BOMBSHELL – Victor Fleming (1933)

Bombshell contient deux films en un. Le premier est une sorte de documentaire qui tente de suivre à la trace ce fauve déchaîné qu’est Jean Harlow. En ce sens, il s’agit presque d’un documentaire animalier, tant l’intrigue a peu d’importance, au regard de la créature explosive qui ne cesse d’agiter violemment sa crinière platine, dénicher de long en large de hurler ses répliques. La première vraie star hollywoodienne, à l’origine du mythe de la star blonde (elle sera le fantasme absolu de Marilyn Monroe), n’a besoin d’aucun scénario pour captiver l’œil de la caméra. Peu importe qu’elle soit belle ou laide, bonne ou mauvaise actrice : elle incarne la pure cinégénie, car elle possède une énergie vitale qui semble s’adresser uniquement au regard d’un spectateur.

L’autre film contient une critique acerbe du système hollywoodien, c’est-à-dire de cette machine de fabrication de fantasmes et de stars, qui broie les individus afin de les transformer en images. Lola Burns n’a le droit d’avoir d’autres désirs que ceux que son public attend d’elle : comme elle le remarque elle-même, elle n’est rien d’autre qu’une « vache à lait » qui entretient sa famille, ses employés, son studio, l’esclave d’un système qui en fait « le remontant international » de l’Amérique. Même lorsqu’elle tente de s’échapper du monde fictif dans lequel elle vit prisonnière, elle se retrouve dans un décor californien absurde, planté d’une forêt trop parfaite de cactus, à donner la réplique à un amoureux qui débite un mauvais scénario au kilomètre (« Je vous reconnais dans tous les clairs de lune. »).

La réalité a disparu. L’Amérique a disparu au profit d’Hollywood. Les êtres humains ont été remplacés par des acteurs trop, ou trop peu payés, récitant des dialogues écrits par un auteur invisible. Puisqu’il est impossible de vivre, de ressentir, d’aimer il ne reste plus qu’à joue. Tel fut le choix de  Jean Harlow, déjà incandescente er fantomatique dans ses costumes de scène exclusivement blancs, assortis à l’auréole platine de ses cheveux,  pure créature destinée à vivre sur un écran de cinéma ; elle mourra, d’une maladie inexplicable, quatre ans seulement après la sortie de Bombshell.

L’histoire – Lola Burns (Jean Harlow) est une star explosive, dont le moindre geste est scruté par les journaux à scandales qui passionnent ses fans. Dans sa luxueuse villa hollywoodienne, elle entretient ce qu’il lui reste de famille (un père et un frère gravement alcooliques), et une nombreuse domesticité, variable d’un jour à l’autre, qui ne parvient jamais à recréer un peu d’ordre dans l’existence chaotique, au rythme de travail effréné, de la star. Mais la relation la plus passionnelle de son existence tient au couple qu’elle forme avec son agent/attaché de presse, E.J. « Space » Hanlon (Lee Tracy). Chargé d’entretenir l’aura de gloire de sa cliente, celui-ci prend sa mission tellement au sérieux qu’il crée constamment de faux scandales afin d’alimenter quotidiennement la ration d’articles des échotiers d’Hollywood. Il veille égaiement à ce que l’existence de Lola Burns reste conforme aux fantasmes de ses spectateurs, l’empêchant, par exemple, d’adopter un bébé (« Vos fans ne veulent pas d’une femme qui transpire la maternité. »), et louant même les services d’une troupe d’acteurs ratés afin d’organiser une romance qui tourne mal, pour la convaincre de rejoindre l’usine à rêve des Studios.

Les extraits
Fiche technique du film
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