Les Actrices et Acteurs

CYD CHARISSE

Avare de compliments pour Ginger Rogers, Fred Astaire idolâtrait Cyd Charisse, qui partageait sa technique éblouissante et son élégance suprême. Quelques pas et une jupe fendue lui suffisaient pour créer une image obsédante de femme fatale. Il serait injuste de dire qu’elle n’était pas bonne actrice, mais une partie de sa magie semblait s’évanouir lorsque la musique s’arrêtait, peut-être parce que personne ne croyait à elle autrement qu’en danseuse aux longues jambes et aux déhanchements souverains. Pourtant, Nicholas Ray et Vincente Minnelli redécouvrirent tardivement des qualités dramatiques qu’elle avait laissé entrevoir dans quelques films de jeunesse. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

De toutes les stars d’Hollywood, Cyd Charisse est celle qui a la plus solide formation de danseuse classique. Née en 1922 au Texas sous le nom de Tula Ellice Finklea, elle a étudié le ballet à Los Angeles dès l’âge de 12 ans auprès de Bronislava Nijinska, la jeune sœur de Nijinski. À 14 ans, elle est choisie par les Ballets russes de Monte-Carlo. Pendant une tournée européenne, elle retrouve Nico Charisse, un jeune danseur avec qui elle avait étudié à Los Angeles. Ils se marient en 1939.

En 1943, à la demande du chorégraphe David Lichine, elle débute à l’écran sous le pseudonyme de Lily Norwood, dans Something to Shout About, un film musical de Gregory Ratoff. Toujours en 1943, elle incarne une danseuse du Bolchoï dans Mission to Moscow de Michael Curtiz, l’un des films de propagande destinés à célébrer l’alliance avec les Soviétiques contre Hitler. Elle débute dans la légendaire Freed Unit de la MGM en dansant un somptueux numéro « Here’s To The Girls » dans Ziegfeld Follies, de Vincente Minnelli, où elle apparaît en tutu rose, juchée sur les pointes, amenée sur le devant de la scène par Fred Astaire en personne. Le studio lui offre un contrat de sept ans et lui permet de faire ses débuts de comédienne en 1946 dans The Harvey Girls (Les Demoiselles Harvey) de George Sidney. Elle danse l’année suivante dans Till the Clouds Roll By (La Pluie qui chante, 1946), le film de Richard Whorf consacré à la vie de Jerome Kern : elle exécute un duo avec Gower Champion sur « Smoke Gets in Your Eyes », s’appuyant toujours sur son talent de danseuse classique. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

En 1947, Cyd Charisse divorce de son premier mari ; elle épouse l’année suivante le chanteur Tony Martin. En 1949, elle joue avec une efficace sobriété son premier rôle non musical dans Tension, un film noir très rythmé de John Berry. Elle est une rayonnante photographe aux cheveux châtains, qui tombe littéralement dans les bras de Richard Basehart dès sa première scène, et l’aide à oublier ses démêlés avec sa malfaisante épouse blonde (Audrey Totter). La même année, elle joue dans East Side, West Side (Ville haute, ville basse) de Mervyn LeRoy, aux confins du drame de mœurs et du film noir. Elle est l’une des trois jeunes femmes sculpturales, avec Ava Gardner et Beverly Michaels, qui entourent Barbara Stanwyck, épouse quadragénaire et trompée de James Mason. Celle-ci soupçonne Cyd Charisse d’être la maîtresse de son mari, à la suite d’un esclandre qui a été relayé par la presse. Or, non seulement la brune a rembarré l’époux de Barbara Stanwyck, mais c’est cette dernière qui fait grosse impression sur le petit ami de la jeune femme (Van Heflin), visiblement en quête d’une compagne plus mûre… [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

