La Comédie musicale

STORMY WEATHER (La Symphonie magique) – Andrew L. Stone (1943)

«Don’t know why, there’s no sun up int he sky… Stormy Weather, since my man and I ain’t together… keeps raining all the time…» Ainsi commence l’une des plus jolies chansons de l’histoire du jazz chantée ici par Lena Horne et qui donne son titre au film. Film de jazz, film de danse, Stormy Weather est un moment extrêmement joyeux et entraînant, probablement la plus belle comédie musicale noire qui s’achèvera en une séquence explosive où les Nicholas Brothers, probablement les plus grands danseurs de Tap dance du monde, font une étourdissante démonstration de leur talent, à montrer impérativement à tous ceux que la danse inspire. Du pur bonheur !

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STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

Comme Cabin in the Sky réalisé quelques mois plus tôt, Stormy Weather a pour vedette Lena Horne et son interprétation est uniquement composée de comédiens noirs. Au lieu de se contenter d’inclure, comme certains autres producteurs, un ou deux numéros plus ou moins « exotiques » et dont des acteurs de couleur étaient les vedettes, les auteurs du film ont choisi de rendre un véritable hommage aux musiciens, chanteurs et danseurs noirs.

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STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

L’Amérique est en guerre et les combats que livrent les GI’s, toutes races confondues, ont contribué à une prise de conscience de cette présence des soldats de couleur, combattants à part entière. Alors qu’au départ une certaine ségrégation avait opposé les militaires blancs à leurs camarades de couleur, la guerre va peu à peu abolir les barrières des races.

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STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

L’histoire de Stormy Weather, inspirée de celle de Bill « Bojangles » Robinson, devient surtout un prétexte pour accumuler les numéros musicaux les plus divers. Bill fait une brillante démonstration de claquettes, Fats Waller joue au piano alors qu’Ada Brown chante, Lena Horne interprète « I can ‘t give you anything but love, Baby » de Dorothy Fields et Jimmy McHugh, sur un escalier, entourée de boys, Cab Calloway est la vedette de « Geechy Joe » et les Nicolas Brothers se livrent à un éblouissant numéro acrobatique en accumulant les grands écarts, qui demeure l’un des clous du film.

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STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

Ce dernier est évidemment célèbre pour le grand numéro « Stormy Weather » qui voit Lena Horne, splendide, chanter en pleurant et en regardant à travers sa fenêtre. On enchaîne alors sur le ballet de Katherine Dunham et de sa troupe avant de revenir, à la fin, sur Selina (Lena Horne) en train de chanter. Ce très beau moment a pourtant été délicat à mettre en scène.

Andrew Stone a lui-même avoué avoir eu des difficultés : « Lena l’a très bien chanté, mais il n’y avait pas de chaleur, pas d’émotion. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour tenter de modifier son jeu. Je lui ai parlé de sa mère, de ses enfants. Cela ne servait à rien. Nous avons alors tourné mais quand j’ai vu les rushes, je savais que c’était mauvais. Aucune émotion. Le lendemain, nous avons retourné la scène à plusieurs reprises, durant des heures, sans rien obtenir de bon. C’est alors que Cab Calloway est apparu. « Qu’est-ce qui se passe ? » m’a-t-il demandé. Je lui ai tout raconté. « Laisse-moi m’en occuper » répondit-il. Il s’est dirigé vers Lena et a murmuré deux mots à son oreille. Rien que deux mots ! Je n’ai jamais vu une personne changer à ce point. Elle est devenue merveilleuse. De véritables larmes dans les yeux, un sanglot, dans la gorge. A la fin du tournage de la scène, elle était comme hystérique et a pleuré durant dix minutes. J’ai bien évidemment demandé à Cab ce qu’il lui avait dit. Il n’a pas voulu me le répéter. Je ne Je sais toujours pas. » 

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STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

