La Comédie musicale

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (La Joyeuse Parade) – Walter Lang (1954)

PUBLICATION EN COURS DE MODIFICATIONS
PUBLICATION EN COURS DE MODIFICATIONS

Hommage au génie du compositeur Irving Berlin, dont les chansons parsèment le film, There’s no business like show business (La Joyeuse parade) a également pour but de mettre en valeur les talents scéniques de Marilyn. Et ce, malgré les réticences de la star à se lancer dans un tel projet.

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (Walter Lang, 1954)

Une jupe échancrée et un haut de bikini bien ajusté : quand Marilyn apparaît, la température monte d’un coup. Le spectateur, endormi par des chansons vieillottes, se réveille en sueur. Cette fille vient d’une autre planète, d’un autre film : There’s no business like show business tente de recréer le vaudeville des années 1930 mais oublie que ce temps-là est bien fini. Ce que l’on veut à présent, c’est une femme en pantalon étroit, chantant lascivement sur son canapé son désir de paresse, ou reprochant aux hommes, toutes jambes dehors, de se fatiguer d’elle dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils attendaient d’elle. Marilyn ne voulait pas de ce film, et elle se venge en lançant sa sexualité à la tête de l’univers puritain du musical hollywoodien. Cette femme-là, c’est une rebelle, une fille des fifties. Et ça se voit. [Ophelie Wiel – Télérama]

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (Walter Lang, 1954)

« There’s no business like show business » : le titre de la chanson finale résume assez bien le caractère absolument exceptionnel du métier de comédien, dans ses meilleurs aspects comme dans les pires. En 1954. Marilyn aurait sans doute plutôt insisté sur ces derniers. Alors que les sorties consécutives de Niagara, Gentlemen prefer blondes (Les Hommes préfèrent les blondes), How to Marry a Millionaire (Comment épouser un millionnaire) et River of No Return (La Rivière sans retour) ont fait d’elle la femme la plus acclamée au monde, elle n’a toujours pas voix au chapitre au sein d’une industrie traitant ses acteurs comme de véritables pantins. Liée à la Twentieth Century Fox par un contrat devenu obsolète au regard de son nouveau statut, mais que le studio se refuse évidemment à revoir, Marilyn se trouve dans une situation totalement schizophrénique : véritable reine à l’extérieur, elle redevient une modeste employée une fois passées les portes du studio. Mais tout en regimbant, Marilyn comprend que son intérêt réside, pour un temps encore, dans l’obéissance. Et qu’en attendant, « the show must go on », comme le dit un autre adage de sa profession … [Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (Walter Lang, 1954)

A la suite de ses aînées Bette Davis et Katharine Hepburn, Marilyn Monroe est l’une des rares actrices d’Hollywood à s’être battue pour sortir du rôle de potiche que les studios entendaient lui faire tenir, à la ville comme à l’écran. C’est ainsi qu’en janvier 1954, elle se voit « suspendue » par la Fox pour avoir osé refuser le rôle principal de Heller in pink tights, projet qu’elle juge totalement inepte. Marilyn entend désormais avoir un droit de regard sur le contenu de ses films, et souhaite en outre renégocier sa rémunération, bien que Gentlemen prefer blondes ou River of No Return aient rapporté des fortunes à la Fox, elle continue en effet à toucher des salaires ridiculement bas ! [Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]

Après d’âpres négociations, qui ne lui donnent finalement que peu de satisfactions, Marilyn accepte au printemps de réintégrer la Fox, qui de son côté renonce à la faire jouer dans Heller in pink tights. Mais Darryl Zanuck, grand manitou du studio, tient en revanche à ce qu’elle apparaisse dans sa nouvelle comédie musicale, There’s no business like show business. Une nouvelle fois déçue par le rôle qu’on lui destine, Marilyn accepte, à la condition de jouer ensuite dans le nouveau film de Billy Wilder, The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion). Une autre raison, tenue secrète, l’incite également à se plier au diktat de Zanuck : devenus très amis, la star et le photographe Milton Greene ont en effet décidé de créer prochainement les Marilyn Monroe Productions, qui permettraient enfin à la comédienne d’avoir un contrôle total de ses films. Une perspective qui met du baume au cœur de Marilyn, et lui donne le courage de se lancer le 28 mai dans un tournage qui va s’avérer fort problématique… [Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]

