THE BIG COMBO (Association criminelle) – Joseph H. Lewis (1955)

Le chef local de la pègre, M. Brown, a séduit la mondaine Susan Lowell . Pendant ce temps-là, l’inspecteur Leonard Diamond , qui cherche sans répit à faire tomber Brown, prend l’élégante Susan dans ses filets, mais il se laisse influencer par les sentiments qu’elle lui inspire. On raconte que le réalisateur Joseph H. Lewis aurait déclenché la fureur de son acteur principal, Cornel Wilde, en envoyant des billets explicitement sexuels à sa partenaire et épouse de l’époque, Jean Wallace. Theodora, la société de Wilde, faisant partie des producteurs du film, la stratégie de Lewis était pour le moins risquée, mais elle lui permit d’obtenir le jeu qu’il attendait. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

CHIENS PERDUS SANS COLLIER – Jean Delannoy (1955)

Chiens perdus sans collier fait partie d’une catégorie un peu à part dans la filmographie de Gabin, mais néanmoins importante : celle puisant dans un certain réalisme social. L’expression est à prendre au sens large, Gabin n’ayant pas réellement participé à des films « militants ». Même La Belle équipe, souvent considéré comme un manifeste des idéaux du Front populaire, n’a jamais été considéré comme tel par l’acteur, ni par le cinéaste Julien Duvivier. Ce qui n’empêche pas le célèbre film de 1936 de constituer, comme Chiens perdus sans collier, une véritable radiographie de l’époque. Gabin tournera en fait un certain nombre de films dans lesquels sera mis en avant cet intérêt pour le quotidien de gens simples, dont la vie est dépeinte avec justesse. Le Jour se lève, de Carné, appartient à ce genre, de même que, bien des années plus tard, Le Cas du Docteur Laurent ou L’Air de Paris.

THE TROUBLE WITH HARRY (Mais qui a tué Harry ?) – Alfred Hitchcock (1955)

La découverte d’un cadavre près d’un village du Vermont ne trouble pas outre mesure ses habitants, qui continuent à déguster des cakes et à boire de la citronnade… La vie suit son cours, comme le cycle des saisons. Parenthèse dans la carrière d’Alfred Hitchcock, The Trouble with Harry (Mais qui a tué Harry ?) est un plaisir que le réalisateur s’accorde entre deux grands classiques, To Catch a Thief (La Main au collet) et The Man Who Knew Too Much (L’Homme qui en savait trop). Il est résolu à explorer plus profondément un thème qui lui est cher : l’humour décalé. Le rire de l’absurde trouve ici son expression parfaite et jette, a posteriori, une lumière nouvelle sur la filmographie d’Hitchcock.

CYD CHARISSE

Avare de compliments pour Ginger Rogers, Fred Astaire idolâtrait Cyd Charisse, qui partageait sa technique éblouissante et son élégance suprême. Quelques pas et une jupe fendue lui suffisaient pour créer une image obsédante de femme fatale. Il serait injuste de dire qu’elle n’était pas bonne actrice, mais une partie de sa magie semblait s’évanouir lorsque la musique s’arrêtait, peut-être parce que personne ne croyait à elle autrement qu’en danseuse aux longues jambes et aux déhanchements souverains. Pourtant, Nicholas Ray et Vincente Minnelli redécouvrirent tardivement des qualités dramatiques qu’elle avait laissé entrevoir dans quelques films de jeunesse.

SILK STOCKINGS (La Belle de Moscou) – Rouben Mamoulian (1957)

Brillant remake du Ninotchka d’Ernst Lubitsch, avec Greta Garbo, ce film a la grâce des chefs-d’œuvre accouchés dans le doute et la douleur. Fred Astaire croyait être en fin de carrière et craignait qu’on ne ricane devant ses acrobaties légèrement ridées. Cyd Charisse frémissait à l’idée qu’on la compare avec la Divine et travaillait dur pour montrer ses vrais talents d’actrice plutôt que d’exhiber une nouvelle fois ses jambes mythiques… Le réalisateur, Rouben Mamoulian, avait mis dix ans à se remettre du désastre financier de son précédent film et restait intimidé par cette comédie antisoviétique, qui trouvait un écho dans sa vie personnelle. D’origine géorgienne, il avait en effet grandi à Paris avant de partir faire ses études à Moscou. Enfin, les déhanchements d’un certain Elvis menaçaient de plus en plus la pérennité de la comédie musicale version Arthur Freed. Silk Stockings (La Belle de Moscou) traverse ces dangers avec flamboyance, forte de ses répliques spirituelles, de sa sensualité feutrée et de ses superbes numéros musicaux. A noter la participation inattendue et délicieusement caricaturale de Peter Lorre en apparatchik rabelaisien. [Marine Landrot – Télérama]

THE WIZARD OF OZ (Le Magicien d’Oz) – Victor Fleming (1939)

