La Comédie musicale

WEST SIDE STORY – Robert Wise, Jerome Robbins (1961)

En 1961, les amateurs de comédie musicale n’en croient pas leurs yeux : quel est donc cet OVNI qui bouscule tous les codes d’un genre établi depuis bientôt trente ans ? Là où leurs prédécesseurs offraient du rêve et du champagne, Robert Wise et Jerome Robbins transforment un quartier populaire de New York en arène tragique. Reflétant des problèmes sociaux bien réels, West Side Story annonce en fait la mutation que va vivre le cinéma américain tout au long de la décennie. Sans pour autant tourner le dos à l’art : les réalisateurs composent au contraire une magnifique fresque, et se permettent bien des audaces en termes de mise en scène, de cadrages et de décors. Bien sûr, les scènes les plus étonnantes sont celles des ballets, l’association de la musique de Bernstein, des paroles de Sondheim et des chorégraphies de Robbins créant un style totalement inédit. On aurait pu craindre qu’une telle modernité rebute le public, mais il n’en est rien. Non content d’atteindre la deuxième place du box-office de l’année (juste derrière Les 101 Dalmatiens), le film ne récoltera pas moins de dix Oscar – un record pour une comédie musicale

Deux bandes de rues s’affrontent dans le West Side de New York. Les Jets, des Blancs d’origine modeste, ont à leur tête l’implacable Riff. Les Sharhs, eux, sont des Portoricains menés par le bouillant Bernardo. Désœuvrés, ces jeunes saisissent la moindre occasion pour se battre. Mais malgré le racisme ambiant, Tony, un ancien Jet, et Maria, la sœur de Bernardo, vont s’éprendre l’un de l’autre…

C’est au chorégraphe Jerome Robbins que revient l’idée du musical West Side Story : pourquoi ne pas transposer l’intrigue de Roméo et Juliette dans un contexte contemporain ? Robbins envisage d’abord de faire des familles nobles de Vérone des Irlandais catholiques et des Juifs new-yorkais. Mais l’immigration récente de populations caribéennes lui fait préférer une lutte plus actuelle entre Blancs et Portoricains. Il s’entoure de Leonard Bernstein pour la musique, de Stephen Sondheim pour les paroles et d’Arthur Laurents pour le livret. Robbins crée West Side Story sur la scène du Winter Garden de New York, le 26 septembre 1957. Le succès est immense, ce qui incite la Mirisch Pictures à se lancer dans une adaptation cinématographique. Robbins tient bien sûr à être de la partie, mais comme il n’a jamais tourné de film, les producteurs hésitent. Ils finissent par lui confier la réalisation des séquences musicales, et demandent au cinéaste Robert Wise de se charger des autres scènes.

Avec son budget de six millions de dollars, le film s’annonce très ambitieux. Des stars sont d’ailleurs pressenties, comme Audrey Hepburn – mais elle est enceinte et doit décliner le rôle de Maria. Une chance pour Natalie Wood, qui va pouvoir livrer dans le film sa plus grande prestation… Pour le rôle de Tony, Elvis Presley et Warren Beatty sont évoqués, mais le choix des réalisateurs se porte finalement sur Richard Beymer, un quasi inconnu. George Chakiris, qui a incarné sur scène le personnage de Riff, change de camp pour jouer Bernardo. Et le rôle d’Anita est confié à Rita Moreno, la seule actrice du film qui soit réellement portoricaine. Pour les chansons, Natalie Wood sera doublée par Marni Dixon, Tony par Jimmy Bryant, et Rita Moreno par Betty Wand (sauf pour America et le Quintet, qu’elle chante elle-même). En revanche, les acteurs devront exécuter les chorégraphies et se plier à un entraînement intensif.

