GOLD DIGGERS OF 1933 – Mervyn Leroy et Busby Berkeley (1933)

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Dick Powell et Ruby Keeler dans GOLD DIGGERS OF 1933, Mervyn LeRoy et Busby Berkeley

L’histoire : Carol King (Joan Blondell), Trixie Lorraine (Aline MacMahon) et Polly Parker (Ruby Keeler) sont trois jeunes danseuses au chômage. Le fait que leur ami Barney Hopkins (Ned Sparks) s’apprête à monter une revue les enchante mais elles découvrent rapidement que Barney n’a pas d’argent. C’est alors que Brad Roberts (Dick Powell ), un jeune compositeur, épris de Polly, investit 15 000 dollars dans le spectacle. Brad remplace même le partenaire de Polly lorsque celui-ci tombe malade. Mais la vérité éclate : Brad n’est ni pauvre ni voleur, mais l’un des héritiers d’une riche famille de Boston. Le frère de Brad, J. Lawrence Bradford (Warren William ), qui gère le patrimoine familial, arrive, décidé à « acheter » Polly pour l’éloigner de son frère. Mais, à la suite d’une confusion, il prend Carol pour Polly et manifeste d’ailleurs un évident penchant pour la jeune femme. Lawrence finit par comprendre la situation et reverra Carol. Polly et Brad se marient et Trixie a pour compagnon Thaniel H. Peabody. Le spectacle – forgotten Melody – est un succès.

We’re in the Money est chanté par Ginger Rogers accompagnée par un chœur de filles court-vêtues qui dansent avec des pièces de monnaie géantes. Rogers chante un couplet en « pig latin ». La chanson sera des années plus tard reprise pour signifier l’indicatif du tandem comique Bennett & Hudson. La séquence du film fut reprise par Arthur Penn dans Bonnie and CLyde en 1967

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« We’re in the Money » – GOLD DIGGERS OF 1933, Mervyn LeRoy et Busby Berkeley

Dès le début, « We’re in the Money » décrit un univers placé sous le signe du tout-puissant dollar. De gigantesques pièces occupent la partie principale du décor et portent l’inscription « In God we Trust ». Les vêtements des girls sont composés de pièces et c’est d’un gigantesque dollar qu’apparaît la vedette du show. Alors même que Roosevelt incite au travail, au respect des autres et à la solidarité, « We’re in the Money » rappelle – comme la fête du veau d’or – la folie de ceux qui ne pensent qu’à s’enrichir.

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« We’re in the Money » – GOLD DIGGERS OF 1933, Mervyn LeRoy et Busby Berkeley

La pièce d’Avery Hopwood dont s’inspire le film avait déjà été l’objet de deux adaptations. La première, réalisée en 1923 par Harry Beaumont, avait pour interprètes Hope Hampton, Wyndham Standing, Louise Fazenda et Gertrude Short. La seconde, Gold Diggers of Broadway – la première s’intitulait simplement The Gold Diggers – était l’œuvre de Roy del Ruth. Tournée en 1929, elle réunissait Nancy Welford, Conway Tearlc, Winnie Lightner et Lilyan Tashman. Dans une Amérique confrontée aux problèmes de l’argent et de la survie, le thème de la « chercheuse d’or », prête à séduire banquiers, industriels ou politiciens, est plus que jamais d’actualité. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

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Joan Blondell – GOLD DIGGERS OF 1933, Mervyn LeRoy et Busby Berkeley

En 1933, première année de la présidence de Roosevelt, près d’un Américain sur quatre est chômeur et Gold Diggers of 1933 (Chercheuses d’or 1933) va témoigner, avec encore plus de force que 42nd Street, à la fois du génie de Busby Berkeley et de l’engagement du film musical de la Warner dans une représentation réaliste de l’Amérique de l’époque.

Mervyn LeRoy qui, malade, n’avait pas pu tourner 42nd Street,, met en scène Gold Diggers of 1933 avec son efficacité habituelle, dirigeant brillamment ses interprètes dans une comédie à quiproquos parfaitement écrite. Le grand auteur du film demeure pourtant Busby Berkeley grâce à qui Gold Diggers of 1933 devient l’un des joyaux de la production musicale de la Warner.

« Pettin’ in the Park» est une succession de variations sur de jeunes filles roulant en patins, profitant des jeux de l’hiver ou se changeant après avoir été mouillées par la pluie. Pendant le numéro, des femmes sont surprises par une averse et vont s’abriter derrière un gigantesque écran qui est éclairé par derrière et à travers lequel on les voit, en ombres chinoises, se débarrasser de leurs vêtements mouillés. Busby Berkeley en profite pour filmer ses girls en train de se déshabiller, pour révéler à un autre moment les cuisses de ces jeunes filles nonchalamment étendues dans le parc et le numéro se termine par la vue de Brad cherchant avec un ouvre-boîte à ouvrir le corset-armure de Polly. Une allusion érotique évidente. La présence d’un bébé égrillard, joué par le nain Billy Barty, rappelle – contrairement à ce qu’il est de bon ton de dire – la curieuse et très ambiguë permissivité de la production de l’époque… Ce numéro était à l’origine destiné à servir de final au film. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

 

A New York, durant les années vingt, Berkeley avait l’habitude de se rendre au Palace et il avait été frappé à la vue d’une jeune fille qui évoluait avec un violon. Il s’était toujours dit qu’il aimerait pouvoir essayer la même chose avec une douzaine de jeunes filles ou même plus. C’est ce qu’il va faire dans le numéro « The Shadow Waltz » où il en utilise une soixantaine. Les jeunes filles jouent avec des violons qui deviennent soudain lumineux alors même que l’obscurité se fait. Berkeley se livre aussitôt à une suite de compositions géométriques éblouissantes.

