Les Actrices et Acteurs

MARILYN MONROE

Mélange explosif de candeur et de sensualité débordante, Marilyn Monroe est une actrice proche du génie. Sous le maquillage et les atours, elle restait une « petite fille ». Elle ne ressemblait à personne…

Il est rare que les stars de Hollywood soient issues d’une famille unie et qu’elles aient connu une enfance heureuse. Le père de Charles Chaplin abandonna sa famille alors que son fils avait à peine un an ; celui de Douglas Fairbanks, quand il en avait quatre. Les pères de Mary Pickford, Rudolph Valentino et Greta Garbo disparurent alors que leurs enfants avaient respectivement quatre ans, onze ans et treize ans. Marilyn Monroe quant à elle ne sut jamais exactement qui était son père.

Une enfance difficile

Tout comme Chaplin encore, Marilyn Monroe aboutit dans un orphelinat après l’internement de sa mère. Lourd héritage, d’autant que du côté maternel, son grand-père comme sa grand-mère (disciple fanatique de l’évangéliste Aimee Semple MacPherson, dans le temple où fut baptisée  Marilyn Monroe sous le nom de Norma Jean Baker) avaient eux aussi fini leurs jours à l’asile.

A la différence de bien d’autres étoiles, Norma Jean est née dans la capitale du cinéma puisqu’elle vit le jour le 1er juin 1926 au General Hospital de Los Angeles. On raconte que sa chambre à l’orphelinat de Los Angeles donnait justement sur l’enseigne au néon surmontant les studios de la RKO. Marilyn raconta par la suite qu’un de ses plus beaux souvenirs d’enfance était une fête de Noël organisée par la RKO pour les petits orphelins de cette institution, alors qu’elle avait neuf ans. Aucune de ses biographies ou de ses interviews ne révèle à quel âge cette petite fille apparemment renfermée, timide et introvertie décida de devenir star de cinéma, mais la volonté qui lui permit de survivre aux inévitables moments de désillusion et de déception après son entrée à la 20th Century- Fox devait être de fer.

Les débuts

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Norma Jean était employée dans un atelier de fabrication de parachutes quand un photographe chargé de prendre des photos destinées à la propagande officielle la découvrit et la présenta à un agent, Emeline Snively. En 1946, Norma Jean, lancée comme pin-up et cover-girl, réussit grâce à une habile manœuvre publicitaire à faire un essai pour la 20th Century-Fox. L’acteur Ben Lyon, alors talent-scout pour la maison de production, lui conseilla de changer de nom : elle choisit donc Marilyn, sur la suggestion de Lyon, en hommage à une vedette d’autrefois, Marilyn Miller, et Monroe, le nom de mariage de sa grand-mère. La Fox lui ayant fait signer un contrat de un an, elle suivit le même chemin que toutes les aspirantes starlettes : essais, photos et deux petits rôles dont l’un dans Scudda Hoo ! Scudda Hay ! (1948) fut coupé partiellement au montage. A l’expiration de son contrat, celui-ci ne fut pas renouvelé.

Mais déjà Marilyn avait pris en main sa carrière. Elle continua à fréquenter les cours d’art dramatique auxquels la Fox l’avait inscrite ; elle rencontra le premier de ses professeurs attitrés qui devaient par la suite mettre à rude épreuve la patience de ses metteurs en scène ; elle sut utiliser à bon escient toute la cohorte d’admirateurs, de conseillers, de mécènes et de producteurs qui tournait autour d’elle, tout particulièrement un agent, Johnny Hyde, de trente ans son aîné. Un petit rôle lui valut d’apparaître au générique d’un film musical de la Columbia, Ladies of the Chorus (1948) ; elle se fit poursuivre par Groucho Marx dans Love Happy (La Pêche au trésor, 1949) et elle attira pour la première fois l’attention, rapide mais bienveillante, des critiques pour le rôle de la petite amie d’un avocat corrompu dans The Asphalt Jungle (Quand la ville dort, 1950). Le metteur en scène de ce film, John Huston, qui devait onze ans plus tard la diriger avec beaucoup de patience dans le difficile tournage de son dernier film, The Misfits (Les Désaxés, 1961), lui dit : « Tu sais, Marilyn, je crois que tu seras une bonne actrice. »

