A STAR IS BORN – George Cukor – 1954

Avec son titre repris régulièrement par la presse pour saluer l’avènement de la moindre vedette, A Star is born (Une Etoile est née) fait assurément partie des films les plus importants de l’histoire du cinéma américain. Il fut pourtant boudé à sa sortie, souffrant avant tout d’un montage tronqué par les exécutifs de la Warner, qui voulaient réduire la dimension psychologique du film et y injecter plus de grand spectacle (la version que nous connaissons aujourd’hui a rétabli, tant bien que mal, ces passages, dont on peut imaginer à quel point ils manquaient à l’époque). Mais peut-être le sujet du film lui-même a-t-il rebuté les spectateurs, tant il jette sur les coulisses de l’usine à rêves un éclairage peu reluisant… Et pourtant, ce regard introspectif sur Hollywood compte parmi les grandes qualités du film. Des qualités auxquelles il faut ajouter les chansons d’Harold Arlen et Ira Gershwin, et la mise en scène tout en subtilité de George Cukor (le long plan-séquence qui voit l’héroïne chanter dans le cabaret obscur en est un magnifique exemple). Mais le plus impressionnant dans A Star is born , c’est évidemment la performance de Judy Garland et de James Mason, qui seront étonnamment oubliés par les Oscars, mais recevront tout de même un Golden Globe.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

L’histoire : Norman Maine (James Mason), célèbre acteur hollywoodien, fait la connaissance d’Esther Blodgett (Judy Garland), la chanteuse de l’orchestre de Glen Williams. En état d’ébriété, il risque de causer un scandale au cours d’un gala de charité. Grâce à Esther, sa conduite inhabituelle semble faire partie d’un numéro prévu à l’avance. Norman revoit Esther et s’éprend d’elle. Il réussit à lui faire faire un bout d’essai et à la faire engager par son propre producteur, Oliver Niles (Charles Bickford). Esther devient alors Vicki Lester. Elle épouse Norman en refusant à la fureur de l’attaché de presse Matt Libby (Jack Carson) les fastes d’un grand mariage hollywoodien. Mais le studio rompt son contrat avec Norman dont les derniers films sont des échecs. Norman souffre d’être considéré comme le mari d’une vedette désormais célèbre et il boit de plus en plus. Le soir où Vicki reçoit l’Oscar de la meilleure interprétation féminine, il cause un véritable scandale en apparaissant ivre et en s’adressant au public. Il fait alors une cure de désintoxication mais il se dispute avec Libby qui le frappe et il recommence à boire. Arrêté pour ivresse, il n’est arraché à la prison que grâce à l’intervention de Vicki qui plaide en sa faveur devant le juge. Vicki est désormais prête à renoncer à sa carrière pour se consacrer à son mari. Norman s’en rend compte en entendant une conversation que Vicki a avec Oliver Niles. Il se suicide alors en se noyant. Comprenant grâce au fidèle Danny McGuire (Tommy Noonan ) qu’elle risque de se détruire elle-même, Vicki accepte en souvenir de Norman, à qui elle doit sa notoriété, de se produire à un gala de charité où elle se présente comme « Mrs. Norman Maine ». Le programme musical et les extraits

A STAR IS BORN George Cukor (1954) – Charles Bickford, Judy Garland, James Mason, Jack Carson

A Star is born  commence comme Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie) par une grande manifestation hollywoodienne où défilent luxueuses voitures, femmes ravissantes et stars célèbres. Singin’ in the Rain se déroulera ensuite sur le ton de la comédie nostalgique. A Star is born, au contraire, sera une véritable tragédie musicale. Le ton du film est donné dès le début avec l’apparition de Norman Maine, ivre. Une scène déjà inquiétante qui annonce l’exhibition pitoyable du même Norman Maine à la cérémonie des Oscars, demandant du travail à l’assemblée et frappant involontairement sa femme.  [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

