FOLIES-BERGÈRE, Un Soir au Music-hall – Henri Decoin (1957)

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L’histoire : Bob Wellington (Eddie Constantine), en bordée à Paris, tombe amoureux de Claudie (Zizi Jeanmaire), danseuse aux Folies-Bergère. Tandis que Bob est condamné aux tournées de province, Claudie poursuit sa carrière à Paris. Grâce à Philippe Loiselet (Jacques Castelot), elle fait ses débuts au cinéma. Bob revient a Paris, et croit que Claudie le trompe avec Loiselet. Ils se fâchent. Bob est remarqué par la vedette de la revue des Folies, Suzy. Mais l’amour finira par triompher, et Claudie par devenir star aux Folies-Bergère.


« Prologue » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Un Américain à Paris avait remporté en 1952 un beau succès sur les écrans français. Minnelli, Gene Kelly, Leslie Caron étaient à la mode. A la faveur de cet engouement on se rappelait les inoubliables réussites de It’s Always Fair Weathe (Beau fixe sur New York), de Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie), On the Town (Un Jour à New York). Les fanatiques invoquaient Band Wagon (Tous en scène), dont la réussite en France n’avait été que médiocre, et chacun de célébrer les mérites évidents et émouvants de Cyd Charisse. Pourquoi ne pas penser qu’à Paris on puisse tourner un film à la gloire du music-hall – mieux encore à la gloire des Folies Bergère – qui, malgré la sclérose d’une tradition un peu trop établie, continuent à drainer rue Richer la foule des provinciaux et la cohorte des étrangers. On pouvait disposer comme têtes d’affiche de Zizi Jeanmaire, qui, en plus de ses talents de danseuse, laissait deviner une personnalité de comédienne, et d’Eddie Constantine qui commençait à se fatiguer et à lasser le public avec les éternelles resucées des romans de Peter Cheyney…  [Decoin par Raymond Chirat (Avant-Scène du cinéma, 1973)]


« Le départ du Grand Prix » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Le scénario, bâti en fonction des vedettes, mobilisa Jacques Companeez, habile à faire flèche de tout bois, André et Georges Tabet, Henri Decoin y apporta son savoir-faire, et, surtout s’employa à lier toutes ces composantes pour en faire le spectacle somptueux, chatoyant, lascif et endiablé que le public était en droit d’attendre. Le scénario, conventionnel mais bien fignolé, offrait l’avantage de faire intervenir des acteurs, au talent connu: Nadia Gray, en commère de revue dont le personnage s’inspirait sans doute de quelques excentricités de Mistinguett ; Yves Robert en copain dévoué ; Pierre Mandy en régisseur modèle. Claudie est danseuse aux Folies Bergère. Bob Wellington, soldat américain, la rencontre, l’adore, et, à cause d’elle reste à Paris. Le démon de la danse fait gravir à Claudie les échelons du succès, Bob se défend moins bien dans les exhibitions en province. Surviennent là-dessus des disputes et des brouilles jusqu’au jour de la première. Là, Claudie remplace sa perfide rivale, et Bob, qui avait fait ses classes, sinon ses preuves, revient à ses premières amours dans l’enchantement du final de la revue. [Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)]


« Les Soutiens » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Folies-Bergère demeure avant tout le triomphe de Zizi Jeanmaire qui ne fut jamais mieux servie que dans ce film : Freddy Buache se fait lyrique en la voyant : «Zizi ! il faut que j’en dise un mot… Elle est merveilleuse actrice autant que danseuse. Elle possède une intelligence corporelle (Ah ! que ses épaules sont spirituelles) qui lui permet de jouer toute la gamme des attitudes. Aussi superbement gouailleuse que Mistinguett, délurée autant qu’Arletty, elle peut subitement se transformer en petit animal apeuré. Elle chante et mime la croqueuse de diamants avec une aisance foudroyante; elle est pétillante dans les frous-frous emplumés, ravissante en robe de cocktail, émouvante en trenchcoat. Et toutes ces qualités nous les retrouvons dans sa manière de servir les chansons. A elle seule, elle vaut le déplacement. »


