Auteur entre autres de La nuit des temps et du Grand secret, René Barjavel fait partie des rares représentants français d’une littérature d’anticipation de qualité. On sait moins qu’il fut aussi, deux décennies durant, un scénariste très prisé.

René Barjavel naît en 1911 au cœur de la Drôme provençale, région à laquelle il restera toujours fortement attaché. Après un certain nombre de « petits boulots », ce petit-fils d’agriculteurs et fils de boulangers surprend son entourage en se lançant dans la voie du journalisme. Embauché par le Progrès de l’Allier en 1929, il y fait ses premières armes, avant de rencontrer quelques années plus tard l’éditeur Denoël, qui lui offre de travailler avec lui. Barjavel s’installe donc à Paris, où il va se partager entre l’édition, le journalisme et l’écriture de textes personnels. Son premier roman, Ravage, est ainsi publié par Denoël pendant la guerre. D’autres suivront, sans que Barjavel cesse pour autant son activité de journaliste : il signe notamment des critiques de films, et publie un essai intitulé Cinéma total, dans lequel il expose ses théories concernant l’avenir du septième art. Un avenir auquel il ne va pas tarder à participer lui-même activement…




À partir de 1947, René Barjavel ajoute en effet une corde à son arc : celle de scénariste, métier auquel il va se consacrer presque exclusivement durant vingt ans. C’est le réalisateur Georges Régnier qui lui met le pied à l’étrier en lui demandant de signer le script et les dialogues du film Paysans noirs. Le romancier enchaîne avec Femmes sans nom coproduction franco-italienne dans laquelle jouent Simone Simon, Françoise Rosay et Gino Cervi. Mais c’est le succès phénoménal du Petit monde de Don Camillo qui, en 1952, fait soudain de lui un scénariste vedette – et pour longtemps, puisqu’il signera les quatre autres volets de la série… Autre conséquence heureuse : s’étant très bien entendu avec le réalisateur Julien Duvivier, Barjavel va devenir l’un de ses auteurs attitrés. Outre Le retour de Don Camillo, en 1953, les deux hommes livreront ainsi L’Homme à l’imperméable, une adaptation d’un polar de James Hadley Chase, puis La Grande vie, film avec Giulietta Masina, et Boulevard. En 1962, le film à sketches Les Dix commandements les réunit pour la sixième fois, avant qu’ils ne signent leur dernière collaboration un an plus tard avec Chair de poule, nouveau polar tiré de Chase.





Mais Barjavel ne se limite pas dans la période aux films réalisés par Duvivier. Il écrit aussi pour le réalisateur Henri Verneuil, Le Mouton à cinq pattes, film dans lequel Fernandel tient pas moins de six rôles, et qui connaît à sa sortie un véritable triomphe. Puis le scénariste change radicalement de registre en adaptant pour l’écran le livre de Boris Simon Les Chiffonniers d’Emmaüs, qui témoigne du travail de l’abbé Pierre. Gérard Philipe lui demande ensuite de collaborer au scénario des Aventures de Till l’espiègle, film que l’acteur va à la fois réaliser et interpréter. Puis Barjavel écrit coup sur coup pour deux grandes stars populaires : l’italien Toto (Parisien malgré lui) et Gabin (Le cas du Docteur Laurent, Les Misérables). Enfin, il se chargera lui-même en 1969 de l’adaptation de son roman Les Chemins de Katmandou, réalisée par André Cayatte avec Jane Birkin et Serge Gainsbourg dans les rôles principaux. Après quoi, le scénariste choisira de se recentrer sur son œuvre de romancier et de dramaturge, laissant à d’autres le soin de transposer certains de ses livres pour le petit écran. [Collection Gabin – La vérité sur Bébé Donge – Eric Quéméré (n°19 – 2006)]




Rebelotes
En 1956, le projet du Cas du Docteur Laurent marque la rencontre de René Barjavel et de Jean Gabin. On connaît l’habitude de l’acteur de retravailler avec les collaborateurs dont il est le plus satisfait : c’est ainsi que l’écrivain se voit proposer l’année suivante l’adaptation du monument de Victor Hugo, Les Misérables. Un véritable défi pour cet auteur plutôt porté vers la science-fiction, mais Barjavel se lance avec Michel Audiard et le réalisateur Jean-Paul Le Chanois dans l’écriture du scénario. Sorti en salles en deux parties, Les Misérables sera l’un des plus grands succès commerciaux de Gabin.


L’HOMME À L’IMPERMÉABLE – Julien Duvivier (1957)
Sorti avec succès sur les écrans français le 27 février 1957, L’Homme à l’imperméable a été réalisé par Julien Duvivier d’après le roman Tiger by the Tail, écrit par James Hadley Chase en 1954 et publié la même année dans la « Série Noire » sous le titre de Partie fine. Le roman se présente comme un thriller dans lequel l’existence d’un homme ordinaire, Ken Rolland, vire au cauchemar lorsqu’il décide de profiter de l’absence de sa femme pour satisfaire ses pulsions sexuelles en passant la nuit avec une prostituée, et que celle-ci est mystérieusement assassinée par un tiers en sa présence.

CHAIR DE POULE – Julien Duvivier (1963)
A la suite d’un cambriolage manqué où le propriétaire est mortellement blessé, Daniel est condamné à la place de son complice Pau. Il réussit cependant à s’évader avant d’être emprisonné et trouve refuge chez un garagiste, Thomas. Mais la femme de celui-ci découvre le passé de Daniel et va l’obliger à dépouiller son mari qu’elle n’a épousé que pour son argent… Ce film est l’un des films les plus méconnus et sous-estimés de Duvivier et pourtant, même s’il n’est clairement pas la plus grande œuvre du réalisateur, il possède de nombreuses caractéristiques louables et constitue un hommage très respectable aux thrillers du film noir américain.

LES MISÉRABLES – Jean-Paul Le Channois (1958)
En 1957, Jean-Paul Le Chanois se voit confier les rênes de sa première superproduction. Une aubaine qu’il doit en partie à Jean Gabin, avec qui il a collaboré quelques mois plus tôt, et qui va lui permettre de signer l’une des plus grandes adaptations du célèbre roman. L’adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo donne lieu à un tournage fleuve, au cours duquel Gabin a le plaisir de côtoyer des acteurs de la trempe de Bourvil, Danièle Delorme et Bernard Blier. Genèse d’un succès…
- CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES – Jean Boyer (1939)
- UN MAUVAIS GARÇON – Jean Boyer (1936)
- LES NOUVEAUX HORIZONS DU WESTERN
- [la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – LES SENTIERS DE LA QUALITÉ (10/10)
- WITNESS FOR THE PROSECUTION (Témoin à charge) – Billy Wilder (1957)
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Catégories :Histoire du cinéma

