Le Film étranger

THE GHOST AND MRS. MUIR (L’Aventure de Mme Muir) – Joseph L. Mankiewicz (1947)

Le 22 avril 1946, Joseph L. Mankiewicz met un point final au scénario d’un projet appelé successivement The House on Berkeley Square et The House on the Square. Il s’agit d’une nouvelle adaptation de la pièce de John L. Balderston Berkeley Square, inspirée par The Sense of the Past d’Henry James.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Montée au théâtre en 1929, la pièce a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, produite par la Fox en 1933, réalisée par Frank Lloyd d’après un scénario de Sonya Levien et John L. Balderston, avec Leslie Howard, Heather Angel et Valerie Taylor. L’histoire, très curieuse, se développait parallèlement en 1784 et en 1933. On voyait ainsi le héros se préparer à entrer dans la maison de Berkeley Square en 1784 et se retrouver, la porte passée, en 1933. Le film décrivait un amour qui semblait dépasser les contingences du temps et de la mort. Le thème avait suffisamment séduit Mankiewicz pour que celui-ci envisage d’en réaliser une nouvelle version. Le projet ne se concrétisera pas avec lui, mais, cinq ans plus tard, lorsque Roy Baker mettra en scène I’ll Never Forget You, avec Tyrone Power, Ann Blyth et Michael Rennie, sur un scénario de Ranald MacDougall, toujours d’après la pièce de John L. Balderston. Mankiewicz ne réalisera donc pas la nouvelle version de Berkeley Square, mais, pour son quatrième film, il va s’attacher à un sujet qui, lui aussi, parle d’un amour éternel, par-delà le temps, The Ghost and Mrs. Muir, d’après le roman de R. A. Dick, pseudonyme très masculin de Josephine A. C. Leslie.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

L’histoire de l’écriture du scénario est difficile à établir. Philip Dunne assure : « En fait, Joe n’a pas été concerné par la phase d’écriture car il s’occupait, sous le contrôle de Zanuck, du tournage de The Late George Apley (Un Mariage à Boston). » Dunne affirme avoir écrit le scénario en sept semaines à La Quinta. Mais on peut remarquer à ce propos deux éléments. Le premier est que le tournage de The Late George Apley ayant été achevé – y compris avec les retakes – au début du mois de septembre, rien n’empêchait Mankiewicz de travailler sur le scénario, le tournage du film n’ayant commencé que le 29 novembre. Ce premier élément est corroboré par le second, à savoir la présence dans les archives de la 20th Century-Fox, à UCLA, d’un scénario de Philip Dunne avec des révisions additionnelles de Mankiewicz. Dunne a d’ailleurs lui-même confié à Kenneth L. Geist que Mankiewicz était intervenu sur le texte du dialogue de Miles Fairley. Sans risquer de se tromper, on peut en effet penser que l’on doit à Mankiewicz la superbe phrase que Miles dit à Lucy Muir lorsqu’elle sort de chez leur éditeur alors qu’il pleut : « Il est facile de comprendre pourquoi les plus belles poésies sur l’Angleterre au printemps ont été écrites par des poètes vivant en Italie ». »

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Mankiewicz retrouve ici Gene Tierney, son interprète de Dragonwyck (Le Château du Dragon), et comme ce dernier film, The Ghost and Mrs. Muir est l’histoire d’une femme. Dès la première scène, le caractère de Lucy Muir est affirmé. Veuve depuis un an, elle a supporté durant ces mois la présence de sa belle-famille, qui lui est désormais insupportable. Elle déclare à sa belle-mère et à sa belle-sœur : « Ne croyez pas que je sois ingrate. Vous avez été très bonnes pour moi, mais je ne suis pas vraiment un membre de votre famille, si ce n’est que j’ai épousé votre fils, et puisqu’il n’est plus… J’ai ma conception de l’existence, et vous la vôtre ; elles sont inconciliables. » Elle ajoute ensuite : « J’ai toujours désiré vivre près de la mer. »