« L’audition » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Oui, certainement, à condition d’admettre que dans son écrin de plumes, d’or, de fanfreluches et de paillettes, Decoin a su particulièrement la mettre en valeur. La présence d’Eddie Constantine, en revanche, gêne plutôt le metteur en scène et l’embarrasse pour rythmer certains tableaux : chanteur moyen et mauvais danseur, I’ex-Lemmy Caution fait souvent tomber le voltage du film. Le scope et le technicolor servent le propos, une sorte de timidité par rapport à la caméra dont Decoin pourtant savait se servir lui nuit. On souhaite et on réclame l’entrechat des prises de vues au cœur même du ballet, des pirouettes d’appareil, un mouvement continuel, une animation exacte, on assiste un peu trop souvent à une représentation vue du premier rang des fauteuils. Devoir soigné à quoi manquent, sinon la virtuosité, du moins un certain enthousiasme.


« Je suis – Tu es «  – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Les mêmes reproches peuvent être adressés à Charmants garçons qui venait sur la lancée d’un film de Christian Jaque : Adorables créatures. Zizi, sous les traits de Lulu, chanteuse et danseuse de cabaret, y parcourt les étapes boulevardières de son éducation sentimentale et passe des bras de François Périer, mari infidèle, à ceux de Daniel Gélin, gentleman cambrioleur; Henri Vidal, champion de boxe, ne veut pas sacrifier le noble art, Gert Froebe possède un coffre-fort qui ne fait toutefois pas oublier son physique ni son ventre, et Jacques Dacqmine, impresario discret et attentif réserve ses élans à de tendres jeunes gens. De mésaventures en déceptions, Zizi-Lulu chante des airs de Guy Béart, danse dans d’agréables décors, et Roland Petit a la haute main sur la partie chorégraphique. C’est un divertissent de bon aloi, en retrait sur l’effort de Folies-Bergère, et qui marqua le point final dans les tentatives de Decoin pour créer un «musical » français.  – [Anthologie du cinéma – [Decoin par Raymond Chirat (Avant-Scène du cinéma, 1973)]


« L’Hiver » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Une nouvelle fois, Decoin et ses producteurs misent sur l’importance des moyens accordés pour cette superproduction à la française : près de 300 millions de francs de l’époque, la couleur (encore argument publicitaire) et l’écran large. On annonce Marlène Dietrich, ce sera Zizi Jeanmaire ; Robert Hirsch, ce sera Pierre Mondy. Quant à Eddie Constantine, il s’est imposé dès son second film, La Môme vert-de-gris (Bernard Borderie, 1953), dans le rôle nonchalant et parodique de Lemmy Caution, agent du FBI lymphatique et plutôt porté sur la boisson et les jolies filles que sur l’efficacité de ses enquêtes. Depuis lors, il a enchaîné les succès dans des films faits sur mesure pour son français – disons – hésitant et sa personnalité – disons – désinvolte : Les Femmes s’en balancent (Bernard Borderie, 1953) ou Je suis un sentimental (John Berry, 1955) remplissent les salles, et la production ne doute pas qu’il en soit de même avec un film qui, d’une certaine manière, raconte la vraie vie de Constantine : ancien choriste à Broadway, ancien cascadeur à Hollywood, ami de Joan Crawford et de John Garfield, débarqué en France en 1949 dans Les Valises d’une danseuse, partenaire de Piaf sur scène dans La P’tite Lili, bref, artiste complet même si, quand il danse, par exemple, il atteint assez rapidement ses limites artistiques.


« Croqueuse de diamant » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Rien de tel bien sûr pour Zizi Jeanmaire, auréolée du prestige de ses compositions hollywoodiennes (notamment dans Hans-Christian Andersen et la danseuse, Charles Vidor, 1952) qui, dans des ballets composés pour elle par son mari Roland Petit, surclasse aisément son partenaire : « L’Hiver », « Rue et bar », mais surtout « La Croqueuse de diamants » où Zizi n’a pas son pareil pour chanter du Queneau : « Je suis une croqueuse de diamants, les diamants c’est ma nourriture ». Bien sûr, on lorgne du côté du Gentlemen Prefer Blondes de Hawks (1953) et sa chanson fétiche,« Diamonds are the girls’ best friends ». Ce n’est pas la seule occasion de penser à la comédie musicale américaine, à laquelle Folies-Bergère fait clairement référence, entre copie et hommage, entre imitation et inspiration. Le scénario se veut proche de certains opus de Minnelli, Sidney ou Stanley Donen : les amours contrariées de Bob Wellington, marin en bordée devenu chanteur de cabaret et de Claudie, danseuse puis star aux « Folies-Bergère ».


