Le Film étranger

THE SEVEN YEAR ITCH (Sept ans de réflexion) – Billy Wilder (1955)

Après avoir réalisé Sabrina en 1954, Billy Wilder enchaîne avec une commande de la compagnie Fox à laquelle Paramount l’a loué : The Seven year itch (Sept ans de réflexion), adaptation d’une pièce à succès de George Axelrod. Dans ce film , Marilyn Monroe incarne l’essence même de ce mélange unique de sexualité et d’innocence qui l’a caractérisée tout au long de sa carrière. La célébrité de ce film tient à son interprète et à la scène de la bouche de métro où sa robe se relève haut sur les cuisses. Ce film marque aussi le début de la collaboration entre Billy Wilder et Marilyn Monroe qui se retrouvèrent quatre ans plus tard pour Some like it hot (Certains l’aiment chaud). Plus qu’une comédie, The Seven year itch est une œuvre éblouissante sur les tentations et les fantasmes. Qui n’a pas rêvé, un jour, d’avoir Marilyn Monroe comme voisine ? Une voisine à rendre « politically incorrect » tous les américains… Du grand art !


Puisque le champagne sied si bien à Billy Wilder, voici sans doute son film le plus pétillant, le plus délirant, avec Some like it hot (Certains l’aiment chaud), tourné quatre ans plus tard. Un feu d’artifice Marilyn ; rien ni personne ne lui résiste, pas plus qu’au petit chaperon rouge de Tex Avery, qui rendit dingue plus d’un loup ! L’évocation de Tex Avery, génie du cartoon, n’a d’ailleurs rien de fortuit, car Billy Wilder a bien des points en commun avec lui : les pieds-de-nez aux codes sociaux de morale tout comme ce perpétuel malin plaisir de la parodie, de la citation, du désamorçage en clin d’œil, comme ici les allusions au célèbre From Here to Eternity (Tant qu’il y aura des hommes) de Fred Zinnemann (lui aussi Viennois) ou la réplique de Tom Ewell désignant la « Fille » : « La fille dans la cuisine, c’est Marilyn Monroe ! » Et puis il y a, bien sûr, Creature from the Black Lagoon (L’Etrange créature du lac noir), film fantastique en relief de Jack Arnold, que vont voir Tom Ewell et Marilyn, celle-ci regrettant, à la sortie, que la créature en question n’emmène pas avec elle à la fin la jeune héroïne, Kay Lawrence/Julia Adams (regret anticipé que Tom Ewell s’en aille lui aussi à la fin ?). Ils font quelques pas, et c’est là qu’une bouche d’aération a la merveilleuse idée de faire voleter les plis de la jupe de Marilyn ! Image à jamais gravée au zénith du cinématographe, peut-être la plus célèbre de l’histoire du 7e Art !   

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Opposant les fantasmes à la réalité, et révélant du coup tout un passif historique et ancestral, le film met à nu un type de comportement masculin à travers l’approche d’une institution sociale, le mariage, instrument de réussite ou tout au moins de reconnaissance. Toujours en quête de vérité et d’authenticité, Billy Wilder fait craqueler le vernis pour découvrir ce qu’il cache et souligner sa fragilité et son artificialité, puisque tout ne tient ici qu’à la chute d’un tabou(ret). La remise en cause porte bien moins sur le mariage en tant que tel que sur son utilisation factice et ses résultats dans le cadre d’une société donnée, américaine en l’occurrence, où il est considéré moins pour lui-même que pour sa valeur de représentation sociale, de réussite. A cette « réussite » est opposé l’échec d’une rencontre et d’une possibilité de s’ouvrir à l’autre comme à soi-même.  