Vers le succès

Marilyn Monroe avait déjà joué une demi-douzaine fie petits rôles quand elle apparut dans All about Eve (Eve, 1950) de Joseph L. Mankiewicz, qui lui offrit l’occasion de lancer une de ses premières répliques loufoques qui feront bientôt partie de son personnage. Dans le rôle d’une starlette, Miss Caswell, Marilyn Monroe arrive dans une réception en compagnie du critique de théâtre Addison DeWitt (George Sanders) qui la présente suavement à Margo Channing (Bette Davis) : « Vous connaissez Miss Caswell, bien sûr ? » « Non ». répond Margo, hautaine. « C’est parce que nous ne nous sommes jamais rencontrées » intervient en souriant Miss Caswell, avec une ingénuité désarmante.

Le public l’avait déjà remarquée et ses rôles commençaient à prendre de l’importance. En 1952, la Fox fit l’erreur de lui confier un rôle dramatique, celui d’une jeune psychopathe dans Don’t Bother to Knock (Troublez moi ce soir). Si les critiques et le public n’apprécièrent pas le film, l’interprétation de Marilyn Monroe y était tout à fait remarquable, avec des moments d’intuition et d’intensité renforcées peut-être par les correspondances que l’actrice découvrait entre ce rôle et sa propre enfance. A l’opposé de Don’t Bother to Knock, elle tourna aux cotés de Cary Grant dans une comédie délirante sous la direction d’Howard Hawks Monkey Business (Chérie, je me sens rajeunir).

La starlette devient star

Les trois films de Marilyn Monroe sortis en 1953 – Niagara, Gentlemen Prefer Blondes (Les hommes préfèrent les blondes) et How to Marry a Millionaire (Comment épouser un millionnaire) en firent définitivement une star et le nouveau « sex symbol » de l’époque.

Niagara, lourd mélodrame passionnel et film noir tourné par un facétieux Henry Hathaway, combinait les splendeurs des chutes du Niagara avec celles de Marilyn. On suivait en particulier dans un inoubliable travelling l’actrice, de dos, s’éloignant de la caméra en ondulant sur des talons vertigineux. Sa démarche inimitable était une véritable chorégraphie de sensualité explosive grâce à ses jambes et à ses hanches, apparemment dotées de courbes supplémentaires (l’actrice donnait d’ailleurs toujours deux mesures, haute et basse, de son tour de hanches). Dans Gentlemen Prefer Blondes, avec Jane Russell et How to Marry a Millionaire, avec Betty Grable et Lauren Bacall, la présence de Marilyn Monroe fut sans aucun doute en grande partie responsable du succès de ces deux films, mais elle sut toujours collaborer harmonieusement avec ses prestigieuses partenaires. Après avoir tourné avec elle Clash by Night (Le Démon s’éveille la nuit, 1952), Barbara Stanwyck avertissait le monde du cinéma : « Ne vous y trompez pas, cette fille sera une star. » Plusieurs années après, sur le plateau où elle jouait, avec Laurence Olivier, The Prince and the Showgirl (Le Prince et la danseuse, 1957) un courant d’admiration et d’affection réciproques tout aussi touchant s’établit, dit-on, entre Marilyn et la vieille actrice Sybil Thorndike.

Les trois années qui s’écoulèrent entre Niagara et Bus Stop (Arrêt d’autobus, 1956) marquèrent le sommet de sa carrière d’actrice et furent relativement sereines, libérées de tous les problèmes personnels qui devaient la tourmenter par la suite. Toujours attentive à la qualité des scénarios qu’on lui proposait, ses refus motivés provoquèrent souvent des conflits avec ses producteurs. Elle regretta, bien à tort, d’avoir interprété le film d’Otto Preminger : River of no Return (Rivière sans retour, 1954) qu’elle considérait comme une spéculation abusive sur ses attraits physiques.

