La Comédie musicale

PIN UP GIRL – H. Bruce Humberstone (1944)

Rompant avec les romances exotiques dont elle s’est fait la spécialité, la Fox joue la carte du patriotisme dans cette comédie musicale tournée en pleine Seconde Guerre mondiale.

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

On pourrait considérer que la fantaisie inhérente à la comédie musicale s’accommode mal d’un contexte aussi grave que celui de la guerre. Mais pour les producteurs d’Hollywood, qui ont decidé d’encourager par leurs films l’élan collectif suscité par l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, les films musicaux ne doivent pas faire exception à la règle. Comme les films policiers, les mélodrames et, bien sûr, les films de guerre, les comédies musicales doivent refléter l’épreuve que traverse le pays. C’est donc tout naturellement que la star Betty Grable se met à côtoyer dans Pin up Girl des officiers et des aviateurs en permission. Lorry, l’héroïne du film, fait – comme l’actrice elle-même – du bénévolat pour l’USO (United Service Organizations), association qui, dès 1941, offre des spectacles aux soldats, aux États-Unis et sur le front. De tels personnages sont courants dans la comédie musicale de l’époque, car chaque studio fait feu de tout bois pour soutenir l’effort de guerre, en incitant notamment le public à acheter des War Bonds. D’ailleurs, le générique de fin de Pin up Girl informe les spectateurs que ces bons de guerre sont disponibles dans leur salle de cinéma…  

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

Le projet de Pin up Girl voit le jour en 1943 à la Twentieth Century Fox, sous l’égide de William LeBaron. Cet ancien compositeur de Broadway devenu producteur de cinéma s’est depuis longtemps illustré dans la comédie musicale. Après avoir livré certains des premiers classiques du genre comme Rio Rita (1929) et Hit the Deck (1930), LeBaron est devenu au tournant des années quarante l’artisan des succès d’Alice Faye, Betty Grable et Carmen Miranda. On lui doit entre autres les films Week-end in Havana (1941), Song of the Islands (Fille des îles, 1942) et The Gang’s all here (Banana Split, 1943), ainsi que Stormy Weather (Symphonie magique, 1943), film interprété uniquement par des vedettes noires (Lena Horne, Cab Calloway, Bill Robinson… ).

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

Au départ, Pin up Girl est pourtant annoncé comme une comédie romantique interprétée par Linda Darnell et Don Ameche. Mais le succès phénoménal obtenu récemment par Betty Grable incite LeBaron à changer son fusil d’épaule, et à faire du projet une comédie musicale mettant en valeur le sex-appeal de la jeune actrice. Laquelle devient plus populaire encore, en cette année 1943, grâce à une certaine photo…  

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

A l’époque, tous les Américains connaissent ce cliché où Betty Grable pose en maillot de bains, un sourire mutin aux lèvres. Envoyée à des milliers de G.I.’s se battant sur le front, cette photo se retrouve épinglée sur le mur de toutes les chambrées, ce qui vaut à son modèle de se voir surnommé « The Pin up Girl ». Capitalisant sur cette expression, LeBaron en fait le titre de la nouvelle comédie musicale de la star, et décide même d’utiliser le fameux cliché dans le film – ce qui s’avère d’autant plus pratique que Betty Grable est enceinte lorsque commence le tournage, qui s’achèvera deux mois avant la naissance de sa fille Victoria. Le recours à la photo à certains moments du film permettra donc de ne pas trop déshabiller l’actrice sur le plateau…

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

Mais le fait d’être enceinte n’empêche pas Betty Grable d’exécuter plusieurs danses, en particulier lors de la chanson Once Too Often, qui lui donne l’occasion d’un remarquable pas de deux avec le « mauvais garçon » Hermes Pan. Le collaborateur attitré de Fred Astaire, qui s’est vu chargé des chorégraphies du film, avait déjà dansé avec l’actrice dans Moon over Miami (Soirs de Miami,1941) et Sweet Rosie O’Grady (Rosie l’endiablée (1943), ainsi qu’avec Rita Hayworth dans My Gal Sal (Mon amie Sally ,1942).  

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

Outre les numéros de Betty Grable, Hermes Pan signe ceux de la sémillante Martha Raye – héroïne décalée d’Hellzapoppin – et des frères Condos, danseurs de claquettes à la technique parfaite (suite à leur coup de foudre sur le plateau, Martha Raye et Nick Condos convoleront à la fin du tournage). Pan élabore également avec la troupe The Skating Vanities un brillant numéro de patins à roulettes, et c’est avec un groupe de femmes militaires appartenant au Women’s Army Corps qu’il met au point l’étonnante « chorégraphie » finale

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)

Toutes ces séquences s’appuient sur les chansons écrites spécialement pour le film par le compositeur James V. Monaco et le parolier Mack Gordon – deux habitués des productions musicales de la Fox, puisque le premier a collaboré à Week-end in Havana et Springtime in the Rockies, et le second à That night in Rio (Une nuit à Rio) et Down Argentine Way (Sous le ciel d’Argentine). Orchestrés par le célèbre trompettiste Charlie Spivak, ces morceaux se conjuguent au charme de Betty Grable pour faire de Pin up Girl un grand succès populaire à sa sortie en salles, au moins de mai 1944. [Comédie Musicale – Pin Up Girl – Eric Quéméré – n°80]

PIN UP GIRL (H. Bruce Humberstone, 1944)
L’histoire

Lorry Jones (Betty Grable) chante dans un petit cabaret de province et distribue ses photos dédicacées au militaires qui viennent la voir chanter et danser. L’un deux, Georges Davis ne se rend pas compte qu’elle distribue ses photos à tout le monde et se figure qu’il est devenu son fiancé. Lorry et Kay (Dorothea Kent) s’en vont à Washington mais décident de rester une soirée à New-York pour s’amuser. Elles utilisent un subterfuge pour entrer au club Chartreuse en faisant croire qu’elles attendent Tommy Dooley (John Harvey), un héros de la Marine. Quand Tommy Dooley arrive, on frise l’incident mais ce dernier est subjugué par le charme de Lorry et devient amoureux. Après les spectacles Lorry et Kay s’en vont à Washington sans laisser ses coordonnées à Tommy. Le hasard fait que Tommy retrouve Lorry dans les bureaux de la marine à Washington vêtue en secrétaire avec des lunettes et faisant loucher ses yeux, il ne la reconnait pas, mais lui fait part de son chagrin d’amour d’avoir perdu Lorry. Cette dernière lui promet d’arranger le coup et lui donne rendez-vous pour le soir, ce dernier la fait ensuite engager dans un cabaret tenu par un ami et à la suite d’une série de quiproquos, elle se dévoile.

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