Avant le tournage, Jerome Robbins passe trois mois à répéter avec tous les danseurs. Un travail harassant tant le chorégraphe est perfectionniste… Tout aussi exigeant, Robert Wise se bat auprès des producteurs pour tourner en décors réels. L’intrigue de West Side Story rompant avec le ton de la comédie musicale classique, le réalisateur sent qu’il faut jouer la carte du réalisme. Une partie du film sera donc tournée à New York dans les 68e et 110e rues (le reste étant filmé en studio à Hollywood). L’incroyable prologue montre ainsi un New York totalement inédit, dans lequel dansent des voyous n’ayant plus rien à voir avec Fred Astaire. Mais si la collaboration des deux réalisateurs fait merveille, les producteurs reprochent à Robbins de prendre trop de retard sur les scènes de danse. Wise termine donc le tournage seul, mais la patte du chorégraphe reste bien reconnaissable dans le résultat final, qui sort sur les écrans new-yorkais le 18 octobre 1961.


Robbins proposa de coréaliser le film. Robert Wise décida alors de se retirer du projet, pensant que Robbins connaissait le spectacle sur le bout des doigts et qu’il était normal qu’il assurât seul la mise en scène. « Mais, raconta Wise, les producteurs étaient très peu disposés à accepter cette solution. Robbins n’avait jamais fait de cinéma auparavant et West Side Story allait être un énorme et dispendieux projet. Le risque ne les tentait pas. Je suis donc rentré chez moi, j’ai enlevé ma casquette de réalisateur et mis mon chapeau de producteur. Dans ma nouvelle fonction, je me suis demandé : « Quelle est la meilleure solution pour la réussite du film ? » La réponse ne s’est pas fait attendre : « Avoir Jerome Robbins ! » Alors je suis revenu en arrière et j’ai accepté la collaboration de Robbins en tant que coréalisateur et chorégraphe du film. Plus tard nous nous sommes rencontrés a New York et nous avons passé des mois à échanger des idées et à discuter sur notre film. Jerry m’a même aidé à faire passer des tests à quelques gosses et à faire quelques essais de danse dans les rues de New York pour voir si nos idées étaient réalisables. Nous nous sommes très bien entendus. Notre collaboration s’est étendue à tous les niveaux – du scénario au choix des décors et des comédiens – bien qu’il ne soit pas resté avec moi jusqu’à la fin du film. Et savez-vous pourquoi ? Parce que nous nous entendions trop bien. Notre complicité nous a mis terriblement en retard sur le plan de travail et le studio a jugé bon de nous séparer, surtout que nous avions déjà longuement étudié et répété tous les numéros de danse et qu’il avait déjà tourné quatre ou cinq ballets. »

Robert Wise a donc terminé seul la réalisation et le film témoigne d’une parfaite osmose entre les deux metteurs en scène, Robbins ayant assuré quatre des séquences musicales, le prologue et les numéros « America », « Cool » et « I feel pretty ». A sa sortie, West Side Story frappa par sa nouveauté et par ce style qui unissait les thèmes de Blackboard Jungle (Graine de violence) et de Rebel Without a Cause (La Fureur de vivre) dont Natalie Wood était déjà l’interprète – à l’univers du film musical. A un moment où celui-ci n’était quasiment plus que des versions cinématographiques de succès de Broadway, West Side Story pouvait apparaître comme le point de départ d’un nouveau genre. L’inverse se produisit et le film n’eut pas de descendance musicale mais influença en revanche certainement des cinéastes tels que Francis Ford Coppola dans The Outsiders.

L’ouverture demeure, aujourd’hui comme hier, un fabuleux moment de cinéma dans laquelle l’intégration des danseurs au cadre new-yorkais est stupéfiante. De même, Natalie Wood chantant « I feel pretty, oh, so pretty. I feel pretty and witty and bright ! » est toujours aussi émouvante. Richard Beymer est malheureusement moins convaincant, malgré l’indiscutable pouvoir de séduction de « Maria ».