Dans The Major and the Minor (Uniformes et jupon court) l’on voit Susan Applegate user du déguisement pour s’assurer de l’amour du major. Ce n’est qu’un jeu, mais déjà Billy Wilder emprunte la voie d’un thème qu’il reprendra souvent et qui éclaire toute son œuvre. Si Richard Sherman ne se déguise pas physiquement, il se déguise socialement, moralement et n’y gagne d’ailleurs qu’un perpétuel conflit intérieur. Il est bon pour le divan… du psychanalyste, et n’échappe à celui-ci que parce que le film se charge lui-même, à sa façon bien sûr délirante, de cette « psychanalyse ». Entendons par là que, dans un pays où les émules de Freud font recette (ici le Dr Brubaker et ses 50 dollars de l’heure), Wilder ne les considère implicitement que comme des pis-aller, laissant à son film le soin de nous dire comment l’on pourrait, dans l’idéal, se passer fort bien d’eux. Sans illusion bien sûr, mais si tout n’est qu’affaire d’inconscient tout dépend donc de la nature de cet inconscient. A sa modeste façon le film nous propose un petit morceau d’inconscient de rechange.  

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Richard Sherman donc use de masques (d’une part séduction et virilité stéréotypées, d’autre part respectabilité), tout comme, plus tard, l’héroïne d’Ariane ou le gardien de la paix Nestor de Irma la douce. Or ces deux personnages ne parviendront à leurs fins – obtenir l’amour du milliardaire américain ou de la prostituée Irma – qu’après l’échec de leur mascarade et après s’être enfin révélés eux-mêmes. Ce sont des personnages de happy end. Pas Richard Sherman, puisqu’à la fin il retourne à sa conformité sociale, par fuite plus que par désir assumé. On ne peut voir là de happy end qu’en regard des critères dominants de morale et du souci légitime de sérénité familiale. Qu’on se rassure, l’adultère ne sera pas consommé. Autre façon habile et malicieuse de Billy Wilder de jouer avec la censure (au sens le plus large du terme) tout comme, à un degré moindre, dans The Emperor Waltz (La Valse de l’empereur). On pourrait penser que cette fausse fin heureuse ne joue que sur la frustration et ne cache d’autre philosophie qu’une incitation à la « débauche », en quelque sorte par antithèse. Et beaucoup de réactions au film, pas dupes de cette fin en apparence raisonnable, ont fait valoir cette idée. Cela revient ni plus ni moins qu’à nier tout le reste du film. Bien loin de prêcher un hédonisme anarchique ou la destruction du mariage, il ne fait, au contraire, que plaider sa cause en tant que serment donné à un être et attire l’attention sur le fait que cet engagement moral est mis en danger de perversion par des considérations les plus factices qui soient.  

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L’hypocrisie tant fustigée n’est autre que le voile jeté sur le refus de reconnaître cette réalité. Wilder n’est ni un moraliste ni un militant partisan ; il ne juge pas les choix individuels, il souligne les manques de choix et démonte les apparences trompeuses. Ses cibles sont le mensonge et la mascarade. Surtout lorsque ceux-ci deviennent des faits sociaux et déterminent des comportements individuels qui par eux-mêmes s’en passeraient sans doute volontiers… Comme Richard Sherman, coincé entre ses aspirations et sa personnalité propres d’une part et ses conditionnements d’autre part (éducation, souci du « qu’en-dira-t-on », ambition…). C’est sur cette aliénation par la loi de l’ »apparence » que le film tire à bout portant, devenant une œuvre sur la conscience et sur la responsabilité. La sensualité est alors une arme de premier choix, puisqu’elle joue sur des réactions immédiates (refus/refoulement ou attrait/excitation) et ne laisse personne indifférent. Et en même temps sa valorisation constitue une réponse de la vie à la sclérose. Le mythe Marilyn, utilisé et forcément entretenu par le film, est du coup une réponse du berger à la bergère. « Corny gag, isn’t  ? » dirait Tex Avery ! Vive Marilyn !   .  [Billy Wilder – Gilles Colpart – Filmo n°4 – Edilio (1982)] 


La vision de Marilyn Monroe sur une bouche de métro dont le souffle d’air soulève la robe figure – avec le lion de la Metro-Goldwyn Mayer – comme l’un des symboles les plus emblématiques du cinéma hollywoodien. Imitée, copiée ou parodiée, cette scène d’un érotisme bon enfant demeure dans toutes les mémoires. Billy Wilder, pourtant, n’est pas tendre avec le film à propos duquel il déclare : « C’est un film inexistant et je vais vous dire pourquoi. C’est un film inexistant parce que le film devrait être tourné aujourd’hui sans la moindre censure. Ce fut un film embarrassant à faire. A moins que le mari, demeuré seul à New York alors que sa femme et son fils sont partis pour l’été, n’ait une aventure avec la jeune fille, il n’y a rien. Mais vous ne pouviez pas le tourner ainsi à l’époque ; j’étais donc comme dans une camisole de force. Rien n’a fonctionné et la seule chose que je peux dire est que j’aurais aimé ne jamais avoir tourné le film ».    

