GINETTE LECLERC : ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

Ginette Leclerc, actrice emblématique du cinéma français, a traversé les décennies avec une liberté et une intensité rares. De ses débuts modestes à Montmartre jusqu’à ses rôles marquants dans des films cultes, elle a su imposer une présence unique, mêlant sensualité, fragilité et force. Retraçons le parcours d’une femme qui a défié les conventions et marqué l’histoire du cinéma par son audace et son talent.

GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)

Gilles Grangier capture la France des années 1950, une époque de routes nationales et de vies dures. Jean Gabin incarne Jean Chape, un homme ordinaire dont la vie bascule après un accident. Le film, avec des dialogues de Michel Audiard, se distingue par sa sobriété et son attention aux détails. Jeanne Moreau apporte une touche de douceur dans ce monde rude. Gas-oil dépeint une France disparue, celle des relais routiers et des solidarités entre hommes. Grangier filme avec modestie, rendant le film puissant par sa simplicité. C’est moins un polar qu’un portrait d’un pays, d’un métier et d’un homme, avançant lentement mais sûrement, comme un camion sur une nationale.

ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)

Ce film est une comédie noire qui transforme une paisible maison familiale en théâtre de la folie la plus réjouissante. Adapté d’un immense succès de Broadway, le film mêle humour macabre, rythme screwball et situations vaudevillesques avec une précision redoutable. Cary Grant y incarne un jeune marié dépassé par les excentricités meurtrières de ses tantes et les retours inattendus de ses frères. À travers ce chaos savamment orchestré, Capra signe une œuvre singulière, à la fois légère et inquiétante, qui révèle une facette plus sombre mais tout aussi maîtrisée de son cinéma.

FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE

Lorsque Fritz Lang s’installe à Hollywood après avoir fui l’Allemagne nazie, il ne se contente pas d’adopter les codes du film noir naissant, mais les reformule à partir de ses propres obsessions, héritées de l’expressionnisme et de son expérience européenne. Cette rencontre entre un imaginaire déjà profondément marqué par la fatalité et un système hollywoodien en quête de récits sombres produit une série d’œuvres où le film noir devient autant un genre qu’un instrument critique. La période américaine de Lang constitue un laboratoire où se cristallisent ses interrogations sur la culpabilité, la violence sociale et la fragilité des institutions.

[la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – CLÉMENT ÉPARPILLÉ (8/10)

René Clément, d’abord porteur de grands espoirs après La Bataille du rail, voit rapidement son cinéma se heurter à des scénarios trop littéraires ou mélodramatiques. Ses films des années 1947‑1950, malgré une réelle virtuosité technique, souffrent d’un manque d’unité et d’un excès de pittoresque. Jeux interdits constitue une exception émouvante, portée par les enfants, mais les adultes y brisent souvent la magie. Par la suite, ses adaptations littéraires restent appliquées mais froides, jusqu’à Monsieur Ripois, qui lui permet enfin de desserrer son académisme.

LE CINÉMA DE MINUIT

Tout commence avec une émission née sur FR3 en 1976, Le Cinéma de minuit. Une fenêtre ouverte au cœur de la nuit, discrète, presque clandestine, qui offrait au public des films rares, muets, en version originale, des œuvres fragiles que l’on ne voyait nulle part ailleurs. Grâce à son approche documentaire et à une programmation d’une exigence rare, elle a permis à tant de films menacés d’oubli de retrouver une place, une voix, une lumière. Pour beaucoup d’entre nous, elle a été une école de patience, de curiosité, de découverte — une véritable initiation à la cinéphilie. Et pour moi, l’aventure avec le Cinéma de minuit a commencé avec un film d’Ernst Lubitsch : The Shop Around the Corner (1940). Un film d’une délicatesse presque miraculeuse, où chaque geste, chaque regard, chaque silence porte la signature invisible du fameux « Lubitsch touch ». Une comédie qui parle d’amour avec une pudeur infinie, d’humanité avec une douceur qui désarme. Ce film, je l’ai vu pour la première fois grâce au Cinéma de minuit. Je l’ai enregistré fébrilement sur une cassette VHS, comme si je capturais un trésor dont je ne savais pas encore qu’il allait m’accompagner depuis toutes ces années. C’était le 21 décembre 1986. Je me souviens l’obscurité de la pièce, du silence de la maison endormie, du magnétoscope qui cliquetait doucement. Et puis James Stewart et Margaret Sullavan, leurs voix, leurs hésitations, leurs lettres échangées sans savoir qu’ils s’aimaient déjà. Ce soir-là, j’ai définitivement compris que le cinéma pouvait être un refuge, une émotion pure, un monde où l’on entre sans frapper. Aujourd’hui encore, quand je repense au Cinéma de minuit, c’est ce film qui revient en premier. Comme un point de départ. Comme une porte entrouverte sur une passion qui ne m’a jamais quitté.
Que 2026 vous offre des moments habités par ces films, comme autant de rendez‑vous secrets avec l’histoire du cinéma. Puissent vos pas de cinéphile vous mener encore vers ces œuvres que l’on découvre, redécouvre et transmet, dans la lumière fidèle du Cinéma de minuit.