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Cette attirance pour la mer va donc conduire Lucy Muir à quitter Londres pour Gull Cottage. Pénétrant pour la première fois dans cette demeure désertée par ses précédents occupants, Lucy Muir va aussitôt remarquer un portrait, celui du capitaine Daniel Gregg. A ce propos, il convient de signaler dès à présent le rôle que vont jouer les portraits dans le cinéma hollywoodien des années 1940. Ainsi, dans Laura, Dana Andrews voit soudain lui apparaître Gene Tiemey, alors même qu’il la croyait morte, et se retrouvait quasiment envoûté par le portrait de la jeune femme. Les personnages de That Lady in Ermine (La Dame au manteau d’hermine d’Ernst Lubitsch et Otto Preminger (1948) sortaient des tableaux qui les représentaient pour vivre une seconde existence et intervenir dans des intrigues amoureuses. Laird Cregar, l’assassin de l Wake Up Screaming (1941) de H. Bruce Humberstone s’entourait de photos – variantes modernes du portrait – de Vicki, la femme qu’il avait assassinée, et The Dark Corner (L’Impasse tragique d’Henry Hathaway, 1948) décrivait la passion d’un esthète criminel, joué par Clifton Webb, pour le portrait d’une femme qui ressemblait à la sienne. A ces films, tous produits, comme The Ghost and Mrs. Muir, par la 20th Century-Fox de Darryl F. Zanuck, il convient évidemment d’ajouter l’admirable The Picture of Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray) d’Albert Lewin (1945) avec Hurd Hatfield et George Sanders, Portrait of Jennie (Le Portrait de Jennie, 1948) de William Dieterle, et The Woman in the Window (La Femme au portrait, 1944) de Fritz Lang.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Lucy Muir est aussitôt séduite par cette maison qui va devenir la sienne. Lorsque le capitaine cherche à l’en chasser, elle parvient à le convaincre de la laisser s’y installer : « J’aime cette maison ; j’ai senti qu’il fallait que j’y reste dès que je l’ai vue. Je ne peux pas l’expliquer ; c’était comme si la maison elle-même me souhaitait la bienvenue, me demandant de la soustraire à sa solitude. »

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Pour la première fois de sa vie, Lucy Muir va enfin prendre en main son propre destin et n’obéir qu’à elle-même. Le capitaine Gregg matérialise ses propres fantasmes. Il est le contraire même d’Edwin, l’homme qu’elle avait épousé. On s’en rend compte lorsque le capitaine l’interroge : « Le capitaine : Pourquoi l’avez-vous épousé ?
Lucy : Edwin ? Je ne sais pas vraiment. II était architecte ; il était venu aménager la bibliothèque de mon père. Je n’avais que dix-sept ans. Je me souviens que je venais de finir un roman dans lequel l’héroïne se faisait embrasser dans un jardin et vivait heureuse à tout jamais. Aussi quand Edwin m’embrassa dans le jardin…
Le capitaine : Mais  ça a été différent quand vous avez quitté le jardin. Est-ce qu’il vous battait ?
Lucy : Oh, non ! Pauvre Edwin. Il ne faisait jamais rien. Il n’était même pas un très bon architecte ; il n’aurait jamais pu créer une villa comme celle-ci. Qui l’a créée ?
Le capitaine : C’est moi. »

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Mariée à dix-sept ans à un homme manifestement sans charme, Lucy Muir a en réalité toujours rêvé d’une existence tumultueuse et aventureuse, celle-là même menée par le capitaine Gregg, orphelin, parti à seize ans bourlinguer sur toutes les mers du monde. Le capitaine, lui, incarne les fantasmes et les rêves inassouvis de Lucy, à qui il affirme : « Je suis réel. Je suis ici parce que vous croyez que je suis ici. Continuez à le croire et je serai toujours réel pour vous. » Comme si son existence de fantôme ne tenait qu’à la conviction que peut avoir Lucy. Mais le monde des vivants reprend le dessus et Lucy va s’éprendre de Miles Fairley, aussi suave que menteur. Lucy, qui avoue à sa domestique Martha à propos de sa fille Anna:  « Je n’ai pas à me vanter pour elle : elle est venue comme ça », ne résistera pas longtemps aux avances d' »Oncle Neddy », que détestent tout autant le capitaine Gregg, Martha et Anna Muir. Lucy s’était mariée sans amour, avait eu Anna sans que cet enfant symbolise le bonheur d’un couple et s’était retrouvée veuve trop tôt pour ne pas faiblir.

