CAPE FEAR (Les Nerfs à vif) – J. Lee Thompson (1962) 

Cinéaste anglais, choyé par Hollywood après le succès des Canons de Navarone, Lee Thompson prouve, avec ce thriller décapant et spectaculaire, qu’il sait jouer avec les nerfs des spectateurs. L’avocat Sam Bowden, sa femme, Peggy, et leur fille, Nancy, vivent heureux. Max Cady, un dangereux maniaque, libéré après avoir purgé une peine de prison pour viol, veut se venger, persuadé que c’est le témoignage de Sam qui l’a fait condamner… La mécanique du suspense est impeccablement huilée. L’action, comprimée dans un crescendo insoutenable, explose en « stridences » éprouvantes. Les éclairages, crus, les décors, étouffants, et la musique d’Herrmann, le compositeur de nombre d’Hitchcock, renforcent ­efficacement l’impression d’un danger imminent. ­Robert Mitchum, panama blanc vissé sur la tête, diabolique et cruel, calculateur ou menaçant, est hallucinant. Bien supérieur au remake réalisé par Martin Scorsese en 1991. [Gérard Camy – Télérama (mars 2011)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Le générique annonce clairement la couleur et le spectateur sait d’emblée à qui il a affaire : vêtu d’un léger costume clair, coiffé d’un panama, un cigare entre les dents, Max Cady (Robert Mitchum), porté par la musique inquiétante de Bernard Herrmann, avance d’un pas régulier dans les rues d’une petite ville de Géorgie et pénètre dans le tribunal après lancé un regard dédaigneux à deux jeunes femmes. Avec ostentation, il passe en l’ignorant devant une employée qui, surprise et à moitié bousculée, laisse tomber un gros livre et s’adresse d’un air méprisant au concierge noir en lui lançant « Eh grand-père !  » : Max Cady n’est pas un gentleman et ne fait absolument aucun effort pour le cacher.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

J. Lee Thompson retrouve ici Gregory Peck, son interprète des Canons de Navarone – c’est d’ailleurs Gregory Peck qui a fait connaître à Thompson le roman de John D. MacDonald – et Cape Fear est indiscutablement la plus grande réussite de sa carrière de cinéaste. Plus de quarante ans après sa réalisation, le film a conservé toute sa sourde violence et la Composition de Robert Mitchum reste inoubliable. Sa manière de se déplacer avec son costume blanc et son panama ou d’apparaître torse nu à plusieurs reprises demeure terrifiante. Lutinant Nancy Bowden en short, il dit au père de celle-ci : « Elle devient presque aussi mignonne que votre femme. » Même s’il a envie de faire souffrir Peggy, c’est visiblement à Nancy qu’il souhaite s’attaquer. La façon dont Cady, torse nu et mouillé puisqu’il vient d’atteindre à la nage la péniche, passe l’eau de sa poitrine sur le cou et la gorge de Peggy est l’une des scènes les plus malsaines de l’époque et on peut deviner ce que ce criminel pourrait faire avec la jeune Nancy, seulement âgée de douze ans.  [L’Héritage du film noir – Patrick Brion – Editions de La Martinière (2008)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Robert Mitchum incarne un homme qui vient de passer huit ans en prison pour agression sexuelle et veut se venger de l’avocat Sam Bowden (Gregory Peck) dont le témoignage l’avait envoyé derrière les barreaux. Sa présence physique est aussi impressionnante qu’effrayante : massif, nonchalant, voire légèrement somnolent, Cady n’a jamais l’air inoffensif ou stupide, c’est un « animal » dangereux dont l’impertinence arrogante témoigne de sa tranquille confiance en soi.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Pendant un interrogatoire, il devra se déshabiller au commissariat à la demande d’un inspecteur (Martin Balsam) qui veut le fouiller. N’importe qui trouverait cela humiliant. Mais lorsque Cady se retrouve en caleçon, il ne montre pas la moindre gêne et, le chapeau vissé sur la tête, les mains sur les hanches et le torse fièrement bombé, il domine l’assemblée d’un air invulnérable.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Le but de Cady est de rendre la vie impossible à Bowden. Pour cela, nul besoin de déployer des trésors de subtilité : sa seule présence inquiétante suffit à mettre à vif les nerfs de l’avocat et à terroriser toute sa famille. Cady sait exactement jusqu’où il peut aller, il connaît les lois, provoque et menace en prenant garde de ne commettre aucun faux pas susceptible de le faire inculper.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Les scènes pleines de tension du réalisateur J. Lee Thompson rendent à merveille l’angoisse paranoïaque de la famille terrifiée : quand Nancy (Lori Martin), la fille de Bowden, sort de l’école et voit arriver au loin l’ex-détenu, elle est prise de panique et se cache dans la cave de l’école – toujours, semble-t-il, poursuivie par Cady. Mais quand Nancy, morte de peur, réussit au dernier moment à s’échapper par une fenêtre, le spectateur comprend enfin que l’homme qui semble la poursuivre n’est autre que le concierge – tandis que la jeune fille court dans la rue pour se jeter tout droit dans les bras de Cady.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Au départ, contrairement à son équivalent dans le remake de Martin Scorcese de 1991 avec Nick Nolte et Robert De Niro, l’avocat Sam Bowden nous est présenté comme un citoyen modèle, sage et intègre, un personnage que Gregory Peck – parangon de sincérité, de loyauté et de tolérance – incarne évidemment de manière très convaincante. Mais la façade ne tarde pas à se fissurer : si, au début, Bowden affirme haut et fort qu’on ne peut enfermer un homme au seul motif qu’il pourrait commettre tel ou tel acte, il s’empresse à présent de mettre la police aux trousses de Cady, bientôt victime d’un harcèlement permanent et d’arrestations arbitraires.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