Le grand come-back : En 1950, les absences répétées de Judy Garland sur le plateau de Royal Wedding (Mariage Royal) poussent la MGM à mettre brutalement fin au contrat de celle qui fut pourtant pendant dix ans sa reine du « musical ». S’ensuit pour la star une période difficile, durant laquelle elle se remarie avec son manager, Sidney Luft.
C’est ce dernier qui convainc la Warner de se lancer en 1953 dans le projet de A Star is born, en misant sur le grand retour de Judy Garland après trois ans d’absence, Le film sera le remake d’un drame de William Weilman sorti en 1937, lui-même inspiré par What Price Hollywood ?, tourné en 1932 par George Cukor. Ce dernier est d’ailleurs sollicité pour mettre en en scène cette nouvelle version, ce qu’il accepte avec enthousiasme, car il s’agit à la fois de son premier film en couleurs et de sa première collaboration avec Judy Garland. Quant à l’actrice, elle compte sur le rôle de Vicky, déjà tenu en 1942 à la radio, pour se remettre en selle.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Au moment du montage, alors que le cinéaste est parti en Inde préparer son film suivant, le studio décide non seulement de tourner la séquence-fleuve de la chanson « Born in a trunk », mais de couper allègrement dans le film, l’amputant de plusieurs scènes essentielles concernant la relation de Norman et Vicky. Le déséquilibre ainsi créé fera le désespoir de Cukor – et contribuera à l’échec commercial de A Star is born… Une version intégrale sera malgré tout établie en 1983, mais certains plans ayant irrémédiablement disparu, on devra les remplacer par des photos de plateau, ce qui ne donne qu’une idée imparfaite du chef-d’œuvre d’origine.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Produit par Sidney Luft, le propre mari de Judy GarlandA Star is born voit très curieusement la réunion de deux personnes déjà associées au sujet. Judy Garland avait interprété le 28 décembre 1942, dans une adaptation radiophonique produite par Cecil B. De Mille dans le cadre de son Lux Radio Theatre, le rôle de Vicki Lester. De son côté, George Cukor avait failli mettre en scène la version de 1937. Il n’avait refusé que parce que le sujet ressemblait trop à celui de What Price Hollywood ? Il déclarait d’ailleurs à ce propos : « J’avais traité le sujet une première fois en 1932 dans What Price Hollywood ?, produit par David O. Selznick. Le film était excellent, mais il n’a pas eu de succès. C’était l’histoire, non pas d’un acteur, mais d’un metteur en scène et d’une actrice. Puis, en 1937, le même Selznick fit réaliser par William Wellman une première version de A Star is Born, avec Janet Gaynor et Fredric March. J’avais donné l’idée d’une scène, qui figure également dans la seconde version, celle que j’ai tournée. On y voit le personnage principal, qui suit une cure de désintoxication dans une clinique, recevoir la visite de son metteur en scène, venu lui apporter un scénario. Le metteur en scène, c’est moi ; l’acteur est John Barrymore, soigné alors pour alcoolisme. En sortant de la clinique j’étais tombé sur Selznick et lui avais raconté l’entrevue.» [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Le montage du film a été l’objet de diverses controverses. Certains, et George Cukor le premier, ont toujours regretté la présence du très long numéro « Born in a trunk », tourné alors que le cinéaste n’était pas là et qui déséquilibre en partie le film au profit de Vicki. « I was born in a Trunk in the Princess Theatre in Pocatello Idaho » chante Vicki qui, en quelques minutes, passe en revue les styles les plus divers du musical. Le numéro est un morceau en lui-même, mal intégré au reste du film, mais il demeure aussi l’une des ultimes performances musicales et cinématographiques de Judy Garland, très émouvante. La présence de ce long numéro obligea la Warner à pratiquer des coupes dans le montage initial qui dépassait les 3 h 30. Cukor accepta de réduire la durée à 3 h 02, laissant à Folmar Blangsted le soin de continuer sans lui. Cukor partit alors aux Indes tourner Bhowani Junction (La Croisée des destins) et Blangsted seul, le cinéaste ne répondant pas à ses télex, effectua le montage qui lui semblait concilier les intérêts principaux de chacun. Le résultat est le film que nous connaissons. Une version plus complète – mais pas plus satisfaisante – a été réalisée par la suite à partir d’éléments, très inégaux, retrouvés ultérieurement. En raison de divers problèmes, dont ceux liés à la santé toujours très fragile de Judy Garland, le film coûta finalement beaucoup plus cher que prévu et n’obtint pas le succès espéré. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

