LA BANDERA – Julien Duvivier (1935)

Après avoir découvert le roman de Pierre Mac Orlan, Gabin n’a plus qu’une idée en tête : incarner à l’écran le légionnaire Pierre Gilieth. Un rêve qui, grâce aux efforts conjugués de l’acteur et du cinéaste Julien Duvivier, finit par devenir réalité.

La Bandera tient une place importante dans l’Histoire du cinéma français, et ce, à plus d’un titre. En ce qui concerne Julien Duvivier, cette adaptation du roman de Mac Orlan marque en effet le début d’une période plus « personnelle ». Certes, en 1935, le réalisateur compte déjà à son actif une vingtaine de films. Mais il s’agissait la plupart du temps d’œuvres de commande. La Bandera ouvre au contraire une ère où Duvivier et Gabin vont se battre pour monter les projets qui leur tiennent à cœur : c’est ainsi que naîtront La Belle équipe et Pépé le Moko, qui assureront à leur metteur en scène une renommée internationale… Pour Gabin, le film où il interprète le légionnaire Pierre Gilieth s’avère plus décisif encore : à l’automne 1935, l’acteur passe soudain du statut de « jeune acteur qui monte » à celui de star. Et aujourd’hui, ce rôle reste emblématique de sa glorieuse période d’avant-guerre. Quant au film lui-même, le critique Eric Bonnefille rappelle dans son livre sur Duvivier que, tout en étant influencé par Morocco, de Josef von Sternberg (où Gary Cooper et Marlene Dietrich incarnent des personnages proches de ceux de Gabin et d’Annabella), La Bandera inspirera à son tour plusieurs films sur la Légion. Et même des chansons, comme celle où Edith Piaf évoque le soldat qui, avec « ses grands yeux très clairs », rappelle instantanément le héros joué par Gabin. « Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud… » [(Collection Gabin – Eric Quéméré – 2005)]

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Jean Gabin (Pierre Gilieth)

Lorsqu’ils font connaissance en 1934 avant le tournage de Maria Chapdelaine, Jean Gabin et Julien Duvivier se découvrent une admiration commune pour La Bandera, un roman de Pierre Mac Orlan sorti trois ans plus tôt. Rêvant tous deux de le porter à l’écran, Gabin et Duvivier décident d’acquérir ensemble les droits d’adaptation du livre, en espérant pouvoir convaincre une société de production de se lancer dans l’aventure. Ce sont finalement les producteurs de Maria Chapdelaine qui relèveront le défi. Car La Bandera est un film coûteux : non pas que Gabin soit déjà un acteur «cher» (il n’est encore qu’un jeune premier prometteur), mais la plus grande partie du roman de Mac Orlan se déroule au Maroc, où il faudra transporter toute l’équipe. Lorsqu’il se lance dans la préparation du film au printemps 1935, Duvivier prend donc soin d’engager aux côtés de Gabin d’autres comédiens susceptibles d’attirer le public, comme Robert Le Vigan qui connaît alors un triomphe dans Golgotha où il incarne le Christ. [(Collection Gabin – Eric Quéméré – 2005)]

Au-delà des enthousiasmes et des haines déclenchées par La Bandera à sa sortie et lors de sa reprise en 1959, on peut, en le revoyant aujourd’hui avec sérénité, reconnaître que ce film n’est, ni scénaristiquement, ni techniquement, très exaltant mais possède quelques réelles qualités. La première scène, située à Paris, s’ouvrant par un panoramique sur les toits, est très efficace : la gaieté un couple de noceurs est brutalement interrompue par l’exclamation de la femme qui, se frottant à Gilieth, découvre des traces de sang sur sa robe. La caméra remonte alors sur une plaque : Rue Saint-Vincent… L’épisode espagnol est, lui aussi, tout à fait réussi (extrait n°2) : la réalisation nerveuse, le montage, traduisent avec force l’angoisse de Gilieth sur le qui-vive. Quelques plans de rue, montrant, en plongée, Gilieth errant dans la foule ou fuyant un agent (tournés, on l’a vu, en caméra « cachée »), nous immergent dans une authenticité frappante. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan]