Célèbre pour ses chansons, The Wizard of Oz (Le Magicien d’Oz) le fut aussi en son temps pour son budget inhabituel et son tournage mouvementé. Alors que les réalisateurs se succèdent aux commandes de cette superproduction de la M.G.M., les prises de vues sont en effet retardées par des accidents : après l’intoxication à l’aluminium de l’Homme de fer, c’est la sorcière qui prend feu, puis sa doublure. Et même le chien « jouant » Toto sera blessé à la patte… Mais au-delà de l’anecdote, c’est bien sûr le film lui-même qui fascine le public – en particulier les Américains – depuis plus de soixante-dix ans. Son esthétique y est pour beaucoup : explorant les possibilités du Technicolor naissant, le chef opérateur Harold Rosson et le directeur artistique Cedric Gibbons ont créé un univers aux tons saturés et aux formes étonnantes, qui font du film un feu d’artifice visuel.

RYTMANN, L’AVENTURE D’UN EXPLOITANT DE CINÉMAS À MONTPARNASSE

Vous aimez Paris, le cinéma et la photographie ? Soutenez le projet en pré-achetant le livre sur les cinémas de quartier à Montparnasse.
L’histoire d’un autodidacte qui se lance dans le commerce du cinéma: Joseph Rytmann. L’ouvrage retrace le parcours de la famille Rytmann, exploitants de salles de cinéma à Montparnasse depuis 1933 et spoliés durant la dernière guerre. Dans les années d’après-guerre, les salles Rytmann accèdent au statut de cinémas d’exclusivité de la Rive gauche…

LE CINÉMA FRANÇAIS SOUS L’OCCUPATION

Dès 1940, les Allemands entendent contrôler l’industrie cinématographique de la France occupée, et, surtout, favoriser l’exploitation de leurs propres films. Le cinéma français connaîtra pourtant une exceptionnelle vitalité. En juin 1940, après les quelques semaines de combats qui suivirent ce que l’on a appelé « la drôle de guerre », les Allemands occupent Paris, Le gouvernement du maréchal Pétain s’installe à Vichy, au sud de la Loire, et la France, coupée en deux, peut apparaître désormais comme un élément de l' »Europe nouvelle » en cours d’édification…

WORDS AND MUSIC (Ma vie est une chanson) – Norman Taurog (1948)

En 1918, à l’université de Columbia, Richard Rodgers et Lorenz Hart, deux étudiants rêveurs, enthousiastes et passionnés de musique font connaissance. Ils s’associent pour écrire des spectacles musicaux joués par les étudiants, Rodgers écrivant les notes et Hart les paroles des chansons. Leurs productions font tant parler d’elles que, l’année suivante, ils parviennent à placer l’une de leurs chansons, Any Old Place With You, dans un spectacle de Broadway. Le morceau obtient un gros succès commercial à la suite duquel, pendant deux décennies, les deux hommes vont régner sur Broadway et écrire des dizaines de classiques de la musique populaire américaine… Film de prestige réunissant des plus grandes vedettes de la MGM, cette biographie musicale retrace de manière fort libre le compagnonnage de Richard Rodgers et Lorenz Hart.

HUMAN DESIRE (Désirs humains) – Fritz Lang (1954)

Fritz Lang retrouve le même producteur, Jerry Wald, qui avait aussi participé à Clash by Night (Le démon s’éveille la nuit), la même firme, Columbia, et le même comédien principal, Glenn Ford, pour Human Desire (Désirs humains), remake du film de Jean Renoir : La Bête humaine, adapté d’Émile Zola. On mesure la distance parcourue depuis Scarlet Street (La Rue rouge), remake également d’un Renoir, réalisé dix ans auparavant : aucune trace d’expressionnisme ne subsiste, mais la présence d’une forme dépouillée, voire ascétique, pour conter cette histoire d’amour triangulaire où la femme d’un employé de chemin de fer pousse son mari à tuer un ancien amant, puis le trompe avec un cheminot, témoin du meurtre. Lang souhaitait Peter Lorre pour le rôle principal, mais ce fut Glenn Ford qui fut choisi : avec lui, l’élément pathologique, essentiel chez Zola, disparaît du personnage. A l’approche plus sensuelle de Renoir, Lang substitue l’étude clinique des rapports amoureux, inéluctablement mêlés de jalousie, entre un homme âgé (Broderick Crawford) et sa jeune épouse (Gloria Grahame). Il rejoint ainsi Zola dans sa vision déterministe de l’existence, relayée métaphoriquement par le motif visuel récurrent des rails – où l’être humain est prisonnier de son destin. [Fritz Lang, Le Meurtre et la loi – Michel Ciment – Editions Découvertes Gallimard Art (2003)]