Les tentatives de Bowden pour se débarrasser de l’homme qui lui pourrit la vie s’avèrent de plus en plus douteuses : après avoir engagé en vain un détective privé (Telly Savalas), il propose de l’argent à Cady en échange d’une promesse de quitter la ville et finit par le faire rosser par des hommes de main, mettant ainsi sa carrière en péril. Lorsque dans la scène finale, les deux hommes se retrouvent face à face dans les eaux sombres des marais de Cap Fear et que Bowden réussit à prendre dessus, la frontière entre le bien et le mal, si nette au début du film, commence à se brouiller.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Superbement servi par la musique de Bernard Herrmann et le montage de George Tomasini, deux collaborateurs d’Alfred Hitchcock, J. Lee Thompson plonge le spectateur dans une intrigue dès le début inquiétante et dépourvue de temps morts. Face à Gregory Peck, incarnation du droit et obligé presque malgré lui de transgresser la loi pour tenter de se débarrasser de son adversaire, Robert Mitchum représente, comme dans La Nuit du chasseur, la ténébreuse incarnation du mal. Thompson utilise par ailleurs avec beaucoup d’intelligence le cadre de l’affrontement final, la région marécageuse et aquatique de Cape Fear.  [L’Héritage du film noir – Patrick Brion – Editions de La Martinière (2008)]

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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

Gregory Peck a reproché à J. Lee Thompson l’importance prépondérante prise par le personnage joué par Robert Mitchum, alors que c’est lui-même qui l’avait choisi, le préférant à Rod Steiger, farouchement décidé à avoir le rôle. En Angleterre, le film a choqué les censeurs qui y ont pratiqué de nombreuses coupes, le réduisant à 99 minutes…  [L’Héritage du film noir – Patrick Brion – Editions de La Martinière (2008)]

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L’histoire

L’arrivée en ville de Max Cady (Robert Mitchum), va bouleverser la vie de l’avocat Sam Bowden (Gregory Peck). C’est en effet à cause du témoignage de ce dernier que Cady a purgé une peine de prison et il est désormais décidé à se venger.
Bowden bénéficie de l’aide de Mark Dutton (Martin Balsam), le chef de la police, mais Cady est devenu un spécialiste de la loi. Il commence par empoisonner le chien des Bowden et, devant l’insistance de la police à son égard, fait appel à l’avocat Dave Grafton (Jack Kruschen). Il frappe sauvagement la jeune Diane Taylor (Barrie Chase) qui refuse de témoigner et quitte même la ville. La présence de Cady inquiète Bowden, sa femme Peggy (Polly Bergen) et leur fille Nancy (Lori Martin ). Terrorisée par Cady, cette dernière manque d’ailleurs d’être écrasée. Bowden est désormais résolu à tuer Cady. Sa femme réussit à l’en dissuader et Bowden cherche alors à payer Cady pour qu’il s’en aine, mais ce dernier refuse la proposition. Il explique à Bowden ce qu’il a fait subir à sa propre femme. Il compte faire bien pire avec Peggy et Nancy.
Bowden se résout alors à faire appel à trois hommes de main, mais Cady parvient à les mettre en fuite et Grafton demande la radiation de Bowden du barreau. Il décide alors de tendre un piège à Cady. Il conduit Peggy et Nancy sur une péniche à Cape Fear et fait croire qu’il part pour Atlanta. Cady se rend lui aussi à Cape Fear, Il étrangle et noie le policier Andy Kersek qui était chargé de veiller sur les Bowden et terrorise Peggy puis attaque Nancy. Bowden se bat avec lui et réussit à le blesser. Cady terminera sa vie en prison…