La Bandera est l’un des films où Duvivier développe de la façon la plus évidente le thème des faux-semblants, Gilieth (Gabin) évoluant, jusqu’au malaise, dans des univers mensongers : il côtoie, à Barcelone, des prostituées qui s’avèrent être des travestis, puis des français qui le trompent en prétendant être dans la même situation que lui. A la Légion, lieu par excellence des identités oubliées, il aura affaire à Lucas (Le Vigan) et « Le Ségovien » (Charles Granval), qui ont chacun une double personnalité. Le légionnaire dont le visage est tatoué d’une tête de mort participe, lui aussi, de cette ronde de masques. Le passé de « Planche-à-Pain » (Margo Lion) et de Aïcha (Annabella) (« Elle vient de Rabat. Elle a eu des ennuis, une histoire de poison ») sont maintenus dans un mystère se prêtant à diverses interprétations. Même les objets sont trompeurs : le tonneau, dans le fortin est tentant mais contient de l’eau empoisonnée…  [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan]

Le mot bandera signifie drapeau, bannière en espagnol et, par extension, désigne, dans la Légion espagnole, un bataillon, chacun possédant, justement, son propre drapeau. Le roman de Mac Orlan raconte le parcours d’un homme, Gilieth, qui, recherché pour meurtre en France, s’enfuit en Espagne, s’engage dans la Légion étrangère et se retrouve ainsi au Maroc. Mais il est poursuivi par un agent de la police espagnole, Lucas, qui cherche à obtenir la prime offerte et, pour cela, entre aussi dans la Légion. Gilieth épouse une danseuse, Aicha, et mourra dans un fortin assailli par des rebelles, après avoir fait la paix avec Lucas. Celui-ci sera le seul survivant du fortin. Mac Orlan écrivit son livre après avoir fait un séjour – pour un reportage – parmi les légionnaires espagnols à Dar Riffien, au Maroc, en 1929. Pour adapter le roman, Duvivier et Spaak s’assurent la collaboration de l’écrivain, qui précise : « Entre le roman et le film, la différence n’est pas grande. Duvivier a compris parfaitement l’atmosphère où se déroule un petit drame assez intime qu’il fallait transposer pour l’écran, en évitant d’employer la méthode psychologique qui convient à un roman. » En fait, si le scénario reste effectivement proche du livre, ont été abandonnées ou nettement allégées les parties où ne figure pas Gilieth – concession à Gabin, que l’on souhaite omniprésent à l’écran ? Ainsi, les rapports entre Aïcha et Lucas ne sont qu’à peine évoqués alors que, dans le roman, Lucas tombe follement amoureux de la jeune femme en l’absence de Gilieth. De même, la fin du livre qui en constitue pourtant la meilleure partie – disparaît dans le film : Lucas (alias Juan Moratin), revenu en Espagne, est renvoyé de la police qui lui reproche son incapacité à arrêter Gilieth et qui, par un mouchard, a appris son « histoire d’amour » avec Aïcha. Pendant quelques années, il vit de petits emplois, se fait surnommer… Gilieth, se marie, mais, obsédé par le passé, retourne s’engager dans la Légion. Auparavant, il aura revu une dernière fois Aïcha, qui a pratiquement oublié Gilieth : « Elle était très grasse et très lourde, des poches sous les yeux lui donnaient l’air d’avoir sommeil. Le beau visage d’adolescente était déformé par la graisse. » On peut regretter l’absence dans le film de ces épisodes qui constituaient pourtant un terrain parfait pour Duvivier : l’obsession du passé, le nouvel échange d’identité, la vision noire et déprimante d’Aïcha, voilà de quoi alimenter les centres d’intérêt, le pessimisme – et une certaine misogynie ? – du cinéaste. Mais, rappelons-le, cela allait en partie contre l’idée ire du film un véhicule pour Gabin. Trente-trois ans plus tard, Mac Orlan, regrettera encore cette modification qu’il vit « comme une sorte de concession au goût d’un public » – tout en rappelant qu’il considère toujours la première partie comme un chef-d’œuvre.  [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan]
L’équipe se rend à Xanen, pour les scènes de la deuxième partie du film. Nous avons, là encore, le témoignage de Mac Orlan : « Nous nous établîmes en plein Riff autour d’un fortin désaffecté et sur la montagne, devant Xanen, cette délicate cité arabe et andalouse (…) A cinq heures du matin, nous partions pour le bled. Et l’on rentrait à la tombée de la nuit après avoir suivi des routes de montagne que je ne recommande pas aux touristes sensibles au vertige. Le cinéma, dans ces conditions est un support. » Duvivier, malgré la chaleur, dirige ses hommes – acteurs et légionnaires – d’une main de fer, mordant dans le travail comme un fox-terrier comme le dira Mac Orlan. Le romancier a même pitié des soldats fourbus que « Juju la terreur » oblige à recommencer certaines manœuvres, mais préfère ne rien dire et accorde finalement que le cinéaste avait raison dans ses décisions. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]
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LA BANDERA – Julien Duvivier (1935) – Jean Gabin, Aimos
Pour adapter le roman, Duvivier se tourne pour la première fois vers Charles Spaak, scénariste qui s’est fait connaître en collaborant avec les cinéastes Jacques Feyder et Jean Grémillon. La rencontre est décisive : Spaak écrira sept autres films pour Duvivier, et huit pour Gabin (dont, excusez du peu, La Grande illusion, Gueule d’amour et Remorques…). À l’époque, le scénariste vient d’écrire avec Feyder le film d’aventure Le Grand jeu, déjà situé dans le milieu de la Légion étrangère. Spaak est donc en terrain connu, et bénéficie par ailleurs des repérages menés par Duvivier au Maroc espagnol. Car, si le film repose sur une intrigue très romanesque, le cinéaste entend livrer une peinture aussi réaliste que possible du monde de la Légion. Gabin expliquera ainsi à la revue « Pour vous » les conditions de vie rudimentaires imposées à l’équipe par Duvivier : « Nous avons vécu là-bas une vie qui n’était guère différente de celle des légionnaires. Évidemment, nous couchions à l’hôtel à Ceuta. Mais le reste du jour nous voyait parmi les soldats. Nous mangions avec eux, à la gamelle, et en dépit du pittoresque, ce n’est pas ce qu’il y avait de plus réjouissant », D’autant que, le tournage des extérieurs ayant lieu en juin, les scènes de défilé auront lieu sous un soleil de plomb… [(Collection Gabin – Eric Quéméré – 2005)]