LE CRIME PARFAIT

La conspiration et la trahison, l’amour et le sexe, le meurtre et le crime parfait… autant de pivots du film noir, autant de thèmes inclus dans Double Indemnity (Assurance sur la mort). Certes, on a connu des trames tournant autour de crimes motivés par l’argent ou l’amour bien avant le film noir mais, en tant qu’histoire de meurtres associant les deux, Double Indemnity est considéré par beaucoup comme la quintessence de ce genre cinématographique. Néanmoins, tout comme la nature a horreur du vide, le cycle noir déteste le crime parfait. De fait, la perfection a rarement sa place dans le Noir, qui dépeint plutôt l’échec de criminels qui s’étaient crus parfaits. Comme le dit si bien Walter Neff, le personnage principal de Double Indemnity, en commençant son récit : « Oui, je l’ai tué. Je l’ai tué pour le fric et pour une femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu la femme. C’est réussi, non ? »

L’AMOUR D’UNE FEMME – Jean Grémillon (1953)

Cinq ans après Pattes blanches, Grémillon peut enfin réaliser un scénario qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’il en est l’auteur : L’Amour d’une femme reprend le thème des contradictions entre la vie professionnelle et la vie amoureuse et/ou conjugale, déjà développé dans Remorques ; mais le point de vue est cette fois-ci exclusivement féminin, et souligne, ce qui est parfaitement tabou dans la société française figée des années 1950, les difficultés propres des femmes dans la recherche d’un équilibre entre vie sociale et vie privée. Grémillon, aidé pour l’adaptation et les dialogues par R. Wheeler et R. Fallet, construit une sorte de fiction minimale : sur une île bretonne, une femme médecin rencontre un ingénieur ; ils s’aiment mais ils se quittent, de leur propre volonté.

LES ANNÉES 1940 OU L’ÂGE D’OR DE LA COMÉDIE AMÉRICAINE

Sophistiquée ou burlesque, pétillante ou loufoque, la comédie hollywoodienne brille de tous ses feux durant les années de guerre. Avec quelques-unes des œuvres les plus désopilantes du cinéma américain. Préfigurant cette apogée de la comédie américaine, les années 1930 s’étaient achevées sur une expérience passablement insolite, mais qui avait eu l’heur de plaire au public. « La Garbo rit enfin ! », tel était le principal argument publicitaire de Ninotchka (1939). Sous la direction du génial Ernst Lubitsch, la grande star perdait son auréole de mystère et de drame en succombant aux charmes conjugués du champagne, de Melvyn Douglas et de Paris… Un mythe était mort. Après quoi, plus rien n’était sacré.

UNDERCURRENT (Lame de fond) – Vincente Minnelli (1946)

Le film noir a permis à de grands metteurs en scène comme Fritz Lang, Nicholas Ray, Otto Preminger et Anthony Mann de créer leurs œuvres les plus imaginatives. Malheureusement, le seul film noir de Minnelli, manque parfois de puissance malgré certaines qualités, défaut regrettable car on y trouve pourtant le style du metteur en scène. A peine sortie de son cocon familial, on voit l’héroïne (Katharine Hepburn) entrer dans une réalité cauchemardesque – incarnée par son mari Alan (Robert Taylor) – et chercher à s’en protéger en tombant amoureuse d’un rêve – personnifié par Michael (Robert Mitchim). Katharine Hepburn maîtrise ici parfaitement son rôle mais la mise en scène pèche par complaisance et utilise des motifs d’un symbolisme trop évident comme celui du cheval de Michael ou des flammes vacillant dans la cheminée, apparaissant à chaque séquence-clé.
Le début d’Undercurrent pourrait être celui d’une de ces brillantes comédies sophistiquées chères à Hollywood et à la Metro-Goldwyn-Mayer puis, peu à peu, le ton change et la fin, véritable catharsis amoureuse, permet à Katharine Hepburn de satisfaire le transfert passionnel de Robert Taylor vers Robert Mitchum, d’un frère vers l’autre. Premier des grands films dramatiques de Minnelli, Undercurrent donne au cinéaste la possibilité de poursuivre, parallèlement à ses comédies musicales, la recherche de certains de ses thèmes les plus secrets, que l’on aurait tort de croire réservés au domaine du « musical ».

CARY GRANT

Sous des dehors volontiers fantasques, mais toujours éminemment distingué, Cary Grant masquait une humanité dont quelques cinéastes particulièrement avisés surent tirer le meilleur parti. Son légendaire sourire et son extraordinaire aisance corporelle, qu’il tenait d’une solide pratique de l’acrobatie et du music-hall, l’avaient naturellement orienté vers la comédie, où il fut tout simplement éblouissant. Mais quelques œuvres plus graves, malheureusement trop rares, ont également prouvé qu’il était capable de profondeur. Quoi qu’il en soit, sa carrière fut des plus heureuses puisqu’il eut la chance de jouer sous la direction de metteurs en scène aussi talentueux que Leo McCarey et George Cukor, Howard Hawks et Alfred Hitchcock, Blake Edwards et Stanley Donen. De 1932 à 1966, sa filmographie compte un nombre vraiment impressionnant de films de qualité, dont certains sont d’authentiques chefs-d’œuvre.