Le numéro « Born in a trunk » est en effet filmé deux mois après la fin du tournage, à la demande de la Waner. En l’absence de Cukor, c’est le chorégraphe Richard Barstow qui se voit chargé de le réaliser, épaulé par Roger Edens, célèbre directeur musical de la MGM et proche collaborateur de Judy Garland. Celui-ci a écrit la mélodie de « Born in a trunk », seule chanson du film qui ne sera donc pas signée Harold Arlen et Ira Gershwin – mais il faut préciser que le morceau est en fait un long medley qui mêle à la chanson originale des extraits de succès comme « Swanee » de George Gershwin et « You took advantage of me » de Rodgers et Hart. Véritable morceau de bravoure, ce numéro de vingt minutes se veut en fait un hommage aux différents âges du « musical ». Judy Garland s’y avère époustouflante, mais beaucoup de gens (à commencer par Cukor) reprocheront à la séquence de former un « film dans le film » qui déséquilibre considérablement l’ensemble. D’autant que les producteurs ont exigé du même coup de sacrifier des séquences moins spectaculaires, mais plus importantes pour la bonne compréhension de l’intrigue…

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

Face au public : Comme le public l’avait jugée à travers l’imagination des metteurs en scènes, Judy Garland décida de rencontrer le public. Il devra la juger sans le masque de mécanique de la technique cinématographique.
Ce n’était pas ses premières apparitions en public. Elle avait donné son premier concert au Robin Hood Dell de Philadelphie en 1943 ; mais c’est à partir de 1951 qu’elle consacrera la majeure partie de son talent à ce genre de spectacle.
Elle débute à nouveau en 1951 au London Palace qui lui demandait un récital depuis plusieurs années. Le public anglais lui fait une ovation. Elle reçoit 20.000 dollars par semaine. Cette somme remédie à ses problèmes financiers. Elle retourne aux Etats-Unis pour donner son récital au New York Palace Theater. Le succès est immense.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Jusqu’aux dernières années de sa vie, Judy Garland continuera ses concerts. Elle obtiendra un succès sans précédent au Palais de Chaillot de Paris, en 1960 et sera consacrée en 1961, lors de son récital au Carnegie Hall. Londres lui fera toujours un immense succès et c’est là qu’elle donnera en 1966, un récital avec sa fille Liza Minnelli ; cette dernière ayant suivi les traces de sa mère aux côtés de laquelle elle avait fait ses débuts cinématographiques dans « In the Good old Summertime ». Elle était alors âgée de trois ans !
C’est par ses concerts qu’il est possible de juger le style de chanteuse de Judy Garland. Si la voix est identique à celle que l’on peut entendre dans les films ou sur ses disques, le style est bien différent. Il y a dans cette voix une intensité communicative qui bouleverse le public. Pourtant Garland ne chantait jamais «sur la sécurité ». Elle avait une technique impeccable, plaçant sa voix au niveau du diaphragme et jetant les mots avec fougue, bien qu’elle ne respectât pas toujours les phrases musicales. Il lui arrivait de chanter faux, et de tenir encore son public en haleine. Ce dernier la portait, lui permettait toutes les audaces et bien souvent ses récitals duraient une demi-heure de plus que prévu. Elle avait besoin de se donner au public pour que celui-ci lui donne des raisons de vivre. Elle devenait alors une force monstrueuse et sacrée que personne n’aurait pu détruire. En chantant, le visage inondé de lumières violentes, elle se projetait enfin dans ce pays merveilleux, derrière l’arc-en-ciel.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Le succès de ses concerts, ses apparitions à la télévision ne suffisaient pas à Garland. Elle voulait se montrer à tous, s’expliquer, se livrer pour ne plus être seule, car, quand le rideau de velours est tombé sur la scène, les compagnons du soir regagnent leur foyer et le monstre sacré retrouve la solitude. Certes, un culte Judy Garland était né, mais un culte, c’est bon pour les morts !
En 1952, elle se marie une troisième fois, avec Sidney Luft. Il lui donne deux enfants : Lorna (née en 1953) et Joseph Wiley (né en 1955). Il lui fera un troisième cadeau en produisant son plus beau film à la Warner Bros : A Star is born.
Ce film marque la rencontre de Judy avec le metteur en scène George Cukor. Ce dernier a la réputation d’être le meilleur directeur d’actrice hollywoodien. Après quatre années d’absence, Judy retourne donc au studio pour s’y raconter. Quelques années auparavant, en 1942, elle avait enregistré cette histoire pour la radio.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland

