Cette adaptation des Misérables par Jean-Paul Le Chanois, scénarisé avec René Barjavel, s’impose dignement parmi les grandes versions cinématographiques du roman de Victor Hugo. Le réalisateur préserve l’esprit social d’Hugo tout en y insufflant sa propre vision, grâce à un tournage ambitieux dans les studios de Babelsberg et un usage exigeant du Technirama pour offrir une image remarquable. La richesse visuelle accompagne une distribution exceptionnelle : Bernard Blier (Javert), Bourvil (Thénardier) et Jean Gabin (Valjean), appuyés par Fernand Ledoux, Sylvia Monfort, Danièle Delorme, Serge Reggiani, Giani Esposito et Lucien Baroux. Fidèle, engagée et portée par des acteurs remarquables, cette version mérite assurément d’être redécouverte.

VICTOR HUGO À L’ÉCRAN
Continuant au fil du temps à exercer la même emprise sur le public, l’œuvre romanesque de Victor Hugo a donné lieu à d’innombrables adaptations cinématographiques, qui ont fait des personnages de Quasimodo et de Jean Valjean des mythes du XXe siècle.

LE PETIT MONDE DE BARJAVEL
Auteur entre autres de La nuit des temps et du Grand secret, René Barjavel fait partie des rares représentants français d’une littérature d’anticipation de qualité. On sait moins qu’il fut aussi, deux décennies durant, un scénariste très prisé.

JEAN GABIN : LE FUGITIF
De tous les mythes ayant collé à la peau de Jean Gabin, celui de l’homme traqué fut assurément le plus tenace. Immortalisée par ses chefs-d’œuvre des années 1930, cette figure se fera pourtant plus rare dans la seconde partie de sa carrière.

JEAN GABIN : MONSIEUR LE CHANOIS
Parmi les collaborateurs privilégiés de la seconde carrière de Jean Gabin figure Jean-Paul Le Chanois, dont le parcours oscille entre projets commerciaux et œuvres plus personnelles. Comme en témoignent les quatre films tournés par le réalisateur et le comédien.

JEAN GABIN
S’il est un acteur dont le nom est à jamais associé au cinéma de l’entre-deux-guerres, aux chefs-d’œuvre du réalisme poétique, c’est bien Jean Gabin. Après la guerre, il connait tout d’abord une période creuse en termes de succès, puis, à partir de 1954, il devient un « pacha » incarnant la plupart du temps des rôles de truands ou de policiers, toujours avec la même droiture jusqu’à la fin des années 1970.

BOURVIL
Le succès commercial n’a jamais éloigné Bourvil de ses origines paysannes. C’était un homme simple et droit, qui a su interpréter avec beaucoup de sincérité et d’humanité des rôles bouleversants.

LES MISÉRABLES – Jean-Paul Le Channois (1958)
En 1957, Jean-Paul Le Chanois se voit confier les rênes de sa première superproduction. Une aubaine qu’il doit en partie à Jean Gabin, avec qui il a collaboré quelques mois plus tôt, et qui va lui permettre de signer l’une des plus grandes adaptations du célèbre roman. L’adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo donne lieu à un tournage fleuve, au cours duquel Gabin a le plaisir de côtoyer des acteurs de la trempe de Bourvil, Danièle Delorme et Bernard Blier. Genèse d’un succès…

LE CAS DU DOCTEUR LAURENT – Jean-Paul Le Chanois (1957)
Gabin en défenseur de l’accouchement sans douleur ? Dans la société française des années 1950, le pari de Jean-Paul le Chanois semble audacieux. Mais la qualité de la mise en scène, ajoutée à la stature de l’acteur, permettront au film de s’imposer avec évidence.
Archive
S’il a connu un large succès populaire, le film de Jean-Paul Le Chanois a été rejeté par la critique. Avec Le recul, il semble pourtant que l’œuvre valait mieux qu’une condamnation sans appel. Avec ses dix-sept adaptations entre 1905 (le Chemineau d’A. Capellani) et 1982 (les Misérables de R. Hossein), le roman de Victor Hugo est, avec Les Trois Mousquetaires et Les Derniers jours de Pompéi, l’une des œuvres les plus adaptées à l’écran. La version de Jean-Paul Le Chanois (1958) connut, peut-être grâce à ses interprètes, un large succès populaire mais fut, sans exception, boudée par la critique qui n’eut pas de mots assez durs pour la condamner. Il semble, avec le recul et l’apparition d’une autre version, celle de Hossein, bien pire, que l’œuvre de Le Chanois vaille mieux qu’une condamnation sans appel. Il a été jugé bon de laisser la parole au metteur en scène, mort en 1985. Son texte a paru dans le numéro 394-5 de la revue Europe (1962), sous le titre : » Pourquoi j’ai tourné les Misérables. » Seul un caprice stylistique a présidé à l’ordre des dix fragments acrostiches qui forment le mot MISERABLES…