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Le capitaine Gregg comprend alors que Lucy appartient – contrairement à lui – au monde des vivants, et il va dès lors se sacrifier pour assurer ce qu’il croit encore être le bonheur terrestre de celle qu’il aime. La plus belle scène du film – un moment purement sublime – voit le capitaine profiter du sommeil de Lucy pour lui dire adieu. Il s’approche d’elle, comme pour l’embrasser, puis, près de la fenêtre et de la longue-vue, il s’adresse à Lucy, toujours endormie, sachant qu’il ne la reverra sans doute jamais : « Je croyais que vous étiez une femme sensée. Mais vous êtes comme toutes les autres, un jouet pour tout homme qui vous promet la lune. et finit par vous prendre ce que vous avez à donner. Ne te tourmente pas, mon petit, ce n’est pas ta faute. J’aurais dû faire le point sur la carte. Tu as fait ton choix, le seul que tu pouvais faire. Tu as choisi la vie et c’est très bien ainsi, quelle que soit la route donnée. Et c’est pourquoi je m’en vais, mon enfant. Non, je ne peux plus t’aider maintenant. Je ne peux que te gêner davantage et détruire les pauvres chances de bonheur qui te restent. Tu dois faire ta propre vie parmi les vivants. Et que les vents te soient contraires ou bons, trouver la bonne route qui te mène au port. Lucia, écoute-moi bien, écoute mon petit. Tu as fait un rêve. Tu as rêvé d’un marin qui hantait cette maison. Tu as rêvé que tu lui as parlé et que vous avez même écrit un livre ensemble. Mais Lucia, c’est toi qui as écrit ce livre, toi et personne d’autre. Un livre inspiré par l’atmosphère de sa maison, par son portrait au mur, par son gréement… qui traîne çà et là dans chaque pièce. C’était un rêve, Lucia. Et au matin et toutes les années suivantes, tu t’en souviendras seulement comme d’un rêve. Et il s’effacera comme doivent s’effacer tous les rêves quand vient l’aube. Ah ! comme tu aurais aimé le Pacifique et les fjords au soleil de minuit ! Naviguer parmi les récifs des Barbades où les eaux bleues tournent au vert ! Vers les Falklands où le vent du Sud souffle et fouette les vagues blanches, d’écume. Que de choses nous avons perdues Lucia, que de choses nous avons perdues tous les deux… Adieu… mon amour … » De même que le fantôme était apparu pour la première fois alors que Lucy dormait, il disparaît ici en s’effaçant alors que la jeune femme est plongée dans le sommeil, comme s’il s’agissait effectivement d’un rêve et d’une création purement onirique.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Alors que Norma Shearer semblait avoir été souhaitée par Darryl F. Zanuck pour le rôle de Lucy Muir, Philip Dunne avait préconisé de faire appel à Katharine Hepburn et à Spencer Tracy. Mankiewicz leur préféra Gene Tierney, son interprète de Dragonwyck, et Rex Harrison, qui venait d’être le roi de Siam dans Anna and the King of Siam de John Cromwell. Par la suite, Mankiewicz dirigera à nouveau à trois reprises Rex Harrison, dans Escape (L’Évadé de Dartmoor), Cléopâtre et The Honey Pot (Guêpier pour trois abeilles.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Interrogé à propos du film, le réalisateur déclarait lui-même : « Dans The Ghost and Mrs. Muir, je m’en souviens, je dépendais beaucoup de deux superbes acteurs : Rex Harrison et Edna Best. Ils étaient sublimes dans leurs rôles, si remarquables qu’à eux deux ils soutenaient Gene Tierney dans son rôle – et lui apportaient en supplément leur imagination et leur compréhension profonde du « mysticisme » du film entier, J’étais capable d’utiliser leur force pour, au-delà de leur propre compétence, soutenir Gene Tierney dans les scènes importantes. Rappelez-vous la scène de la mort ; Edna Best, qui joue un rôle secondaire, domine cette scène et conduit Gene Tierney à des hauteurs qu’elle n’aurait jamais pu atteindre, toute seule. » Puis, ailleurs : « The Chost and Mrs. Muir était une pure romance et le souvenir le plus marquant que j’en garde est celui de Rex Harrison faisant ses adieux à la veuve. Il exprime le regret de la vie merveilleuse qu’ils auraient pu connaître ensemble. Il y a le vent, il y a la mer, il y a la quête de quelque chose d’autre… Et les déceptions que l’on rencontre. Ce sont là des sentiments que j’ai toujours voulu transmettre, et je crois bien qu’on en trouve trace dans presque tous mes films, comédies ou drames, de A Letter to Three Wives (Chaînes conjugales) à All About Eve (Eve), en passant par No Way.Out (La Porte s’ouvre) »

