CLASH BY NIGHT (Le Démon s’éveille la nuit) – Fritz Lang (1952)

Clash by night est un film au scénario sans prétention, mais la banale histoire du triangle amoureux est rehaussée par l’étude subtilement graduée des personnages complexes qui ne sont jamais manichéens. Barbara Stanwyck, dans le rôle de Mae, campe une femme libre au passé douteux, trompant son mari, mais douée d’une grande liberté d’imagination et capable de reconnaître les failles de son propre système.

ODD MAN OUT (Huit heures de sursis) – Carol Reed (1947)

Il ne faut manquer aucune occasion de (re)découvrir les films de Carol Reed, un cinéaste maintenu dans un oubli incompréhensible. Voici l’un des plus prenants et surprenants. Situé en Irlande à une époque volontairement imprécise, il commence sur les chapeaux de roues, en pleine réunion d’un groupe d’hommes préparant un coup pour « l’organisation ». Dans cette attaque d’une usine, dont les coffres sont vidés, le chef du groupe, Johnny, est blessé, et ses camarades s’enfuient sans lui. Une chasse à l’homme commence alors. Qui retrouvera Johnny, la police ou l’organisation ? Tout en menant un récit haletant, Carol Reed livre ainsi une fable politique sur l’engagement, la solidarité. Tourné juste après la guerre, le film évoque bien sûr la Résistance, mais aussi tous les combats pour la liberté. Dans sa dernière partie, il prend même des allures de conte de Noël, dans un décor de neige aussi poétique qu’émouvant.

KIND HEARTS AND CORONETS (Noblesse oblige) – Robert Hamer (1949)

Pour les spectateurs d’aujourd’hui, Kind Hearts and Coronets (Noblesse oblige) représente sans doute la quintessence de l’humour britannique et l’œuvre peut-être la plus représentative d’une époque où le cinéma anglais a brillé de tous ses feux. Quant aux réserves qu’ont pu émettre certains critiques, à propos de l’importance prépondérante des dialogues, elles nous paraissent aussi dénuées d’objet que la vieille querelle des théoriciens soucieux de trancher entre ce qui appartient à la littérature et ce qui est d’essence purement cinématographique.

ORSON WELLES

C’est grâce à quelques hommes comme Orson Welles que le cinématographe est resté un art, à une époque où il menaçait de n’être plus qu’une industrie. Souvent incomprise, parfois mutilée, son œuvre demeure aujourd’hui un exemple esthétique et moral pour les créateurs dignes de ce nom.

STAGE FRIGHT (Le Grand Alibi) – Alfred Hitchcock (1950)

Eve est prête à tout pour prouver l’innocence de son ami Jonathan, surtout s’il s’agit de jouer la comédie. N’est-elle pas actrice ? Mais elle n’est pas la seule et le monde ressemble à un grand théâtre… Après un mélodrame en costumes d’époque, Under Capricorn (Les Amants du Capricorne), Hitchcock revient en cette fin des années 1940 à ses amours de jeunesse. Sa nouvelle œuvre a pour cadre Londres et s’inscrit dans la droite ligne des grandes comédies de sa période anglaise. Au-delà de son caractère léger, Stage Fright (Le Grand Alibi) s’offre à nous comme une réflexion sur le théâtre, galvanisée par une distribution brillante, où le rire est rythmé par le suspense.

L’HOMME À L’IMPERMÉABLE – Julien Duvivier (1957)

Sorti avec succès sur les écrans français le 27 février 1957, L’Homme à l’imperméable a été réalisé par Julien Duvivier d’après le roman Tiger by the Tail, écrit par James Hadley Chase en 1954 et publié la même année dans la « Série Noire » sous le titre de Partie fine. Le roman se présente comme un thriller dans lequel l’existence d’un homme ordinaire, Ken Rolland, vire au cauchemar lorsqu’il décide de profiter de l’absence de sa femme pour satisfaire ses pulsions sexuelles en passant la nuit avec une prostituée, et que celle-ci est mystérieusement assassinée par un tiers en sa présence. Il est aussi, très explicitement, une satire grinçante de l’American way of life et de l’aliénation des hommes dans l’univers impersonnel des suburds l’action se déroule en Californie, dans une ville « aussi propre qu’une clinique ».

KIM NOVAK

Promue par Harry Cohn parce que Darryl F. Zanuck ne voulait pas lui prêter Marilyn Monroe ! Même si l’essentiel de sa carrière se déroula après 1955, Kim Novak est l’une des dernières « créatures » de l’ancien système des studios. Comme Rita Hayworth, elle fut persécutée par Harry Cohn, qui mobilisa le syndicat du crime pour faire cesser son idylle effrontée avec le génie noir Sammy Davis Jr.! Ses rôles dans Picnic (J955) et Vertigo (Sueurs froides, 1958) ont fait rêver des générations de cinéphiles. Pourtant ni Joshua Logan, réalisateur du premier, ni Alfred Hitchcock. metteur en scène du second, ne voulaient d’elle. La manière dont la beauté froide de Kim Novak vibre devant la caméra reste probablement un mystère même pour les cinéastes ! Mais se sentir mal aimée è Hollywood lui retira bien vite sa joie de vivre et elle subit toujours avec réticence les contraintes liées à son métier, au point qu’elle finit par lui tourner le dos en 1991, à l’âge de 58 ans.

HIS KIND OF WOMAN (Fini de rire) – John Farrow et Richard Fleischer (1951)

En 1950, Robert Mitchum avait déjà à son actif quelques uns de ses meilleurs films mais il est encore jeune et au sommet de sa célébrité. Les studios se donnaient désormais le temps et les moyens de mettre en valeur ce sex-symbol dans des grosses productions, aux côtés de partenaires féminines à la hauteur.
Howard Hughes, en rachetant la R K.O., avait emmené Jane Russell avec lui dans ses valises et, His Kind of Woman devait être le véhicule royal des deux plus grandes stars du studio Hughes qui avait lancé Jane Russel qu’il avait lui même réalisé, orchestrant minutieusement la révélation publique de cette nouvelle bombe sexuelle.

DOUBLE CRIME SUR LA LIGNE MAGINOT – TARAKANOVA – L’ENTRAÎNEUSE – ERNEST LE REBELLE

Parce que la mémoire collective est vite saturée, elle ne peut retenir, d’une époque ou d’un style, que cinq ou six noms. C’est un phénomène profondément injuste, puisqu’il privilégie les signatures que le souvenir a retenu dans sa passoire, mais il répond à un penchant naturel de l’esprit. Le but de cette série de publications sur les films français des années 1930 est justement de faire échec à cette mécanique qui tend à privilégier, au delà de toute mesure, des films excellents, mais qui rejette au fond de la nuit des dizaines d’autres films dont rien ne prouve qu’ils ne soient pas d’une émotion, d’une poésie ou d’une surprise comparables. [Cinquième partie]

PITFALL – André de Toth (1948)

Pitfall est le film noir clé sur le thème du mari volage perdant sa respectabilité bourgeoise. La distribution est pertinente : Raymond Burr, dans le rôle de Mack, est à la fois répréhensible et pathétique lorsqu’il essaye de se faire aimer de Mona, jouée par Lizabeth Scott, prototype de la femme fatale La beauté angélique de Dick Powell, qui en a fait le plus vulnérable des durs du film noir, et sa prédisposition à la mélancolie, soulignent l’ennui de l’homme dont la vie s’est enlisée. Quant à Jane Wyatt, elle représente l’épouse et la mère typiques, exact opposé de Lizabeth Scott, la brune et la blonde étant ainsi inversées par rapport aux codes romanesques habituels.