GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953)

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell, Marilyn Monroe
« Aimez-moi ! »

Si le film dit que les hommes préfèrent les blondes, Marilyn, elle, réclamait non seulement d’être préférée, mais d’être aimée, vraiment et totalement. Elle-même était prête à tout donner, et c’est la flamme de tout son cœur, et de son brûlant et désespéré besoin de tendresse qu’elle mit dans chacun de ses regards, de ses gestes. Pour elle, si le cinéma était bien un art qu’elle travailla avec acharnement, il était surtout l’occasion, pour chacun d’entre nous, d’y retrouver son âme et son propre besoin d’amour, Si elle fut aimée et le reste encore, ce n’est pas tant comme l’actrice blonde préférée des spectateurs, mais comme la femme merveilleuse qu’elle était et voulait être. C’est d’ailleurs ce qu’elle aimait à répéter : « Je veux simplement être merveilleuse ». Si elle fut sûre du pouvoir de son glamour, sut-elle à quel point elle nous toucha, laissant sa marque en nous pour toujours ? Ce n’est pas sûr. Mais, quelque part, son étoile continue à briller, pleine de la lumière dont elle a illuminé les écrans et nos vies. [Laetitia Defranoux – Les Légendes d’Hollywood (M6 Interactions, 2004)]

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Marilyn Monroe

Ce premier rôle de Marilyn dans une comédie musicale lui permit de révéler l’incroyable potentiel artistique qu’elle avait en elle: jouer, chanter, danser… Elle mit un tel cœur à démontrer ces qualités, et dépensa une telle énergie à les travailler que ce film est resté célèbre.

En fait, le rôle de Lorelei Lee que Marilyn interprète dans Gentlemen prefer blondes devait être attribué à Betty Grabble, sex-symbol officiel de l’époque et actrice beaucoup plus chevronnée que Marilyn alors au début de sa carrière. Mais Marilyn avait agi en coulisses pour que, finalement, on finisse par lui donner sa chance. Et c’est le jour de ses vingt-six ans qu’elle apprit qu’elle serait Lorelei.

« A Little Girl from Little Rock » (Studio : 20th Century Fox)

L’histoire

Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et son amie Dorothy Shaw (Jane Russell) s’embarquent à destination de la France. Le jeune et riche Gus Esmond (Tommy Noonan) qui aime Lorelei espère que cet éloignement lui permettra de  convaincre son père de la possibilité d’un mariage entre la danseuse et lui. Mais Gus Esmond Sr. (Taylor Holmes) a chargé un détective privé, Malone (Elliott Reid), de surveiller Lorelei durant la traversée. Malone s’éprend de Dorothy alors que Lorelei, une véritable croqueuse de diamants, est fascinée par Sir Francis Beekman (Charles Coburn) qui possède une mine de diamants. Elle réussit à se faire offrir une superbe tiare et Malone fournit à Gus Esmond Sr. Les preuves de la légèreté de Lorelei. La lettre de crédit que Gus avait donnée à Lorelei est aussitôt annulée et les deux jeunes femmes sont obligées de se produire sur scène comme danseuses. Mais Lady Beekman (Norma Varden ), la femme de Sir Francis, accuse Lorelei d’avoir volé la tiare. Lorelei risque d’être arrêtée et Dorothy se fait passer pour elle. Elle effectue une surprenante exhibition chorégraphique devant un tribunal sidéré. Finalement Lady Beekman récupère sa tiare et Gus et Malone se marient respectivement avec Lorelei et Dorothy.