Ce film permettait à Judy Garland d’affirmer sa nouvelle personnalité : chanteuse certes, mais surtout actrice de mélodrame, l’un des genres les plus épurés du cinéma américain. Hélas ! le film eut des problèmes plutôt graves. George Cukor déclarait à ce propos : « Ils l’ont désintégré ! Des morceaux entiers ont été coupés et perdus à  jamais… C’est dommage vraiment !… Le pire, c’est que le négatif a disparu, un désastre sans précédent (Film Culture). »
Pourtant, les lambeaux qui restent constituent un film admirable. Judy fut nommée pour l’oscar. Elle était persuadée de l’obtenir, mais cette année-là ce fut Grace Kelly qui obtint la statuette d’or pour son interprétation d’A Country girl. Ce fut une cruelle déception pour elle.
Le film avait coûté 6.000.000 de dollars. Le scénario se rapprochait de la biographie de Judy («  Le personnage de Norman Maine, signale Charles Bitsch dans le numéro 48 des « Cahiers du Cinéma » est proche de celui de Judy Garland ») et la seule récompense de ce film fut un important succès critique. Bitsch écrivit : « Cette actrice trop ignorée joue aussi bien qu’elle chante, à la limite de « la cassure. »

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

Pour les critiques, elle était devenue une véritable comédienne. Mais le film était trop sublime pour qu’elle puisse recommencer une carrière ordinaire dans le septième art.
Cette cassure, qu’évoquait le critique, était toujours présente dans sa vie privée. En 1956, elle se sépare de Sidney Luft ; il avait essayé de l’aider le plus possible, il lui avait donné tout ce qu’une femme pouvait demander à un homme, mais le drame avait déjà envahi la vie et le corps de Judy Garland. L’opinion publique est alertée ; des rumeurs courent autour de la star. On la soupçonne de s’adonner à la drogue, à l’alcool. Garland a perdu tout équilibre nerveux. Elle commet de nouvelles tentatives de suicide. Parfois, dans un réflexe de défense, elle attaque les responsables de certaines rumeurs. C’est ainsi qu’une rédactrice du «New York Heral Tribune », Marie Torre, se retrouvera en prison pour dix jours, accusée de diffamation.
Mais Judy elle-même va connaître des démêlés avec la justice. Plusieurs des cabarets qui l’emploieront iront porter plainte pour rupture de contrat. La fin des années cinquante sera une période noire pour Judy.
Le personnage de Lester était devenu son mythe de la femme-spectacle qu’elle aurait aimé être. La réalité était beaucoup plus sordide. Ses tentatives désespérées d’y échapper échoueront lamentablement. Le culte qu’on lui vouait ne suffira pas à la consoler.
Elle n’envisageait plus de carrière cinématographique. C’est une seconde légende qui s’était emparée d’elle. Elle n’était plus l’héroïne-enfant du Magicien d’Oz, mais celle de A star is born.

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

La Warner Bros tout d’abord décide de ne pas tourner le film en Cinémascope et envisage en revanche de le réaliser en relief. C’est en effet le moment où tout est bon pour tenter de contrer l’influence de la télévision. Heureusement pour Cukor, l’idée du relief est abandonnée mais, en revanche, on lui demande de tourner en Cinémascope alors que les prises de vue ont déjà commencé. Winton C. Hoch, le chef opérateur initial du film, est remplacé brièvement par Milton Krasner qui assure la photographie des retakes du passage du standard au Cinémascope. Ces frais, non prévus, commencent déjà à grever le budget. Sam Leavitt succède à Krasner et sera le seul chef opérateur crédité au générique.A star is born est donc le premier film en Cinémascope de George Cukor et également – si l’on excepte ses passages sur The Wonderful Wizard of Oz et Gone with the Wind (Autant en emporte le vent) – son premier film en couleurs. Cukor se passionne aussitôt pour ce nouveau format à propos duquel il avoue : « C’est la reproduction, dans un livre, du « Sacre » de David qui m’a donné l’idée de mes cadrages. Sur une page figurait le tableau tout entier. Sur la page en regard, des détails : visages ou autre chose. Je me suis dit : « C’est ainsi qu’il faut procéder. Faire des gros plans qui ne soient pas composés, mais extraits de l’ensemble. » [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