M comme Misérables : Le dédain des bons sentiments conduit au mépris des Misérables et comme les Misérables se confondent avec Hugo, qu’ils sont la chair de sa chair, ce mépris s’étend à Victor Hugo lui-même et le condamne avec son œuvre. Pourquoi cette haine, cette violence ? C’est qu’il fut (…) et reste encore aujourd’hui la bête noire de la réaction.
I comme Interprétation : Le tournage donna lieu à un amusant petit duel entre Gabin et Hugo. Jean Gabin prenait ses distances avec Jean Valjean. Soucieux de sa force de vérité, partisan de la simplicité, Gabin craignait un peu les aspects » héroïques « , surhumains de Jean Valjean. Il le ramenait davantage et ce n’était pas pour me déplaire vers le naturel qui fait sa grandeur.
S comme Studios : Certains ont pu s’étonner que notre film, français par excellence, ait été tourné en grande partie dans les studios de Potsdam-Babelsberg à Berlin-Est (…). Ce tournage (…) n’entraîna d’ailleurs pour le film aucun cosmopolitisme, tout y étant conçu, prévu, réglé du seul point de vue de l’œuvre, c’est-à-dire de la France. Mieux, ce séjour à Berlin-Est permit (…) de constater (…) la ferveur qu’on y avait pour les Misérables.
E comme Enfant : S’il m’est arrivé (…) de m’intéresser à travers mes films aux problèmes de l’enfant, ce fut toujours l’éducation humaniste de mon père que j’essayais de faire revivre . (…) La lecture des Misérables m’apprit beaucoup de choses, et jalousement, (…) je gardai pour moi toutes ces acquisitions précieuses.
R comme Respect : Je suis né d’une famille où l’on respectait Victor Hugo et j’avais un peu plus de douze ans quand mon père me conseilla de Lire Les Misérables. (…) Il ne m’appartient pas de parler du film lui-même. On retiendra seulement qu’il fut fait avec amour et qu’il tenta d’être fidèle.
A comme adaptation : C’est en toute tranquillité d’esprit que je commençai l’adaptation en compagnie de René Barjavel. (…) Le seul critère d’adaptation qui nous parut valable fut donc la fidélité totale à l’esprit de l’œuvre. (…) C’est donc avec amour, respect et humilité que l’adaptateur doit entreprendre son travail.
B comme Bourgeoisie : La Bourgeoisie ouvre volontiers ses bras indulgents à ceux qui (…) ont (…) marché avec les gueux et couché un peu avec la Révolution, et puis sont revenus (…) à des conceptions plus réalistes de la vie sociale. Le mouvement qui va de la gauche à la droite est considéré comme une évolution raisonnable. (…) Que le mouvement s’exerce en sens inverse (…), c’est le sarcasme et la haine. On n’a pas pardonné à ce comte Hugo (…) de s’apercevoir (…) qu’il fait fausse route.
L comme Langage : Je m’aperçus assez vite que mes producteurs et moi nous ne parlions pas tout à fait le même langage. Pour eux, il s’agissait de faire un grand film en couleurs, en costumes, avec beaucoup de figuration, de diriger de grands acteurs. (…) C’était le technicien qu’on appelait. Ce n’était pas grandi, mûri, le lecteur des Misérables d’autrefois. Ce lecteur-là (…) il était mon premier spectateur.
E comme Eponine : Mieux que l’innocente et passive Cosette j’aimais l’étrange Eponine. (…) Elle me donnait de la liberté une idée plus exaltante que la République de Delacroix qui montre ses seins sur la barricade. Et il me fut bien doux, plus tard, de lui donner le visage de Silvia Monfort.
S comme Socialisme : Le triomphe de la réaction serait complet si elle réussissait à mettre dans son jeu Victor Hugo. (…) Le panthéisme de Hugo, la » sainteté » de Jean Valjean ne s’accompagnent pas de la promesse d’une vie future. La rédemption c’est sur terre qu’elle s’accomplit. (…) Lorsqu’au Congrès de la Paix à Genève Hugo exalte le Socialisme, il imagine déjà la morale de demain (…) celle d’une coexistence pacifique des individus vers le progrès de la Société…
[Le Monde – mai 1990]

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Catégories :Le Film français