En 1947, dans Fiesta (Señorita toréador) de Richard Thorpe, le Mexicain Ricardo Montalban partage le haut de l’affiche avec Esther Williams, mais c’est avec Cyd Charisse qu’il danse un fandango et inaugure une série de quatre films où ils réaliseront ensemble quelques-uns des plus beaux numéros de l’histoire de la comédie musicale. On an Island with You (Dans une Île avec vous, 1948), également de Richard Thorpe, donne à Cyd Charisse l’occasion d’exécuter avec Montalban une magnifique scène de ballet sur une musique contemporaine avec le beau Mexicain Ricardo Montalban. Elle le retrouve dans The Kissing Bandit (Le Brigand amoureux, 1948) de László Benedek, où ils sont rejoints, pour une « danse de la jalousie » endiablée et colorée, par une autre ballerine de genre, Ann Miller. Cyd Charisse occupe pour la première fois le haut de l’affiche en 1951, dans Mark of the Renegades (Le Signe des renégats) de Hugo Fregonese, qui se déroule au début du XIXe siècle au Mexique. Elle y séduit un agent secret incarné par Ricardo Montalban. Elle danse en solo devant lui un somptueux flamenco, puis il la rejoint pour un duo torride ! Elle retrouvera Montalban en 1953 pour Sombrero de Norman Foster, mais ils ne dansent pas ensemble et le grand moment du film est un numéro en solo où Cyd Charisse, dans une sensuelle robe noire fendue, exécute une danse de Bohémienne dans les ruines d’un temple aztèque… [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

En 1952, Cyd Charisse joue dans The Wild North (Au pays de la peur) d’Andrew Marton, qui se déroule dans le Grand Nord canadien. Elle incarne une Indienne qui chante dans un saloon (doublée par Ruth Martin) et qu’un aventurier québécois (Stewart Granger) protège des privautés d’un homme ivre. Ce dernier, une fois dessoûlé, accompagne les deux jeunes gens dans un périlleux voyage en canoë qui doit ramener l’Indienne dans son village…

C’est également en 1952 que l’apparition de Cyd Charisse dans Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie) de Gene Kelly et Stanley Donen la rend célèbre. Elle apparaît dans deux scènes courtes mais extraordinaires où elle danse avec Gene Kelly : l’une, « rétro », où elle est coiffée comme Louise Brooks et vêtue d’une courte robe verte et de chaussures assorties qui mettent particulièrement en valeur sa fabuleuse silhouette et sa souplesse magistrale, l’autre, plus onirique, où, habillée de blanc, elle danse avec son partenaire un ample ballet sur un vaste fond rose. Ces scènes sont magnifiques, mais Cyd Charisse ne prend aucunement part à l’action du film. Son personnage n’a d’ailleurs pas de nom, elle est simplement une apparition dansante. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

C’en est terminé des rôles anonymes pour Cyd Charisse, qui devient un des piliers de l’entité d’Arthur Freed, le grand producteur de comédies musicales de la MGM. Helen Rose, la légendaire responsable des costumes du studio, disait d’elle : « Lorsque Cyd Charisse, au cours d’un cocktail ou d’une réception, pénètre dans une pièce, toutes les fées du logis – je dis bien toutes – qui y paradent déjà se révèlent soudainement moins éclatantes à son contact. Son visage (qu’elle maquille toujours très peu) et son corps discipliné comptent pour beaucoup, mais également une élégance et une grâce ineffables qui émanent d’elle. À l’encontre de tant de mannequins et de vedettes, si décevantes en coulisse, elle demeure l’une des rares femmes que je connaisse qui soient aussi somptueuses en costume d’Ève que parées pour une première au Chinese Theatre.»

Dans The Band Wagon (Tous en scène, 1953) de Vincente Minnelli, elle partage la vedette avec Fred Astaire. Elle incarne une danseuse, petite amie d’un metteur en scène autocratique et snob (Jack Buchanan), avec laquelle le personnage incarné par Fred Astaire cohabite difficilement. Mais lorsque le spectacle d’avant-garde où ils jouent ensemble est ramené à l’état de comédie musicale de divertissement, le metteur en scène quitte la production, et restent Astaire et Charysse, amoureux.

Parmi les magnifiques numéros de The Band Wagon, le plus extraordinaire est certainement Dancing in the Dark, où les deux stars, avant de danser, marchent avec une élégance suprême dans un Central Park de studio, vêtus de blanc et servis par les mouvements d’appareil magistraux de Minnelli et de son chef-opérateur, Harry Jackson. Newsweek écrit à propos de cette séquence : « Tandis que le récit se déroule, l’animosité au sein du couple Charisse-Astaire se dilue au cours d’une promenade à Central Park ; l’atmosphère est redevenue sereine. Ils glissent lentement sur la musique de Dancing in the Dark. La danse continue sur un tempo de fox-trot hésitant. La séquence est auréolée de magie et Charisse est une voluptueuse partenaire pour le grand maître. » De fait, elle parvient à donner à cette scène une intensité sentimentale qui est généralement absente des numéros de Fred Astaire avec Ginger Rogers[Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