Assez curieusement, George Chakiris que l’on avait déjà pu remarquer dans Brigadoon, White Christmas (Noël blanc) ou Gentlemen prefer blondes (Les Hommes préfèrent les blondes) et qui est remarquable dans le rôle de Bernardo – il tenait à Londres sur scène celui de Riff – ne fera qu’une carrière très décevante, sans aucun rapport avec la force de sa composition ici. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]


Danseurs et Chorégraphes : Le style Robbins

Au vu de leurs nombreux points communs, on se dit aujourd’hui que Jerome Robbins et Leonard Bernstein avaient toutes les chances de travailler ensemble. Nés en 1918, ils étaient bien décidés à percer dans le milieu musical new-yorkais. Surtout, ils partageaient la conviction que la tradition classique devait s’ouvrir à la modernité. Robbins le prouve dès 1944 avec son ballet Fancy Free, dont il demande à Bernstein de composer la musique. Ce danseur étoile de l’American Ballet Theatre ne craint pas de mêler dans ses chorégraphies les figures codifiées du classique à des mouvements totalement nouveaux, inspirés du be-bop ou de danses ethniques. Ce mélange détonant rencontre un succès immédiat, qui se confirmera dans les spectacles suivants de Robbins, comme le ballet Facsimile et le musical On the Town. Enfant chéri de Broadway, le chorégraphe collaborera avec d’autres compositeurs, mais c’est à son vieux complice Bernstein qu’il fait appel pour West Side Story, projet qui va lui apporter une consécration internationale. Car le film tiré du spectacle permet au monde entier de découvrir le style si particulier de Robbins, qui fera de nombreux émules…


Si l’opérette Candide a eu du mal à s’imposer, il n’en est pas de même pour l’œuvre suivante de Bernstein, l’une des plus grandes comédies musicales jamais créées dans les annales de Broadway. Encore une fois, la source d’inspiration est classique, mais modernisée. Une adaptation du Roméo et Juliette de William Shakespeare, transposée dans le New York des années 1950 et intitulée West Side Story, titre qui en dit long aujourd’hui. L’époque est idéale : l’Amérique vient d’entrer dans une ère nouvelle où toutes les normes sociales sont remises en question. Après la béatitude et le bien-être des années Eisenhower, la génération montante semble marquée par un esprit rebelle : des adolescents en quête d’identité face à des difficultés que leurs parents n’avaient jamais connues. Certes, ces derniers avaient été exposés à la Seconde Guerre mondiale, mais leur progéniture allait connaître l’âge atomique, une menace particulièrement angoissante.

L’immigration vers cet Eldorado représenté par l’Amérique entraîne des problèmes d’adaptation pour les nouveaux venus qui entendent conserver leurs traditions et des jeunes Américains qui tiennent farouchement à défendre leur identité face à cette invasion. Tout cela trouve un écho dans la plupart des foyers grâce à la télévision, innovation qui très vite s’infiltre et apporte des visions du monde extérieur plus vivantes que les actualités diffusées jusqu’alors dans les cinémas. Les problèmes de cette génération montante se reflètent dans des films comme Rebel Without A Cause ou The Wild Ones. Ainsi, vers la fin des années 1950, le monde entre en ébullition, prêt à éclater sous l’impulsion de ces prises de conscience qui déjà annoncent une globalisation encore lointaine. Le tout sur les accents révolutionnaires d’une musique rock, elle aussi nouvelle, qui s’exprime sur des rythmes exacerbés jusqu’alors inconnus.

C’est dans ce ferment totalement nouveau que West Side Story fait ses débuts le 26 septembre 1957, traduisant en termes modernes et réalistes les problèmes que subissent les jeunes des nouvelles générations, sans pour autant apporter de réponses aux questions qu’ils se posent. Questions d’ailleurs souvent résolues par la violence urbaine plutôt que par le dialogue de la compréhension. Au début, vers 1953, l’idée des créateurs (Bernstein et Robbins) était de situer leur pièce dans les quartiers de la ville de New York et d’en faire un conflit entre les groupes religieux qui s’y opposaient. Leur Juliette devait être une jeune fille juive, et leur Roméo un garçon de bonne famille catholique. La pièce s’intitulait alors East Side Story pour y souligner le cadre dans lequel l’action se situait. Bernstein s’était assigné le travail d’écrire la musique et les paroles des chansons. Mais plus le temps passait, moins ils arrivaient à vraiment cerner leur sujet, et ils finirent par abandonner le projet.

