THE DRIVER – Walter Hill (1978) 

Au sein d’une filmographie inégale mais sympathique – quelques bons titres et pas mal de nanars – The Driver s’avère être le meilleur film de Walter Hill, le plus excitant et original tant sur le plan du concept que de l’exécution. The Driver est un exercice de style autour des figures archétypales du film noir, tenté par l’abstraction, sous influence directe de Jean-Pierre Melville et du cinéma japonais. The Driver possède la particularité de ne nommer aucun de ses protagonistes. Bruce Dern est un flic irascible, ses collègues sont des souffre-douleurs régulièrement traités de « connards », Isabelle Adjani est une joueuse, Ryan O’Neal est parfois interpellé sous les sobriquets de « cow-boy » ou de « driver », etc. C’est un film qui se bonifie avec le temps et à chaque nouvelle vision je continue de le préférer à d’autres thrillers américains plus côtés comme Bullitt et French Connection, célèbres eux aussi pour leurs cascades automobiles. [Olivier Père]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Comme le suggèrent clairement les premières scènes, les rues et les parkings sont le territoire du héros, et les voitures, sa vocation et son destin. Le héros, incarné par Ryan O’Neal, travaille comme chauffeur à gages pour des gangsters. On le voit pénétrer dans un parking souterrain. Il regarde autour de lui, se dirige sans hésiter vers une voiture et en force la portière en l’espace de quelques secondes. Il s’assied, vérifie rapidement le volant et démarre. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Le chauffeur à gages est né pour piloter des voitures ; le spectateur n’a pas besoin d’en savoir davantage et les 90 minutes qui suivent ne livreront aucune autre information sur l’homme. Il n’a ni nom ni passé, il ne porte aucun poids sur ses épaules. Il a trouvé sa place dans l’existence: le siège d’un véhicule. Dans les chambres d’hôtel minables où il passe ses nuits, il a l’air d’un corps étranger. Quant à l’homme qui le poursuit, l’inspecteur (Bruce Dern), il reste lui aussi un personnage diffus. Les deux hommes se ressemblent : obsessionnels, poussés par une sorte de fanatisme, peu enclins au sourire. Tout cela les unira à la fin du film. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

L’intrigue de Driver est aussi étique que les caractères principaux : le chauffeur à gages est un criminel et l’inspecteur est à ses trousses. Le duel qu’ils se livrent offre bien quelques rebondissements, mais ressemble davantage à une sorte de jeu du chat et de la souris entre deux machos. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Toute l’action est tendue vers cet objectif – y compris la relation ambiguë des deux hommes en face de l’unique personnage féminin du film (Isabelle Adjani) – et rien ne les en distrait : les décors (rues, parkings, hangars et bars) sont presque sans exception ceux de la grande ville déserte et nocturne et restent aussi abstraits que les personnages. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

La mise en scène s’affranchit de tout tour de passe-passe visuel, ni photographie ni montage ne détournent notre attention de l’action. Les dialogues sont réduits au minimum : bavarder, ce n’est pas le genre de ces deux hommes. Quand l’inspecteur rencontre le chauffeur, il le compare à un cow-boy ; comment ne pas reconnaître dans la ballade urbaine de Walter Hill la constellation de personnages et les éléments stylistiques du western ? Le dénouement est un classique du genre : les deux hommes se rencontrent dans un dernier face-à-face, sans revolver mais chacun au volant de sa voiture – qui sera le plus rapide ? [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Hill conjugue de manière magistrale ces moyens stylistiques avec ceux du film noir et du film policier – ainsi qu’il le fera plus tard dans Streets of Fire (Les Rues de feu, 1984) et Last Man Standing (Derniers recours, 1996) : manipulations et coups habiles déterminent le jeu des deux côtés. Le chauffeur à gages, conscient que l’inspecteur cherche à lui tendre un piège, sait ce qu’il risque. S’il se résout à relever le duel, c’est pour défendre son honneur, mis à mal par la provocation de l’inspecteur : « Si tu gagnes, tu te fais un peu d’argent. Si je gagne, tu en prends pour quinze ans. » Il faut avoir le jeu dans le sang pour gagner – et rester maître de la partie. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

L’intrigue est jalonnée par une succession effrénée de courses-poursuites à couper le souffle : des légions de policiers sans visage sortis de nulle part font feu sur le véhicule, pourchassent le héros en vain puis disparaissent, à nouveau dans le néant. Walter Hill a été assistant réalisateur de Peter Yates dans Bullitt (1968) et n’a rien oublié de la leçon, chorégraphiant avec le coordinateur de cascades Everett Creach quelques scènes de poursuite qui marqueront pour longtemps le genre et seront même citées plus tard dans des films d’action, notamment dans Ronin (1998) de John Frankenheimer. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Le parti pris stylistique et dramatique de Hill s’inscrit dans la lignée de films comme Vanishing Point (Point limite zéro, 1970) de Richard C. Sarafian et The Sugarland Express (1974) de Steven Spielberg, avec des héros indissociables de leur voiture. Pourtant, malgré les séquences d’action sensationnelles et les éruptions de violence jamais gratuites : le chauffeur ne tue que s’il n’a pas d’autre choix, Driver est un film paisible, nonchalant. Les adversaires se guettent et le spectateur comprend les personnages en observant leur réaction face à des situations de tension extrême. En tant que témoin, il devient ainsi un élément du jeu. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