Tout au long du tournage au Maroc, l’équipe du film reçoit l’aide de la légion. Lors de ses repérages, Duvivier a, en effet, fait la connaissance du général Franco, alors à la tête de la légion espagnole au Maroc, et s’est fort bien entendu avec lui : « C’était un homme qui connaissait la littérature française sur le bout de l’ongle, rappellera le cinéaste, et qui m’a parlé de tous les auteurs, m’a parlé de philosophie, qui m’a tenu sous le charme de sa conversation pendant une heure, et m’a donné naturellement toutes les autorisations que j’ai voulues. » Mac Orlan, de son côté, ne sait « comment remercier et le général Franco, qui a donné les ordres, et le général Benito de Cereta, et le colonel de la légion, don Luis Molina » Du coup, le film est dédié à Franco et ses soldats. Lors de sa reprise en 1959, on jugera prudent de retirer cette dédicace, le nom Franco ayant, entre temps, acquis une sinistre notoriété. « Je rappelle que tout se passait avant la révolution espagnole », tenait quand même à préciser Duvivier. Au retour, l’équipe fait escale pour quelques jours à Barcelone : Duvivier veut notamment tourner quelques plans dans le Barrio-Chino, quartier de la ville. Mais, comme s’en souviendra Gabin, « c’était duraille : la des gars qui le fréquentent sont des truands. Alors, quand ils voyaient une caméra, ils faisaient vilain ; ils n’aimaient pas qu’on tire leur portrait ». On décide alors de filmer en caméra cachée : Kruger dissimule sa caméra au troisième étage d’un immeuble tandis que Gabin déambule, incognito, dans la rue. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]

