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LE FILM POLICIER AMÉRICAIN DES ANNÉES 1950

Héritiers des films de gangsters des années 30 et des films noirs des années 40, les thrillers des années 50 sont marqués par un réalisme impitoyable, notamment dans l’expression de la violence. A l’aube des années 50, le cinéma policier américain porte en lui un double héritage. La construction dramatique des films de gangsters des années 30, fondée sur le principe classique qui veut qu’au bouleversement d’un certain ordre des choses succède l’instauration d’un ordre plus juste et plus solide, reste la référence de nombreux scénaristes. Mais ces films, qui retraçaient selon ce schéma l’ascension et la chute d’un malfaiteur, continuent d’exercer leur influence dans leur manière de décrire l’univers criminel des grandes villes américaines, ainsi que dans leur façon de faire culminer l’action dans certains types de séquences : poursuites de voitures, fusillades.

LA GRANDE GUERRE ET LE CINÉMA

De la fleur au fusil au sang et à la boue des tranchées, les images de la Grande Guerre ont hanté l’imagination des cinéastes de tous bords, qu’ils aient ou non participé au conflit.
Au tout début de la guerre et pendant les quelques mois qui suivirent, les médias des principaux pays belligérants déclenchèrent à l’attention de leur public une vague de chauvinisme qui tourna à l’hystérie. Au cinéma cela se traduisit par un déferlement de mélodrames patriotiques, véhicules privilégiés de cette offensive de propagande. La Fille du bourgmestre (1914), The England Expects (1914) ou Das Vaterland (1914) appelaient tous à l’enrôlement, présentant les choses en termes simples dans une perspective purement émotionnelle et chauvine. L’adversaire était un monstre assoiffé de sang et ses soldats, des brutes prêtes à toutes les exactions ignobles (le plus souvent, viols et infanticides). Les Alliés parvinrent ainsi à imposer de façon durable l’image du « boche » bestial. Le pacifiste et l’embusqué devenaient les principales bêtes noires de la nation : dans England’s Call (1914), les portraits de Raleigh et de Wellington s’animent pour adjurer un tire-au-flanc de remplir son devoir. Les pacifistes sont encouragés, à faire taire leurs scrupules dans Englishman’s Home et For the Empire (tous deux de 1914).
De tels films – remarquablement identiques des deux côtés – parvinrent un moment à entretenir la fièvre belliciste ; mais le public s’en lassa dès que les premières nouvelles en provenance du front des Flandres commencèrent à filtrer ; la guerre n’était pas ce qu’on voulait leur faire croire. En France la production cinématographique baissa considérablement. En Grande- Bretagne les prises de vues d’actualités connurent une très grande vogue, d’où découle, en partie, la tradition « documentariste » britannique.

WILLIAM A. WELLMAN 

Au début des années 30, Wellman consolide sa position à Hollywood, tournant 17 films en trois ans pour la Warner. Ces œuvres dont la plus connue est The Public Enemy (L’Ennemi public, 1931), font encore l’unanimité aujourd’hui par leur étonnant modernisme et leur ton très personnel.

SAFE IN HELL (La Fille de l’enfer) – William A. Wellman (1931)

Call-girl à la Nouvelle-Orléans, Gilda (Dorothy Mackaill) pensait avoir touché le fond en offrant ses « services » à des hommes. Mais lorsque le client qui se présente à elle est l’homme responsable de sa disgrâce, Gilda est prise d’une rage meurtrière. Recherchée pour assassinat et en cavale, elle trouve refuge dans les bras d’un marin (Donald Cook) qui va la conduire malgré elle en enfer…

NIGHT NURSE (L’Ange blanc) – William A. Wellman (1931) 

William A. Wellman ne filme pas le personnage archétypal de l’infirmière comme un pur objet de désir et de fantasmes, même si plusieurs scènes, au début du film, assument avec humour la confusion entre la fonction d’infirmière et celle de strip-teaseuse. Les séquences de déshabillage sont menées avec un mélange de naturel décontracté et de vitesse qui définit bien ce que serait « l’éternel féminin » selon Wellman : une femme qui n’a jamais honte d’elle-même (ni de son corps, ni de ses désirs, ni de ses principes), et accomplit sa destinée tambour battant, sans se laisser décourager par les obstacles, les injustices ou les inégalités qui frappent ses origines sociales et son sexe.

FEMALE – Michael Curtiz, William A. Wellman, William Dieterle (1933)

La bande-annonce de Female résume parfaitement son propos, si l’on considère que la fin « romantique », expédiée en quelques minutes, est artificiellement plaquée sur le véritable sujet du film : « La plupart des femmes dissimulent leurs désirs… Voici l’histoire d’une femme qui en fait ouvertement étalage ! Female montre comment les femmes modernes font la chasse aux hommes. »