REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock (1954)

Immobilisé dans son appartement avec une jambe cassée, le photographe L.B. Jefferies observe ses voisins, leur prêtant des vies imaginaires, jusqu’à ce qu’un cri dans la nuit le persuade que l’un d’eux est un meurtrier. Avec Rear Window (Fenêtre sur cour), Hitchcock montre qu’il peut être dangereux d’épier ses voisins. Dans ce thriller haletant, une curiosité bien naturelle – et sans doute compréhensible – envers la vie des autres plonge James Stewart et Grace Kelly dans un cauchemar de meurtre et de suspense. 

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REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954 – James Stewart, Grace Kelly

Alors qu’Hitchcock tournait Dial M for murder (Le Crime était presque parfait) pour Warner, en 1953, son agent Lew Wasserman, anticipant le bon accueil escompté pour ce film et exploitant le succès de Strangers on a Train (L’Inconnu du Nord-Express, 1951), passa un nouveau contrat avec la Paramount pour le tournage de neuf films. Le premier devait être, en 1954, Rear window ; d’après une nouvelle de Cornell Woolrich.

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REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954 – James Stewart, Grace Kelly
Un monde virtuel

Hitchcock trouvait très stimulante l’idée de travailler dans un lieu unique, comme il l’avait déjà fait pour Rope (La Corde)Lifeboat et Dial M for murder. Un tour de force technique de ce type le motivait, car il aimait affronter les obstacles, pour le plaisir de les contourner ou de les dépasser. Mais cette fois, la plus grande partie du film devait être tournée à travers les yeux du personnage principal, le photographe indépendant L. B. Jefferies (« Jeff ») – un personnage un peu voyeur, dirigé par un réalisateur voyeur pour un public voyeur.

La quasi-totalité du film se passe dans l’appartement new-yorkais de Jeff, au cœur du quartier bohème de Greenwich Village, Le script prévoyait également sept ou huit autres appartements, où devaient se dérouler des scènes vues par Jeff. Une telle contrainte excluait des décors naturels car, même si l’on avait trouvé un immeuble approprié, il eut été pratiquement impossible d’obtenir une lumière adéquate dans les différentes pièces, de nuit comme de jour.

Rear window a donc entièrement été tourné dans un énorme décor monté sur le plateau 17, le plus grand des studios Paramount. Il comprenait en tout trente et un appartements, dont douze parfaitement meublés et aménagés, avec l’eau courante et l’électricité. L’ensemble fut construit selon les indications d’Hitchcock, mais en se basant sur un lieu réel, dans Greenwich Village. Dans la cour en contrebas, il y a des arbustes, un petit jardin et une allée étroite conduisant à la rue, où l’on aperçoit des voitures et des piétons.

Selon Grace Kelly, qui joue Lisa Fremont la petite amie de Jeff, pendant le tournage de  Dial M for murder, Hitchcock évoquait sans cesse la chose : « Quand il avait un moment de tranquillité, il se laissait aller à parler de la construction du formidable décor. C’était pour lui une véritable délectation. » Mais, selon elle, ce n’était pas tant les petits détails des logements qui aiguisaient son appétit, que « les gens que l’on devait voir dans les appartements en face de la fenêtre sur cour, avec leurs petites histoires, et la manière dont ils émergeraient comme personnages et ce qu’ils révéleraient ».

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L’appartement de Jeff a été le cœur des opérations. Les acteurs (ici Stewart et Wendell Corey assis, et Grace Kelly debout) étaient confinés dans une zone étroite, les techniciens et la réalisation devant se serrer dans l’espace restant.
John Michael Hayes

Rear window s’annonçait sous de bons auspices non seulement par la préparation satisfaisante du décor, mais aussi sur un autre plan. Jusque-là, c’est à sa femme Alma qu’Hitchcock avait confié les relations avec les auteurs chargés de préparer le scénario et les scripts ; mais cette fois, celle-ci désirait rester en retrait. Ainsi, pour la première fois, le réalisateur a dû faire entièrement confiance à un auteur tout en affirmant sa conception des choses avec vigueur, bien sûr. Le choix effectué par le réalisateur allait s’avérer très heureux. John Michael Hayes, né en 1919 et ancien journaliste, avait travaillé précédemment sur le script de quatre films, dont Thunder Bay (Le Port des passions) d’Anthony Mann, avec James Stewart. Il avait également écrit, avec succès, des dramatiques à suspense pour la radio et c’est son talent dans ce domaine qui a conduit Hitchcock à lui demander d’abord de se charger de l’adaptation de Rear window, puis d’en achever le script.