« En 1933, déclarait-il, une chose inhabituelle est survenue alors que je filmais la séquence « The Shadow Waltz ». Il était trois heures de l’après-midi et j’étais en haut de la grue. Les filles étaient à dix mètres de haut sur l’escalier circulaire et les bruits du tremblement de terre de Long Beach ont commencé. Nous les avons ressentis dans tout le studio, même si Burbank est éloigné de plusieurs kilomètres de Long Beach. Les lumières se sont éteintes mais j’ai demandé aux filles de ne pas sauter. Je savais que quelque chose de terrible était survenu et je leur ai dit de demeurer où elles étaient.
Tout le monde s’est assis, mort de peur. Finalement, les portes du studio se sont réouvertes et j’ai dit aux filles de descendre et de sortir. Nous avons alors appris que c’était l’onde de choc du tremblement de terre de Long Beach. Chacun a téléphoné chez soi et puis on a repris le tournage.»

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« The Shadow Waltz » – GOLD DIGGERS OF 1933

Le dernier numéro du film, « Remember my Forgotten Man », est le rappel troublant de la situation économique tragique de l’époque. Comme Heroes for sale de William A. Wellman et I am a Fugitive from a Chain Gang de Mervyn LeRoy, Gold Diggers of 1933 se penche sur le cas de ces « hommes oubliés» que furent les anciens combattants de la première guerre mondiale, héros déchus, incapables d’obtenir le moindre dollar en échange de leurs médailles et condamnés à la soupe populaire.

« C’était, disait Berkeley, un numéro spectaculaire et une bonne chose à rappeler dans ces jours noirs de la dépression, lorsque beaucoup de gens avaient oublié les types qui étaient allés se battre pour leur pays. Je suis de cœur un grand sentimental. Je pensais donc que c’était quelque chose à faire. J’ai aussi fait quelque chose d’extraordinaire dans ce numéro lorsque Joan Blondell chantait la chanson, parce que Joan Blondell ne sait pas chanter mais je savais qu’elle pouvait jouer. Je savais qu’elle pouvait dire et j’en ai profité pour en faire un élément dramatique. » Les paillettes et les conventions de la comédie musicale s’effacent soudain devant la peinture réaliste d’une Amérique où l’on décrit la soupe populaire, la détresse de ceux qui mendient et des femmes contraintes à la prostitution. Rarement le film musical est allé aussi loin qu’ici dans la représentation d’une Amérique désenchantée.

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« Remember My Forgotten Man » – GOLD DIGGERS OF 1933
Galerie d’affiches

Fiche technique du film

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. GASNIER dit :

    La série des Chercheuses d’or (Gold Diggers, nom donné aux femmes qui, pendant la crise des années 30, recherchaient un mari ou amant fortuné) a donné quatre films. Le premier (le deuxième, Gold Diggers of 1935, est très réussi) est de loin le meilleur. Et comme vous le souligner à juste titre, cette comédie musicale qui pourrait sembler gentillette et superficielle a les deux pieds ancrés dans la réalité et, par bien des aspects, est bien sombre pour une comédie : l’Amérique est en crise, tous les moyens sont bons pour essayer de s’en sortir et le pays traverse une crise sans précédent. Et tout cela au moment même où les faits se produisent (le film est de 1933). Et c’est la Warner qui est aux commandes, un des studios hollywoodiens les plus engagés socialement. Encore de nos jours, ce film est un vrai choc. Lorsque je l’ai vu pour la première fois grâce au Cinéma de minuit, bien qu’ayant lu des articles, j’ai pris « une claque ». Et on est dans le bain direct avec le numéro « We’re in the Money » qui débute le film (plus qu’une seule chose compte en cette période de crise : le fric, le fric, le fric). Un bijoux de comédie musicale « engagée ». Quant au numéro « My Forgotten Man », il est d’une noirceur incroyable. Et même en 2018 il vous prend aux tripes, C’est du documentaire social !

    Et malgré cette noirceur, c’est une comédie. Et musicale. Avec des numéros incroyables que l’on doit à Busby Berkeley. Il faut revoir les films réalisés ou chorégraphiés par lui dans les années 30, rien de semblable n’avait été fait avant lui et rien de semblable ne sera fait après lui. Ses numéros sont uniques, pleins de folie, de mouvement (on retrouve un peu de cette « folie » dans les chorégraphies des films de bollywood – autre genre mais qui mérite vraiment le détour pour qui aime les comédies musicales).

    Encore un bel article que vous nous proposez là et qui donne furieusement envie de revoir ces « Chercheuses d’or de 1933 ». Merci !

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