«ÊTRE STAR N’A PAS DE PRIX »

Si Marilyn fut choisie, c’est parce qu’elle coûtait moins cher que Betty Grabble. Version évidemment moins aimable que ce que l’on put croire ! Mais Marilyn avait décidé de se faire sa place au soleil et savait que pour cela, elle devrait payer elle-même de sa personne… Ce qu’elle fit : elle accepta de ne recevoir que 15 000 dollars pour le film, alors que Jane Russell en perçut 150 000 ! On expliqua à Marilyn que ce n’était juste que parce qu’elle était sous-contrat et que Jane ne l’était pas… Le reporter Sidney Skolsky rapporta que durant le tournage de ce film – qui commença en novembre 1952 pour finir en février 1953 -, Marilyn lui avait confié qu’elle voulait « avant toute chose, être une star et que cela n’avait pas de prix ». Ceci dit, elle misa bien : ce rôle lui rapporta immensément en notoriété. Y compris le titre de la meilleure ambassadrice du diamant, que lui décerna l’Académie de la Joaillerie !
Elle exigea tout de même une chose sur le tournage : avoir une loge au même titre que Jane Russell. Son argument ? « C’est tout de même moi la blonde dans le film ». Une façon de voir les choses devant laquelle la production finit pas s’incliner. [Laetitia Defranoux – Les Légendes d’Hollywood (M6 Interactions, 2004)]

18 Nov 1952 --- Marilyn Monroe and Jane Russell on the set of . --- Image by © Bettmann/CORBIS
GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell, Marilyn Monroe – Image by © Bettmann/CORBIS
UNE NOUVELLE LORELEI

Les Hommes préfèrent toujours les blondes : tel était le vrai titre du roman d’Anita Loos qui inspira dès 1928, un premier film avec Ruth Taylor et Alice White ; puis, en 1950, une comédie musicale qui fut montée au théâtre à Broadway, avec pour interprète principale dans le rôle de Lorelei Lee, Carol Channing. Cette pièce conquit le public ! De nombreux autres studios de cinéma voulaient en reprendre le scénario, et la 20th Century-Fox dut verser un demi-million de dollars pour en acquérir les droits définitifs. En donnant le rôle de Lorelei Lee à Marilyn, ni les producteurs ni les auteurs qui retravaillèrent le scénario ne s’attendaient à la surprise que leur fit celle que l’on considérait encore comme une blondinette stupide : Marilyn relut le rôle, la pièce et le roman et, instinctivement, fit de Lorelei, une fille qui loin d’être sottement attirée par l’argent et les diamants, avait une vraie conception de l’amour, de l’argent et de la séduction. La façon dont elle interprète la chanson «Diamonds are the girls’ best friends », est une manière à elle de faire passer le message : les hommes croient les femmes vénales et sottes. Ils les préfèrent ainsi. Alors, donnons-leur ce qu’ils attendent ! Marilyn tout en clins d’œil et en jeux de hanche, nous donne à voir l’intelligence de son jeu. Ce qu’elle voulait ? Faire de ce rôle, une satire de son époque. [Laetitia Defranoux – Les Légendes d’Hollywood (M6 Interactions, 2004)]

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Charles Coburn, Norma Varden, Marilyn Monroe
ENTRE GAGS, SUSPENSE ET MORALE

Le synopsis du film est extrêmement simple : deux jeunes femmes, danseuses et plus ou moins  entraîneuses, s’embarquent pour la France. Lorelei, la blonde, est une croqueuse de diamants et de fils à papa, tandis que Dorothy, la brune, préfère les sportifs bien bâtis ou les cerveaux plus équipés pour la conversation… Un vol est commis pendant la traversée et c’est sur la blonde Lorelei que les soupçons se portent. Détective, police, déguisements, morale à quatre sous ne paraissent être en fait que le prétexte à de somptueuses chorégraphies pendant lesquelles Dorothy et Lorelei se jouent de tous et de tout. [Laetitia Defranoux – Les Légendes d’Hollywood (M6 Interactions, 2004)]

Témoignage

« Dans Gentlemen prefer blondes, déclarait Howard Hawks, j’ai voulu faire du sexe quelque chose de drôle, nous avons utilisé à fond les qualités enfantines de Monroe… En fait, c’est une suite de variations sur l’attrait sexuel. On avait de très bonnes scènes rien qu’en faisant marcher les deux actrices dans une pièce. Il est difficile de se souvenir des hommes, par contre, sauf du gosse. Nous avons improvisé les numéros musicaux sur le plateau : il n’a fallu qu’une semaine de répétitions. De la pièce originale, il reste tout juste quatre chansons. »