Lena Horne a raconté elle-même que Cab Calloway l’avait conduite dans un coin du studio, lui conseillant d’oublier tout ce qu’Andrew Stone avait pu lui dire jusque-là et lui parlant au contraire de ses propres problèmes matrimoniaux avec Joe Louis. Cab Calloway avait également ajouté quelques mots grossiers pour renforcer son propos et provoquer l’actrice…

Assez curieusement, la différence d’âge entre Bill Robinson (soixante-cinq ans) et Lena Horne, qui n’en avait alors que vingt-six, n’apparaît jamais dans le film comme un handicap. Tout aussi curieusement, Andrew Stone, qui avait alors une renommée de metteur en scène de films musicaux, deviendra, dans les années cinquante, un exceptionnel auteur de drames à suspense réalistes tournés en décors réels, loin des facilités du studio. La meilleure de ses œuvres policières sera Cry Terror ! (Cri de terreur, 1958) avec James Mason, Inger Stevens, Rod Steiger et Angie Dickinson. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]


L’histoire

Oncle Bill Williamson (Bill Robinson) raconte aux enfants de ses voisins sa légendaire existence… 1918. Bill revient de la guerre et fait connaissance de la belle Selina Rogers (Lena Horne) qui se produit dans un night-club et il s’éprend d’elle. Bill devient serveur dans la boîte de nuit dont Fats Waller est l’une des attractions. Il revoit Selina qui le fait engager par Chick Bailey (Emmett ‘Babe’ Wallace, non crédité), mais ce dernier reproche à Bill de vouloir lui voler la vedette et le renvoie. Bill veut fonder un foyer avec Selina, mais la jeune femme n’est pas décidée à renoncer à sa carrière. Bill, qui est parvenu, grâce à son ami Gabe (Dooley Wilson), à monter son spectacle, et Selina se séparent. En 1936, Bill part pour Hollywood. Fin des souvenirs de Bill. Cab Calloway rend visite à Bill et lui demande de participer à un grand show organisé pour les soldats. Selina y chante « Stormy Weather », Bill et elle se revoient. Ils comprennent qu’ils s’aiment toujours autant et décident de ne plus se quitter.

From left: Fayard Nicholas and Harold Nicholas in Andrew L. Ston
STORMY WEATHER (Andrew L. Stone, 1943)

Programme musical (sélection)
« There’s No Two Ways About Love »
Music by James P. Johnson and Irving Mills
Lyrics by Ted Koehler
Performed by Lena Horne
« Linda Brown »
Written by Alvis Cowens
Performed by Bill Robinson with The Tramp Band
« That Ain’t Right »
Music by Nat ‘King’ Cole
Lyrics by Irving Mills
Performed on piano by Fats Waller and sung by Ada Brown
« Ain’t Misbehavin' »
Music by Fats Waller and Harry Brooks
Lyrics by Andy Razaf
Performed by Fats Waller
« Diga Diga Doo »
Music by Jimmy McHugh
Lyrics by Dorothy Fields
Sung by Lena Horne and danced with chorus
« Geechy Joe »
Written by Cab Calloway, Jack Palmer, and Andy Gibson
Performed by Cab Calloway and His Band
« Stormy Weather »
Music by Harold Arlen
Lyrics by Ted Koehler
Sung by Lena Horne
« The Jumpin’ Jive »
Written by Cab Calloway, Jack Palmer and Frank Froeba
Performed by Cab Calloway and His Band
Danced by The Nicholas Brothers

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.


CABIN IN THE SKY (Un Petit coin aux cieux) – Vincente Minnelli (1943)
Le 31 août 1942, Vincente Minnelli commence le tournage de Cabin in The Sky. Il est enfin, comme il l’écrit dans son autobiographie, « contremaître à l’usine ». L' »usine », c’est bien évidemment la M.G.M. dont Arthur Freed lui a fait patiemment découvrir tous les rouages. Cabin in The Sky est un musical, le premier des 13 musicals que réalisera le cinéaste. Il est important de remarquer que 12 des 13 musicals ont été produits par l’homme qui a le plus compté dans sa carrière, Arthur Freed.


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