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Superbement dirigé par Mankiewicz dont c’est le premier chef-d’œuvre, The Ghost and Mrs. Muir a également bénéficié d’une envoûtante musique de Bernard Herrmann, qui venait de signer celles de Jane Eyre de Robert Stevenson et de Hangover Square de John Brahm. S’inspirant par moments de La Mer de Claude Debussy et de Peter Grimes de Benjamin Britten, Herrmann a composé ici l’une de ses musiques préférées – il en utilisera quelques motifs dans son opéra Wuthering Heights – et il est impossible de se souvenir du film sans en réentendre soudain quelques notes, symbolisant la mer, Lucy Muir ou le fantôme du capitaine.

La fin voit, comme dans Peter Ibbetson d’Henry Hathaway ou Smilin’ Through de Frank Borzage, les amants se retrouver, insensibles à la mort et au temps qui les a défigurés. Le capitaine Gregg attire à lui Lucy Muir – sa Lucia – qui lui revient toujours jeune, laissant derrière elle l’apparence corporelle d’une vieille darne. « Viens, Lucia, viens mon amour », lui dit-il. [Joseph L. Mankiewicz – Patrick Brion – Ed. de La Martinière (2005)]

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Le personnage de Lucy Muir est un cas très révélateur de l’influence de Freud et de la psychanalyse sur ce cinéma américain des années 1940 car le capitaine Gregg représente véritablement une création du subconscient de la jeune femme. Lucy Muir a toujours vécu une existence sinistre. (…) En réalité, au plus profond d’elle-même, elle rêve d’une vie romanesque. Sa « liaison » avec le capitaine Gregg lui permet soudain de matérialiser cette chimère en échappant aux contingences de la réalité. La passion qui va lentement unir Lucy au capitaine Gregg permet à ces deux êtres leur suprême évasion hors du temps. Lorsque le dernier obstacle, Miles Fairley, incarnation matérielle de la vie londonienne agitée dont Lucy s’était peu à peu détournée, est surmonté, la réunion éternelle des deux amants de l’au-delà est enfin possible.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Quant à Anna, la fille de Lucy (interprétée par Natalie Wood), elle aussi adore la mer et la vie d’aventures. Détestant les histoires pour enfants d' »Oncle Neddy » (le pseudonyme de Miles Fairley), elle n’aime – comme le dit le capitaine Gregg – que « Morgan le corsaire, le pirate des Mers du Sud » et lorsqu’elle se marie, ce n’est pas un hasard si, après avoir selon ses propres mots « aimé désespérément le capitaine Gregg », elle épouse un bel officier de marine. Cette figure cyclique que Barbara Bates bouclait à la fin d’Eve, n’est-elle pas le prolongement de la réincarnation de Lucy Muir en sa propre fille ?