À Hollywood, Walter Hill est considéré comme un « solide artisan  ». Mais cela ne rend que partiellement justice au réalisateur, auteur et producteur Walter Hill, né en 1942 à Long Beach, en Californie. Son nom est associé aux films d’action phares des années 1970 et 1980. Après avoir été second assistant réalisateur de The Thomas Crown Affair (L’Affaire Thomas Crown, 1968) de Norman Jewison et avoir pris pied au cinéma, Hill écrit des scénarios dont celui de The Getaway (Guet-apens, 1972) de Sam Peckinpah. Hill tourne son premier film en 1975, Hard Times ! The Streetfighter (Le Bagarreur). [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Les deux films suivants, The Driver (1978) et The Warriors (Les Guerriers de la nuit, 1978), portent son empreinte visuelle et narrative: sans détours ni fioritures, Hill met en scène des histoires amères d’hommes brisés par la vie. Ses personnages parlent peu, et se définissent plutôt par leurs actes – une tradition avec laquelle il ne rompra que dans des buddy movies (« films de potes  ») comme 48 Hrs. (48 heures, 1982) où Nick Nolte est loin de tirer aussi vite qu’Eddie Murphy parle. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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THE DRIVER (Walter Hill, 1978) avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern

Walter Hill réalise par ailleurs des films brillants, brutaux et silencieux, des films virils où les femmes interprètent rarement un rôle principal : Southern Comfort (Sans retour, 1981) fait écho au film de John Boorman Deliverance (Délivrance, 1972) ; Streets of Fire (Les Rues de feu, 1984) est une fusion fascinante du western mythique et de la ballade urbaine, et Extreme Prejudice (Extrême préjudice, 1987) est un western des temps modernes aux accents machistes. Hill dévoile son penchant pour le plus américain des genres – le western – dans The Long Riders (Le Gang des frères James, 1980), Geronimo : An American Legend (Geronimo, 1993) et Wild Bill (1995). Son ultime chef-d’œuvre, Last Man Standing (Dernier recours, 1996), un remake de Yojimbo (1961) d’Akira Kurosawa, reflète l’esprit des héros de western peu prolixes. Pour la télévision, Walter Hill révèle en 1989 un sens de l’humour inconnu jusque-là en tant que coproducteur de la série Tales from the Crypt (Histoires d’outre-tombe, 1972) de Freddie Francis, ces contes fantastiques teintés d’autodérision. [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

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Les extraits

Fiche technique du film

A voir également…

Le Néo-Noir, un genre conscient de ses racines (par Douglas Keesey)

THE LONG GOODBYE (Le Privé) – Robert Altman (1973) avec Elliott Gould, Nina van Pallandt, Sterling Hayden

THE LAST RUN (Les Complices de la dernière chance) – Richard Fleisher et John Huston (1971) avec avec George C. Scott, Tony Musante, Trish Van Devere et Colleen Dewhurst

CAPE FEAR (Les Nerfs à vis) – J. Lee Thompson (1962) avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam

PLEIN SOLEIL – René Clément (1960) avec Alain Delon, Marie Laforêt, Maurice Ronet, Elvire Popesco, Billy Kearns

HUSTLE (La Cité des dangers) de Robert Aldrich (1975) avec Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield

EXPERIMENT IN TERROR (Allo, brigade spéciale) – Blake Edwards (1962) avec Glenn Ford, Lee Remick, Stefanie Powers, Ross Martin

POINT BLANK (Le Point de non retour) – John Boorman (1967) avec Lee Marvin, Angie Dickinson, John Vernon, Carroll O’Connor

GET CARTER (La Loi du milieu) – Mike Hodges (1971) avec Michael Caine, Ian Hendry, John Osborne, Britt Ekland

ENTRE LE CIEL ET L’ENFER (天国と地獄 – Tengoku to jigoku) – Akira Kurosawa (1963)

LE SAMOURAÏ – Jean-Pierre Melville (1967) avec Alain Delon, François Périer, Cathy Rosier et Nathalie Delon

TAXI DRIVER – Martin Scorsese (1976) avec Robert De Niro, Cybill Shepherd, Peter Boyle, Jodie Foster, Harvey Keitel, Leonard Harris et Albert Brooks

CHINATOWN – Roman Polanski (1974)

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