Six ans plus tard, le vent a tourné. Les journaux sont remplis d’articles consacrés aux luttes entre gangs de Portoricains, fraîchement débarqués à New York, et de jeunes Américains déterminés à protéger leur territoire. Ils décident de reprendre l’idée originale, mais changent de quartier et situent l’action dans les rues de la West Side, les quartiers de l’ouest de Manhattan. Leurs héros malchanceux sont désormais une jeune Portoricaine, membre du groupe des Sharks, amoureuse du chef de file des Jets, un gang de jeunes Américains décidé à contrôler les rues de leur quartier face aux nouveaux arrivants.

Bien trop occupé par ses obligations, surtout par son poste de chef d’orchestre du New York Philharmonie, Bernstein décide de laisser à un autre le soin d’écrire les paroles des chansons pour lesquelles il composera la musique. Cet autre est Stephen Sondheim, recommandé par Oscar Hammerstein qui lui a enseigné les ficelles du métier, et qui va faire ses premiers pas à Broadway avec cette pièce.

Lors de la première de West Side Story, si les critiques apprécient son esprit et les innovations qu’elle apporte, leurs réactions sont mitigées. Le New York Times souligne le fait que « la pièce marque l’une de ces rares occasions quand des gens de théâtre, totalement pris par un projet original, se révèlent au sommet de leur talent », mais le critique du Herald Tribune remarque : « De façon générale, le spectacle n’est pas bien chanté. Il est Interprété à l’emporte-pièce. Et à l’exception des danseurs qui font preuve de grand talent dans les ballets, il est rarement émouvant. » En dépit de des réserves, West Side Story reste à l’affiche pendant près de deux ans jusqu’en août 1959 pour 732 représentations ; puis, le 27 avril 1960, la pièce ouvre à nouveau et donne 249 représentations supplémentaires.

Jusque-là, la pièce a surtout connu un succès d’estime largement fondé sur l’importance des créateurs dans le domaine du spectacle, et les innovations qu’ils ont apportées au monde du théâtre. Sa réputation n’a guère débordé du cadre de Broadway, même si la télévision a contribué à son expansion sur le continent américain grâce aux émissions de variétés qui ont diffusé de nombreux extraits de l’œuvre. Son succès, toutefois, en serait resté là sans la version filmée réalisée en 1961, avec Natalie Wood en vedette.

Cette version, qui récoltera un nombre impressionnant d’Oscars, tant pour la mise en scène que pour l’interprétation, et surtout pour l’étonnante chorégraphie de Jerome Robbins, fait de West Side Story le succès mondial incontournable de l’aube des années 1960. Le monde entier découvre la pièce, vibre à ce spectacle prenant et tellement d’actualité, fredonne ses chansons les plus mélodiques (« Tonight », « Maria », « Something’s Coming »), et s’extasie devant cette histoire d’un amour malheureux qui reflète la mentalité d’une Amérique nouvelle en pleine effervescence. Rarement œuvre musicale aura-t-elle eu une telle portée à travers le monde, à tel point qu’il faut souligner que West Side Story, plus que tout autre spectacle, aura sensibilisé les peuples du monde entier aux problèmes de la jeunesse de l’après-guerre mais aussi à ce phénomène encore mal connu en dehors du territoire américain : la comédie musicale de Broadway. Signe de cette évolution, en 1961, pour la première fois dans l’histoire du théâtre français, une troupe américaine itinérante vient présenter la pièce à Paris en anglais. Il faudra des années avant qu’une autre comédie musicale soit jouée sur une scène française dans sa langue d’origine. Autre témoignage extraordinaire, la version filmée reste à l’affiche à Paris pendant plus de quatre ans. [Broadway, la comédie musicale américaine – Didier C. Deutsch – Le Castor Astral / Castor Music (2017)]


L’histoire

Les quartiers du West Side à New York. Deux bandes rivales se disputent les rues : les Jets, des blancs dirigés par Riff (Russ Tamblyn) et les Sharks, des immigrés portoricains qu’entraîne Bernardo (George Chakiris) Tony (Richard Beymer) le meilleur ami de Riff, lui-même ancien chef des Jets, s’éprend de Maria (Natalie Wood) la propre sœur de Bernardo, rencontrée au cours d’un bal. Tony et Maria se revoient et comprennent qu’ils s’aiment. Mais les deux bandes décident de s’affronter en terrain neutre. Tony cherche en vain à calmer les adversaires. Bernardo tue Riff. Tony s’empare de l’arme et poignarde Bernardo. Anita (Rita Moreno) l’amie de Bernardo, est maltraitée par les Jets. Elle fait alors croire que Maria a été tuée par Chino. Désespéré, Tony part à la recherche de Chino pour venger celle qu’il aime. Mais Chino le tue d’un coup de revolver. Maria se jette sur le corps de Tony alors que les deux gangs se réconcilient.


