Les Actrices et Acteurs

JEAN HARLOW

Grâce à son charme à la fois sensuel et agressif, Jean Harlow s’imposa au cours de sa brève carrière comme un des mythes les plus tapageurs de Hollywood.

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JEAN HARLOW

Harlow, c’est un peu Monroe avant Monroe, et depuis plus de cinquante ans les occultistes et autres numérologues prennent un plaisir morbide à inventorier les troublantes similitudes entre ces deux actrices au destin tragique. Si ce n’est que la vie de Jean Harlow fut encore plus brève, stupidement emportée à l’âge de 26 ans par une maladie non soignée, avant d’avoir eu le temps d’être menacée par les affres du déclin. Moins belle que Marilyn Monroe, elle associait comme elle une sensualité volcanique, une merveilleuse présence à l’écran, et le fatalisme de celles qui savent que les hommes « bien » n’épousent pas les sex-symbols. Lors de la première des Hell’s Angels (Les Anges de l’enfer) de Howard Hughes, en 1930, elle déclara : « Les hommes m’aiment parce que je ne porte pas de soutien-gorge. Les femmes m’aiment parce que je n’ai pas l’air d’une fille qui leur volera leur mari. Enfin, pas pour longtemps ».  [Hollywood, la cité des femmes (Histoire des actrices de l’âge d’or d’Hollywood, 1930-1955) – Antoine Sire – Institut Lumière / Actes Sud (2016)]

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HELL’S ANGELS (Howard Hughes, 1930)

Celle qui reçut le surnom mérité de « platinum blonde » naquit dans le Missouri, à Kansas City, le 3 mars 1911 ; son vrai prénom était Harlean. Ses parents, le docteur Montclair Carpenter et sa mère Jean Harlow, se séparèrent alors que Harlean n’avait pas encore dix ans. Ayant adopté le nom de sa mère, elle fit son entrée dans le monde du cinéma à peine âgée de quinze ans, à Chicago, comme obscure figurante. Elle avait une voix spéciale, quelque peu nasillarde, une peau très blanche et un corps bien proportionné. En 1926, elle épousa, sans passion, un certain Charles McGrew. Cette union fut de courte durée à cause d’une atmosphère familiale assez trouble. A cette époque, en effet, la mère de Jean avait épousé un bellâtre du nom de Marino Bello. Ce douteux personnage, qui se vantait d’être un excellent homme d’affaires, portait une attention soutenue, bien que discrète, à la fraîcheur juvénile et aux charmes bien concrets de la jeune fille. Celle-ci nourrissait pour lui un mépris qui n’avait d’égal que l’amour qu’elle portait à sa mère. L’atmosphère de la famille Bello n’était donc pas absolument saine et exerça probablement une influence négative sur la future « platinum blonde ».  

1931: American actress and sex symbol Jean Harlow (1911 - 1937) shows off her long stockinged legs as Ann Schuyler in 'Platinum Blonde', directed by Frank Capra.
PLATINUM BLONDE (Frank Capra, 1931)

A la fin des années 1920, la famille s’installa en Californie, tout près de la Mecque du cinéma ; Hollywood attirait déjà des nuées de jeunes femmes confiantes dans leur beauté provocante, pleines de rêves et d’espoirs. Jean se fit aussitôt remarquer par sa beauté spectaculaire, mais, malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à imposer son talent. Ce fut Howard Hughes qui la découvrit enfin. Il lui confia le rôle principal dans la version parlante des Hell’s Angels (Les Anges de l’enfer, 1930). Avec cette épopée aérienne, Jean Harlow devint d’un seul coup une star, mais sa gloire fut de courte durée, ce qui s’explique assez facilement. La nature même de ses rôles était, paradoxalement, un handicap tant ils étaient mal adaptés à son personnage. Le public, qui appréciait pourtant sa désinvolture et ses boucles blondes, ne pouvait s’empêcher d’éclater de rire quand il la voyait s’approcher du héros dans ses toilettes moulantes, pour lui demander, en toute ingénuité : « Ça ne te dérange pas si je mets quelque chose de plus pratique ? »  

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CHINA SEAS (Tay Garnett, 1935)

Un autre obstacle, beaucoup plus sérieux cette fois allait contrecarrer sa carrière : il fut dressé par les ligues de vertu les plus conservatrices et les cercles féminins les plus hypocrites qui, ne lui pardonnant pas son côté sexy, donnèrent le coup de grâce à son succès. Les producteurs ne s’obstinèrent pas contre ces détracteurs et s’adressèrent à d’autres actrices, pour leur confier des rôles qui étaient pourtant taillés sur mesure pour Jean Harlow.  

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DINNER AT EIGHT (George Cukor, 1933)

Bien qu’il l’eût engagée sous contrat régulier, Howard Hughes la négligea très rapidement. La brutalité de cet oubli, après l’ivresse du succès, obligea Jean Harlow à se lancer dans une série de spectacles alimentaires, dans le Middle West et sur la côte est. Il va sans dire que ces représentations étaient de véritables désastres.  