A l’origine, la pièce avait été montée à Broadway par Tom Ewell et Vanessa Brown, mais Billy Wilder a toujours regretté qu’on lui ait imposé Tom Ewell, plus connu en raison du succès de la pièce, plutôt que Walter Matthau, qu’il préférait et trouvait plus convaincant. Le film figure pourtant parmi les grands succès de la 20th Century-Fox d’alors, ayant augmenté la notoriété de Marilyn Monroe, désormais la vedette la plus célèbre de la compagnie.

Tourné quelques années seulement après le rapport Kinsey, The Seven year itch joue sur la frustration du mâle américain, sa mauvaise conscience et un environnement qui a tout pour exciter sa libido. Juste après le prologue « indien », on découvre, à la gare, des hommes, des maris, redevenus célibataires pour quelques jours et prêts à suivre la première fille qui passe avec un appétit digne de celui que manifeste le loup de Tex Avery à la vue de la pulpeuse vamp qui a le don de l’exciter.  

A son bureau, Richard Sherman augmente le décolleté des quatre jeunes filles que l’on voit en couverture de la nouvelle édition des Quatre filles du docteur March. Les quatre sœurs ont désormais l’air d’agressives pin-ups, fumant avec une ostentation sans équivoque. La publicité annonce « The secrets of a girl dormitory ». Au restaurant, Richard subit l’apologie du nudisme par une servante qui en est une farouche adepte. Chez lui, le simple fait qu’il ait rencontré une jeune blonde qui n’a pas sa clé l’incite à fantasmer et à imaginer que toutes les femmes, qu’elles soient secrétaires, infirmières ou amies de sa femme, ne demandent qu’à s’offrir à lui. Tout le film repose en effet sur les frustrations et les obsessions de Richard Sherman. Il imagine sa blonde voisine dans son bain en train de se confier au plombier puis le dénonçant au cours de sa publicité pour Dazzledent.

Dans cet univers où Richard (38 ans) est subjugué par sa blonde rencontre de 22 ans, tout semble possible, la réalité s’estompant devant les rêves. Sans doute frustre dans sa vie amoureuse, Richard se voit parlant Comme Charles Boyer et séduisant la jeune femme qu’il convoite au son du Concerto pour Piano n° 2 de Rachmaninoff. La réalité, quelques minutes plus tard, reprend ses droits et Richard se retrouve à terre après avoir maladroitement tenté d’embrasser sa voisine.  

Contrairement à ce que dit Wilder, on peut penser que la force comique du film provient du fait que Richard Sherman n’a pas d’aventure avec sa voisine et n’en a sans doute pas eu d’autres, demeurant un éternel frustré en dehors de sa vie affective familiale. Quant à Marilyn, elle est simplement resplendissante, jouant avec génie sur la – fausse ? – naïveté de son personnage.  [La comédie américaine – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)


Wilder qui n’aimait pas ce film raconte la rencontre d’une jolie blonde et d’un homme marié resté seul en été à New York. Car la censure l’a empêché de montrer l’adultère et il n’a pas pu imposer le débutant Walter Matthau dans le rôle principal. Contraint de prendre le créateur de la pièce, Tom Ewell, qui donne une direction vaudevillesque à l’ensemble, c’est par des touches burlesques ou cyniques qu’il nourrit le film afin de dépasser les stéréotypes et les édulcorations du texte, introduisant subtilement des images mentales par superposition dans une partie de l’écran Cinémascope. Il réussit aussi à exprimer franchement les pulsions sexuelles de son personnage central grâce à la présence de Marilyn qui vampirise le film par sa sensualité animale. Des années plus tard, il montrera ce que The Seven year itch aurait pu être par quelques séquences explicites dans Kiss Me, Stupid (Embrasse-moi, idiot).  

