DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933)

Dinner at eight (Les Invités de huit heures), vaste huis clos donnant une entrevue des vies de personnalités du Who’s Who invitées à une soirée chic de Manhattan, est un subtil mélange d’humour et de mélodrame. Soutenu par le succès de Grand Hotel (Edmund Goulding, 1932), production du studio de l’année précédente mettant en scène de nombreuses stars, le producteur Davis O. Selznick aspirait à quelque chose d’encore plus grandiose, et l’a trouvé avec cette adaptation de la pièce de théâtre à succès de George S. Kaufman et Edna Ferber, réalisée par George Cukor. La trame inclut la bataille de sexes entre Jean Harlow et Wallace Beery, l’affolement et le débordement de la maîtresse de maison Billie Burke, ainsi que le comportement de « dame du grand monde » de Marie Dressler. Evidemment, il n’y a qu’un seul moyen de ne pas rater tous les bons moments : Etre invité à huit heures. 

dinner_at_eight_03
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933) avec Marie Dressler, John Barrymore, Wallace Beery, Jean Harlow, Lionel Barrymore

L’histoire : Soucieuse d’apparaître comme une maîtresse de maison à la mode, Millicent Jordan (Billie Burke) organise un dîner mondain en l’honneur de lord et lady Ferncliffe. Elle prête peu d’attention aux problèmes financiers de son mari, Oliver (Lionel Barrymore), dont la compagnie maritime est en faillite, et à sa fille, Paula (Madge Evans), qui doit épouser le jeune Ernest DeGraff (Phillips Holmes) et est devenue la maîtresse de l’acteur Larry Renault (John Barrymore). Oliver Jordan reçoit à son bureau la visite de Carlotta Vance (Marie Dressler), une ancienne conquête, qui souhaite vendre ses actions de la compagnie ; puis celle de Dan Packard (Wallace Beery), décidé non à le renflouer mais à précipiter sa ruine. Carlotta, Dan Packard et sa femme, la blonde Kitty (Jean Harlow) sont invités au dîner des Jordan de même que Larry Renault. Kitty est la maîtresse du docteur Wayne Talbot (Edmund Lowe), le propre médecin d’Oliver Jordan atteint d’une thrombose. Menacé par sa femme, Lucy (Karen Morley ), qui a découvert son infidélité, Talbot rompt avec Kitty et celle-ci menace son mari de révéler ses multiples malversations s’il persiste dans son intention de ruiner Jordan. Carlotta apprend à ce dernier qu’elle a vendu ses actions. De son côté, Larry Renault se dispute avec le producteur Jo Stengel (Jean Hersholt) puis avec son agent Max Kane (Lee Tracy ), refusant avec superbe le petit rôle qui lui était offert. Il ne reste plus à Larry, qui a volontairement rompu avec Paula, qu’à se suicider au gaz. Millicent découvre presque en même temps la mauvaise condition financière de son mari et la gravité de son état de santé. Elle décide alors de renoncer à leur vie mondaine alors que Paula et Ernest affronteront ensemble l’avenir. En dépit de l’absence des Ferncliffe qui se sont décommandés au dernier moment, le dîner peut commencer…

dinner_at_eight_01
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933) avec Marie Dressler, John Barrymore, Wallace Beery, Jean Harlow, Lionel Barrymore

Premier film produit par David O. Selznick pour la Metro-Goldwyn-Mayer – et son beau-père Louis B. Mayer ! – Dinner at Eight s’inscrit dans la tradition de Grand Hotel en réunissant un de ces « all star cast » dont la firme du lion avait la spécialité. George Cukor, qui n’avait alors que trente-cinq ans, fut chargé de diriger cette exceptionnelle galerie de monstres sacrés et chaque acteur, tout en effectuant un éblouissant numéro, participe à la perfection collective de l’ensemble. L’apparition de Marie Dressler lançant à Lionel Barrymore un étonnant « Oliver ! Ducky ! », l’abattage verbal des affrontements entre Wallace Beery et Jean Harlow et l’interprétation de John Barrymore, dans un de ses plus grands rôles, demeurent inoubliables.  [La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)]

dinner_at_eight_99
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933)

Après avoir rompu avec celle qui l’aime (Paula) en lui révélant qu’il est désormais incapable d’un véritable amour, trop usé par la vie et les femmes, Larry Renault, ayant compris qu’il est un comédien déchu, organise son propre suicide. Il vérifie en se regardant dans une glace son nœud papillon, remet sa veste de smoking, lisse sa moustache, arrange sa coiffure, calfeutre les portes puis ayant réglé comme il renvient pour une ancienne vedette l’éclairage de la lampe, ouvre le robinet du gaz et attend la mort. Acteur lui-même sur le déclin, victime comme son personnage de son penchant pour l’alcool, John Barrymore est admirable durant ces quelques minutes d’une rare intensité.  [La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)]

dinner_at_eight_06
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933) avec Marie Dressler, John Barrymore, Wallace Beery, Jean Harlow, Lionel Barrymore

Brillant mélange de drame social et de comédie mondaine, riche d’un dialogue superbement ciselé, Dinner at Eight est un modèle de construction dramatique dans lequel les personnages se relient et se tiennent les uns les autres. Kitty en sait trop pour ne pas forcer son mari à agir comme elle le veut mais sa propre domestique est elle-même capable de la faire chanter et d’exiger un bracelet pour prix de son silence.  [La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)]

dinner_at_eight_07
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933) avec Marie Dressler, John Barrymore, Wallace Beery, Jean Harlow, Lionel Barrymore

Le sujet en profite pour se moquer d’une bourgeoisie avide de reconnaissance mondaine et sociale et dénonce le monde des affaires, un univers dans lequel une vieille et respectable compagnie maritime peut devenir la proie d’un affairiste. Les mots d’auteur ne peuvent cacher une intrigue qui parle aussi de l’échec, de la mort et de l’insatisfaction amoureuse et le décor blanc de la chambre de Kitty va curieusement de pair avec les louches opérations financières de son mari.  [La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)]

dinner_at_eight_40
ON SET – DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933)

Donald Ogden Stewart a notamment signé les dernières phrases du dialogue entre Carlotta et Kitty, un échange demeuré justement célèbre :
Kitty : I was reading a book the other day. (Je lisais un livre l’autre jour.)
Carlotta : Reading a book ? (Vous lisiez un livre ?)
Kitty : Yes, it’s all about civilization or something. A nutty kind of a book. Do you know that the guy says that machinery is going to take the place of every profession ? ( Oui. C’est à propos de la civilisation ou de quelque chose comme ça. Un drôle de livre. Savez-vous que l’auteur dit que le machinisme est en train de remplacer chaque profession ?)
Carlotta : Oh my dear, that’s something you never need to worry about. (Oh, ma chère, c’est quelque chose dont vous n’avez pas à vous soucier.)  [La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1998)]

dinner_at_eight_04
DINNER AT EIGHT – George Cukor (1933) avec Marie Dressler, John Barrymore, Wallace Beery, Jean Harlow, Lionel Barrymore

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les extraits
Fiche technique du film

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s