DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955)  

Dans Daddy long legs (Papa longues jambes), les raffinements du ballet parisien se mêlent à l’énergie du music-hall américain. Servi par la musique de Johnny Mercer, le film de Jean Negulesco marque l’unique rencontre à l’écran de deux légendes de la comédie musicale : le géant Fred Astaire et l’étoile Leslie Caron.  

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DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron
Ecran large

Lors de la sortie de Daddy long legs, tous les critiques s’accordent sur un point : la très grande qualité visuelle du film. Ce qui n’est guère étonnant, dans la mesure où Jean Negulesco se définit autant comme un peintre que comme un cinéaste. Il a été en outre épaulé par deux spécialistes de la question, les directeurs artistiques John De Cuir (The King and I, South Pacific) et Lyle Wheeler (Gone with the Wind, The Seven Year Itch), qui se verront tous deux nommés à l’Oscar pour le film. Negulesco a aussi bénéficié du savoir-faire de Leon Shamroy, grand chef-opérateur qui compte à son actif des œuvres aussi importantes que The Robe, Cleopatra, et Planet of the Apes. Shamroy maîtrise notamment le format du Cinémascope, nouvelle arme utilisée par la Fox dans les années 50 pour contrer la concurrence de la télévision. Mais si le public apprécie cet écran extra large, ce n’est pas le cas de Fred Astaire, qui, depuis plus de vingt ans, compose ses chorégraphies pour un format d’image beaucoup plus resserré. Pour son premier film «en scope », le danseur doit donc trouver le moyen d’utiliser au mieux ces vastes espaces : observer la manière dont il s’y prend n’est pas le moindre intérêt de Daddy long legs.

Héritier d’une immense fortune, le milliardaire Jervis Pendleton III (Fred Astaire) a deux passions dans la vie : la musique et les jolies femmes. Ayant accepté de participer à une mission diplomatique en France, il se rend par hasard dans un orphelinat, où il découvre une belle jeune fille, Julie André (Leslie Caron). Jervis décide aussitôt de l’adopter et de financer ses études au sein d’une prestigieuse université américaine. Mais il devra pour cela rester anonyme…

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DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron
Infatigable Papa

Le roman « Daddy long legs » est bien connu aux États-Unis, où il a été publié en 1912 par Jean Wesbster, une petite-nièce de Mark Twain. Adaptée au théâtre deux ans plus tard, cette histoire romantique sera ensuite popularisée par une série de films : Mary Pickford interprète la belle orpheline dès 1919, suivie par Janet Gaynor en 1931, et par la petite Shirley Temple en 1935. Ces deux derniers films ont été produits par la Fox, qui décide au début des années 50 de remettre « Daddy long legs » au goût du jour en en livrant une version musicale, et en couleurs. Mitzi Gaynor est d’abord pressentie pour jouer l’héroïne, mais lorsque le film est finalement mis en chantier en 1954, le studio préfère « emprunter » Leslie Caron à la MGM, à la demande, dit-on, de Fred Astaire. Car, révélée trois ans plus tôt par An Américain in Paris, la jeune Française est à l’époque la coqueluche de la comédie musicale.

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DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron
Oh la la !

Afin d’exploiter le charme exotique de l’actrice, le scénario de Daddy long legs se voit modifié par Phoebe et Henry Ephron (leur fille Nora sera plus tard la scénariste de When Harry Met Sally…). Alors que l’orpheline du roman est américaine et se nomme Judy Abbott, celle du film devient une Française affectionnant comme il se doit l’expression « Oh la la ! » Leslie Caron est alors tellement cotée à Hollywood qu’elle obtient de créer elle-même les costumes de son personnage. De son côté, le réalisateur Jean Negulesco met lui aussi la main à la pâte, en peignant le portrait cubiste représentant Jervis Pendleton dans le film, ainsi que l’affiche annonçant le spectacle de Julie dans l’un des ballets. Cet ancien décorateur de théâtre est à l’époque l’un des cinéastes attitrés de la Fox, pour qui il vient de signer How to Marry a Millionaire et Three Coins in the Fountain.

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DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron
The show must go on

Le tournage de Daddy long legs doit commencer le 15 septembre 1954, mais la femme de Fred Astaire, Phyllis, succombe à un cancer le jour précédent. Effondré, l’acteur annonce qu’il ne pourra jouer dans le film, et propose aux producteurs de les dédommager. Mais il parviendra finalement à surmonter sa douleur pour participer à ce projet qui lui tient très à cœur, et pour lequel il a obtenu que son vieil ami Johnny Mercer compose les chansons. Celui-ci lui a notamment concocté le morceau « Something’s Got to Give », qui va devenir un standard. Et il a accepté que le groupe vocal The Pied Pipers reprenne dans le film sa chanson « Dream », dont ils avaient fait un succès en 1945 (ils l’interprètent lors du bal, avec l’orchestre de Ray Anthony).