James Stewart - rear window - & Grace Kelly
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954 – James Stewart, Grace Kelly

La collaboration des deux hommes sur le scénario fut fructueuse. Hitchcock avait demandé à Hayes d’élargir l’histoire originelle en introduisant diverses intrigues secondaires pour les autres appartements, afin de faire écho au thème central du film : les relations entre le photographe L. B. Jefferies, qui fuit les responsabilités et dont le rôle était écrit pour James Stewart et sa petite amie, une femme du monde élégante.

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REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954 – James Stewart, Grace Kelly
Lisa

Le scénariste John Michael Hayes connaissait James Stewart car il avait travaillé avec lui dans Thunder Bay, mais pas Grace Kelly, qui devait jouer Lisa. Le réalisateur s’est donc arrangé pour que l’auteur passe une huitaine de jours en compagnie de l’actrice. Finalement, le personnage créé a été une sorte d’hybride entre Grace Kelly (qui avait débuté comme mannequin) et Mel Lawrence, l’épouse de Hayes.

Dans la nouvelle originelle, le seul contact du photographe avec le monde extérieur était une domestique noire. Hayes et Hitchcock ont remplacé ce personnage conventionnel par une infirmière, Stella, figure maternelle interprétée par Thelma Ritter. L’une des meilleures actrices de seconds rôles d’Hollywood. Les conversations entre Stella et Jeff, au début du film, éclairent le passé de celui-ci et présentent sa relation avec Lisa. Mais la fonction essentielle de l’infirmière consiste à dispenser un humour désabusé à l’Intention du public. Ainsi, selon Hayes, les spectateurs allaient « pouvoir s’esclaffer ensemble, s’accrocher aux sièges ensemble et crier ensemble ». De fait le script est plein d’esprit, ce qui rend les personnages à la fois crédibles et sympathiques. Hitchcock a été si satisfait du travail de son auteur qu’il l’a embauché pour ses trois films suivants.

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Contourner la censure

Toutefois, avant le tournage, Il fallait encore franchir un obstacle, celui des censeurs, ce qui n’était pas une petite affaire en ce début des années 1950. Le script comportait de nombreuses allusions à la sexualité, même s’il nous paraît aujourd’hui bien anodin. Il y avait le dos nu, les sous-vêtements et les pas de danse de Miss Torso, l’agression sur Miss Lonelyheart (« Cœur solitaire »), l’appétit sexuel de la jeune mariée et l’adultère supposé de Thorwald. En outre, la relation centrale entre Jeff et Lisa laissait supposer des relations sexuelles hors mariage. Tout cela faisait un cocktail détonant pour le très prude Joseph Breen, censeur en chef au Hayes Office depuis une vingtaine d’années. Toutefois, ce personnage était sur le point de se retirer et ses nombreuses objections au script n’ont, pour la plupart, pas été retenues par son successeur ; Geoffrey M. Shurlock, plus sensible à l’évolution de l’opinion : le script de Fenêtre sur cour est donc sorti presque indemne de l’épreuve.

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Raymond Burr, qui deviendra célèbre dans les rôles de Perry Mason et de Robert T. Dacier (L’Homme de fer), joue Lars Thorwald. Malicieusement, Hitchcock l’a fait maquiller pour qu’il ressemble à David O. Selznick, le producteur de la Warner.
De pied en cap

Hitchcock attachait autant d’importance aux tenues de ses acteurs qu’au décor. La responsable des costumes, Edith Head, a rapporté qu’il a pratiquement défini lui-même toute la garde-robe-couleurs et style – de Grace Kelly. Parfois, dans le film, la tenue de l’actrice l’associe visuellement à une autre femme, notamment à l’une des célibataires, Miss Torso et Miss Lonelyheart, ou illustre un thème. Ainsi, le réalisateur a voulu que le costume de Lisa, lors de sa première apparition, suggérât « une porcelaine de Dresde, quelque chose que l’on peut à peine toucher ». Dans un cas au moins, sa tenue a un sens symbolique précis : à la fin du film, elle est en pantalon, ce qui revient à dire qu’elle porte la culotte ! Pour faciliter l’identification des occupants des autres appartements que l’on aperçoit depuis la fenêtre de Jeff, leur costume est typé. Miss Lonelyheart, par exemple, s’habille en vert émeraude.

