42nd STREET – Lloyd Bacon (1933)

Julian Marsh (Warner Baxter), célèbre producteur de Broadway, lance un nouveau spectacle malgré sa santé fragile. La production est financée par un vieil homme fortuné, amoureux de Dorothy Brock (Bebe Daniels), la vedette de la comédie musicale. Mais la veille de la première, Dorothy se tord la cheville et une jeune choriste du nom de Peggy Sawyer (Ruby Keeler) doit prendre sa place.

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42nd STREET – Lloyd Bacon (1933) – Warner Baxter, Bebe Daniels, George Brent, Ruby Keeler, Ginger Rogers

42nd Street (42ème Rue) est l’une des comédies musicales les plus célèbres de l’avant-guerre. Le film ausculte la mécanique dramatique implacable des répétitions conduisant à métamorphoser le labeur des esclaves de Broadway en un triomphe du divertissement populaire. Mais il s’agit d’une intrigue assez typique, centrée sur le suspens entourant la préparation d’un show, la mise en scène de Lloyd Bacon et le duo qu’il forme avec le chorégraphe Busby Berkeley, lui donnent un ton particulièrement original et audacieux.

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42nd Street un film pré-code : au début des années 20, avant qu’Hollywood impose le respect d’un code de censure régissant la production de films, l’attitude libertaire de l’époque se reflétait au cinéma. Nudité, adultère, prostitution ou encore références à la mafia fleurissent sans contraintes sur les écrans. En 1934, l’établissement d’un bureau spécial de censure met fin à l’ère pré-Code…

Quand la communauté d’artistes (chanteurs, danseurs, chorus girl) de Broadway, victime comme le reste du pays de la Grande Dépression, apprend qu’une nouvelle comédie musicale va être mise en scène par le célèbre Julian Marsh (Warner Baxter), tous se précipitent aux auditions afin de participer à ce qui sera sa dernière création, « Pretty Baby ». Du metteur en scène dépressif qui ne peut se permettre un échec financier, à la vedette Dorothy Brock (Bebe Daniels), contrainte de dissimuler son amant sans le sou Pat Denning (George Brent), pour conserver les faveurs du riche commanditaire du show, Abner Dillon (Guy Kibbee), en passant par la rivalité entre les chanteuses Ann Lowell (Ginger Rogers) et Peggy Sawyer (Ruby Keeler), le film ausculte la mécanique dramatique implacable des répétitions conduisant à métamorphoser le labeur des esclaves de Broadway en un triomphe du divertissement populaire. [Hélène Frappat – Forbidden Hollywood – Les Trésors de la Warner (2013)]

42nd Street est l’un des comédies musicales les plus célèbres de l’avant-guerre, mais il s’agit d’une intrigue assez typique, centrée sur le suspens entourant la préparation d’un show, la mise en scène de Lloyd Bacon, et le duo qu’il forme avec le chorégraphe Busby Berkeley (pour sa première collaboration avec la Warner), lui donnent un ton plus original et audacieux que celui de Prologue, autre concrétisation plus tardive (1933) de leur magnifique complicité artistique. [Hélène Frappat – Forbidden Hollywood – Les Trésors de la Warner (2013)]

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42nd STREET – Lloyd Bacon (1933) – Warner Baxter, Bebe Daniels, George Brent, Ruby Keeler, Ginger Rogers

En dépit du décor et des vedettes, 42nd Street est moins un film glamour déployant le charme ensorcelant qu’Hollywood sut conférer au genre du music-hall, qu’une œuvre âpre et sèche, où la troupe de Broadway devient le laboratoire de la Grande Dépression qui angoisse et humilie les citoyens américains de l’époque. Entre un metteur en scène dépressif, hanté par la banqueroute, une vedette qui se prostitue à un homme riche qu’elle n’aime pas, de crainte de partager sa vie avec un artiste dans la misère, des danseuses et chanteuses qui s’écroulent d’inanition et de fatigue, au rythme impitoyable d’un show qui évoque les marathons de danse filmés par Mervyn LeRoy dans Hard to Handle, 42nd Street dresse le portrait d’une armée d’esclaves levant des jambes anonymes, au service d’un divertissement destiné à faire fugitivement oublier aux spectateurs que la misère, le chômage et la détresse les attendent, eux aussi, dans la rue, une fois le rideau tombé sur les splendeurs décoratives des fantaisies de Busby Berkeley[Hélène Frappat – Forbidden Hollywood – Les Trésors de la Warner (2013)]