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Lucy avoue elle-même au capitaine Gregg « Je ne connais absolument rien à la mer, sinon que c’est romanesque », et cet univers inconnu l’attire et l’obsède. On peut penser qu’elle aurait aimé être un de ces personnages hors du commun dont la mer est le royaume, quelqu’un comme le capitaine Anne Providence, l’héroïne de Anne of the Indies (La Flibustière des Antilles) de Jacques Tourneur dont Philip Dunne, le scénariste de The Ghost and Mrs. Muir, allait écrire quatre ans plus tard le scénario. Comme les personnages « historiques » de Mankiewicz (César, Antoine, Cléopâtre et Brutus), comme Diello, le valet de l’ambassadeur d’Angleterre à Ankara qui se voit déjà en smoking blanc, une coupe de champagne à la main ou comme Eve Harrington, éblouie par les néons de Broadway, Lucy Muir est insatisfaite de sa vie de tous les jours et le capitaine Gregg qui incarne tout ce qu’elle n’a jamais connu, ne peut que la fasciner. Comment résister à ce loup de mer séduisant qui a sillonné les océans et dont les conquêtes féminines sont certainement innombrables, à ce mélange éblouissant de provocation (son langage) et de tendresse.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

La « rencontre » et la liaison de Lucy et du capitaine Gregg sont les deux étapes d’un véritable voyage initiatique, celui de Lucy au fond de son être. Ayant compris quel est son désir le plus cher, Lucy pourra accueillir avec la plus grande sérénité la mort qui va pour toujours la débarrasser de son enveloppe charnelle. [Joseph L. Mankiewicz – Patrick Brion – Ed. de La Martinière (2005)]

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L’histoire

Un an après la mort de son mari, Lucy Muir (Gene Tierney) quitte sa triste belle famille et va vivre avec sa fille au bord de la mer dans une maison qu’elle découvre bientôt être hantée par le fantôme du capitaine Daniel Gregg (Rex Harisson), son ancien propriétaire. Lucy fait la connaissance du fantôme et elle accepte de taper à la machine le livre de souvenirs de ce turbulent marin. Mais elle va succomber au charme de Miles Fairley (George Sanders) qui écrit des histoires pour enfants. Un an après la mort de son mari, Lucy Muir annonce à sa belle-famille sa volonté de la quitter et de partir avec sa fille Anna et sa domestique Martha (Edna Best) Elle vivra grâce aux revenus de la compagnie minière aurifère de son mari. Elle choisit de vivre au bord de la mer, ce qu’elle a toujours souhaité.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Lucy arrive à Whitecliff by the Sea et va voir Coombe, l’agent immobilier. Elle délaisse les différentes propositions de ce dernier et insiste pour visiter Gull Cottage, que lui déconseille pourtant Coombe (Robert Coote). Lucy y remarque le portrait d’un marin, le précédent occupant. Elle entend des bruits, des sons, des rires… Coombe lui révèle alors que la maison est hantée par le fantôme du dernier occupant qui s’est suicidé. Lucy passe outre les conseils de Coombe et décide de s’installer à Gull Cottage. Le soir, elle s’endort et fait ce qu’elle croit être un rêve. Elle rencontre alors le fantôme du capitaine Daniel Gregg, le dernier occupant. Celui-ci apprend à Lucy qu’il ne s’est pas suicidé comme on le lui a dit, mais qu’il est mort empoisonné par le gaz ouvert accidentellement. Il est décidé à chasser Lucy pour pouvoir faire de Gull Cottage une demeure pour les vieux marins. Lucy lui avoue alors aimer cette maison et Daniel accepte qu’elle reste. Elle dormira dans la chambre du capitaine qu’elle devra laisser en l’état.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

