WILLIAM A. WELLMAN 

Vétéran de Hollywood, William Wellman s’est essayé avec bonheur à tous les genres cinématographiques grâce à son exceptionnelle maîtrise technique. Mais ses plus grandes réussites seront les westerns et les films de guerre.  

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« William A. Wellman, l’un des « immortels » de Hollywood, qui n’a dirigé pas moins de 82 films sans jamais obtenir un seul Oscar, mais dont on ne compte plus les réussites éclatantes, est décédé des suites d’une leucémie, le 9 décembre dernier, à l’âge de soixante-dix-neuf ans, dans sa propriété californienne de Brentwood. » Tel est le texte paru dans la rubrique nécrologique de Variety le 17 décembre 1975 pour annoncer la disparition du réalisateur. Ce bref article montre bien l’estime et l’admiration que le monde du cinéma portait à William Wellman, dont la longue et féconde carrière commencée au temps du muet verra l’avènement du Cinémascope et du son stéréophonique. Une carrière jalonnée d’innombrables succès tant sur le plan artistique que sur le plan commercial.

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THE PUBLIC ENEMY (L’Ennemi public, 1931) de William A. Wellman avec James Cagney, Jean Harlow, Edward Woods, Joan Blondell

La vie même de Wellman aurait pu inspirer un cinéaste hollywoodien en mal de sujet. Avant de se consacrer au cinéma, il a été joueur professionnel de hockey sur glace ; pendant la Première Guerre mondiale il est ambulancier à la Légion étrangère, puis pilote de chasse dans l’escadrille Lafayette. A la fin de la guerre, il va se familiariser avec les techniques du cinéma, en débutant comme acteur dans Knickerbocker Glory (Douglas brigand par amour, 1919) aux côtés de Douglas Fairbanks. Il sera ensuite garçon de courses aux studios Sam Goldwyn et exercera divers emplois sur le plateau avant de tourner pour la Fox son premier film comme réalisateur, The Man Who Won, un western interprété par Dustin Farnum. Les deux années suivantes, il réalise une série de six films ayant pour héros le légendaire cow-boy Buck Jones. Mais il semble en fait que seul The Vagabond Trail (1924) puisse être considéré comme un véritable western. En tout état de cause, il s’agit d’une hypothèse invérifiable, la plupart des films muets de Wellman ayant été perdus.

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WINGS (Les Ailes) réalisé par William A. Wellman (1927), avec Clara Bow, Charles ‘Buddy’ Rogers, Richard Arlen. Produit par la Paramount Pictures, le film raconte la bataille de Saint-Mihiel où les troupes américaines ont été fortement engagées en septembre 1918.

Au cours des années 20, Wellman va conquérir sa place dans la jungle de Hollywood. En 1927, on lui confie la réalisation des Wings (Les Ailes), un film retraçant les missions héroïques accomplies par l’aviation américaine en territoire français lors de la Première Guerre mondiale. Sa passion pour les avions, qui remonte à l’enfance, et son expérience personnelle de pilote de guerre confèrent au film une grande authenticité. Aucun autre de ses films d’aviation n’égalera d’ailleurs le dynamisme et la puissance d’émotion des Ailes.

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HEROES FOR SALE (Héros à vendre, 1933) de William A. Wellman avec Richard Barthelmess, Aline MacMahon, Loretta Young, Gordon Westcott

Au début des années 30, Wellman consolide sa position à Hollywood, tournant 17 films en trois ans pour la Warner. Ces œuvres dont la plus connue est The Public Enemy (L’Ennemi public, 1931), font encore l’unanimité aujourd’hui par leur étonnant modernisme et leur ton très personnel.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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NOTHING SACRED (La Joyeuse Suicidée, 1937) de William A. Wellman avec Carole Lombard et Fredric March. Le film est typique du style screwball comedy
Le maître du plan-séquence