Il semble incroyable que tant de contemporains de Marilyn Monroe aient considéré avec scepticisme ses capacités professionnelles et sa volonté de s’imposer comme une véritable professionnelle et qu’ils se soient gaussés de l’émouvant intérêt qu’elle portait à la littérature et aux méthodes de Lee et Paula Strasberg, les maîtres de l’Actors’ Studio de New York. Ses rôles dans Gentlemen Prefer Blondes et How to Marry a Millionaire montrent un talent comique rare : dans How to Marry a Millionaire, Marilyn interprète une beauté affligée d’une forte myopie qui se cogne contre les murs après avoir jeté ses énormes lunettes dans un sursaut de féminité. Dans There’s no Business Like Show Business (La Joyeuse Parade, Marilyn Monroe tourne en plaisanterie le personnage classique de la vedette d’opérette, et chante à ravir de sa petite voix enfantine. Dans The Seven Year Itch (Sept Ans de réflexion, 1955), elle tint brillamment tête à un comique plein d’expérience, Tom Ewell, et dépassa même l’attente du metteur en scène Billy Wilder par la précision de ses effets comiques. Un des points culminants de cette période est Bus Stop, de Joshua Logan, où son interprétation pleine de vie et de bonheur dépasse largement les limites d’un scénario par trop théâtral.

Mais Marilyn s’était fait la réputation d’une actrice « difficile ». Sa présence sur le plateau devenait de plus en plus épisodique et capricieuse. Elle abandonna quelque temps Hollywood pour retrouver à New York son maître Lee Strasberg. Mariée pour la première fois à seize ans, Marilyn convola pour la seconde fois en 1954 avec le champion de base-ball Jo Di Maggio mais le mariage échoua en moins d’un an. Ses ambitions culturelles semblèrent finalement satisfaites par son troisième mariage avec le dramaturge Arthur Miller et par l’interprétation de The Prince and the Showgirl, son seul film britannique, aux côtés de Laurence Olivier.

Mais sa vie privée commençait à être très troublée. L’abus des neuroleptiques l’avait déjà entraînée dans le cycle infernal des dépressions. Le manque de ponctualité et l’absentéisme, qui semblaient au début n’être que des caprices, apparurent dès lors comme les signes d’un mal véritable. Travailler avec elle devenait de plus en plus difficile.

LET’S MAKE LOVE (Le Milliardaire) – George Cukor (1960)

Dans Some like it hot (Certains l’aiment chaud, 1959) de Billy Wilder, l’actrice apparaît pleine de charme et d’humour.  Après ce grand succès, Let’s Make Love (Le Milliardaire, 1960) ne fut pas le film le plus brillant de la dernière partie de sa carrière, malgré la direction de George Cukor et la bouffée d’optimisme née d’une liaison avec son partenaire Yves Montand, mais il constituait encore une jolie réussite.

SOME LIKE IT HOT (Certains l’aiment chaud) – Billy Wilder (1959)
Le dernier film

L’actrice parvint non sans mal à terminer les prises de vues des Misfits. Son mariage avec Arthur Miller – auteur du scénario du film et qui s’était fortement inspiré de son épouse pour le personnage de Roselyn – traversait une crise. Malade, souvent abrutie de calmants, Marilyn dût être plusieurs fois hospitalisée. Ce rôle est pourtant l’un des plus beaux de sa carrière, comme si ses malheurs avaient contribué à la profondeur de son jeu. Parmi les plus touchantes citons les scènes où Roselyn exprime son horreur face à la cruauté des hommes envers les chevaux sauvages qu’ils capturent : Marilyn avait toujours fait preuve d’une tendresse extrême et presque pathologique envers les animaux et les enfants.

Elle revint sur les plateaux en 1962 toujours avec Cukor, pour Something’s got to give mais n’apparut qu’une douzaine de fois au studio au cours du début du tournage. La Fox la licencia et lui fit un procès en dommages et intérêts. Sept semaines plus tard, le 5 août, elle mourut après ingestion d’une dose massive de neuroleptiques. Elle avait trente-six ans. Les quelques minutes de pellicule du tournage de Something’s got ti give nous montrent une Marilyn nouvelle, transformée, où l’on ne retrouve plus grand-chose de la pin-up ingénue des débuts : c’est une femme d’une beauté enchanteresse gracieuse et terriblement fragile. Sur une série d’essais en costumes, on la voit marcher, non plus de sa célèbre démarche ondulante ; elle paraît voler. L’enchantement de ces scènes est inoubliable.