« Rue et Bar » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Le début du film, avec la longue balade nocturne dans les rues reconstituées de Paris de Bob et de Claudie, évoque irrésistiblement On the Town (Un Jour à New York) de Stanley Donen et Gene Kelly (1949), tout comme la chanson de Bob « Je suis – Tu es » rappelle une scène fameuse d’Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951), dans laquelle Gene Kelly s’essaie, lui, à apprendre l’anglais à des titis parisiens. Par la suite, la beauté des chorégraphies, des costumes et des décors compense mal l’enlisement patent de «l’action », réduite à sa plus simple expression jusqu’au dénouement. Dans le musical les morceaux chantés et dansés participent de l’action, font avancer le récit et les personnages. Rien de tel ici où, prisonnier de la scène des « Folies », Decoin, sans doute plus qu’aidé par Roland Petit, se contente de mettre soigneusement au point une perfection plastique parfois très kitsch, sans que l’on sache trop si c’est volontaire. A cet égard, le ballet construit autour de « Paris reine du monde » est un must, où l’on voit Eddie Constantine esquisser quelques pas de danse, entouré de superbes créatures en maillot de bain vert pomme et fausses plumes, avant que Zizi ne l’éclipse, dans un fourreau orange des plus improbable, orné d’un magnifique « truc en plumes »blanc. [Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)]


« Le Cirque  » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

Difficile, dès lors, de faire la fine bouche. À qui sait jouer du second degré, le film est un régal pour l’œil et l’oreille, plaisant, émoustillant même, plus proche des Ziegfeld Follies que d’Arthur Freed, mêlant la grande tradition française (cabarets, java, gouaille à la Piaf de Zizi) avec le dynamisme, l’enthousiasme américain, auxquels, à vrai dire, Eddie Constantine apporte plus de velléités que de réussite effective. On bouderait à tort son plaisir : apprécier Zizi Jeanmaire dans la « robe araignée » qu’elle arbore dans le final est un plaisir en soi.


« L’apothéose » – FOLIES-BERGERE (Un Soir au Music-hall) – Henri Decoin (1957)

On s’étonne donc, dans cet augure plutôt flatteur, de découvrir un Decoin plutôt amer interviewé par L’Express au tout début du tournage du film : « Henri Decoin sait parfaitement ce qu’il tourne : un « show business ». Le « qu’en dira-t-on ?» ne l’excite plus : « J’ai tourné une fois un bon film, La Vérité sur Bébé Donge ; la critique m’a massacré. Deux ans plus tard, elle encensait mon Razzia sur la chnouf, cette plaisanterie purement commerciale ». Tous les acteurs et les techniciens savent d’ailleurs très bien ce qu’ils font, et, hier soir, à la projection des premiers « rushes’: ils camouflaient leur indifférence derrière des « Que c’est joli ! » qui ne veulent strictement rien dire et sont les pires compliments que l’on puisse foire à un film. » Je filme des ballets pour la première fois. J’ai appris en allant voir des films américains, encore des films américains. Ça me changeait. J’adore changer. Il faut avoir le talent de M. René Clair pour tourner toujours la même chose». [Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)]

Decoin ne nous a habitués ni à tant d’amertume, ni surtout à tant de méchanceté gratuite – même si on veut bien croire que René Clair n’est pas sa tasse de thé. On ne peut, cependant, lui donner entièrement tort. Il a tourné son dernier bon film l’année précédente avec Razzia sur la chnouf, ce qui va suivre oscillera entre le convenable et le pire. L’homme, qui n’a jamais rechigné aux projets de pure convenance, a peut-être quelque lassitude, quelques regrets de devoir, une fois de plus, imiter les Américains, lui qui a su, avec Danielle Darrieux et ses comédies, les surclasser sur leur propre terrain. Ce n’est pas son film suivant qui va lui donner l’occasion de faire preuve d’originalité. – [Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)]

 

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