En échange, il accepte de ne pas apparaître à Anna afin de ne pas l’effrayer. Lucy change sa tenue et se confie à Daniel. Elle lui parle de son mari. Daniel lui apprend que trois femmes ont porté son deuil lorsqu’il est mort. Il lui révèle que c’est lui qui a dessiné les plans de la maison. Il cite « The Nightingale », le poème de Keats. La belle-mère et la belle-sœur de Lucy viennent la voir et lui apprennent que la mine d’or ne donne plus de dividendes. Lucy n’a donc plus de source de revenus. Sa belle-mère lui conseille de retourner vivre auprès d’elle. Lucy refuse fermement et les invite à partir. Daniel, invisible pour elles, expulse vigoureusement les deux femmes de Gull Cottage. Coombe, venu ensuite, n’est pas insensible au charme de Lucy qui est pourtant particulièrement distante avec lui. Lucy envisage de sous-louer Gull Cottage. Daniel, qui s’est arrangé pour faire rouler toute seule la voiture de Coombe, ne veut pas d’autres locataires. Il propose alors à Lucy de lui faire taper un livre qu’il écrira, Blood and Swash, ses propres souvenirs de marin. Lucy pourra ainsi avoir un peu d’argent.

THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

Lucy, que Daniel appelle Lucia, tape donc le livre, qui finit par être achevé. Elle se rend alors à Londres pour y voir l’éditeur Sproule que lui a conseillé Daniel. Elle parvient à voir Sproule grâce à Miles Fairley, l’un des auteurs de l’éditeur qui galamment lui laisse sa place. Sproule est tout d’abord prêt à refuser le manuscrit apporté ainsi par une jeune femme, mais la lecture du livre l’enthousiasme et il décide de le publier. Miles Fairley, qui attendait Lucy, l’accompagne à Victoria Station car il pleut. Il lui apprend qu’il écrit des contes pour enfants sous le pseudonyme de « Oncle Neddy ». Dans le train, Lucy retrouve Daniel qui avoue ne pas aimer Miles Fairley. Lucy, au contraire, le trouve sympathique… Elle décide de ne plus revoir Daniel… Lucy revoit Miles qui peint, en plein air, sur la falaise. Il a peint, elle. Elle avoue à Martha que Miles veut l’épouser. Martha désapprouve cette idée, mais Lucy y est favorable. Lucy et Miles s’embrassent. Daniel comprend qu’il doit laisser les vivants vivre entre eux et il dit adieu à Lucy alors qu’elle dort.

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Lucy reçoit cent livres de Sproule. Elle a désormais de quoi vivre, mais Miles lui fait savoir qu’il ne peut la voir dans l’immédiat, devant rester à Londres. Lucy obtient l’adresse de Miles par l’employé de Sproule et se rend au domicile de celui qu’elle aime. Elle y rencontre la femme de Miles qui lui révèle que son mari est sorti avec leurs enfants et que ce qui arrive à Lucy s’est déjà produit. Lucy espère en vain le retour du capitaine Gregg. Les années passent. Anna présente à sa mère Bill. Ils pensent se fiancer prochainement. Il est sous-lieutenant dans la marine. Anna révèle alors à sa mère qu’elle a, elle aussi, vu le capitaine Gregg lorsqu’elle était petite. Il jouait avec elle. Les années passent. Martha reçoit une lettre. Sa petite fille, Lucy, s’est fiancée à un aviateur. Lucy se sent lasse et meurt. Daniel apparaît alors et vient chercher Lucy, éternellement jeune. Ils partent ensemble, pour toujours …



Les extraits

JOSEPH L. MANKIEWICZ
En 20 films, et autant de chefs-d’œuvre, Joseph L. Mankiewicz s’est installé au panthéon des plus grands réalisateurs hollywoodiens. Après avoir été dialoguiste et producteur, il met en scène ses propres scénarios, écrits d’une plume vive et acérée. Il fait tourner les plus grands – Ava Gardner, Marlon Brando, Humphrey Bogart, Bette Davis, Henry Fonda… –, décortique les rapports humains et moque avec finesse les différences sociales. Mais surtout, de Madame Muir à La Comtesse aux pieds nus, d’Eve à Cléopâtre, il filme ses actrices, les femmes, la Femme, avec virtuosité et élégance, dans un style si parfait qu’il en devient invisible.