A la même époque, Wellman tourne The Conquerors (Les Conquérants, 1932) pour la RKO. Cette saga d’une famille de banquiers, qui se déroule sur trois générations, va de la guerre de Sécession à la grande crise de Wall Street. Pour la première fois depuis The Vagabond Trail, Wellman aborde l’univers du western, qu’il saura restituer avec beaucoup d’originalité. Dans la scène impressionnante de la pendaison des voleurs de chevaux, il filme d’abord la rangée de nœuds coulants fixés à une grosse branche, puis les hommes qui montent à cheval et attachent les cordes aux selles pour la pendaison ; tandis qu’ils s’éloignent lentement, les corps des douze pendus s’élèvent depuis le bas de l’écran…

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Les meilleurs films de Wellman sont bâtis sur des plans-séquences semblables à celui-ci. L’enchaînement des informations visuelles successives permet au spectateur d’analyser lui-même le thème directeur de la scène au lieu de le découvrir par le procédé sélectif du montage. Wellman avait utilisé ce type de prise de vues pour la première fois – et avec beaucoup de succès – dans The Public Enemy. Il y aura à nouveau recours pour Robin Hood of Eldorado (Robin des bois de l’Eldorado, 1936), son premier western parlant produit par la MGM. Il s’agit d’une évocation de la figure légendaire du Mexicain Joaquin Murrieta (incarné par Warner Baxter), qui déclara la guerre aux Etats-Unis dans le territoire qui deviendra l’État de Californie. Bien que les producteurs aient considérablement édulcoré le projet initial, Wellman décrit de façon saisissante l’attitude « impérialiste » des Américains face au peuple mexicain. La fusillade finale, montrée comme une boucherie sanglante est caractéristique du style sans concessions du cinéaste. Wellman collabore ensuite avec le producteur David O. Selznick pour A Star Is Born (Une étoile est née) et Nothing Sacred (La Joyeuse Suicidée), tous deux de 1937. Le succès de ces deux films lui vaut de décrocher un contrat de producteur-réalisateur à la Paramount (pour laquelle il a déjà travaillé dans les années 20) et lui assure une plus grande indépendance.

Pour Wellman, la fin des années 30 est marquée par trois brillantes réussites sur des scénarios de Robert Carson. Men With Wings (Les Hommes volants, 1938) est un hommage fervent à l’aviation, avec plusieurs scènes de bataille à couper le souffle. Le célèbre Beau Geste (1939) exalte les traditions d’héroïsme de la Légion étrangère. The Light That Failed (La lumière qui s’éteint, 1939), adapté du grand roman de Kipling, bénéficie d’une superbe interprétation réunissant Ronald Colman, bouleversant dans le rôle du peintre qui devient peu à peu aveugle, et Ida Lupino.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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Des années 40 très éclectiques

Durant les années 40, Wellman s’essaye aux genres les plus divers, de la comédie satirique, comme Roxie Hart (La Folle Histoire de Roxie Hart, 1942), avec Ginger Rogers, ou Lady of Burlesque (L’Étrangleur, 1943), interprété par Barbara Stanwyck, au reportage réaliste et dépouillé, quasi documentaire, de The Story of G.I. Joe (Les Forçats de la gloire, 1945), La décennie s’achèvera par un autre film de guerre, Battleground (Bastogne, 1949).

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ROXIE HART (La Folle Histoire de Roxie Hart, 1942) de William A. Wellman avec Ginger Rogers, Adolphe Menjou, George Montgomery

A la même époque, il réalise l’un de ses meilleurs films, The Ox-Bow Incident (L’Etrange Incident, 1943), qui apporte au western un ton absolument neuf. Contrairement à Ford, qui met l’accent sur l’action, Wellman privilégie les personnages, leur donnant une remarquable densité psychologique.

