LA VERITÉ SUR BÉBÉ DONGE – Henri Decoin (1952)

Si le public de 1952 boude la sortie de La Vérité sur Bébé Donge, le film ne sombre pas pour autant dans l’oubli, et les générations suivantes répareront cette injustice en le considérant comme l’un des titres les plus marquants de la période. Même les pourfendeurs de la fameuse « qualité française », tant décriée par François Truffaut et ses amis des Cahiers du cinéma, se sentiront tenus de faire une exception dans la filmographie d’Henri Decoin pour La Vérité sur Bébé Donge. Et, plus récemment, le scénariste Jacques Fieschi, collaborateur des derniers films de Claude Sautet, verra même dans La Vérité sur Bébé Donge « l’un des plus troublants huis clos conjugaux du cinéma… » De fait, tout concourt ici à créer une œuvre saisissante. Construite en flash-backs, l’intrigue du film permet de retracer l’histoire du couple Donge sur une longue période, tout en offrant à Danielle Darrieux de livrer une prestation remarquable en incarnant le même personnage à différentes époques, de la jeune fille pleine d’espoir à la femme murée dans son silence. Mais, pour être moins « spectaculaire », la performance de Gabin dans le film n’en est pas moins réussie : en bourreau devenu victime à son tour, l’acteur parvient à exprimer avec sobriété le désarroi d’un homme comprenant ses erreurs. Que le public n’ait pas reconnu dans un tel rôle « son » Gabin n’enlève rien à l’indiscutable talent dont fait preuve l’acteur dans la peau de François Donge… [Collection Gabin –  Eric Quéméré – 2005]

VAGUE CRIMINELLE SUR LE CINÉMA FRANÇAIS

Doublement influencé par la vogue des films noirs américains et par les tragédies urbaines de Marcel Carné, le cinéma français va connaitre, au cours des années 50, un véritable déferlement criminel dans ses salles obscures…
Au-delà des motivations commerciales évidentes – il s’agissait en effet de répondre à la demande du public français fasciné par les films noirs américains -, la production intensive de films policiers au cours des années 50 ne fait que s’inscrire dans une longue tradition littéraire et cinématographique nationale.

QUAND HOLLYWOOD S’ÉMANCIPAIT 

Durement touché par la concurrence de la télévision, au Cours des années 50, Hollywood s’efforça d’attirer le public dans les salles en lui proposant des sujets jusqu’alors tabous, entreprise facilitée, dans une certaine mesure, par le déclin inexorable de la censure. 

MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)

Un grand film de la fin des « années 50 », signé Julien Duvivier et Henri Jeanson. Un véritable suspens, magistralement interprété par une pléiade de comédiens prestigieux. En 1944, ils formaient un réseau de Résistance. L’un deux a trahi. Des années plus tard « Marie-Octobre », seule femme du groupe, les réunit pour découvrir qui a trahi… Et, à la fin de l’enquête, le traître devra mourir !

LE DÉSORDRE ET LA NUIT – Gilles Grangier (1958)

Sorti en mai 1958, ce film de Gilles Grangier met en scène un inspecteur de police qui, pour avoir du flair, n’en est pas moins très éloigné de la rigueur d’un Maigret. L’occasion pour Gabin d’une composition inédite, face à deux actrices d’exception. Tout est osé pour l’époque dans ce polar dur et tendre qui s’ouvre sur le visage en sueur d’un batteur de jazz noir dont le solo enflamme un cabaret du 8e arrondissement.

Gilles Grangier était particulièrement fier de cette « histoire d’amour sans eau de rose » où Jean Gabin est un flic fatigué qui tombe amoureux d’une toxico de la moitié de son âge. Ça va vite entre eux : à peine l’a-t-il rencontrée, pour l’interroger sur la mort de son ex-amant, qu’au mépris de toute éthique il la suit à l’hôtel et couche avec elle. « Vous l’embarquez ?, s’étonne le gérant du club, qui les voit partir ensemble. – C’est elle qui m’embarque », répond Gabin. On est loin du cinéma de papa, classique et puritain, même si Gilles Grangier a été méprisé par les jeunes insolents de la Nouvelle Vague… Qui dit toxicomanie dit dealer, et là c’est le pompon, car la morphine est fournie par une pharmacienne apparemment respectable (Danielle Darrieux !). Son affrontement final avec Gabin est une merveille d’acidité, dialoguée par Michel Audiard. Dans cette « perle du film noir », dixit Bertrand Tavernier, les bourgeoises sont bien plus toxiques que les malfrats. [Guillemette Odicino – Télérama]

VISAGES FAMILIERS DU CINÉMA FRANÇAIS (partie 2)

Simone Signoret fut une des premières jeunes actrices à s’imposer comme vedette au lendemain de la Libération. Figurante et secrétaire du journaliste Jean Luchaire sous l’Occupation elle décrocha quelques petits rôles, avant d’être lancée par les films d’Yves Allégret, son premier mari, Les Démons de l’aube (1945) et surtout Dédée d’Anvers (1947) qui fit d’elle une grande vedette, dans un rôle pourtant assez conventionnel de fille de maison close, emploi qu’elle tint plusieurs fois dans sa carrière.

ABUS DE CONFIANCE – Henri Decoin (1937)

Abus de confiance est un beau mélodrame. Selon la règle, il oscille entre le sordide et l’opulence, s’ouvre sur l’image d’un cimetière, trouve sa conclusion dans un prétoire. La vertu de Danielle Darrieux, orpheline de bonne éducation, éprouvée par la pauvreté, subit les pires assauts, et, si la jeune fille écoute les funestes conseils d’une…

RETOUR A L’AUBE – Henri Decoin (1938)

Un soir de mai 1938, une foule immense accueille à la gare Saint-Lazare Danielle Darrieux (et, accessoirement, son mari) de retour d’Hollywood. Ils commencent rapidement le tournage de ce qui va devenir le plus beau film de cette période, Retour à l’aube. Adapté d’une nouvelle de Vicky Baum, le film est tourné en partie en…

PREMIER RENDEZ-VOUS – Henri Decoin (1941)

L’histoire : Micheline (Danielle Darrieux), pensionnaire dans un orphelinat de jeunes filles, entretient une correspondance secrète avec celui qu’elle croit être un jeune homme. Parvenant à s’enfuir de l’orphelinat, elle convient d’un rendez-vous avec lui. Elle découvre en fait Nicolas Rougemont (Fernand Ledoux), professeur de littérature, un respectable vieillard. Il lui fait croire qu’il est venu…