Cyd Charisse retrouve Gene Kelly aux côtés de Van Johnson dans Brigadoon (1954), fantaisie écossaise et sentimentale réalisée par Minnelli et à nouveau produite par Arthur Freed. « leur association était parfaite », a écrit Minnelli à propos de Gene Kelly et Cyd Charisse, dans ce film plus romantique que trépidant, accueilli sans excès d’enthousiasme par la critique. Également en 1954, dans Deep in My Heart (Au fond de mon cœur) de Stanley Donen, Cyd Charisse exécute un numéro unique mais somptueux, « One Alone ». Elle danse avec James Mitchell dans un décor pharaonique baigné de lumière émeraude, sur une chorégraphie du grand Eugene Loring, qui considérait cette séquence comme la plus belle de toute sa carrière. Pour la partie chantée, la voix de la star est doublée par Carol Richards. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

Elle tourne à nouveau pour Gene Kelly et Stanley Donen dans It’s Always Fair Weather (Beau fixe sur New York, 1955), une comédie musicale dont le scénario un peu désenchanté marque l’essoufflement du genre. Mais les numéros sont éblouissants, en particulier « Baby You Knock Me Out », où Cyd Charisse danse avec des boxeurs sur un ring, est l’une de ses plus belles réussites ! Son ensemble vert sapin dessiné par Helen Rose, styliste attitrée de la MGM qui l’aura accompagnée dans tous ses films de la Freed Unit, est une magnifique réussite. En 1956, elle est aux côtés de Dan Dailey la vedette de Meet Me in Las Vegas (Viva Las Vegas), réalisé par Roy Rowland et brillamment chorégraphié par Hermes Pan et Eugene Loring. Elle incarne une danseuse qui fait gagner un fermier (Dailey) à la roulette chaque fois qu’il lui tient la main ! L’intrigue est très mince mais les scènes de casino sont propices à des numéros de danse somptueux. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]

En 1957, Cyd Charisse joue dans une version musicale de Ninotchka d’Ernst Lubitsch: Silk Stockings (La Belle de Moscou) de Rouben Mamoulian, où elle partage l’affiche avec Fred Astaire. Elle est magnifique d’aisance lorsqu’elle danse avec son partenaire toujours très en forme, où lorsqu’elle quitte en pleine chorégraphie son austère robe verte pour enfiler des bas de soie et une robe fourreau en satin, dans le numéro qui donne son titre original au film – Silk Stockings. Mais sa présence dans les scènes de comédie n’égale pas celle de Greta Garbo dans le film original.

En 1958, elle joue dans Party Girl (Traquenard), film en Technicolor de Nicholas Ray où elle partage l’affiche avec Robert Taylor. La MGM, géant blessé par la fin du système des studios, produit un film crépusculaire mettant en scène dans le Chicago des années 1920 des personnages qui abattent leurs dernières cartes. Taylor incarne l’avocat désabusé d’un caïd de la pègre (Lee J. Cobb), qui retrouve une raison de vivre lorsqu’il rencontre une danseuse. Il voudrait s’amender, mais se rend encore plus dépendant de son patron, en utilisant son cabaret pour promouvoir sa bien-aimée. Cyd Charisse exécute deux superbes numéros de danse, et confirme surtout la disposition pour le film noir qu’elle avait montrée au début de sa carrière. En gagnant en maturité, son visage a acquis des qualités tragiques qui font regretter à Nicholas Ray de ne pas l’avoir encore mieux utilisée : « Je voulais une scène entre Lee Cobb et Cyd Charisse. Je voulais prouver que Cyd pouvait jouer. Mais ils ne m’ont pas laissé modifier le scénario. »

Son dernier film marquant est Two Weeks in Another Town (Quinze jours ailleurs, 1962), drame psychologique de Vincente Minnelli qui se déroule à Rome, où elle partage l’affiche avec Kirk Douglas et Edward G. Robinson. Cyd Charisse incarne l’ex-épouse amorale de Douglas. Hélas, au désespoir de Minnelli, la scène essentielle qui expliquait son personnage fut coupée au montage… Cyd Charisse apparaît encore en 1966 dans The Silencers (Matt Helm, agent très spécial) de Phil Karlson, parodie de James Bond avec Dean Martin. Elle se consacre ensuite essentiellement à la télévision et à la scène. [Cyd Charisse, danseuse fatale -Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire (Ed. Institut Lumière / Actes Sud, 2016)]


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.