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Sur le tournage de GENTLEMEN PREFER BLONDES (1953) – Marilyn Monroe et Howard Hawks (1953)

« Au début, nous avions un scénario où celle qui veut faire un, mariage d’amour se mariait pour l’argent, et vice versa. J’ai pensé qu’on courait à l’échec, et qu’il fallait traiter le sujet avec honnêteté. La fille qui veut se marier pour l’argent se marie pour l’argent, et vice versa. C’est une des confusions dont je n’ai pas été victime. Et ce fut une de mes conditions pour faire le film. Je crois que c’est ce traitement honnête d’une comédie genre conte de fées  qui lui valut son énorme succès. » [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell, Marilyn Monroe
Retrouvailles

Howard Hawks retrouve à cette occasion Jane Russell, son interprète du Banni, et Marilyn Monroe et George « Foghorn » Winslow qu’il avait déjà dirigés dans Monkey Business. Il bénéficie également de la présence de Charles Lederer qui fut à plusieurs reprises son scénariste (His Girl Friday, Monkey Business, I was a Male War Bride). Pour Hawks : « Il n’y avait pas de sexualité normale. Jane Russell était supposée représentait la santé et Marilyn jouait une fille dont le souci est d’épouser un homme riche. Elle avait son petit code à elle et s’y tenait strictement. Le plus adulte de tous était l’enfant, à bord du navire, et je crois qu’il était très amusant. Nous avons volontairement rendu le film vulgaire et raccrocheur. Pas la moindre recherche de réalisme. Nous tournions une comédie musicale, pure et simple. »

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell, Marilyn Monroe

Il ne s’agit pourtant pas d’une comédie musicale de série et la manière dont le cinéaste dirige ses deux interprètes, jouant sur la vulgarité sympathique de l’une (Jane Russell) et la naïveté ravageuse de la seconde (Marilyn Monroe), est un véritable plaisir. Sa collaboration avec le chorégraphe Jack Cole a, ce titre, été exemplaire.

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – « Diamonds Are a Girl’s Best Friend« 

Souhaitant opposer à la féminité opulente de Jane Russell des danseurs aussi virils que possible, Jack Cole décide de placer ceux-ci dans un gymnase. C’est le numéro « Ain’t there anyone here for love », un ahurissant moment de génial mauvais goût où Jane Russell dans en effet avec des athlètes qui semblent d’autant plus nus que leurs maillots sont de couleur chair…

« Ain’t there anyone here for love »  (Studio : 20th Century Fox)

En ce qui concerne Marilyn Monroe, qui n’est d’ailleurs pas doublée pour les chansons, Jack Cole  répète les numéros avec Gwen Verdon dans le rôle prévu pour Marilyn, effectuant alors toutes les modifications nécessaires. Ensuite, Gwen Verdon fait répéter Marilyn selon les indications que lui a données Jack Cole. Cette manière de travailler permettra à Marilyn d’être éblouissante dans « Two Little Girls from Little Rock » qui ouvre le film et qu’elle danse avec Jane Russell et – évidemment – dans le légendaire « Diamonds are a Girl’s Best Friend » qu’elle interprète au milieu d’un groupe de richissimes admirateurs.

« Bye Bye Baby »  (Studio : 20th Century Fox)

Située dans sa seconde partie dans un Paris invraisemblablement exotique où ne manquent ni Henri Letondal ni George Davis, l’intrigue culmine avec la séquence du tribunal qui voit Dorothy singer Lorelei et déchaîner l’enthousiasme des gardiens de l’ordre public devenus ses fans.

