MEET ME IN ST. LOUIS (Le Chant du Missouri) – Vincente Minnelli (1944)

En 1903, lu ville de Saint-Louis se prépare avec effervescence à l’Exposition Universelle qui doit célébrer le centenaire de la vente de la Louisiane aux États-Unis. La famille Smith attend elle aussi ce grand événement, même si certains de ses membres se passionnent pour d’autres questions. La jeune Esther s’inquiète notamment du fait que le prétendant de sa sœur aînée ne semble pas vouloir se déclarer… Premier des cinq films tournés par Vincente Minnelli avec Judy Garland, cette comédie musicale de 1944 est un hymne à l’amour et aux joies de la famille. Genèse d’un immense succès.

IT HAPPENED ONE NIGHT (New York-Miami) – Frank Capra (1934)

Pour Capra, It Happened one night (New York-Miami) fut le film de la consécration. Rien au départ ne laissa pourtant jamais présager que ce « film d’autocar » (sous-genre peu réputé, car MGM et Universal venaient d’en sortir chacune deux sans succès), interprété par un Clark Gable puni par son studio d’origine et une Claudette Colbert non motivée, allait se voir décerner les cinq Oscars les plus prestigieux et faire de son réalisateur une vedette de la mise en scène. [Frank Capra – Michel Cieutat – Ed. Payot & Rivages / Cinéma (1994)]

ANGEL FACE (Un si doux visage) – Otto Preminger (1952)

Dès la séquence d’ouverture, où Frank, l’ambulancier, est appelé dans la propriété de Diane, une menace plane. Cette sensation d’avancer au bord d’un précipice ne nous quittera plus jusqu’à la scène finale. Aussi fascinante que Laura, le grand classique de Preminger, cette histoire diabolique unit deux êtres très différents, mais qui ont en commun un certain mystère. Autant Mitchum, en chauffeur mono­lithique, intrigue par son caractère taciturne et son impuissance résignée, autant Jean Simmons — qui ne manqua pas de faire savoir à quel point Preminger fut tyrannique sur le tournage — déconcerte en offrant un visage double, maléfique et gracieux, intraitable et fragile. Calculatrice, cette garce de Diane l’est, mais par amour. Un amour nocif qui lui donne les idées les plus macabres. Dans un style ondoyant, sur un rythme lent marqué par des ruptures brusques, Otto Preminger décrit le processus irrémédiable d’une passion obsessionnelle. Le film repose moins sur l’identification aux personnages que sur la sensation d’un malaise constant, subtilement rendu via des détails réalistes, des répliques ou des silences inopinés. Les notes de piano crépusculaires de Dimitri Tiomkin couronnent cette partition pour un amour malade. [Jacques Morice – Télérama.fr]

FALLEN ANGEL (Crime passionnel) – Otto Preminger (1945)

On ne change pas une équipe qui gagne : après le mythique Laura, Preminger retrouvait Dana Andrews pour cet autre polar. Au passage, un peu de mystère s’est envolé, mais Fallen Angel (Crime passionnel) garde cependant l’atout du classicisme parfait : c’est une véritable encyclopédie du film noir. Eric Stanton, le très typique mauvais garçon, est un escroc à la petite semaine qui débarque dans une ville tranquille, et même mortellement ennuyeuse pour la brune incendiaire condamnée à tenir le bar du coin. Quand Stanton lui parle de l’emmener ailleurs, elle voit tous ses rêves prêts à devenir réalité, mais elle attend des preuves. Pour trouver les moyens de conquérir la brune, il faut séduire la blonde, une femme plus sage qui a touché un bel héritage.Trouble, mensonge et dollars, tout, dans ce scénario, semble écrit en lettres capitales. Mais les personnages ne restent pas des clichés, et le titre original du film, Fallen Angel, annonce d’ailleurs que ce polar sera aussi une sorte de parabole biblique. Tout en racontant les petits trafics et les escroqueries minables, Preminger s’intéresse à l’innocence qui persiste en chaque ange déchu. Et d’une blonde naïve, il fait une figure de la bonté. Avec lui, un petit film noir a vite de grands pouvoirs. [Frédéric Strauss – Télérama.fr]

CARMEN JONES – Otto Preminger (1954)