Contrairement à ce qu’elle voudrait faire croire lorsqu’elle déclare aux journaux que « les joueurs de base-ball font de bons maris », Marilyn est loin d’être heureuse avec Joe Di Maggio. Durant les mois qui ont précédé le tournage, la nouvelle mariée s’est essayée au rôle de  femme au foyer au sein de sa belle-famille à San Francisco. Mais à présent qu’elle a repris le chemin des studios, son mari enrage de la voir si indépendante. Surtout, ce latin impulsif supporte mal que sa femme constitue aux yeux des autres hommes un tel objet de désir. Ce qui ne manque pas de créer du grabuge lorsqu’il rend visite à Marilyn sur le plateau, précisément le jour où elle tourne la séquence de Heat wave : à peine vêtue d’une jupe largement fendue et multipliant les poses aguicheuses, l’actrice se livre là au numéro le plus provocant de toute sa carrière ! Furieux, Joe finit par quitter le plateau en rabrouant Marilyn qui, bouleversée, fera une chute au cours de la prise suivante… En fait, la mésentence du couple est de plus en plus patente, et l’on parle même de violences conjugales. On comprend dès lors que Marilyn s’autorise au cours de ce pénible tournage une amourette avec Hal Schaefer, dont la douceur la console un temps des brutalités de Joe. [Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]

Au final l’aventure de There’s no business like show businessrestera l’un des pires souvenirs de Marilyn. D’autant plus qu’à la sortie du film, certains critiques s’offusquent de l’indécence de I‘actrice, dans des numéros qu’elle n’a pourtant pas conçus elle-même ! D’autres journaux soulignent heureusement que la nouvelle star de la Fox se tire plutôt bien de cet exercice délicat. Le plus beau compliment venant du prestigieux compositeur Irving Berlin, qui déclare que Marilyn a doté ses chansons, pourtant interprétées par les plus grands noms du jazz, d’une suavité nouvelle… Mais pour Marilyn, le plus important est d’avoir honoré cette commande de la Fox, avant de se lancer dans un projet qu’elle devine décisif : The Seven Year Itch[Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]


Les « cinq Donahue », formé par Molly (Ethel Merman), Terence Donahue (Dan Dailey) et leurs trois enfants, sont des vedettes de music-hall. L’arrivée de Vicky (Marilyn Monroe), une chanteuse de cabaret dont Tim (Donald O’Connor) tombe amoureux, menace la cohésion du groupe. Après avoir tenté de l’évincer, les parents décident d’intégrer Vicky au nouveau spectacle qu’ils préparent.


Heat Wave est une chanson qui a été introduite en 1933 par la chanteuse afro-américaine Ethel Waters qui partage l’affiche avec une distribution blanche – Clifton Webb, Helen Broderick et Marilyn Miller – dans la revue de Broadway As Thousands Cheer. Dans cette revue qui met en scène les articles d’un journal, la chanson est introduite avec le chapeau titre du journal « Josephine Baker Still the Rage of Paris » : elle chantera aussi Harlem on My Mind et, sous la manchette « Unknown Negro Lynched by Frenzied Mob » (« Noir non identifié lynché par une foule furieuse »), Supper Time. Dans Heat Wave, le couplet évoque une canicule en provenance de la Martinique ; il véhicule aussi un sous-entendu sexuel avec les jeux de mots « she certainly can cancan » ou « she started the heat wave by letting her seat wave » (« elle a déclenché la canicule en remuant son arrière-train »). Dans Irving Berlin’s American Musical Theater ; Jeffrey Magee évoque un changement de paroles pour une version radiophonique. Cela devient « she started the heat wave by letting her feet [pieds] wave ». C’est bien cette dernière version qui est employée dans le film. Comme la radio, le cinéma ne peut accepter une suggestion érotique. Il faudra attendre Marilyn Monroe dans There’s No Business Like Show Business pour retrouver le caractère non seulement sexuel de la chanson, mais aussi racial, avec des danseurs d’origine sud-américaine. [Le Musical Hollywoodien – Histoire, Esthétique, Création – N. T. Binh et José Moure – Ed. Les Impressions Nouvelles (Caméras subjectives) 2021]