Wilder quitte la Paramount à la suite de dissensions et n’est plus le producteur de ses films. Le statut de cinéaste indépendant n’est alors pas courant à Hollywood. Peu de réalisateurs survivent dans ces conditions. Par chance, Wilder est à l’origine de succès commerciaux qui l’aident à assurer sa liberté. Pour la Warner Bros, il tourne un film dans un autre registre que ceux qui ont fait sa gloire : The Spirit of St. Louis (L’Odyssée de Charles Lindbergh, 1957). L’aviateur refuse qu’il y soit question d’autre chose que de son exploit. Wilder se plie à son exigence et travaille le scénario sur une structure hachée de retours en arrière basés sur son idée fixe de traverser l’Atlantique en avion. Comme tous ceux de sa génération, il a été marqué par l’événement.  [Billy Wilder – Noël Simsolo – Collection Grands Cinéastes – Le Monde / Cahiers du cinéma (2007)]


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On lui a donné tant de noms, de surnoms, gentils ou crus, quand ils ne furent pas carrément méchants, qu’on a fini par le comprendre : Marilyn Monroe est indéfinissable. Elle a inscrit son mystère dans chacun de ses films, et personne ne peut plus la réduire à l’état de blonde idiote ou de sotte ingénue. On a dit aussi qu’elle n’était qu’une fabrication-maison de Hollywood. Mais de quelle matière se sont donc servis ces faiseurs de vedettes pour cette ombre si nostalgique qui rendait parfois le bleu de ses yeux si triste ? Comment aurait-on pu fabriquer l’émotion qu’elle dégageait ? Marilyn obéit bien sûr aux lois du star-system, mais elle mit surtout toute son âme dans chacun de ses rôles. Dans The Seven year itch, on voit que Marilyn est bien au-delà de l’image d’une blonde artificielle et fabriquée : elle dépasse chaque limite imposée le plus candidement du monde. Ce n’est pas la technique artistique que l’on voit d’abord appliquée au pied de la lettre, c’est la fragilité d’une femme toujours un peu « border line », même les jupes relevées.

La pièce de George Axelrod, The Seven year itch, avait été remarquée par Marilyn dans un théâtre de Broadway. C’est elle qui demanda à la Fox d’en racheter les droits. En échange, elle accepta de tourner dans un autre film, There’s No Business Like Show Business (la Joyeuse Parade)… Pour obtenir ce qu’elle voulait, Marilyn était donc capable de négocier avec ses interlocuteurs et de se montrer bonne joueuse. Après que la Fox eût racheté les droits de la pièce à l’affiche à Broadway, Billy Wilder et George Axelrod en réécrivirent le synopsis et, dès août 1954, le tournage débuta. Mais ce fut aussi la dernière fois que Marilyn accepta encore d’être sous-payée et de signer un contrat ridicule : elle fonda sa propre société de production pendant le tournage même du film. La Fox fut offusquée et la renvoya. Il fallait en effet oser se dresser contre une grande compagnie hollywoodienne. Marilyn le fit tout naturellement.  

Des chiffres qui donnent à réfléchir  ! – 500 000 dollars pour racheter les droits de la pièce. Ajoutez à cela les frais de production de deux millions de dollars, la prime de Marilyn qui, même si elle fut minime et plus modeste que celle accordée au réalisateur et même à l’agent artistique de la star, se montait à 100 000 dollars, les autres primes dont on ignore le montant exact et vous obtenez un budget moyennement hollywoodien, certes, mais qui sut rapporter gros : The Seven year itch fut le plus gros succès de l’été 1955, générant une recette brute de 5 millions de dollars, atteignant les sommets de 15 millions de dollars à la fin de sa première sortie.  [Légendes d’Hollywood / Marilyn Monroe – Laetitia Defranoux (2004)] 


Cette scène ne fut pas retenue au montage. Marilyn devait imiter Mae West, mais on jugea cette idée trop délirante…


MARILYN MONROE
Mélange explosif de candeur et de sensualité débordante, Marilyn Monroe est une actrice proche du génie. Sous le maquillage et les atours, elle restait une « petite fille ». Elle ne ressemblait à personne…