Marilyn Monroe dont le jeune Henry Spofford III, très en avance sur son âge, reconnaît avec raison l’exceptionnel « magnétisme animal », est merveilleuse… [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

La scène d’anthologie

Aussi vibrante que sur la bouche de métro dans The Seven year itch (Sept ans de réflexion), Marilyn Monroe nous offre ici une autre facette de son personnage de blonde renversante. Cette fois, sa robe est un long fourreau de satin rose, à laquelle s’ajoutent quelques accessoires indispensables : nœud serré à la taille et comme sculpté sur les reins de la star, longs gants assortis nous faisant presque oublier ceux d’une certaine Gilda… Et puis des colliers, des bracelets, des diamants, des strass rendant encore plus fascinant l’éclat du teint et du sourire d’une Marilyn au top de son magnétisme: quatre minutes de cinéma, mais un grand moment d’art et de bonheur !

« Diamonds are the girls’ best friends » (Studio : 20th Century Fox)

Pour arriver à une telle maestria, Marilyn travailla dur : elle se sentait trop raide dans ses mouvements, et exigea d’elle-même des efforts que le chorégraphe Jack Cole jugeait souvent inutiles, tant son élégance et sa grâce faisaient oublier les quelques toutes petites imperfections de son jeu.
Elle en impressionna donc plus d’un lors du tournage de cette scène devenue mythique dans les annales de la comédie musicale. Parmi ceux-ci, Darryl Zanuck, l’un des producteurs de la Fox, toujours réservé quant au talent de Marilyn et insensible au charme de l’actrice : apprenant que c’était elle qui jouait, dansait et chantait en même temps sans être doublée d’aucune manière, il fit accompagner la sortie du disque « Diamonds are the girls’ best friend » d’un communiqué de presse certifié par notaire (!) attestant que Marilyn Monroe, actrice du film, était bien l’interprète de la chanson ! Beaucoup jugèrent cela grotesque. Marilyn riait doucement : Zanuck s’était rendu ridicule et, désormais, c’était elle, le diamant de la Fox !

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – « Diamonds Are a Girl’s Best Friend« 
La robe du scandale

Encore une robe qui contribua au mythe de Marilyn. Ce fourreau de fourreau de lamé or avait été spécialement créé pour elle et pour ce film par l’un de ses couturiers préférés, Travilla. Terriblement suggestif, cousu sur le corps de la star, il fut interdit à l’image par la censure : d’où la création du fourreau de satin rose. Mais Marilyn ne put se priver du bonheur de se montrer dons cette tenue d’or. C’est donc ainsi qu’elle se présenta lors d’une relise de pris à laquelle était également présente Joan Crawford : à la vue de Marilyn, celle-ci suffoqua d’horreur. Le lendemain, le scandale éclatait : « Monroe fait honte au cinéma ». Marilyn se défendit, évoquant quant à elle, de manière très fine et subtile, la réputation de mère exécrable et cruelle de Crawford. Et la robe dorée entra dans la légende.

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Marilyn Monroe
Coup de coeur de François Truffaut

Les gens qui ont pour métier, ou pour passion, de voir des films  et d’en parler, ont depuis deux semaines un sujet de préoccupation qui les divise : Gentlemen Prefer Blondes, film américain en technicolor de Howard Hawks, est-il une œuvre intellectuelle ou une pochade ?

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell, Marilyn Monroe

Pour mémoire, je citerai d’abord quelques titres jalons de la carrière de ce cinéaste au prestigieux passé et au présent contesté : Scarface, Only Angels have wings (Seuls les Anges ont des ailes), Sergeant York, Bringing Up Baby (L’Impossible Monsieur Bébé), I Was a Male War Bride (Allez coucher ailleurs), Red River (La Riviêre Rouge), The Big Sky (La Captive aux Yeux Clairs), Monkey Business (Chérie, je me sens rajeunir). Howard Hawks est le seul metteur en scène avec qui William Faulkner ait accepté de travailler. Son œuvre se divise en films d’aventures et en comédies. Les premiers font l’éloge de l’homme, célèbrent son intelligence, sa grandeur physique et morale. Les seconds témoignent de la dégénérescence et de la veulerie de ces mêmes hommes au sein de la civilisation moderne. Howard Hawks est donc, à sa manière  un moraliste et Gentlemen Prefer Blondes, bien loin d’être un divertissement cynique et aimable, est un œuvre méchante et rigoureuse, intelligente et impitoyable.