La scène d’anthologie

Dans Gentlemen prefer blondes et How to Marry a Millionaire Marilyn avait déjà fait preuve d’une gronde aptitude à l’autodérision. There’s no business like show business lui donne une nouvelle occasion d’explorer ce registre, en particulier dons une scène se situant dans la première partie du film ; celle où l’ambitieuse Vicky, qui espère la visite dons sa loge d’un influent producteur, ouvre en fait la porte à l’artiste Tim Donahue. La manière dont Marilyn, encore seule face au miroir, commence par essayer différentes mimiques plus charmeuses les unes que les outres, annonce les ruptures de ton par lesquelles la comédienne va habilement passer ou cours de la séquence. D’abord agacée par l’irruption de l’encombrant séducteur interprété par Donald O’Connor, Vicky adopte ensuite envers lui une ironie mordante. Puis, lorsque le producteur frappe enfin à la porte, elle se précipite pour lui ouvrir, tous charmes dehors. Avec quelle maestria Marilyn oscille alors entre séduction et contrariété de découvrir que l’importun Tim Donahue est en réalité une vedette de la scène ! Et avec quelle habileté elle retourne la situation à son avantage, en jouant sur les deux tableaux! Lorsqu’elle lui claque la porte ou nez, non sons l’avoir mouché une dernière fois, Donald O’Connor d’ordinaire si prolixe – en reste médusé… Marilyn est décidément à l’aise dons la comédie, genre qu’elle considérait malheureusement comme mineur, alors même qu’elle a contribué à lui donner certains de ses meilleurs fleurons. [Éric Quéméré – Les Légendes d’Hollywood – Marilyn Monroe dans La Joyeuse Parade – 2004]

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (Walter Lang, 1954)

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.


Programme musical (Sélection)
« Alexander’s Ragtime Band »
Written by Irving Berlin
Performed by Ethel Merman, Dan Dailey, Donald O’Connor, Mitzi Gaynor, Johnnie Ray, and chorus
« After You Get What You Want You Don’t Want It »
Written by Irving Berlin
Performed by Marilyn Monroe
« Heat Wave »
Written by Irving Berlin
Performed by Marilyn Monroe
« A Man Chases a Girl »
Written by Irving Berlin
Performed by Donald O’Connor and Marilyn Monroe
Danced by Donald O’Connor
« Lazy »
Written by Irving Berlin
Performed by Marilyn Monroe, Mitzi Gaynor and Donald O’Connor
« There’s No Business Like Show Business »
Written by Irving Berlin
Performed by Ethel Merman
« Alexander’s Ragtime Band« 
Written by Irving Berlin
Performed by Ethel Merman, Dan Dailey, Donald O’Connor, Mitzi Gaynor and Johnnie Ray
« There’s No Business Like Show Business »
Written by Irving Berlin
Performed by the cast

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS – Walter Lang (1954) avec Marilyn Monroe, Ethel Merman, Dan Dailey, Donald O’Connor, Johnnie Ray et Mitzi Gaynor

MARILYN MONROE
Mélange explosif de candeur et de sensualité débordante, Marilyn Monroe est une actrice proche du génie. Sous le maquillage et les atours, elle restait une « petite fille ». Elle ne ressemblait à personne…



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