La Comédie musicale

CARMEN MIRANDA

Sambas endiablées, humour et fruits exotiques, Carmen Miranda, la « bombe brésilienne », incarne toute la séduction de l’Amérique latine. Il n’en faudra pas plus pour électriser le public américain des années 1940.

CARMEN MIRANDA

Hollywood ne mise jamais au hasard et la fulgurante carrière de Carmen Miranda ne fait pas exception à la règle. La « bombe brésilienne » sera en effet la meilleure ambassadrice de la politique panaméricaine du président Roosevelt. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, il s’agit de resserrer les liens de bon voisinage afin que l’ensemble du continent américain présente un front commun à l’ennemi. C’est dans cette conjoncture que Walt Disney réalise ses deux dessins animés de style sud-américain : Saludos Amigos ! (1943) et The Three Caballeros (Les Trois Caballeros, 1945). Les producteurs n’ont d’ailleurs nullement l’ambition de donner au public une image authentique de l’Amérique latine, mais ils entendent au contraire exploiter au maximum les clichés les plus faciles et les plus éculés…

THE GANG’S ALL HERE (Banana split) – Busby Berkeley (1943) – Alice Faye, Carmen Miranda

Plus qu’un produit brésilien, Carmen Miranda incarne à elle seule toute l’Amérique latine. Il lui suffit de modifier la composition des extravagantes pièces montées de fruits exotiques qu’elle arbore comme couvre-chef pour se couler instantanément dans un rôle de Cubaine, de Portoricaine, etc., selon les besoins du scénario.

Un numéro exotique bien au point

En réalité, Carmen Miranda est d’origine européenne ; si elle a été élevée au Brésil, elle est née en 1914 dans un village du Portugal. Mais elle a dans le sang le rythme des maracas et des sambas de sa patrie d’adoption. Elle a d’ailleurs choisi la nationalité brésilienne lorsque le public nord-américain la découvre à Broadway dans une revue intitulée « Streets of Pari » et dirigée par Robert AIton. Elle y exhibe déjà d’étonnants costumes créés par Irene Sharaff. Le reste de la troupe est fort hétéroclite : le danseur Gower Champion, Olsen et Johnson, Abbott et Costello et le chanteur de charme français Jean Sablon (le seul qui justifie la référence à Paris !)

A DATE WITH JUDY (Ainsi sont les femmes) – Richard Thorpe (1948) – Wallace Beery, Jane Powell, Elizabeth Taylor, Carmen Miranda, Robert Stack

Carmen Miranda, elle, n’a évidemment rien de parisien, se trémoussant sur des rythmes exotiques, elle incarne toute la fièvre des tropiques. Et si les paroles qui sortent de ses lèvres écarlates sont peu compréhensibles pour le public de Broadway, ses déhanchements éloquents et ses œillades malicieuses n’ont pas besoin de traduction… Juchée sur d’incroyables semelles, elle arbore des cascades de colliers et de bracelets scintillants. Elle a conçu elle-même – elle a travaillé comme modiste – la pyramide de fruits exotiques qui lui sert de coiffure : une création certes inimitable !

THAT NIGHT IN RIO – Irving Cummings (1941) avec Alice Faye, Don Ameche et Carmen Miranda

Ce numéro exotique, Carmen Miranda l’a longuement mis au point au Brésil où elle est déjà fort connue tant au cabaret qu’à la radio. On peut déjà l’admirer presque intégralement dans son dernier film sud-américain Banana de terra (1938). Les dirigeants de la 20th Century-Fox, qui ont découvert cette artiste prometteuse à New York, décident aussitôt d’en faire la principale attraction de la première comédie musicale latino-américaine : Down Argentine way (Sous le ciel d’Argentine , 1940). Carmen Miranda a tout juste le temps de participer à une autre revue de Broadway, « Sons 0′ Fun » avant que la Fox ne lui fasse signer un contrat. Et la voilà partie pour Hollywood où elle exécutera toutes les variations possibles – et en Technicolor ! – de ce numéro à succès : ce sera That night in Rio (Une Nuit à Rio) et Weekend in Havana (Week-end à La Havane) en 1941, puis Springtime in the Rockies (1942), The Gang’s all here (Banana Split, 1943) et Greenwich Village et Something for the boys en 1944.