Un bon tournage

Après cette préparation méticuleuse, le tournage lui-même a été facile. Sur le plateau, l’atmosphère était détendue, Hitchcock et Stewart étalent désormais de vieux amis et selon l’acteur, ils étaient tous deux, comme le reste de l’équipe d’ailleurs, « fous de Grace Kelly. Le matin, on s’asseyait tous pour attendre son arrivée afin de pouvoir la regarder. Elle était gentille pour chacun, pleine d’égards, parfaite, et tellement belle ! » 

Acteurs muets

Les acteurs affectés à un rôle quasi-muet, dans les autres appartements, étaient eux aussi au diapason. Georgine Darcy (Miss Torso) a confié n’avoir reçu aucune directive chorégraphique pour ses exercices suggestifs. Il lui avait simplement été demandé d’improviser – ce dont elle s’est acquittée avec bonheur. Ces acteurs portaient une oreillette qui permettait à Hitchcock de les guider – et qu’il a parfois utilisée d’une manière inattendue. Ainsi, à un moment, le mari et la femme propriétaires du chien, qui sont couchés dehors sur l’escalier de secours, doivent rentrer précipitamment à cause d’une averse  ; au tournage, Hitchcock s’est ingénié à leur souffler dans leurs oreillettes des instructions contradictoires. Cela a provoqué un épisode franchement comique, les deux acteurs se disputant le matelas et le mari faisant finalement la culbute.

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ON SET – REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954
Problèmes d’objectifs

Hitchcock a utilisé différents objectifs pour rapprocher l’action vue à travers les yeux de Jeff. Passant du 50 mm au 75 mm et au 100 mm pour traduire l’intérêt grandissant du photographe, il a eu recours au téléobjectif de 150 mm et de 250 mm pour les plans que Jeff est censé regarder dans ses jumelles ou dans son téléobjectif. Toutefois, avec le 250 mm, la profondeur de champ était très réduite et les acteurs devenaient flous dès qu’ils bougeaient. Pour résoudre le problème, on a utilisé un objectif de 150 mm en montant la caméra sur une perche afin de l’avancer au-dessus de la cour. Le procédé produit un effet saisissant quand Thorwald se rend compte qu’il est observé et jette un regard noir vers la caméra c’est-à-dire vers Jeff.

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REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954

Ainsi, la méticuleuse préparation de Hitchcock et sa direction, le remarquable script, une équipe technique très inventive et la très bonne prestation des acteurs ont contribué à la réussite de ce film, justement classé parmi les cent meilleurs jamais tournés. Le décor de Rear window est censé situer le film à Greenwich Village, célèbre quartier new yorkais de Manhattan. Hitchcock voulait que l’ensemble soit très réaliste. Il a fait prendre des photos sur le terrain pour peaufiner les détails et enregistrer les bruits de la rue afin de reproduire l’ambiance sonore.

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ON SET – REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954 – James Stewart, Grace Kelly
L’histoire « découpée »

Générique – Les volets s’ouvrent lentement derrière les titres, comme un rideau de théâtre qui se lève, donnant à la fenêtre valeur de scène ou d’écran de cinéma. Les trois volets symbolisent les trois étapes de la méthode d’Hitchcock, qu’il résume ainsi : « Un homme regarde ; il voit ; il réagit. »
Le matin – Le photographe L. B. Jefferies s’éveille dans son appartement new-yorkais. Voilà six semaines qu’il y est bloqué, la jambe dans le plâtre, sans autre occupation que d’observer ses voisins. Tandis qu’il téléphone à son rédacteur en chef, il est témoin d’une dispute conjugale dans l’appartement d’en face.
L’infirmière – Jeff reçoit la visite de Stella, l’infirmière, qui le soigne tout en plaisantant. Le dialogue introduit sa relation avec Lisa et son aversion pour tout engagement, thème central du film. Stella reproche aussi à Jeff sa manie d’épier (autre thème récurrent) qui, dit-elle, lui attirera des ennuis.
Surprise ! – Le soir, Jeff est réveillé par un baiser de sa petite amie, Lisa Fremont, qui allume les lumières dans la pièce, allant de lampe en lampe avec grâce. On livre un dîner qu’elle a commandé à un grand restaurant. Lorsqu’elle évoque sa journée et ses rêves d’avenir, Jeff se renfrogne.