« When Love Goes Wrong« 

On connaît l’anecdote, sa minceur apparente : Lorelei la blonde (Marilyn Monroe) et Dorothy La brune (Jane Russell) avancent -dans la vie, entraînant dans leur sillage une brochette de milliardaires dévotement admiratifs. Lorelei aime par-dessus tout les diamants et Dorothy les muscles masculins, Après bien des péripéties, elles épouseront, sur le bateau qui les ramène en Amérique, l’une un milliardaire quelque peu abruti, l’autre un viril mais désargenté serviteur de la loi. On ne rit guère à ce film. Non que le scénario ou la mise en scène soient faibles, bien au contraire, mais le rire se bloque dans la gorge, l’amusement devient gêne et c’est ici que la thèse « film intellectuel, risque bien de triompher.

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GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953) – Jane Russell

A travers tous ses films, drames ou comédies, westerns ou thrillers, Howard Hawks a pour principe « d’aller toujours jusqu’au bout », et bien des scènes qui peuvent sembler mièvres au départ, poussées ici à leur ultime aboutissement logique, deviennent du même coup monstrueuses.
C’est alors que Lorelei et Dorothy cessent d’être des personnages pour devenir plus encore que des symboles, des entités : elles sont la blonde et la brune, la rapacité et la luxure, la frigide et la nymphomane. Les intentions réelles des auteurs (Charles Lederer, scénariste habituel de Hawks et Hawks lui-même) deviennent assez visibles dans deux scènes centrales qui atteignent un tel délire, une telle abstraction, que deux ballets et deux chansons ne suffisent pas à justifier leur irréalité. C’est d’abord une longue séquence dans la piscine du navire où Jane Russell chante au milieu d’une vingtaine d’athlètes en slip, tendant à l’adresse de Dorothy les muscles de leurs bras, faisant valoir leur personne physique sous le prétexte de tractions des bras, etc. La seconde scène représente Marilyn Monroe chantant « Le meilleur ami de la femme c’est le diamant » entourée de cinq éphèbes en smoking, tenant dans leur main droite une rivière de diamants et dans la main gauche un revolver dont ils se tireront une balle dans la tête après que Marilyn les a souffletés de son éventail diamanté. C’est au cours de la même scène que les éclairages rouges s’estompent brutalement pour laisser la place à un unique projecteur diffusant une lumière d’église, et qu’aussitôt les vingt messieurs se jettent à genoux dans une pose extatique. Je citerai enfin comme significatif ce plan où Lorelei qui vient de se faire offrir une tiare de diamants, la cache dans son dos en la tenant bien horizontalement comme pour couronner du même coup l' »objet » , de ses efforts ou plutôt son instrument de travail.

Cet éclatement des genres, à quoi s’emploient bien des artistes modernes, nul mieux que Hawks dans le domaine du cinéma ne le réussit et je n’en donnerai pour preuve que ce sketch burlesque adapté d’O’Henry que la « Century-Fox » retira de l’exploitation parce qu’il ne faisait rire personne. L’anecdote en était singulièrement riche et typique de Hawks par les thèmes qui lui sont chers de l’enfant-monstre et des adultes infantiles : des kidnappers s’emparaient d’un gosse, lequel se révélait si odieux qu’ils offraient vainement de l’argent à ses parents pour le restituer.
En conclusion, le comique de Hawks, quelle que soit l’étiquette qu’on lui colle, apparaît donc comme neuf et original, régi par des lois qui relèvent davantage d’une bonne mécanique de l’absurde que des impératifs commerciaux. Que l’on rit à ce film ou que l’on y grince des dents, on ne peut en tout cas s’y ennuyer.  (François Truffaut, Les Films de ma vie – 1954)

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