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HOLD YOUR MAN (Sam Wood, 1933)
Succès et échecs

Jean cherchait le moyen de remonter la pente, et le trouva en la personne de Paul Bern, un producteur de la MGM qui réussit à convaincre Irving Thalberg que Harlow possédait toutes les qualités requises pour entrer dans leur équipe de stars. La MGM racheta donc le contrat à Hughes et Jean retrouva sa popularité d’antan lorsqu’elle apparut, sous une perruque couleur de cuivre, dans un film produit par Bern, Red-Headed Woman (1932). Le film fut aussitôt attaqué par les puritains mais la MGM résista contre vents et marées, ignorant les critiques et continuant à soutenir sa vedette.  

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THE PUBLIC ENEMY (William A. Wellman, 1931)

Jean, aidée par sa bonne nature et confiante en son succès retrouvé, tint tête facilement, cette fois, aux menaces des puritains et des ligues féminines. Elle se remaria avec Paul Bern, un homme très différent d’elle, aussi calme et renfermé qu’elle était expansive et débordante de vitalité. Mais le malheur semblait s’attacher aux pas de Jean : deux mois seulement après les noces, Bern se suicida.  

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THE GIRL FROM MISSOURI (Jack Conway et Sam Wood, 1934)

L’actrice ne fut cependant pas mêlée à la controverse qui suivit la fin tragique de son mari. Bien que profondément perturbée, et peut-être à cause de cela, elle se jeta à corps perdu dans le travail, jouant dans une douzaine de films pour la MGM. Des œuvres comme Red Dust (La Belle de Saigon, 1932), Bombshell (Mademoiselle Volcan, 1933), Dinner at Eight (Les Invités de huit heures, 1933), China Seas (La Malle de Singapour, 1935) et Libeled Lady (Une fine mouche, 1936) prouvèrent la qualité de son jeu et la maturité de son talent (elle n’avait pas vingt-cinq ans).  

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JEAN HARLOW

Un an après le suicide de son deuxième mari, elle épousa Hal Rosson un opérateur qui ressemblait à Bern autant physiquement que psychologiquement, et qui adorait Jean. Cette troisième expérience conjugale échoua et le divorce fut prononcé six mois après leur mariage. Entre-temps, en 1934, Jean Harlow s’était lancée dans la « littérature » en publiant un récit d’inspiration érotique au titre sans équivoque : « Today is Tonight ». Le livre fut immédiatement retiré de la circulation par la MGM, toujours soucieuse de sauvegarder l’image de marque de ses vedettes. L’ouvrage fut ainsi rapidement oublié.  

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BOMBSHELL (Victor Fleming, 1933)

En 1935, la « blonde platine » eut pour partenaire William Powell dans Reckless (Imprudente Jeunesse). Contrairement à la rumeur, ils ne furent jamais mariés. Powell avait été marié à une autre brillante actrice, aussi sexy et populaire que Jean, la belle Carole Lombard. Comme on peut le deviner, la liaison de ces deux tempéraments extrêmes fut plutôt agitée. Elle fut aussi de courte durée. Quand Powell quitta Harlow (après le tournage de Libeled Lady, en 1936), elle était depuis longtemps atteinte d’une forme grave de maladie rénale qui l’emporta en peu de temps. Son dernier film fut Saratoga (1937), avec Clark Gable. Son mal empirant, elle ne put pas terminer le film et fut remplacée par une doublure pendant les derniers jours du tournage.  [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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JEAN HARLOW

RED DUST (La Belle de Saïgon) – Victor Fleming (1932)
Red Dust (La Belle de Saïgon) est le deuxième d’une série de six films que Jean Harlow et Clark Gable ont tournés ensemble. Leur couple est le noyau fascinant d’une œuvre où la jungle est entièrement reconstituée en studio, la mise en scène utilisant deux éléments récurrents, associés à la saison des moussons – les pluies diluviennes et les accès de fièvre que redoutent les colons – pour construire la dramaturgie érotique qui est le vrai sujet du film. 

DINNER AT EIGHT (Les Invités de huit heures) – George Cukor (1933)
Dinner at eight (Les Invités de huit heures), vaste huis clos donnant une entrevue des vies de personnalités du Who’s Who invitées à une soirée chic de Manhattan, est un subtil mélange d’humour et de mélodrame. Soutenu par le succès de Grand Hotel (Edmund Goulding, 1932), production du studio de l’année précédente mettant en scène de nombreuses stars, le producteur David O. Selznick aspirait à quelque chose d’encore plus grandiose, et l’a trouvé avec cette adaptation de la pièce de théâtre à succès de George S. Kaufman et Edna Ferber, réalisée par George Cukor.



1 réponse »

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