Les extraits

SAM LEAVITT (1904-1984) Samuel E. Leavitt commence son apprentissage en 1934 comme cadreur pour le réalisateur Joseph Ruttenberg aux studios Biograph du Bronx, puis à Hollywood pour Harry Stradling sur The Picture of Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray, 1944) et le film noir Tension (1949), entre autres. Son premier film hollywoodien en tant que directeur de la photographie est The Thief (L’Espion, 1952), tourné sans dialogues et principalement en décors naturels à Washington (Bibliothèque du Congrès, Georgetown) et New York (Central Park, Empire State Building, Times Square). Après sa nomination aux Golden Globes pour L’Espion, Leavitt travaille avec les plus grands, parmi lesquels Stanley Kramer The Defiant Ones (La Chaîne, 1958], Guess Who’s Coming to Dinner (Devine qui vient dîner ? 1967) et Don Siegel Crime in the Streets (Face au crime, 1956), mais collabore surtout avec Otto Preminger The Man with the Golden Arm (L’Homme au bras d’or, 1955), Anatomy of a Murder (Autopsie d’un meurtre, 1959]). Il n’a pas un caractère facile, comme il l’admet lui-même à propos de son travail sur Face au crime avec Don Siegel : « Nous avions nos désaccords, sur ce film comme sur les autres, mais c’étaient des différences constructives. Je me fiche de qui il s’agit ou que ce soit le plus grand réalisateur ou producteur, si j’ai quelque chose à dire, je le dis. C’est pour cela qu’on ne me propose pas tant de films que ça. »  
Leavitt remportera un oscar pour The Defiant Ones et deux nominations pour Anatomy of a Murder et Exodus (1960), mais il est surtout célèbre pour la manière dont il fait évoluer la caméra dans des espaces complexes et sait trouver les cadrages les plus éloquents, notamment dans des films noirs : The Crimson Kimono (Le Kimono rouge, 1959), Seven Thieves (Les Sept Voleurs, 1960), Cape Fear (Les Nerfs à vif, 1962) et Brainstorm (1965).

Fiche technique du film
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CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam
A voir également…

Le Néo-Noir, un genre conscient de ses racines (par Douglas Keesey)

THE LONG GOODBYE (Le Privé) – Robert Altman (1973) avec Elliott Gould, Nina van Pallandt, Sterling Hayden

THE LAST RUN (Les Complices de la dernière chance) – Richard Fleisher et John Huston (1971) avec avec George C. Scott, Tony Musante, Trish Van Devere et Colleen Dewhurst

PLEIN SOLEIL – René Clément (1960) avec Alain Delon, Marie Laforêt, Maurice Ronet, Elvire Popesco, Billy Kearns

HUSTLE (La Cité des dangers) de Robert Aldrich (1975) avec Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield

EXPERIMENT IN TERROR (Allo, brigade spéciale) – Blake Edwards (1962) avec Glenn Ford, Lee Remick, Stefanie Powers, Ross Martin

POINT BLANK (Le Point de non retour) – John Boorman (1967) avec Lee Marvin, Angie Dickinson, John Vernon, Carroll O’Connor

THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

GET CARTER (La Loi du milieu) – Mike Hodges (1971) avec Michael Caine, Ian Hendry, John Osborne, Britt Ekland

ENTRE LE CIEL ET L’ENFER (天国と地獄 – Tengoku to jigoku) – Akira Kurosawa (1963)

LE SAMOURAÏ – Jean-Pierre Melville (1967) avec Alain Delon, François Périer, Cathy Rosier et Nathalie Delon

TAXI DRIVER – Martin Scorsese (1976) avec Robert De Niro, Cybill Shepherd, Peter Boyle, Jodie Foster, Harvey Keitel, Leonard Harris et Albert Brooks

CHINATOWN – Roman Polanski (1974) avec Jack Nicholson, Faye Dunaway, John Huston

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. L'Ornitho dit :

    Suis sûr (sauf erreur) d’avoir lu un roman noir de la même histoire, et pas par l’auteur du « screenplay », mais qui?

    J'aime

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