La scène d’anthologie

New York, Lexington Avenue, septembre 1954. Des barrières de police cernent le quartier : la Fox a fait en sorte que tout le monde sache que Marilyn Monroe apparaîtra à cet endroit même, vers 1 heure du matin, pour y tourner l’une des scènes de The Seven year itch. Environ cinq mille personnes sont là, admirateurs, fans, mais aussi ennemis de Marilyn… Plus une centaine de photographes cherchant tous à être au premier rang ! Marilyn frissonne de peur et de froid. Puis le plaisir de se montrer à ceux qui l’aiment, la régénère : c’est ainsi qu’elle parvient à tourner et à retourner la scène de la robe plissée se relevant sur la grille du métro, et se soulevant sous les effets du courant d’air de ce qui n’est en fait qu’un ventilateur. Son visage exulte de plaisir, mais certains psychanalystes ne verront là qu’un masque de douleur, une grimace façon comedia dell’arte

À cette époque, la censure était sévère : on ne présentera ainsi jamais l’intégralité des vues prises sur la bouche de métro, et on ne montrera au public que le visage de Marilyn à cet instant précis du tournage, plutôt que ses jambes. On fera en sorte de ne voir alors que le plaisir d’une femme simplement rafraîchie des effets des chaleurs… estivales.
Joe Di Maggio, dont le mariage avec Marilyn Monroe commençait à se disloquer, fut – paraît-il – très irrité de voir sa femme devenir l’objet de la convoitise de plusieurs milliers de spectateurs et entreprit d’accélérer les démarches en vue de leur divorce. Billy Wilder n’ayant pas pu obtenir l’effet qu’il souhaitait, la scène fut retournée en studio et avec le calme nécessaire… À noter: la fameuse robe blanche plissée à dos nu, créée par le couturier Travilla, devint l’une des tenues emblématiques de Marilyn. C’est ainsi que la star est vêtue au musée Grévin de Paris.  


BILLY WILDER
Après une brillante carrière de scénariste, Billy Wilder, sans nul doute le meilleur disciple de Lubitsch, affronta la mise en scène avec une maîtrise éblouissante. On lui doit, en effet, quelques-uns des films qui marqué plusieurs décennies. 


Témoignage de Billy Wilder

« The Seven year itch était une pièce de théâtre. Là, j’étais en colère. On m’avait « prêté » à la Fox. J’étais en colère parce que je devais aller à New York faire un essai avec un acteur prometteur. J’avais vu Marilyn Monroe mais je n’ai pas pu lui faire faire de test. Alors j’ai pris une actrice qui savait qu’elle n’aurait pas le rôle, juste pour nous aider : Gena Rowlands. Bref, le gars à qui j’ai fait faire un essai, je n’ai jamais rien vu de pareil, il était absolument sensationnel. J’étais tellement excité. Puis je reviens et ils me disent : « Ne prenons pas de risques, prenons l’acteur de la pièce, Tom Ewell. » Et le gars que j’avais testé, c’était Monsieur Matthau. Il aurait été formidable dans ce film parce qu’il était complètement nouveau, il n’avait jamais fait de cinéma. Et j’ai été dissuadé par Charles Feldman, le producteur qui était sur ce truc, Darryl Zanuck. Tom Ewell n’était pas dans le rôle. Ce n’était pas un mauvais acteur. Il était Tom Ewell. Voilà. Mauvais casting, mauvais acteur. En plus, je n’ai pas eu la scène que je voulais. Tout ce qu’il me fallait c’était une épingle à cheveux. La bonne trouve l’épingle dans le lit de Tom Ewell. Et là vous savez qu’ils ont commis l’acte. »

Mais je pensais que, à tout le moins, le film était bon pour l’invention de cette fille, la Fille, quoi, celle qui a toujours chaud, vous voyez. Elle n’a pas de climatisation. Mais elle dit : « Je vais me changer. Il faut que j’aille à mon frigo. » Il dit : « Quoi ? – Oui, je garde mes dessous au réfrigérateur… » Ça vous laisse plutôt étonné. Ensuite ils vont voir un film (L’Etrange créature du lac noir, Jack Arnold, 1954) et quand ils reviennent elle se met au-dessus de la grille du métro d’où monte un vent frais et sa jupe s’envole. Entre vous et moi, les gars se battaient pour savoir qui allait installer le ventilateur en bas sous la grille ! Je savais que cette séquence allait devenir célèbre. Mais je suis vraiment stupide, parce qu’on cherchait une image frappante pour l’affiche, et il ne m’est pas venu à l’idée que ce moment, où elle essaie de rabaisser sa jupe, c’était celui-là ! Ils ont fait des petites figurines de cette scène elles ont vendues. Alors que les publicités pour le film étaient sans intérêt. On a eu toutes sortes d’idées sauf celle-là ! C’était une pièce de théâtre, ce n’était pas grand-chose mais les gens se sont bien amusés, le film a été un succès. »