THE GANG’S ALL HERE (Banana split) – Busby Berkeley (1943) – Alice Faye, Carmen Miranda
Un indiscutable talent comique

Très vite Carmen Miranda va se révéler un fructueux investissement pour la Fox, car ses films font autant de recettes que ceux d’Alice Faye et de Betty Grable. Les rôles romantiques ne lui conviennent certes pas, mais, pour peu qu’on lui écrive des dialogues appropriés, elle fait preuve d’un indiscutable tempérament comique. Elle sera ainsi une partenaire idéale pour les acteurs de genre comme Edward Everett Horton, William Bendix ou Phil Silvers.

IF I’M LUCKY – Lewis Seiler (1946)

En 1945, la Fox lui impose – suprême injure – une comédie musicale en noir et blanc, Doll Face, destinée surtout à mettre en valeur deux nouvelles vedettes : Perry Como et Vivian Blaine. Après une autre expérience du même genre, If I’m Lucky (1946), Carmen Miranda rompt avec la Fox et reprend son indépendance. Son film le plus mémorable reste The Gang’s all here où Busby Berkeley sublime son exhibition extravagante en une sorte d’apothéose surréaliste. On se souviendra longtemps de ce numéro démentiel « The Lady with the tutti frutti hat » où le décor tout entier semble danser la samba tandis que toute une plantation de bananes jaillit du turban de Carmen. Il parait certain que si Carmen Miranda n’existait pas Berkeley devrait l’inventer, ne serait-ce que pour imaginer autour d’elle « Brazil », l’une de ces fastueuses chorégraphies (sur un air à succès d’Ary Barroso) dont il a le secret.

WEEK-END IN HAVANA (Week-end à la Havane) – Walter Lang (1941) – Alice Faye, Carmen Miranda, John Payne

Copacabana (1947) sera l’autre grand triomphe de Carmen Miranda. Dans cette production de la MGM, elle joue un double rôle aux côtés de Groucho Marx. Mais le plus irrationnel des deux n’est pas celui qu’on croit… Face à la délirante « bombe brésilienne », Groucho, pour une fois, semble un modèle de bon sens.

COPACABANA – Alfred E. Green (1947) – Groucho Marx, Carmen Miranda

Après cet exploit, les deux comédies musicales suivantes, A Date with Judy (Ainsi sont les femmes, 1948) et Nancy goes to Rio (Voyage à Rio, 1950) semblent fades et insignifiantes. La dernière apparition de Carmen Miranda à l’écran, dans une parodie avec Dean Martin et Jerry Lewis, Scared Stiff (Fais-moi peur, 1953), ne sera pas non plus très convaincante.

GREENWICH VILLAGE – Walter Lang (1944) – Carmen Miranda, Don Ameche, William Bendix, Vivian Blaine

Mais Carmen n’a pas pour autant perdu son public et elle continue à se produire dans les plus célèbres music-halls internationaux (en 1948, elle a beaucoup de succès au Palladium de Londres). Elle apparaît aussi à la télévision ; en 1955, alors qu’elle enregistre un numéro pour le « Jimmy Durante Show », elle est terrassée par un infarctus. Son mari, un Américain, fera transporter sa dépouille mortelle au cimetière de Saint-Jean-Baptiste, en plein cœur de ce Rio qu’elle avait tant chanté. Un musée de cette ville lui est consacré : on peut y voir quelques séquences de ses premiers films brésiliens.

CARMEN MIRANDA

THAT NIGHT IN RIO (Une Nuit à Rio) – Irving Cummings (1941)
Portée par deux valeurs sures de la Fox, Alice Faye et Don Ameche, cette comédie musicale de 1941 confirme la percée de l’étonnante Carmen Miranda, tornade venue du Brésil.

THE GANG’S ALL HERE (Banana split) – Busby Berkeley (1943)
Réalisée avec son panache habituel par Busby Berkeley, cette œuvre en Technicolor réunit la fine fleur de la comédie musicale « made in Fox ». Genèse d’une œuvre culte.

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