Programme musical
« Prologue » [extrait]
Composed by Leonard Bernstein
« Jet Song »
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Tucker Smith, Russ Tamblyn, Bert Michaels, and The Jets
 
« Something’s Coming » & « Maria » [extraits]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Jimmy Bryant (Richard Beymer)
« Tonight » [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Jimmy Bryant (Richard Beymer) and Marni Nixon (Natalie Wood)
« Dance at the Gym » [extrait]
Composed by Leonard Bernstein
« America » [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Rita Moreno, Suzie Kaye, George Chakiris, Yvonne Wilder, and The Sharks
« Gee, Officer Krupke! » [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Russ Tamblyn, Tony Mordente, Bert Michaels, David Winters, David Bean, and The Jets
« I Feel Pretty«  [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Marni Nixon (Natalie Wood), Suzie Kaye, Yvonne Wilder, and Nobuko Miyamoto
« One Hand, One Heart » [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Jimmy Bryant (Richard Beymer) and Marni Nixon (Natalie Wood)
« Somewhere  » [extrait]
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Jimmy Bryant (Richard Beymer) and Marni Nixon (Natalie Wood)
 
« Quintet »
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Rita Moreno, Jimmy Bryant (Richard Beymer), Marni Nixon (Natalie Wood), Russ Tamblyn, Tucker Smith, George Chakiris, The Jets, and The Sharks
« Cool »
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Tucker Smith
« A Boy Like That »/ « I Have a Love »
Music by Leonard Bernstein
Lyrics by Stephen Sondheim
Performed by Betty Wand (Rita Moreno) and Marni Nixon (Natalie Wood)

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.



LEONARD BERNSTEIN
De tous les musiciens qui ont marqué l’Amérique du XXe siècle, le plus célèbre est sans nul doute « Lenny »  Bernstein. Né dans le Massachusetts en 1918, ce fils d’immigrants russes a connu un destin extraordinaire. Doté d’un talent précoce, il commence par étudier le violon, avant de se tourner vers le piano à l’âge de dix ans. Bravant l’antisémitisme des grandes écoles, il fait de brillantes études à Boston et à Harvard. Ses dons le font vite remarquer de plusieurs chefs d’orchestre, et son nom commence à circuler dans les milieux artistiques new-yorkais. Mais si Bernstein est à coup sûr un grand pianiste, il ne tarde pas à montrer également des talents de compositeur.
Dès 1937, le jeune homme se lance dans l’écriture de pièces musicales. Des symphonies. comme Jeremiah, The Age of Anxiety et Kaddish. Une sérénade pour violons, cordes et percussions. Les opéras Candide, Trouble in Tahiti et A Quiet Place. Deux ballets, Fancy Free et Facsimile, écrits pour son ami chorégraphe Jerome Robbins. La bande originale de On the Waterfront, d’Elia Kazan (seule partition écrite directement pour l’écran). Et bien sûr, des musicals  : le premier d’entre eux sera On the Town, composé en 1944 sur un livret des célèbres Betty Comden et Adolph Green. Le trio se reforme en 1952 pour Wonderful Town. Et en 1957, Bernstein écrit à la demande de Robbins la partition de West Side Story. qui va créa une véritable onde de choc à Broadway, Venu de la musique classique et amateur de jazz, le compositeur a en effet l’audace de mêler pour la première fois ces styles « sérieux » aux mélodies légères de la comédie musicale.
Après le triomphe du spectacle à New York, le succès de sa version cinématographique achève de faire de Bernstein un musicien incontournable. D’autant qu’il s’est vu nommé en 1958 à la tête du Philharmonique de New York, qu’il dirigera jusqu’en 1970. Soucieux de rendre la musique classique accessible au plus grand nombre, Bernstein se produit également dans de nombreuses émissions de télévision. En 1971 Jackie Kennedy lui commande pour l’inauguration du Kennedy Center une Messe dont la modernité fera scandale. Tout comme, dans un autre domaine, sa décision de vivre ouvertement une homosexualité longtemps cachée derrière une vie de famille traditionnelle. Mais rien de tout cela n’entamera au final l’aura extraordinaire de celui qui a su réconcilier, par sa musique, l’élite et le grand public.