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THE OX-BOW INCIDENT (L’Étrange Incident, 1943) de William Wellman avec Henry Fonda, Dana Andrews, Anthony Quinn

Les critiques seront donc quelque peu désorientés par le film suivant, Buffalo Bill (1944), qui semble marquer un retour au western traditionnel. Pourtant, à travers la figure légendaire de William Frederick Cody, dit « Buffalo Bill », Wellman tente d’aborder la mythologie de l’Ouest avec un œil nouveau. Cody, fils de la Prairie et proche de la nature, a plus d’affinités avec les Indiens qu’avec les envahisseurs blancs qui entreprennent de « civiliser » l’Ouest et surtout d’exploiter ses ressources naturelles. Tout comme dans Robin Hood of Eldorado, le cinéaste laisse transparaître son idéal pacifiste et il se livre à une critique lucide du racisme qui a été le fondement de la colonisation du Far West. En filmant la bataille de War Bonnet Creek, Wellman se refuse implicitement à prendre parti pour l’une ou l’autre faction, et cette scène sauvage et chaotique dégage un profond sentiment d’horreur. Buffalo Bill est, en fait, un hommage à l' »homme naturel » et un réquisitoire amer contre l’avidité de l’homme blanc. Il faudra attendre Broken Arrow (La Flèche brisée, 1950) de Delmer Daves pour retrouver une perception aussi juste du drame des Indiens d’Amérique.

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BUFFALO BILL de William A. Wellman (1944) avec Joel McCrea, Maureen O’Hara, Linda Darnell

Le western suivant, Yellow Sky (La Ville abandonnée, 1948), met en scène une bande de voleurs de banque dirigée par Gregory Peck et Richard Widmark (dont c’est le premier western) et leur arrivée dans une ville fantôme, dont les seuls habitants sont un vieillard et sa nièce. Tout le film baigne dans un climat d’avidité malsaine, autour de la cachette où le vieux a entreposé son or. Cette soif de l’or des hors-la-loi est décrite ici de la même façon que la soif de sang qui, emporte la foule déchaînée dans The Ox-Bow Incident, et Yellow Sky baigne dans la même atmosphère de cauchemar, à ceci près qu’il existe malgré tout une possibilité de rachat, puisque Gregory Peck prouve qu’il n’est pas foncièrement malhonnête. Du fait que Wellman s’abstient de montrer l’affrontement final entre Peck et Widmark, certains critiques en ont conclu que le réalisateur ne s’était pas réellement senti concerné par son sujet. Or il s’agit du même refus de prendre parti que dans les films précédents et les images gagnent une force accrue de cette neutralité apparente. Le vrai problème pour Wellman, ce n’est jamais de choisir entre la vie et la mort, entre le courage et la lâcheté, c’est de survivre au prix de la moindre compromission.

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YELLOW SKY (La Ville abandonnée, 1948) de William Wellman avec Gregory Peck, Richard Widmark, Anne Baxter

La même année que Yellow Sky, Wellman réalise The Iron Curtain (Le Rideau de fer), premier film de la fameuse série « anti-rouge » fondé sur les révélations authentiques d’un transfuge soviétique et dénonçant les atrocités staliniennes. Le mauvais accueil réservé à ce film en Europe, en France particulièrement, n’empêchera pas Wellman de récidiver avec Blood Alley (L’Allée sanglante, 1955), produit et interprété par John Wayne et dirigé cette fois contre la Chine de Mao. L’engagement de Wellman, loin d’être accidentel, correspond à une conviction profonde, ce qu’on oublie parfois de rappeler.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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Technique et symbolisme

Cas presque unique parmi les grands réalisateurs américains, Wellman est aussi à l’aise pour tourner en intérieurs qu’en décors naturels. Ainsi, pour Bastogne, il saura utiliser toutes les possibilités offertes par le studio. En revanche, Across the Wide Missouri (Au-delà du Missouri, 1951) sera presque entièrement tourné en extérieurs dans les montagnes Rocheuses. Ce western est un hommage aux rudes habitants des montagnes et décrit leur rapport avec la nature et avec les tribus indiennes. Certaines séquences montrent avec une précision digne d’un documentaire les rites saisonniers des montagnards et les traditions indiennes. Mais le film sera mutilé avant sa sortie par la MGM et perdra beaucoup de son impact.