Le théâtre de la cour – Alors que Lisa, vexée, s’affaire dans la cuisine, Jeff recommence à épier. Miss Lonelyheart (« Cœur solitaire ») reçoit un soupirant imaginaire et, incapable de poursuivre ce rôle, s’effondre en larmes. Miss Torso, au contraire, est entourée d’admirateurs. Le représentant de commerce sert à dîner à sa femme alitée et tous deux se disputent. Lisa apporte le plat réchauffé de la cuisine et demande d’où vient la musique enchanteresse que l’on entend. Jeff lui parle du compositeur.
Rapports tendus – Le dialogue entre Lisa et Jeff laisse entendre que ce dernier voit dans la jeune femme une menace pour son style de vie aventureux. Lorsqu’elle lui offre de partager son existence, il la rabroue en lui expliquant qu’elle est trop habituée au luxe pour pouvoir supporter l’inconfort de ses missions. Lisa quitte la pièce, profondément peinée. Jeff la retient un instant en lui proposant de s’en tenir au statu quo. Après son départ, il contemple la cour endormie. Soudain, un cri retentit dans la nuit.
Pluie d’une nuit d’été – Somnolent dans son fauteuil, Jeff est réveillé par une pluie d’orage. Il perçoit diverses scènes dans l’immeuble d’en face, et remarque en particulier le représentant de commerce qui, à plusieurs reprises, sort de chez lui sous la pluie, puis revient, toujours avec sa valise d’échantillons. Enfin, à l’aube, alors que Jeff s’est endormi, il sort avec à son bras une femme en noir.
Soupçons – Le lendemain, Jeff parle à Stella des allées et venues suspectes du représentant de commerce. Tous deux voient ce dernier jeter un regard noir au chien des voisins qui renifle les plates-bandes. Jeff observe le représentant de commerce avec ses jumelles et son téléobjectif. Il le voit envelopper une scie et un couteau de boucher dans du papier journal, et commence à le soupçonner de meurtre.

Lisa convaincue – Lisa reproche encore à Jeff sa curiosité, mais quand elle voit le suspect fermer une grande malle avec une grosse corde, sa résistance s’émousse. Elle va jusqu’au bâtiment d’en face et découvre que l’homme s’appelle Lars Thorwald. Le lendemain matin, pendant que Stella s’affaire près de lui, Jeff appelle l’inspecteur Tom Doyle, un copain de régiment, et lui fait part de ses soupçons. L’infirmière se délecte de suppositions macabres. Deux manutentionnaires viennent enlever la malle de Thorwald.
Détective – Doyle sceptique, accepte quand même de vérifier les dires de Jeff. Il revient peu après avec une explication simple et convaincante à propos de la disparition de Mrs Thorwald, qui aurait tout simplement pris le train et se trouverait à Merritsville. Le dépit de Jeff, qui n’a pas été pris au sérieux, se manifeste par des démangeaisons au bout de son pied immobilisé dans le plâtre ; il se met à se gratter le gros orteil avec délice, au moyen d’un gratte-dos.
Pour la nuit – Ce soir-là, Jeff regarde Miss Lonelyheart se préparer et sortir. Une réception est organisée chez le compositeur. Puis il voit Thorwald rentrer chez lui, faire ses bagages et parler des bijoux de sa femme au téléphone. Lisa arrive et déclare qu’elle va rester pour la nuit – une première à laquelle Jeff réagit sans enthousiasme. Lisa affirme qu’une femme ne part jamais sans ses bijoux. Contrepoint ironique à la scène, on entend la Jeune mariée rappeler son mari qui fume à la fenêtre.
Affaire classée – Doyle revient. Jeff est gêné par les signes de la présence de Lisa : son ombre au plafond, son déshabillé, ses pantoufles. Le photographe présente la jeune femme à l’inspecteur, qui réfute les théories du couple et se plaint de l’intuition féminine, qu’il juge totalement irréaliste. Finalement, il propose d’oublier toute l’affaire et de boire un bon verre entre amis. Mais il comprend qu’il ne pourra pas vaincre l’obsession de Jeff et Lisa, et finit par quitter les lieux.