A STAR IS BORN de George Cukor (1954) – Judy Garland, James Mason

Contrairement à certains de ses collègues, très gênés par le Cinémascope, Cukor en profite pour se livrer à diverses expériences. A ce titre, la scène de la discussion entre Niles et Maine est étonnante. On voit à gauche un téléviseur allumé, au centre Niles et Norman et à droite l’écran sur lequel est projeté un film de Lewis Seiler. De même, lors de la remise des Oscars, la partie droite est occupée par un gigantesque écran où l’on assiste également à l’action, telle que la voient les téléspectateurs. Ayant parfaitement surmonté ce qui aurait été pour un autre un handicap, Cukor décrit parallèlement l’ascension d’Esther Blodgett devenue Vicki Lester et la déchéance de Norman Maine que les uns appellent « Mister Lester » ou sous son vrai nom Ernest Gubbins. Le thème positif de Pygmalion – que Cukor traitera dans My Fair Lady plusieurs années plus tard – s’accompagne ici d’une peinture au vitriol de l’univers hollywoodien symbolisé par un public carnassier – le moment où, à l’enterrement de Norman, Vicki est assaillie et voit son voile noir arraché est assimilé à un viol – et l’ignoble Libby, le responsable des relations publiques du studio, qui attend patiemment la déchéance de Norman qu’il hait. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

La grande habileté de Cukor réside dans sa manière de s’attacher à la fois à Norman et à Vicki. Norman avoue à sa femme : «Je détruis tout ce que je touche. Je l’ai toujours fait. Oublie-moi. Je suis un mauvais lot» et dit à Niles : «Je crois être né avec le génie de faire des choses qui ne vont pas ». C’est parce qu’il craint d’entraîner Vicki à sa suite qu’il préfère se tuer.
Vicki représente au contraire la musique et la foi en un avenir qu’elle espère encore heureux. Seule avec Norman, elle lui chante « It’s a New World », ignorant que ce sera la chanson au son de laquelle Norman ira vers la mort.
Alors que la plupart du temps dans un film musical les chansons symbolisent la joie de vivre, ici elles se déroulent parallèlement à l’action, conservant un ton souvent grave. Au début, Vicki – elle est encore Esther – chante « There is nothing sadder than a one-man woman looking for the man that got away » et tout son personnage semble à jamais marqué par la fatalité. Une fatalité qu’elle assumera à la fin en s’appelant « Mrs. Norman Maine », la veuve d’une star déchue et disparue. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

Programme musical







Harold Arlen : Né en 1905 à Buffalo, le musicien a débarqué vingt ans plus tard à New York avec son groupe… The Buffalodians. Pianiste et chanteur, Harold Arien s’essaie également à la composition : il livre en 1929 son premier succès, Get happy !, écrit avec le parolier Ted Koehler pour une revue de music-hall. Le tandem est ensuite engagé dans le temple du jazz de l’époque, le Cotton Club de Harlem. C’est là qu’en 1933, la chanteuse Ethel Waters interprète pour la première fois leur plus célèbre création, Stormy weather. En 1934, Arien et Koehler partent à Hollywood pour écrire la bande originale du film Let’s Fall in Love, dont la chanson-titre devient un énorme succès. Désormais, le compositeur va travailler régulièrement pour le cinéma, d’autant qu’il épouse en 1937 Anya Taranda, une show girl qui tente de percer à l’écran.

Harold Arlen

C’est avec le parolier E. Y. Harburg que le musicien livre en 1938 sa bande originale la plus célèbre : celle du Magicien d’Oz, dont la chanson « Over the rainbow », interprétée par Judy Garland, deviendra légendaire. Arlen se partage ensuite entre le cinéma et Broadway, tout en affrontant au cours des années 50 une série de problèmes personnels : la mort de ses parents (suite au décès de sa mère, il cessera de composer pendant de longs mois), ainsi que l’internement pendant sept ans de sa femme Tanya. Lui-même frôle la mort suite à un grave ulcère, mais il surmontera ces épreuves et continuera à livrer des dizaines de chansons jusqu’à la fin des années 70 (même si la disparition de Tanya en 1970 va le conduire à s’isoler toujours davantage). Le musicien s’est éteint en 1986 dans son appartement de New York : une mort discrète, à l’image d’une carrière qui a pourtant offert au jazz certains de ses plus beaux joyaux.

Les extraits






Fiche technique du film

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