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BATTLEGROUND (Bastogne, 1949) de William A. Wellman avec Van Johnson, John Hodiak, Ricardo Montalban, George Murphy

On peut opposer le Technicolor resplendissant d’Across the Wide Missouri au noir et blanc austère de Westward the Women (Convoi de femmes, 1951), où Robert Taylor escorte, tout au long d’un voyage de 3 220 km, une caravane de femmes qui se rendent en Californie pour rejoindre leurs futurs maris, qu’elles ne connaissent que par leurs photographies. Wellman et l’opérateur William C. Mellor ont volontairement banni toute splendeur plastique qui aurait pu nuire au réalisme des images. Aucune rhétorique non plus, et les classiques scènes d’action, de tradition dans tout western, sont réduites au minimum. Le film en tire une force exemplaire.

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WESTWARD THE WOMEN (Convoi de femmes, 1951) de William A. Wellman avec Robert Taylor, Denise Darcel, John McIntire

Lors de la séquence finale, lorsque les femmes arrivent enfin devant leur promis, l’une d’elles commence à jouer un petit air d’harmonica, puis un violon lui répond. Et l’on réalise brusquement que jusque-là, pas la moindre note de musique n’a accompagné les images.

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A STAR IS BORN (Une étoile est née (A Star Is Born, 1937) de William A. Wellman avec anet Gaynor et Fredric March. Trois remakes ont été produits : le premier en 1954 (avec Judy Garland), le second en 1976 (avec Barbra Streisand) et le 3e (réalisé par Bradley Cooper avec Lady Gaga) prévu pour 2018

Inédit en France, Track of the Cat (1954) est adapté d’un roman de Walter Van Tilburg Clark, à qui l’on doit aussi le sujet de The Ox-Bow Incident. Les habitants d’un ranch perdu dans la nature vivent dans la terreur d’un puma qui exerce des ravages dans la région. Mais pour chacun, la bête revêt une signification symbolique différente. C’est l’un des films les plus stylisés de l’œuvre de Wellman ; tourné en Cinémascope et en Technicolor, il donne paradoxalement l’impression du noir et blanc du fait des rares notations chromatiques. Fidèle à son style, Wellman choisit délibérément de ne jamais montrer le puma aux spectateurs.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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Dernières œuvres

Dès le milieu des années 50, Wellman commence à contempler Hollywood avec un œil désenchanté. La nouvelle vague de bureaucrates en complet veston envahit les studios où il avait dû affronter des magnats incultes et grossiers, mais amoureux du cinéma. Toutefois, il est encore un réalisateur fort populaire : The High and the Mighty (Écrit dans le ciel, 1954) a fait 7 millions de dollars de recettes au cours de sa première année d’exploitation – et le metteur en scène a droit par contrat à un tiers des bénéfices, ce qui lui permet de consolider sa situation financière.

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THE HIGH AND THE MIGHTY (Écrit dans le ciel, 1954) de William A. Wellman avec John Wayne, Claire Trevor, Laraine Day, Robert Stack, Jan Sterling. Le film retrace les événements au sein d’un groupe de passagers ainsi des membres de l’équipage à bord d’un avion de ligne Douglas DC-4 effectuant un vol transpacifique pendant lequel l’avion subit un dégât majeur précipitant tous les passagers vers une catastrophe inévitable. The High and the Mighty servit plus tard de modèle pour l’appellation de « film catastrophe », pour les films tels que Airport (1970), La Tour infernale (1974), et Titanic (1997).

Le dernier film de Wellman, Lafayette Escadrille (1958), renferme quelques références à son expérience de pilote de guerre. Mais lorsque la Warner annonce son intention d’y apporter des modifications, à commencer par le remplacement du titre prévu à l’origine, C’est la guerre. Wellman abandonnera la bataille. Il a toutefois annoncé d’autres projets pour les années à venir, mais aucun ne verra le jour.

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LAFAYETTE ESCADRILLE de William A. Wellman (1958) avec Tab Hunter, Etchika Choureau, Marcel Dalio, David Janssen

Wellman travaillait toujours en suivant son instinct profond, ce qui ne l’a pas empêché de réaliser certaines des œuvres les plus abstraites et les plus raffinées du cinéma américain ; volontairement dépouillés de tout effet spectaculaire, ses films n’en conservent pas moins une très grande puissance d’évocation et ne sont dénués ni d’émotion ni de tendresse.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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William A. Wellman
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