En transposant la célèbre histoire de Carmen dans le milieu noir américain, Otto Preminger avait scandalisé les héritiers et les éditeurs de Georges Bizet, qui s’opposèrent à la diffusion du film en France. Présenté en clôture du festival de Cannes 1955, Carmen Jones ne sortira sur les écrans français qu’en 1981. Avec un Don José transformé en caporal américain et un Escamillo troquant sa muleta pour des gants de boxe, l’adaptation aurait pu sombrer dans le ridicule. Il n’en est rien : tout est crédible, vivant, dramatique. Naviguant avec plus ou moins de bonheur entre le lyrisme un peu désuet de l’œuvre originale et le réalisme violent des rapports entre les personnages (tous noirs), le réalisateur ancre intelligemment cette histoire de passion, de jalousie et de mort dans la société américaine à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Les mains sur les hanches ou une rose entre les doigts, Dorothy Dandridge, fière et sculpturale, est d’une grande beauté. Sa voix éclatante trouve en Harry Belafonte un écho lumineux et grave. Et même si la mise en scène des morceaux chantés manque singulièrement d’imagination, Carmen Jones continue de dégager une évidente sensualité et une forte émotion. [Gérard Camy – Télérama.fr]

NORTH BY NORTHWEST (La Mort aux trousses) – Alfred Hitchcock (1959)

Publicitaire sans histoire, Roger Thornhill se retrouve soudain plongé malgré lui dans une histoire d’espionnage hallucinante qui le mène des rues de New York aux vertigineux sommets du mont Rushmore. Tourné entre Vertigo (Sueurs froides) et Psychose, North by northwest (La Mort aux trousses) est animé par un souffle de légèreté. Le film est à juste titre reconnu comme le plus grand thriller comique d’Hitchcock, qui parvient ici à concilier audace morale et grand succès populaire. Il deviendra un exemple pour la génération suivante des films d’espionnage, James Bond inclus.

GIVE A GIRL A BREAK (Donnez-lui une chance) – Stanley Donen (1953)

Après le triomphe de Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie), coréalisé avec Gene Kelly, Stanley Donen poursuit une carrière en solo, avec ce petit joyau où trois danseuses convoitent le même rôle à Broadway. On retiendra les duos de Debbie Reynolds avec Bob Fosse (le futur réalisateur et chorégraphe de Cabaret) et, surtout, l’admirable ­séquence sur les toits de Marge et Gower Champion, où ce dernier, avec force claquements de doigts, tente de convaincre son ancienne partenaire de remonter sur les planches. Chose rare : Stanley Donen apparaît également au générique comme cochorégraphe (avec Gower Champion). [N.T. Binh – Télérama]

MILDRED PIERCE (Le Roman de Mildred Pierce) – Michael Curtiz (1945)

Du roman d’origine (que le titre français évoque à tort), Hollywood ne consentit pas à garder l’amoralité. Egalement auteur du Facteur sonne toujours deux fois, James M. Cain concluait son livre par un inceste symbolique et assumé entre une fille et son beau-père. Le film a beau sauver l’honneur en remplaçant cette dérive par un assassinat, les images continuent d’exhaler un parfum de soufre aussi entêtant qu’involontaire. Il tient aussi à ce que l’on a appris depuis sur la fibre maternelle de Joan Crawford, plutôt rugueuse et cassante dans la vie, aux dires de sa fille Cristina. La star campe une louve en vison que les premiers plans du film laissent errer dans une mare de chagrin. Un coup de feu a été tiré dans sa maison. Appelée au poste pour s’expliquer sur le cadavre trouvé chez elle, Mildred susurre un long flash-back… La voilà bobonne en robe mal coupée, appliquée à préparer une sauce béchamel pendant que son mari reçoit un coup de fil de sa maîtresse. C’en est trop, Mildred le quitte et se démène comme une diablesse pour offrir à ses filles une vie de rêve. Le fruit de ses entrailles est la prunelle de ses yeux. Regardons donc ses yeux : sous le velours charbonneux pointent des flèches acérées… Mise en lumière par les meilleurs techniciens de la Warner, cette ambiguïté glaçante continue de faire le sel de ce film noir en apnée. [Marine Landrot – Télérama]

CAN-CAN – Walter Lang (1960)