NATALIE WOOD
Née le 20 juin 1938 à San Francisco, Natasha Gurdin commence sa carrière de comédienne dès l’âge de cinq ans, lorsqu’un réalisateur la remarque par hasard au milieu d’un groupe d’enfants. Rebaptisée Natalie Wood, un pseudonyme choisi par sa mère, la fillette a pour partenaires de grandes stars comme Orson Welles (Tomorrow Is Forever), Barbara Stanwyck (The Bride Wore Boots) et Gene Tierney (The Ghost and Mrs. Muir). Comme de nombreux enfants d’Hollywood, la petite Natalie suit les cours d’une école spécialisée qui lui permet de faire sa scolarité tout en travaillant sur des films. Une vie un peu particulière, mais dont elle s’accommode bien.
Les années passant, Natalie abandonne peu à peu les rôles d’enfant pour jouer les adolescentes difficiles. Notamment dans Rebel Without a Cause, film de Nicholas Ray dont elle partage l’affiche avec James Dean : à sa sortie en 1955, le film connaît un énorme succès auprès des jeunes, qui se voient représentés pour la première fois de manière réaliste. Natalie Wood devient alors une jeune première en vue – d’autant qu’elle épouse bientôt, à l’âge de 19 ans, l’acteur Robert Wagner. Après avoir été dirigée par le grand John Ford dans le western (The Searchers), Natalie décroche le rôle très convoité de Marjorie Morningstar, mais le résultat s’avère décevant.
L’année 1961 offre à l’actrice deux grands succès. Après avoir fait pleurer le monde dans West Side Story, elle forme avec Warren Beatty (avec lequel elle aura une brève liaison) un couple sensuel dans Splendor in the Grass d’Elia Kazan. Mais après de telles prestations, Natalie peine à retrouver des rôles à sa mesure, même si on apprécie son talent dans Sex and the Single Girl ou This Property Is Condemned de Sidney Pollack. En 1969, Bob & Carol & Ted & Alice, une satire de la libération sexuelle, lui vaut un succès inattendu. La même année, elle épouse un imprésario anglais, avec qui elle aura une fille, avant de se remarier finalement avec Robert Wagner. Si elle tourne peu au cinéma dans les années 1970, la télévision lui offre de beaux rôles. Malheureusement, l’actrice se noie le 29 novembre 1981 au large de la Californie, dans des circonstances mal élucidées.


Bande annonce réalisée par Saul Bass

En 2021, Steven Spielberg réalisa une seconde adaptation cinématographique de la comédie musicale West Side Story. Plus proche de la pièce de théâtre dans la succession des numéros musicaux, cette seconde adaptation s’en éloigne toutefois à bien des égards, notamment en raison du scénario de Tony Kushner, celui-ci ayant presque intégralement réécrit le texte de Laurents, dont le scénariste Ernest Lehman avait conservé la majeure partie dans l’adaptation de 1961. Lors de la 94e cérémonie des Oscars, cette seconde adaptation obtient sept nominations (dont meilleur film et meilleure réalisation), et remporta l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Ariana DeBose, interprète d’Anita, rôle pour lequel Rita Moreno avait déjà obtenu la même récompense soixante ans plus tôt. Le film remporta également le Golden Globe du meilleur film musical ou de comédie.



1 réponse »

  1. Un article à la hauteur des ambitions de ce magnifique chef-d’œuvre de Broadway et du cinéma.
    Tu m’as apporté de la lumière sur sa conception, le parcours de certains comédiens et de l’élégante partition de Bernstein, merci.

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