et l’on sait ce bonheur éphémère), doublée aujourd’hui d’une poignante nostalgie. Le spectateur connaissant le film ne peut revoir non plus sans un serrement de cœur la découverte de la demeure en ruines sur laquelle les amis établissent leurs projets et leurs rêves. Jamais sans doute Duvivier n’aura montré à ce point de la tendresse envers ses personnages et leurs joies simples. [Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

On admire également, dans les scènes de la pension du « Roi d’Angleterre » l’utilisation du décor en coupe (signé Jacques Krauss) dans lequel Jean et l’hôtelier se jettent leurs griefs en descendant l’escalier, ou encore le rythme et l’agitation s’emparant des images au fur et à mesure que la nouvelle du billet gagnant se répand dans l’hôtel. Duvivier emploie, de façon modérée, les « effets » qu’il affectionne : le montage rapide d’une vingtaine de plans fixes à l’inauguration de la guinguette, une surimpression faisant apparaître le fantôme de Tintin. La musique attachante de Maurice Yvain laisse parfois place à l’utilisation humoristique d’hymnes populaires : La Marseillaise (lorsque Tintin atteint dans le distributeur le poudrier destiné à Huguette), La Marche Nuptiale (à l’entrée d’Huguette dans le bar), Le Chant du Départ (la nuit sur le toit). On n’oubliera pas, enfin, le dernier plan, sur la guinguette vide, accompagné, sur la bande sonore, de l’horloge sonnant comme un glas. [Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

Mais, une fois de plus chez le cinéaste, ce sont les femmes qui sont les principales responsables de la désagrégation de la Belle équipe, que ce soit sciemment (Gina) ou non (Huguette). C’est Huguette qui, involontairement, provoque la première faille dans le groupe : Jacques, amoureux d’elle, préfère partir au Canada plutôt que de provoquer la jalousie de son fiancé Mario. C’est encore elle qui, toujours sans le vouloir, révèle au gendarme la présence de Mario, sous le coup d’un avis d’expulsion, et que ses amis s’apprêtaient à cacher. Gina, quant à elle, est la vamp malfaisante classique : séparée de Charles, elle ne réapparaît que lorsqu’elle apprend qu’il a gagné à la Loterie. Elle séduit Jean et finit par le pousser à tuer Charles. La misogynie ambiante transparaît dans les dialogues : « Un nom de femme, ça fout la poisse », affirment les copains en cherchant comment baptiser la guinguette ; « Ce que les femmes disent ou rien… », estime Jean, proclamant aussi qu’un « bon copain, ça vaut mieux que toutes les femmes du monde entier »[Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance

On peut regretter, enfin, les inégalités de la distribution : si Gabin et Vanel sont excellents, et Aimos et Viviane Romance fidèles à eux-mêmes (savoureux), en revanche Raphaël Médina, Charles Dorat et Micheline Cheirel sont moins à l’aise. Leurs maladresses sont cependant équilibrées par le plaisir de retrouver dans de petits rôles ces fameuses « gueules » que sont Cordy, Granval, Maupi, Charpin. [Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002]

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LA BELLE ÉQUIPE – Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos et Viviane Romance
L’histoire et les extraits

Paris, années 30. Huguette (Micheline Cheirel), une jeune fleuriste est amoureuse de Mario (Raphaël Médina), un réfugié espagnol. Inquiété par la police, celui-ci trouve refuge dans la chambre de Charles (Charles Vanel) et de Jean (Jean Gabin), deux ouvriers au chômage, à « l’Hôtel du roi d’Angleterre ». En compagnie de Raymond (Raymond Aimos) dit « Tintin », un joyeux luron, et de Jacques (Charles Dorat), toute la bande fête l’anniversaire d’Huguette, avec les moyens du bord. La nuit suivante, Jean et Charles apprennent que le billet de la Loterie nationale qu’ils ont tous acheté en commun leur rapporte cent mille francs. Sous l’impulsion de Jean, et plutôt que de partir chacun de leur côté avec leur part du magot, ils décident de tout mettre en commun pour ouvrir une guinguette au bord de la Marne.

Ils achètent une baraque délabrée, et entreprennent eux-mêmes tous les travaux nécessaires, avec pour objectif d’ouvrir le jour de Pâques suivant. Gina (Viviane Romance), l’ancienne femme de Charles, vient réclamer sa part, que Charles lui refuse maladroitement. Jean, qui a remarqué que Jacques est tombé amoureux d’Huguette, lui fait comprendre qu’il doit choisir entre l’amour et le travail. Une nuit, une tempête manque d’emporter le toit de la guinguette, que l’équipe sauve par son acharnement et sa solidarité. Au matin, on découvre un mot d’adieu de Jacques, parti au Canada. Jean s’aperçoit que Charles a pris de l’argent dans la caisse commune pour le donner à Gina.

Il se rend chez cette dernière pour le lui reprendre. Elle le séduit. A la guinguette, un gendarme (Fernand Charpin) vient signifier à Mario qu’il doit quitter le pays. Ses camarades obtiennent pour lui un sursis, jusqu’à l’inauguration de la guinguette. Charles, venu lui proposer de reprendre la vie commune, découvre que Gina est la maîtresse de Jean. Le jour de l’inauguration de « Chez nous », nom trouvé par Huguette pour la guinguette, la grand-mère d’Huguette (Marcelle Géniat) donne à cette dernière sa bénédiction pour partir avec Mario. Alors qu’il danse sur le toit, Raymond fait un faux mouvement, tombe et se tue. Le soir, Mario et Huguette s’en vont.

Charles et Jean sont seuls, désormais, qui plus est séparés par Gina. Ils se réconcilient quand M. Jubette (Jacques Baumer), l’ancien propriétaire, vient faire reconnaître ses « droits » sur la guinguette, après avoir racheté leurs parts dans l’affaire à Mario, à Jacques et à Raymond. Ils le chassent sans ménagement. Sur leur lancée ils rendent visite à Gina pour lui dire adieu. Le jour de Pâques. Le frère de Tintin vient apporter à Jean et à Charles un « carillon Wesminster », cadeau posthume de Raymond. Gina arrive à la guinguette en compagnie d’un marlou.

Fin pessimiste : Jean « avoue » à Gina que tout est fini entre eux. Celle-ci s’en va relancer Charles. Elle le dresse contre Jean. Celui-ci survient, les deux hommes se heurtent. Jean tue Charles. Il se retrouve seul dans la guinguette désertée, tandis que le carillon sonne dans le vide. « C’était une belle idée. » 

Fin optimiste : Jean « avoue » à Gina que tout est fini entre eux. Celle-ci s’en va relancer Charles. Elle le dresse contre Jean. Celui-ci survient, et lit à Charles un télégramme venant du Canada, dans lequel Jacques leur souhaite bonne chance. Réconciliés, ils chassent Gina. L’inauguration de « Chez nous » peut enfin commencer.

La chanson Quand on s’promène au bord de l’eau, la plus célèbre du répertoire de Jean Gabin, est devenue, dans la mémoire collective, l’un des symboles du Front Populaire dont la victoire électorale, en mai 1936, coïncide avec le tournage de La Belle équipe, d’où la chanson est extraite. Par extension, le film sera fréquemment catalogué, lui aussi, comme « film du Front Populaire ». Tel n’était pas, pourtant, le but de ses auteurs, nous y reviendrons, même si certains thèmes du scénario reflètent effectivement l’air du temps.

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