Second meurtre – Dépités, Lisa et Jeff retournent à la fenêtre et contemplent la triste fin de soirée de Miss Lonelyheart. Alors qu’ils ont baissé leurs stores, un cri retentit. Le chien du couple de l’escalier de secours est retrouvé étranglé. Le couple se répand en lamentations, tandis que Thorwald est le seul à ne pas se montrer. Il fume chez lui, dans l’obscurité.
Chantage – Le soir suivant, Stella, Lisa et Jeff continuent à épier. Thorwald lave les murs de sa salle de bains. Jeff est convaincu que quelque chose est enterré dans la plate-bande. Il téléphone à Thorwald, se fait passer pour un maître chanteur et lui fixe un rendez-vous dans un bar proche. Thorwald sort. Lisa et Stella descendent dans le jardin, creusent, mais ne trouvent rien.
L’alliance – Lisa s’introduit chez Thorwald pour y rechercher les bijoux de sa femme. Hélas, l’homme revient. Jeff assiste, impuissant et anxieux, à la confrontation. Il appelle la police. La jeune femme se fait arrêter pour vol. Jeff s’aperçoit, en regardant avec son téléobjectif, qu’elle porte au doigt l’alliance de Mrs Thorwald. Il appelle son ami Thomas Doyle.
Dernier acte – Le téléphone sonne chez Jeff, mais personne ne parle. La porte de l’immeuble claque, des pas approchent. Thorwald entre chez Jeff et l’accule contre la fenêtre, bien que celui-ci tente de se défendre en l’éblouissant à coups de flashs. Thorwald fait basculer Jeff par la fenêtre. La police surgit et se saisit de Thorwald. Jeff lâche prise et tombe.
Conclusion – Un dernier panoramique sur les habitants de la cour conclut les histoires secondaires : le compositeur fait entendre à Miss Lonelyheart l’enregistrement du morceau sur lequel il travaillait ; des peintres refont l’appartement des Thorwald ; le couple de l’escalier entraîne un chiot à monter dans le panier ; le fiancé de Miss Torso, un soldat de petite taille, rentre au foyer et manifeste plus d’intérêt pour le contenu du réfrigérateur que pour la belle danseuse ; les nouveaux mariés ont troqué leur lune de miel contre des querelles. Enfin, nous pénétrons chez Jeff pour le trouver dans son fauteuil roulant, mais dos à la fenêtre et l’air apaisé. Il a les deux jambes dans le plâtre – châtiment de son voyeurisme ? Selon Hitchcock, « il l’a mérité ! « 

Effets spéciaux : le décor de Greenwich Village

Jamais la Paramount n’avait construit un décor aussi gigantesque : 56 mètres de long, 11.5 mètres de large et 12 mètres de haut, pour le coût astronomique de 100.000 $ ! Le problème principal, pour faire entrer Greenwich Village dans Hollywood, a été la hauteur des immeubles (qui comportaient quatre ou cinq étages), d’autant plus qu’il fallait qu’apparaissent, dans le lointain, les gratte-ciel de New York. Les techniciens démontèrent le sol du plateau 17 afin d’exploiter l’espace des caves souterraines. Comme ce n’était pas suffisant, ils creusèrent – au point d’atteindre la nappe phréatique! Il a fallu ensuite pomper l’eau entre les prises de vue. L’appartement de Jeff, d’où il observe ses voisins, théoriquement situé au deuxième étage, était en réalité au niveau du rez-de-chaussée d’origine.

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ON SET – REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock – 1954

Pour éclairer cet immense décor et créer les effets des diverses heures du jour, il a fallu avoir recours à 1000 lampes à arc pour le plein soleil, sans compter 2000 autres lampes, moins puissantes, nécessaires pour les effets additionnels. La Paramount a dû mobiliser la presque totalité de son matériel d’éclairage sur le tournage.

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La mise en place et le démontage de l’éclairage pour simuler les différents moments de la journée dans les appartements aurait pris trop de temps. Les diverses pièces ont été pré-éclairées par Robert Burks, le directeur de la photographie : le système était télécommandé depuis l’appartement de Jeff à l’aide d’une grosse « table de commande ressemblant à la console d’un orgue énorme  ». Hitchcock contrôlait tout à la fois les acteurs et l’éclairage, « par-dessus l’épaule de Jeff  ». Les appartements d’en face étant à plus de 20 mètres de la fenêtre, Hitchcock utilisait pour communiquer une radio ondes courtes : c’est ainsi qu’il donnait ses instructions aux acteurs, qui portaient une oreillette couleur chair.

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Bruitage

Rear window n’a pas véritablement de bande musicale. Pourtant, on entend presque toujours de la musique en fond sonore – jouée par une radio ou un tourne-disque, ou encore provenant de l’appartement du compositeur. Il s’agit en général de jazz, bien dans la note du quartier de Greenwich Village et choisi par le compositeur Franz Waxman dans le catalogue des productions musicales de la Paramount. C’est Hitchcock qui a eu l’idée d’utiliser la chanson populaire chantée par Bing Crosby (tirée du film Road to Bali, de Hal Walker), « To see you is to Love you  », pour souligner le plaisir évident de Jeff quand il regarde son amie Lisa. On dit également que le réalisateur n’est pas étranger au choix (effectué comme un clin d’œil) d’un autre succès de l’heure, « Mona Lisa », rendu fameux par Nat King Cole, pour la scène où Lisa se plaint à l’inspecteur Thomas Doyle.

Fiche technique du film 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. francefougere dit :

    Bonjour ! Hitchcock s’est inspiré de l’histoire vraie vécue par Grace Kelly et Robert Capa qui ne pouvait pas durer en raison de leurs modes de vie différents.
    Un beau film- merci 🙂
    amicalement

    Aimé par 1 personne

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