Depuis ses débuts, la comédie musicale hollywoodienne a fait de Paris l’une de ses destinations privilégiées. Dans Can-Can, c’est la période « Fin de siècle » qui est mise à l’honneur, avec ses danseuses en guêpières et ses marlous de la Butte. Entièrement tourné en studio en Californie, le film de Walter Lang [There’s No Business Like Show Business (La Joyeuse Parade), The King and I (Le Roi et moi)…] s’évertue à faire revivre la grande époque du Cancan, sans s’embarrasser de scrupules historiques. Dans ce film, c’est la vision enchantée et fantaisiste de la comédie musicale d’origine qui prévaut, et les nombreuses chansons de Cole Porter sont évidemment les morceaux de choix du film. « Let’s Do It », « C’est Magnifique », « Apache Dance » (hommage aux mauvais garçons de Montmartre) et, bien sûr, « I Love Paris » forment une longue déclaration d’amour à la capitale française. Tous ces titres ne proviennent pas de la version scénique de Can-Can, Cole Porter ayant intégré à la partition du film d’autres chansons fétiches. S’il n’apparaît pas lui-même à l’écran, le compositeur de Broadway est donc la vraie star de cette adaptation, n’en déplaise à Frank Sinatra et Shirley MacLaine. Aux États-Unis, le titre complet du film est d’ailleurs Cole Porter’s Can-Can…

DARK PASSAGE (Les passagers de la nuit) – Delmer Daves (1947)

Un jour de l’hiver 1946, plus de 1500 fans se rassemblèrent dans l’excitation au Golden Bridge Gate de San Francisco, afin d’apercevoir une star de cinéma. Et pas n’importe laquelle, la grande star du cinéma : Humphrey Bogart qui était venu dans la ville de la baie tourner des scènes de son dernier film : Dark passage (Les passagers de la nuit). Ses fans étaient venus en masse pour l’accueillir. Sa partenaire, Lauren Bacall, était au centre du pandémonium accompagnant son nouveau mari. De nouveau face à face, Humphrey Bogart et Lauren Bacall semblent pourtant moins à l’aise que dans To have and have not (Le port de l’angoisse) et The big sleep (Le grand sommeil). L’histoire paraît elle-même souvent artificielle, et la fin semble un happy end un peu trop facile par rapport au reste du film, ponctué de morts violentes.

PEOPLE WILL TALK (On murmure dans la ville) – Joseph L. Mankiewicz (1951)

Le sec docteur Elwell rêve de discréditer le séduisant docteur Noah Praetorius, médecin peu orthodoxe au passé riche en zones d’ombre. Praetorius, lui, se préoccupe surtout de Deborah Higgins, une étudiante enceinte et désespérée de l’être… Cary Grant a toujours dit que, de tous les films qu’il tourna, celui-ci était son préféré. C’est aussi sans doute le plus personnel de Mankiewicz : comment ne pas penser au cinéaste devant ce personnage de brillant médecin qui ne soigne que des femmes, estime que le meilleur des remèdes est le langage et que ses détracteurs prennent pour un charlatan verbeux…
Dans cette comédie dramatique tournée en pleine période de chasse aux sorcières, ce sont des cafards puritains friands de rumeurs qui fouillent le passé de Noah et constituent un dossier sur lui… Totalement indifférent au qu’en-dira-t-on, Noah Praetorius ne s’intéresse qu’à la vérité des êtres, et c’est après avoir cherché à comprendre une femme en souffrance qu’il en tombe amoureux. A ses côtés, Mankiewicz place – merveilleuse idée – un vieil homme silencieux et fidèle, un cadeau du passé, un mort qui marche. C’est en sortant de son mutisme que ce drôle de Lazare écrasera les cafards et fera triompher la vie. La mise en scène et Cary Grant oscillent avec une fluidité merveilleuse entre fantaisie et émotion dramatique. A la fin de ce film jubilatoire, le plus résolument optimiste de Mankiewicz, Noah dirige l’orchestre du campus dans une ouverture de Brahms où les choeurs chantent « Réjouissons-nous ! »… [Télérama – Guillemette Olivier-Odicino]

MURDER, MY SWEET (Adieu, ma belle) – Edward Dmytryk (1944)