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DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron

Seule la musique du « Nightmare Ballet », qui voit Leslie Caron danser à Paris, Hong Kong et Rio, sera composée par Alex North, tandis que Roland Petit en signe la chorégraphie. Pour les autres numéros, c’est Fred Astaire, assisté de Dave Robel, qui mettra au point les pas, en tirant parti des talents de danseuse classique de sa partenaire…

DADDY LONG LEGS (1955)
DADDY LONG LEGS – Jean Negulesco (1955) – Fred Astaire, Leslie Caron
Petit sur grand écran

Suite au succès new-yorkais de leurs spectacles « Carmen » et « La Croqueuse de diamants », Roland Petit et Zizi Jeanmaire s’envolent en 1952 pour Hollywood. Zizi tient en effet l’un des rôles principaux de la comédie musicale Hans Christian Andersen, dont Petit signe (et danse) l’un des numéros. Ce dernier compose ensuite des chorégraphies pour deux films de Leslie Caron, qui se trouve être une ancienne danseuse de sa compagnie : The Glass Slipper et Daddy long legs, pour lequel il met au point le long numéro qui entraîne l’héroïne à Paris, Hong Kong et Rio. Salué pour ce morceau de bravoure, Roland Petit se voit confier l’année suivante deux numéros dans Anything Goes, comédie musicale adaptée d’un spectacle de Cole Porter, et dans laquelle Zizi Jeanmaire côtoie Bing Crosby, Mitzi Gaynor et Donald O’Connor. De retour à Paris, le chorégraphe met égaIement en scène les numéros de son épouse dans deux films d’Henri Decoin, Folies-Bergère et Charmants garçons. Après quoi il fait sa dernière incursion au cinéma en 1960 pour Les Collants noirs, film de Terence Young interprété par trois danseuses mythiques : la Française Zizi Jeanmaire, la Britannique Moira Shearer et l’Américaine Cyd Charisse.

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Les extraits
Casting
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Née en 1929 à Los Angeles, l’actrice Terry Moore tient son premier rôle à onze ans dans Maryland, mais c’est à l’adolescence qu’elle devient une vedette grâce à des films comme Sa dernière foulée, Monsieur Joe, et Reviens, petite Sheba (qui lui vaut une nomination à l’Oscar en 1952). Si elle décroche ensuite quelques rôles importants (dans Capitaine King, Le Temps de la colère, Peyton Place), ce sont surtout ses amours qui la rendront célèbre – elle sera notamment la maîtresse d’Henry Kissinger, et déclarera avoir été secrètement mariée à Howard Hughes.
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Frederick Clark (1914- 1968) abandonne des études de médecine pour débuter à Broadway en 1938. Après avoir combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, il tourne en 1947 son premier film, The Unsuspected, qui marque le début d’une longue série de seconds rôles « typés », Fred Clark va exceller dans les personnages d’hommes d’affaires irascibles, de gentlemen guindés et d’inquiétants mafieux. On l’appréciera entre autres dans L’Enfer est à lui, (1949), Boulevard du Crépuscule (1950), Une place au soleil (1951) et Comment épouser un millionnaire (1953).

Thelma Ritter : une actrice spécialisée dans les seconds rôles mais à la notoriété et la popularité immenses.  Devenue la reine des seconds rôles au début des années 50, l’actrice de Rear window et des Misfits a bien souvent volé la vedette à ses prestigieux partenaires.

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Thelma Ritter

Née à Brooklyn Je 14 février 1905, Thelma Ritter gardera toute sa vie la gouaille des faubourgs de New York.  Découvrant le théâtre au lycée, elle s’inscrit ensuite à l’American Academy of Dramatic Arts, une célèbre école de Manhattan. La jeune fille débute en 1926 à Broadway, avant de se marier l’année suivante avec l’acteur Joseph Moran, qui abandonnera le métier pour devenir publicitaire. Si Thelma interrompt elle aussi sa carrière pour s’occuper de leurs deux enfants, elle recommence à se produire sur scène et à la radio dans les années 30. Ce n’est qu’en 1947 qu’elle fait ses premiers pas devant la caméra, pour le film Miracle on 34th Street. Son rôle y est très court, mais l’actrice révèle un tel tempérament que le patron de la Fox, Zanuck, la repère. Le producteur lui confie un petit rôle l’année suivante dans le film noir Call Northside 777, et surtout dans A Letter to Three Wives, ce qui vaut à Thelma de rencontrer Joseph Mankiewicz. Impressionné par sa prestation en voisine râleuse et caustique, le cinéaste se promet de travailler à nouveau avec elle.

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Thelma Ritter

Thelma Ritter incarne donc en 1950 Birdie Coonan, la camériste de Bette Davis dans All about Eve. Ce rôle lui vaut sa première nomination à l’Oscar – il y en aura cinq autres, sans qu’elle obtienne jamais la statuette. Et pourtant, l’actrice devient au cours des années 50 l’un des plus célèbres seconds rôles d’Hollywood. Irrésistible dans le rôle-titre de The Mating Season, où elle affronte Gene  Tierney et Miriam Hopkins, elle tourne ensuite avec les plus grands cinéastes  : George Cukor la dirige dans la comédie The Model and the Marriage Broker, Samuel Fuller lui offre l’une de ses rares prestations dramatiques dans Pickup on South Street, et Hitchcock en fait l’infirmière intraitable de Rear window. Après avoir gagné un Tony à Broadway pour la comédie musicale New Girl in Town, l’actrice retrouve l’écran pour jouer, entre autres, l’irrévérencieuse gouvernante de Doris Day dans Pillow Talk, la compagne d’infortune de Marilyn Monroe dans The Misfits, et la mère de Burt Lancaster dans Birdman of Alcatraz. Cette actrice très populaire succombera à une crise cardiaque en 1969.

 

Fiche technique du film

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. roijoyeux dit :

    Tout le cinéma que j’adore, merci Laurent pour ce blog extraordinaire et joyeuses fêtes !!

    J'aime

    1. Un grand merci pour tous vos commentaires et joyeuses fêtes de fin d’année.

      Aimé par 1 personne

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