Tous ces personnages sont des déracinés et parfois (comme ce sera aussi le cas dans Pépé le Moko) passe la nostalgie d’un pays où l’on ne retournera pas. Encore cette nostalgie est-elle difficile à partager : Mulot (Aimos), dont l’accent parigot est déjà à lui seul un souvenir de la capitale, évoque Paris devant des hommes ne comprenant pas le français (« Ça m’est égal, dit-il, eux ça les épate et moi ça m’amuse »). Quant à Aïcha, elle conserve une boussole afin de pouvoir « regarder du côté de son pays ». D’autres tentent de dissimuler toute trace de leur passé : Lucas est trahi par sa carte de police, et cherche à confondre Gilieth par l’évocation de la rue Saint-Vincent. Les personnages de Duvivier vont, de plus en plus, subir le poids de leur passé : Vanel dans La Belle équipe, Francen dans La Fin du jour, Gabin dans Voici le temps des assassins, en constituent quelques exemples dramatiques. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]

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LA BANDERA – Julien Duvivier (1935) – Jean Gabin, Annabella,

Invitée surprise : Vient ensuite le moment de gagner Barcelone, où se situe une partie de l’intrigue. Devant les difficultés causées par la présence d’une équipe de cinéma dans le quartier interlope du Barrio Chino, Duvivier se voit contraint de dissimuler la caméra pour filmer Gabin se frayant un chemin dans les ruelles étroites. Après quoi, tout le monde se retrouve aux studios de Joinville-le-Pont pour mettre en boîte les intérieurs du film. On doit notamment y tourner les scènes dans lesquelles apparaît le personnage d’Aïscha qui, contrairement à ce qui était prévu, ne sera pas interprété par une jeune danseuse inconnue, mais par la célèbre Annabella. Bien qu’elle se soit retirée au bord de la mer après un tournage difficile, celle-ci accepte en effet l’offre pressante qui lui est faite de rentrer en catastrophe à Paris pour jouer les «guest stars» dans La Bandera. Un effort auquel elle consent par amitié pour Gabin, dont elle sait à quel point le film lui tient à cœur.. [(Collection Gabin – Eric Quéméré – 2005)]

On – probablement la production – s’avise alors que l’on augmenterait sans doute la popularité du film en substituant une vedette à Tela-Tchaï… Celle-ci, qui cachetonnait alors dans de petits rôles plus ou moins exotiques, s’était pourtant entraînée avec application pour incarner Aïcha, et avait pour cela pris des cours de danse arabe. Mais, quelques jours plus tard, Annabella est engagée pour la remplacer. Celle-ci vient de tourner, avec Gabin, Variétés de Nicolas Farkas, et accepte La Bandera surtout par amitié pour l’acteur. Annabella confiera en 1986 à André Brunelin qu’elle se reposait alors, près d’Arcachon, du tournage éprouvant de Variétés durant lequel elle s’était brisé une cheville, lorsqu’elle reçut la visite du directeur de production de La Bandera venant lui demander, de la part de Gabin, de partir immédiatement pour Paris afin de remplacer Tela-Tchaï qui, lui dit-on, « était bien une extraordinaire danseuse, mais ne savait absolument pas jouer la comédie ». « Je n’ignorais rien des sacrifices de toutes sortes qu’il [Gabin] avait faits pour ce film (…) Je n’aurais pas accepté de faire ce film si ce n’avait pas été pour lui. » Malgré l’estime que l’on a pour Annabella, il faut reconnaître que ce choix fut plus qu’improbable. Sa spontanéité, sa fraîcheur, qui font merveille chez René Clair ou Raymond Bernard, ne convenaient sans doute pas au personnage d’Aïcha et à l’univers de Duvivier – qui, du reste, souvent plus habile avec les acteurs qu’avec les actrices, ne fit probablement que peu d’efforts pour la diriger. Mal à l’aise dans ce rôle, Annabella surjoue, tente de s’en sortir par des effets grimaçants, d’autant plus mal venus qu’elle partage ses scènes avec Gabin, au contraire très naturel, ou Le Vigan, lui aussi plus mesuré. Quoi qu’il en soit, la popularité d’Annabella est exploitée puisque, malgré la relative brièveté de sa présence dans le film elle se retrouve en première position dans le générique et partage avec Gabin le haut des affiches. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]