SOMETHING’S GOT TO GIVE – George Cukor (1962)
Le mythe impérissable

Le règne de Marilyn Monroe coïncida avec celui de la fin du star system, elle appartient à la dernière génération des véritables stars telles que Grace Kelly, Audrey Hepburn, Marion Brando, James Dean, Kim Novak et Elizabeth Taylor. Elle avait horreur qu’on la considère comme un symbole sexuel (jouant sur l’assonance entre symbole et cymbale, elle avait coutume de dire : « je croyais que les symboles étaient des instruments de musique ») mais Marilyn fut toutefois l’incarnation la plus parfaite de la féminité à l’écran, une femme fascinante, fière de son corps et de sa sensualité. « Je suis une femme, c’est certain, et j’en suis ravie » disait-elle. On prétendait qu’elle portait toujours des robes deux tailles trop petites pour mieux mettre en valeur toute sa plastique. Elle aimait se regarder dans les miroirs. Debout, assise, ou en mouvement elle donne toujours l’impression d’avoir pleinement conscience de son corps et d’en être heureuse. La scène de Something’s got ti give où elle se baigne nue dans la piscine restera l’image du culte rendue à sa beauté.

Mais, outre la sensualité, elle possédait aussi un talent comique raffiné ; pourtant nous ne saurons jamais dans quelle mesure il était instinctif, ou dû à un travail préparatoire intense ou encore aux conseils de ses professeurs. Rien d’improvisé, sans aucun doute, dans la scène de Bus Stop où elle chante gauchement « That Old Black Magic » et il y a quelque chose de presque mystique dans sa capacité à passer de la comédie vulgaire à ce pathétique touchant dont elle était seule capable.

« L’argent ne m’intéresse pas », dit-elle un jour, à la grande surprise d’un de ses premiers producteurs, « je veux simplement être merveilleuse ». Et elle y parvint comme nulle autre.


LA STAR ET SES GOUROUS
Terriblement inquiète quant à ses capacités de comédienne, Marilyn s’est entourée tout au long de sa carrière de professeurs brillants, en qui elle aura tendance à chercher aussi des figures parentales. Pour le meilleur et pour le pire…

GLAMOUR GIRL
Reine de beauté et sex-symbol, Marilyn a aussi incarné pour toute une génération la quintessence du chic « made in Hollywood ». Entre luxe, mode et falbalas, petite revue de détail de la panoplie d’une superstar…

A LA RECHERCHE DU PÈRE
Par une cruelle ironie du sort, celle qui immortalisa à l’écran les chansons « Every baby needs a Da-Da-Daddy » et « My heart belongs to Daddy » ne connut jamais son véritable père. Une douloureuse absence qui marqua profondément la vie sentimentale de la star…

LA STAR ET L’ÉCRIVAIN
Plus encore que son mariage avec Joe Di Maggio, l’histoire d’amour entre Marilyn et Arthur Miller passionna les foules du monde entier. L’union de la star du glamour hollywoodien et de l’austère dramaturge new-yorkais avait tout d’un conte de fées moderne…

L’ENFANCE VOLÉE
Tout le monde connaît les récits d’une enfance si malheureuse que la star en portera les stigmates jusqu’à sa mort. Ballottée d’un foyer à l’autre sans jamais connaître la sécurité, Marilyn a grandi tant bien que mal, mais toujours sans amour.

3 réponses »

  1. Juste pour info l’avant dernière photo où elle semble s’enrouler de ses bras, vêtue d’un pull, et bien c’est un montage. Le visage est celui très connu signé Bert Stern qui apparu en couverture de nombreux magazines et livres dont celui de Norman Mailer. Quant au corps, ce n’est pas le sien.

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