Dans 42nd Street, ses chorégraphies ont un style moins flamboyant et enfantin que dans les numéros de Prologue, parce-que le sujet des séquences musicales est plutôt sombre (une foule assiste à un crime), et que l’abstraction mathématique de la composition des corps contribue aux sentiments d’inhumanité qui se dégage de ce portrait saisissant d’une époque, à travers la destinée des ouvriers qui risquent leur santé et leur vie pour créer les jeux du cirque. Le dénouement amer et mélancolique, abandonnant le metteur en scène à sa solitude, ne fait même pas semblant de croire en la possibilité d’un happy end, pour Broadway comme pour l’Amérique. [Hélène Frappat – Forbidden Hollywood – Les Trésors de la Warner (2013)]

Initialement, c’est Mervyn LeRoy qui devait mettre en scène le film. Malade, il laissa la place à Lloyd Bacon tout en conseillant à Darryl F. Zanuck de faire appel à Busby Berkeley pour réaliser les numéros musicaux. Des numéros mis en scène en totale indépendance ; Interrogé sur ses relations avec les réalisateurs  en titre de ses films – et notamment avec Lloyd Bacon -, Berkeley répondait clairement : « Ils ne faisaient rien, je faisais tout moi-même. De la conception à la réalisation, à tous les échelons, et quel que soit le metteur en scène du film, les numéros musicaux étaient entièrement de moi. J’étais seul sur le plateau, avec mes propres collaborateurs. » Il indiquait pat ailleurs : «  A l’époque où il fut tournée, 42nd Street était un film cher, bien que, comparé aux budgets d’aujourd’hui, il ait été produit avec un budget relativement modeste. Il a coûté 379.000 dollars, ce qui semble impensable en comparaison des coûts des films musicaux récents. Les numéros musicaux que je tournais pour la Warner coûtaient 10.000 dollars la minute d’écran et certains de ceux-ci duraient de sept à dix minutes. Les numéros coûtaient donc entre 75.000 et 125.000 dollars. » [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

Tourné pour près de 400.000 dollars, 42nd Street en rapportera dix fois plus et le public se passionna à la fois pour l’originalité des créations chorégraphiques de Berkeley et pour le personnage de Julian Marsh, superbement campé par Warner Baxter et dont l’énergie et la volonté sont indissociables de l’état d’esprit de l’Amérique d’alors.

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42nd STREET – Lloyd Bacon (1933) – Warner Baxter, Bebe Daniels, George Brent, Ruby Keeler, Ginger Rogers

Busby Berkeley n’a que trente-sept ans lorsqu’il assure la réalisation des numéros musicaux de 42nd Street, son premier film pour la Warner Bros. Il vient de réaliser diverses chorégraphies pour Samuel Goldwyn et a lui-même raconté comment il est devenu l’un des principaux collaborateurs de la Warner : « Après Whoopee, j’étais prêt à retourner à New York pour refaire du théâtre, mais un jour de 1932 Darryl Zanuck me téléphona pour me demander si ça me plairait de rester. Les frères Warner allaient faire une nouvelle série de comédies musicales ; je devais diriger les numéros, les créer pour eux. Alors je signai avec Zanuck et les Warner pour 42nd Street, la série Gold Diggers, Footlight Parade, Wonder Bar, etc. Je ne savais pas du tout alors que les Warner étaient dans une situation financière désespérée et qu’ils étaient même sur le point de fermer les studios. Après cette série de comédies musicales, ils s’en sortirent très bien. » [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