L’histoire

Déjà les Indiens qui vivaient sur les bords de l’Hudson étaient atteints par la « démangeaison de la septième année » (seven year itch), maladie grave se déclarant en été, aux grosses chaleurs, chez les maris ayant derrière eux sept ans de mariage lorsque femme et enfants les laissent seuls pour partir en vacances. Ainsi en va-t-il encore aujourd’hui pour certains célibataires forcés, comme Richard Sherman (Tom Ewell), collaborateur d’une société d’édition new-yorkaise. Bon époux, bon père, travailleur sérieux, il adopte les meilleures résolutions de sagesse et de fidélité. C’est compter sans sa voisine du dessus, qui oublie ses clés ou qui, arrosant ses plants de tomate, en laisse tomber un sur sa terrasse. Richard l’invite à boire un verre. Et déjà, l’alcool aidant, ses fantasmes se libèrent, il se voit violé par une infirmière, assailli de toutes parts par des créatures enchanteresses, notamment cette locataire du dessus.

La « Fille » (Marilyn Monroe), ravissante blonde aux voluptueux déshabillés, est une jeune actrice de télévision et de publicité (pour une marque de dentifrice), qui d’ailleurs lui rappelle une célèbre star. Jouant avec elle au piano une pièce à quatre mains, il tente de la séduire, grisé par le champagne, mais la chute du tabouret met un terme à ses élans, attisant le conflit entre son subconscient déchaîné et ses inhibitions. Déjà il imagine le pire. Et si sa femme Helen (Evelyn Keyes ) l’avait surpris ? Celle-ci d’ailleurs lui téléphone et l’inquiète en lui parlant de la présence auprès d’elle d’un vieil ami, Tom McKenzie (Sonny Tufts). Il en devient même jaloux, se drape dans le rôle du mari trompé, pense au divorce et se sent libéré. Le soir même la troublante voisine, étouffant sous la chaleur torride de juillet, vient se réfugier dans son appartement, qui dispose de l’air conditionné. En toute candeur elle s’endort tranquillement, alors que lui, affolé entre le désir et la peur, entre le rêve et la norme, ne trouve guère le repos. Imaginant que sa femme revient pour le tuer, et se refusant alors à vivre ce qui est devenu une réalité à sa portée, il se fuit lui-même et court vers le premier train qui lui fera rejoindre femme et enfant.


Les extraits

SOME LIKE IT HOT (Certains l’aiment chaud) – Billy Wilder (1959)
Nobody’s perfect ! (personne n’est parfait !). Et voilà gravée à jamais la plus célèbre réplique de dialogue du cinéma mondial avec les « Bizarre, bizarre » de Jacques Prévert ou les « Atmosphère, atmosphère ! » d’Henri Jeanson ! Cette phrase est le triomphe de l’équivoque et de l’ambiguïté, armes absolues de subversion pour Billy Wilder qui, dans ce jeu du chat et de la souris avec la censure (terme générique englobant toutes les ramifications morales et économiques d’un système social), va ici peut-être encore plus loin, avec plus d’audace, que dans The Seven yeay itch .



GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953)
Ce premier rôle de Marilyn dans une comédie musicale lui permit de révéler l’incroyable potentiel artistique qu’elle avait en elle: jouer, chanter, danser… Elle mit un tel cœur à démontrer ces qualités, et dépensa une telle énergie à les travailler que ce film est resté célèbre.





1 réponse »

  1. Cela fait longtemps que je n’ai pas regardé ce film mais je l’adore. Cependant, je suis d’accord avec Wilder, la censure empêche au film de réellement s’exprimer. Heureusement, la réalisation de Wilder et Marilyn en font un délice à consommer sans modération.

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