Au cours du tournage dans les studios de Joinville, Duvivier, en visite sur un plateau voisin où Edmond T. Gréville réalise Princesse Tam-Tam avec Joséphine Baker, remarque une jeune actrice découverte par Gréville : Viviane Romance. Il lui fait faire une apparition dans La Bandera (épisode situé à Barcelone, extrait n°3) et promet de lui offrir un plus grand rôle à l’avenir. Elle s’en souviendra, quelques mois plus tard, en apprenant la préparation de La Belle équipe
Présenté à la presse le jeudi 19 septembre 1935, le film sort le 20 septembre dans trois salles parisiennes. Le 16 décembre, le film est en Course pour le Grand Prix du Cinéma Français qui, finalement, est décerné à La Kermesse héroïque. Toujours en décembre 1935, il reçoit une médaille d’honneur au festival Cinématographique de Bruxelles.
Il est probable que le succès du film de Duvivier, venant après celui du Grand Jeu, sorti l’année précédente, influence aussi les scénaristes : la Légion, quasiment absente du cinéma français Jusque-là, apparaît, de façon plus ou moins importante, dans cinq ou six films de la période 1936-1939, s’inscrivant eux-mêmes dans de plus vastes courants (militaire, exotique). Encore ne faut-il pas non plus négliger l’influence américaine : le légionnaire Gary Cooper de Morocco (1930) est aussi passé par là. Duvivier avait d’ailleurs, en 1931, envisagé de réaliser un film sur la légion étrangère, d’après un scénario de Georges R. Manue : il comptait profiter du tournage des Cinq gentlemen maudits au Maroc pour en étudier les possibilités. [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]

Parallèlement à cela, le film souffre d’aspects datés : un certain héroïsme dans la façon de mourir « à l’ennemi » – mort présentée ici comme une forme de rachat, quelques répliques évoquant les « salopards » (pour les rebelles), voilà qui déplaît et qui sera d’ailleurs sévèrement reproché lors de la reprise de 1959. Pourtant, il faut faire la part des choses : le film ne cherche nullement à exalter des valeurs militaires ou colonialistes. Son cadre l’oblige, en quelque sorte, à véhiculer certains clichés linguistiques des années trente ; peut-on, sur le plan moral, lui reprocher davantage ?
On peut penser néanmoins que, par sa popularité, La Bandera a largement contribué à forger l’image à la fois caricaturale, mythique et romantique du légionnaire que transmettent le cinéma et surtout la chanson du moment alors que telles ne sont pas, de toute évidence, les intentions de Spaak et Duvivier. Il est permis de supposer que Raymond Asso se souvient du film lorsqu’il écrit Le fanion de la Légion que popularisent Marie Dubas en 1936 et Edith Piaf en 1937.
De fait, on insiste dans La Bandera sur les tatouages de ces êtres qui, sans officiel et sans avenir certain, fixent ainsi leur présent : Gilieth portera sur poitrine les noms d’Aïcha et de sa bandera, tandis que son propre nom est fixé sur le bras d’Aïcha. Un autre légionnaire, pour être sûr de ne pas vouloir retourner à la vie civile, fait transformer son visage en tête de mort . [(Julien Duvivier « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002)]

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