Gene Tierney sur le tournage de THE GHOST AND MRS. MUIR (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

A LETTER TO THREE WIVES (Chaînes conjugales) – Joseph L. Mankiewicz (1949)
Un samedi de mai, Deborah, Lora Mae et Rita délaissent leurs maris pour organiser un pique-nique sur les bords de la rivière avec un groupe d’enfants orphelins. Juste avant d’embarquer sur le bateau, elles reçoivent une lettre : Addie Ross leur apprend qu’elle a quitté la ville avec le mari de l’une d’entre elles. Pendant la promenade, chacune s’interroge pour savoir s’il s’agit du sien…

THE BAREFOOT CONTESSA (La Comtesse aux pieds nus) – Joseph L. Mankiewicz (1954)
Il y a des films qui tombent sous le sens. Des films que rien ni personne ne peuvent enfermer dans une langue définitive ou livrer aux limbes de l’oubli. Tout a été dit sur le cinéma de Joseph L. Mankiewicz. A peu de choses près. mais cette comtesse qui s’avance pieds nus depuis l’année 1954 garde dans nos coeurs une place à part, une place de choix, une place que bien des films voudraient lui prendre.

PEOPLE WILL TALK (On murmure dans la ville) – Joseph L. Mankiewicz (1951)
1951 est l’année la plus prestigieuse de la carrière de Joseph L. Mankiewicz, qui, pour All About Eve (Eve), va obtenir en quelques semaines les Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur,  et du meilleur scénario adapté. La cérémonie des Oscars a lieu le 29 mars. À ce moment-là, Mankiewicz a débuté depuis neuf jours le tournage de People Will Talk, sans aucun doute son film le plus curieux. L’intrigue présente une grossesse non désirée, un souhait d’avortement, une tentative de suicide et une commission d’enquête sur fond de délation, tout ceci dans une atmosphère qui oscille entre la comédie et le drame.

GUYS AND DOLLS (Blanches colombes et vilains messieurs) – Joseph L. Mankiewicz (1955)
Guys and dolls a été joué à Broadway à partir du 21 novembre 1950, au théâtre de la 46e rue. Samuel Goldwyn est l’un des spectateurs de la première et, avant même la fin du second acte, il a décidé de produire une adaptation cinématographique du spectacle. Ce ne sera pourtant qu’en 1954 qu’il parviendra enfin à acquérir les droits tant convoités. Il l’emportera sur ses rivaux en garantissant un million de dollars plus 10 % des bénéfices au-dessus de dix millions de dollars. Un engagement considérable qui rend, dès le départ, le succès financier du film très problématique

SOMEWHERE IN THE NIGHT (Quelque part dans la nuit) – Joseph L. Mankiewicz (1946)
Réalisé par Joseph L. Mankiewicz, Somewhere in The Night (Quelque part dans la nuit) place la figure du détective privé dans le dispositif des films sur les amnésiques. Sa forme repose sur les transcriptions visuelles de l’angoisse d’un homme sans mémoire qui cherche l’individu susceptible de l’éclairer sur son passé, puis découvre avec stupeur que celui qu’il veut retrouver n’est autre que lui-même. Et qu’il est un détective privé qu’on soupçonne de vol et d’assassinat.

DRAGONWYCK (Le Château du dragon) – Joseph L. Mankiewicz (1946)
1844. Miranda Wells (Gene Tierney) quitte sa famille du Connecticut pour rejoindre son riche cousin Nicholas Van Ryn (Vincent Price) qui vit avec sa femme dans la sombre demeure de Dragonwyck. Van Ryn traite ses métayers avec la dureté de ses ancêtres et souffre parallèlement du fait que sa femme, Johanna (Vivienne Osborne), a été incapable de lui donner un héritier mâle. Johanna tombe bientôt malade et meurt. Peu de temps après, Nicholas demande à Ephraim Wells (Walter Huston), le père de Miranda, la main de sa fille…



1 réponse »

  1. Un film que je ne rate jamais lorsqu’il repasse sur le petit écran. Mankiewicz nous a laissé des chefs-d’oeuvres et c’est bien dommage qu’il n’existe plus de réalisateur comme lui…
    La bonne idée fut de faire une série TV dans les années 60. Edward Mulhare et Hope Lange furent à la hauteur du challenge alors qu’il était très difficile à atteindre !

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