Les films noirs qui mettent en scène un personnage de détective privé ne sont pas si nombreux qu’on le croit. Il n’en existe qu’une douzaine environ et près de la moitié d’entre eux sont tirés de romans du célèbre écrivain Raymond Chandler, dans lesquels figure le personnage emblématique de Philip Marlowe. Bien que « Farewell, my Lovely » et « The High Window » aient déjà été portés à l’écran, ces adaptations avaient été remaniées pour d’autres détectives privés. C’est donc dans la version de Dmytryk et sous les traits de Dick Powell qu’apparaît pour la première fois au cinéma le personnage de Marlowe. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Chandler lui-même a toujours préféré Powell aux autres acteurs qui l’ont incarné. Selon le réalisateur Edward Dmytryk, « [Marlowe] possède une certaine force physique, mais il y a en lui quelque chose de tendre. C’est ce qui fait de Dick Powell le meilleur de tous ses interprètes. Spade est un dur. Le problème avec l’interprétation de Bogey, c’est qu’il transforme Marlowe en Spade. » [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

NIGHT AND THE CITY (Les Forbans de la nuit) – Jules Dassin (1950)

Harry Fabian (Richard Widmark, magistral) appartient à ce petit peuple d’escrocs dérisoires qui se débattent dans l’univers du film noir. Toujours en quête d’un ailleurs radieux et confus, de la combine parfaite pour y parvenir. Des projets, Harry, rabatteur dans un night-club londonien, en change comme d’œillet à sa boutonnière, et fait le désespoir de son amante, Mary, à laquelle Gene Tierney prête sa grâce aérienne. Cette fois, l’éternel perdant tente de « voler » le business des spectacles de lutte à la pègre locale. Très mauvaise idée, mais formidable sujet de cinéma, qui donne lieu à des scènes de combat d’une âpre beauté, enchevêtrement de corps dans un clair-obscur presque abstrait. De la pénombre des arrière-salles aux ténèbres huileuses des pavés de la ville, c’est un film sans lumière. Un décor qui semble se fermer lentement, comme un piège étouffant. Une faune souterraine, entraîneuses, trafiquants et mendiants, hante ce dédale nocturne de plus en plus hostile. Jules Dassin, avec cette tragédie des bas-fonds, parle aussi d’exil et de traque : victime du maccarthysme, contraint de quitter les Etats-Unis, le cinéaste tourne pour la première fois en Europe. La fuite éperdue de Harry, trahi, harcelé, pourchassé dans toute la ville, évoque la chasse aux sorcières qui sévissait alors à Hollywood. [Cécile Mury – Télérama]

ZIEGFELD FOLLIES – Vincente Minnelli (1945)

Dans un paradis de coton et de marbre, Florenz Ziegfeld se remémore ses souvenirs terrestres. Il fut un très célèbre directeur de revue à Broadway. Un à un, ses numéros défilent dans sa mémoire. Ne vous laissez pas effrayer par les automates mal dégrossis qui ouvrent le film. Dans un Broadway cartonné façon école maternelle, Vincente Minnelli commence par évoquer la pré-histoire de la comédie musicale, avec toute sa mièvrerie archaïque. Au fil du temps, il nous laisse contempler l’éclosion de ce genre féerique, pour accéder à l’apothéose, avec des numéros étincelants, peut-être parmi les plus beaux que Hollywood nous ait offerts. A la manière d’un reportage foutraque et raffiné, il laisse les étoiles du genre (Fred Astaire, Judy Garland…) jouer leur propre rôle, et se gausse des futures hagiographies documentaires que la télévision leur consacrera. Une fantaisie brillante et prémonitoire qui nécessiterait peut-être un petit remontage : l’humour de certains sketchs non musicaux a mal vieilli, mais la folie brûlante des autres compense largement ces faiblesses. Allez, s’il fallait n’en garder que deux, ce serait sans aucun doute la lévitation éthylique de Cyd Charisse, blottie dans un nuage de bulles de champagne, et le frissonnant Love, que Lena Horne psalmodie comme une formule hypnotique… [Télérama – Marine Landrot]

MONKEY BUSINESS (Chérie, je me sens rajeunir) – Howard Hawks (1952)

Quinze ans après le triomphe de Bringing up Baby (L’Impossible Monsieur Bébé), Howard Hawks et Cary Grant renouent avec le ton résolument décalé de la « screwball comedy ». Mais le film fera également date pour avoir enfin révélé au grand public une certaine Marilyn Monroe.