On peut en effet noter qu’au moment où Berkeley arrive à la Warner et va contribuer avec des cinéastes tels que Lloyd Bacon et Mervyn LeRoy, à la création d’un véritable genre, la compagnie des frères Warner est dans une situation financière tragique. Alors que l’année 1930 s’était terminée avec un bénéfice net de sept millions de dollars, 1931 voit le passif s’élever à 7900.000 dollars. 1932 est encore pire : 14 100 000 dollars ! Ce ne sera que peu à peu – et en grande partie grâce aux succès de ses films musicaux – que la Warner rétablira ses finances : 1933 : – 6 300 000 dollars ; 1934 : – 2 500 000 dollars ; 1935 : + 700 000 dollars. [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

On sait à quel point la Warner a toujours, par ses films policiers et ses films d’aventures, ses drames réalistes et ses westerns, pris ouvertement le parti de Franklin Delano Roosevelt qui venait d’être élu, et de sa politique du New Deal. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, les films musicaux sont eux aussi ancrés dans cette réalité économico-politique. A l’image d’une nation que cherche à. galvaniser un nouveau président, la troupe de Julian Marsh doit travailler inlassablement pour réussir par-delà les problèmes budgétaires liés à la production de la revue. L’indisponibilité de la vedette prévue ne suffira pas à compromettre la réussite de l’ensemble et permettra au contraire la découverte d’une vedette providentielle, Peggy Sawyer…

Alors que la plupart du temps les films musicaux se plaisent à suivre un jeune couple, celui des deux vedettes du film, les auteurs de 42nd Street ont choisi de privilégier le personnage de Julian Marsh au détriment du couple formé par Peggy et BIlly, même si Ruby Keeler, alors l’épouse d’Al Jolson, bénéficiait d’une évidente sympathie de la part de la Warner. La jeune actrice faisait ici ses débuts et allait, par la suite, tourner neuf films musicaux pour la Warner, dont sept avec Dick Powell, son partenaire de 42nd Street[La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

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42nd STREET – Lloyd Bacon (1933) – Warner Baxter, Bebe Daniels, George Brent, Ruby Keeler, Ginger Rogers

Travaillant en complète autonomie par rapport à Lloyd Bacon, Berkeley bouleversa le style habituel des prises de vue, la caméra se glissant entre les jambes de ses girls pour aller cadrer Dick Powell. Le choix des jeunes filles qui allaient figurer dans les numéros musicaux fut dicté par la beauté…des yeux des candidates. Berkeley sélectionna cinq mille jeunes filles, dont trois cents pour leur visage, parmi elles deux cents en fonction de leurs chevilles et finalement une centaine pour leurs genoux. Deux des grands numéros du film figurent parmi les plus célèbres réussites de Berkeley. Pour la chanson « Shuffle off to Buffalo» ce dernier n’a pas hésité à ouvrir en deux un wagon et à en filmer les deux moitiés, comme s’il s’agissait d’une coupe, filmant alors les différents voyageurs qui s’y trouvent. Encore plus superbe, le numéro « 42e Rue » met en scène des personnages arrachés à la vie quotidienne américaine, des gens de tous les jours, parfois victimes d’un drame (on voit une jeune fille poignardée par son amant). Apparaissent des jeunes filles vêtues de la même manière et dont les jupes sont échancrées sur des jambes gainées de noir. Chacune ira se cacher derrière une plaque qui, en se retournant, aura la forme d’un gratte-ciel. Les deux héros du numéro, Peggy et Billy, sembleront alors se trouver au sommet d’une véritable ville aux multiples buildings. On notera au passage que le scénario édulcore plusieurs points du roman original, notamment le fait que Julian Marsh est un homosexuel et que Billy Lawler est son ami… [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]

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42nd STREET – Lloyd Bacon (1933) – Warner Baxter, Bebe Daniels, George Brent, Ruby Keeler, Ginger Rogers

Fiche technique du film

 

 

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  1. Excellent documentaire. Merci à mon cinéma à moi.

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