[bandes originales] MAX STEINER 

Maximilian Steiner, né en 1888 à Vienne et formé par Brahms et Mahler, révèle très tôt un talent exceptionnel qui le mène jusqu’à Broadway après son émigration aux États‑Unis. Là, il collabore avec les plus grands, dont les frères Gershwin, avant que son arrivée à Hollywood en 1929 ne transforme sa carrière. Devenu l’un des pionniers de la musique de film, il signe des partitions majeures pour la RKO puis la Warner, travaillant notamment sur King Kong, Casablanca ou Autant en emporte le vent. Couronné par trois Oscars, il poursuit son œuvre jusqu’en 1965, avant de s’éteindre en 1971.

JACQUES PRÉVERT ET LE CINÉMA

Si Jacques Prévert demeure aujourd’hui l’un des poètes les plus populaires du XXᵉ siècle, il ne faut pas oublier que sa renommée s’est d’abord construite grâce au cinéma. En effet, bien avant que ses recueils ne deviennent des classiques, Prévert s’est imposé comme l’un des scénaristes et dialoguistes majeurs du cinéma français. Ainsi, comprendre sa relation avec le septième art permet non seulement d’éclairer son œuvre, mais aussi de saisir l’évolution du cinéma français des années 1930 à 1950.

[la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – LE CHARME VÉNÉNEUX D’AUTANT-LARA (7/10)

Durant toute sa carrière, Claude Autant-Lara s’est distingué par un style élégant mais aussi corrosif, mêlant satire et rigueur formelle. Ses films oscillaient entre réussites marquantes (La Traversée de Paris, L’Orgueil) et œuvres plus discutées (Le Bon Dieu sans confession, Le Joueur). Entouré d’une équipe fidèle (Aurenche, Bost, Douy, Cloërec), il a imposé une exigence collective qui, parfois, enfermait ses sujets dans un carcan technique.

L’ESSOR DE LA COMÉDIE À L’ITALIENNE

Dans les années 1960, la comédie italienne s’est affranchie du néoréalisme pour offrir une vision ironique et parfois désespérée des mœurs et du caractère italiens. Définir les frontières de la comédie italienne est difficile, car elle semble être une construction critique désignant un certain type de satire cinématographique né après la guerre, particulièrement vers le milieu des années 1950. À l’origine, elle puisait dans une généalogie multiple, allant de la Commedia dell’Arte aux spectacles de marionnettes siciliens, en passant par le théâtre napolitain, la comédie italienne a ainsi imposé de multiples visages.

RIO BRAVO – Howard Hawks (1959)

Western mythique, « Rio Bravo » montre un équilibre remarquable entre une histoire simple mais solide et une belle étude de caractères. Les relations entre les personnages et le groupe semblent être l’objet principal, chacun refusant de se laisser enfermer dans un schéma. Howard Hawks crée une relation particulière, pleine d’attentes et de sous-entendus, entre le shérif et la jeune Feathers, aidé par le fait que John Wayne était mal à l’aise face au charme et à la sensualité d’Angie Dickinson, beaucoup plus jeune que lui. Ce jeu de séduction, ainsi que les nombreuses touches d’humour, contribuent à cet équilibre quasi parfait.

[la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – L’HOMME AU PIÉDESTAL (6/10)

Jean Delannoy a triomphé avec La Symphonie pastorale (1946), symbole d’un cinéma classique et solennel.
Ses drames psychologiques et ses comédies échouaient, tandis que ses fresques historiques connaissaient davantage de succès. Son œuvre a été abondante mais figée, jugée vaniteuse et académique, à l’image d’un Paul Hervieu du cinéma.

[la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – CALVACADES ET PÉTARADES (5/10)

Christian-Jaque traverse les studios en s’amusant, raillant plutôt que meurtrissant, avec des dialogues de Jeanson qui piquent aux bons endroits. Les compagnons pincés de Boule de suif (1945) et les bourgeois lyonnais d’Un Revenant (1946) en prennent pour leur grade, révélant des amours défuntes et des crimes étouffés sous un ciel de suie.