NOTORIOUS – Alfred Hitchcock (1946)

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman

Il est des sujets qui donnent des ailes à Hitchcock. L’amour en fait partie. Le film sorti en 1946, sur lequel le réalisateur avait commencé à travailler avec son scénariste Ben Hecht avant même la fin de la guerre, transcende les genres cinématographiques et atteint au chef-d’œuvre absolu. Plus encore qu’avec le scénario, c’est derrière la caméra qu’Hitchcock donna la mesure de son talent, façonnant Notorious au gré du tournage avec une maîtrise vérifiée à chaque instant.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Ingrid Bergman, Claude Rains, Leopoldine Konstantin
Amour contre poison

Pour racheter le passé de son père, Alicia accepte d’infiltrer un groupe d’espions nazis… Mais la vie d’agent double comporte des risques. Découverte, Alicia est empoisonnée. Un seul antidote : l’amour.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman

C’est en pleine guerre que naquit le projet de Notorious. En août 1944, la chef du département littéraire de David Selznick informait son patron «[Hitchcock] paraît vraiment désireux de tourner une histoire où la confiance aurait une place très importante et où Ingrid Bergman, à laquelle il tient beaucoup, pourrait jouer le rôle d’une femme méticuleusement formée pour accomplir une mission de confiance exceptionnelle, au point d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. » Avant même que son producteur ait eu le temps de réagir, Hitchcock partait pour Londres. Il en revint avec un synopsis complet de Notorious. Restait à décider Selznick. Ce ne fut pas difficile. Alors que Spellbound (La Maison du docteur Edwardes) prenait sa forme définitive, Selznick put se convaincre que ce serait un succès (la sortie du film allait bientôt lui donner raison), et – on ne change pas une équipe qui gagne ! – il fut enchanté de relancer le trio Alfred Hitchcock, Ingrid Bergman, Ben Hecht (le scénariste) sur un nouveau projet.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains

Trois semaines durant, enfermés, Hecht et Hitchcock travaillèrent sur les principales scènes du film, que le réalisateur récrivait la nuit… Le scénario prenait forme, l’histoire s’étoffait et de nouveaux éléments venaient s’y greffer.
Ainsi, l’uranium fit son apparition et le profil des méchants se précisa. Hitchcock eut beau expliquer à Selznick que l’uranium n’était qu’un MacGuffin, le producteur n’aimait guère l’idée. Il avait reçu une lettre du F.B.I. l’informant de la volonté des services secrets américains d’avoir un droit de regard sur le scénario. Pour cette raison, et parce qu’il était occupé – voire préoccupé – par la production de Duel in the Sun (Duel au soleil) de King Vidor ; Selznick choisit de se débarrasser de son trio gagnant. Il vendit, en tant que « package» dira Hitchcock, le réalisateur, son scénariste et son actrice à la R.K.O. pour la somme de 800 000 dollars, plus 50 % des bénéfices.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman
L’épure et la rime

Le tournage commença en octobre 1945. Il dura jusqu’à la mi-janvier 1946, et des prises supplémentaires furent nécessaires, en janvier d’abord, puis en avril.
De fait, malgré le temps consacré au scénario, Hitchcock avoua avoir « fini le découpage technique presque au fil de la production ». Le film y gagna. Le réalisateur mit tout son talent au service d’un découpage technique d’une grande cohérence et d’une grande fluidité, faisant preuve d’une incroyable capacité d’adaptation et de réaction durant le tournage. Le résultat selon Truffaut est que le film atteint « le comble de la stylisation et le comble de la simplicité. » La simplicité, c’est bien ce à quoi Hitchcock s’attacha durant ces journées de tournage, et plus encore lors des prises de vues supplémentaires, en janvier et en avril. Au fur et à mesure que la production avançait, il élimina le superflu et renforça ainsi la cohérence de l’ensemble. Comme l’a remarqué Bill Krohn, plus que jamais, sur le tournage de Notorious, Alfred Hitchcock « écrit avec la caméra ».

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains, Louis Calhern

La comparaison du scénario original et du film fini en témoigne. De nombreuses scènes écrites s’avérèrent inutiles après qu’Hitchcock eut filmé tel ou tel plan. Ainsi, Prescott devait apparaître dans plusieurs séquences où il aurait témoigné de sa compréhension des sentiments et de la position de Devlin vis-à-vis d’Alicia. Le Simple fait d’introduire le regard de l’agent sur la bouteille de champagne oubliée par Devlin, lorsqu’il apprend la teneur de la mission, nous fait comprendre que Prescott est au courant de ce qui se trame entre les deux personnages. Dès lors, toute scène supplémentaire semblait inutile. De la même manière, le regard de Devlin sur Alicia qui se penche vers le hublot de l’avion arrivant à Rio en dit plus que n’Importe quel dialogue. La relation entre les deux amants fut aussi réduite à l’essentiel.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Claude Rains, Leopoldine Konstantin

C’est également au cours du tournage que la structure en écho du film, faite de multiples correspondances, trouva sa forme parfaite. Notorious regorge de rimes visuelles ou symboliques. La sortie d’Alicia du tribunal où son père a été condamné est en parfaite symétrie avec sa sortie finale de la demeure de Sebastian. La gueule de bois d’Alicia à Miami annonce son empoisonnement. Le baiser-travelling à l’hôtel rime avec l’étreinte finale, quand Devlin sort Alicia de chez les Sebastian. Le champagne oublié par Devlin préfigure celui de la réception… Mais Hitchcock fit également rimer certains détails.
Ainsi, ce n’est qu’après avoir tourné le panoramique sur la bouteille de champagne oubliée par Devlin et le regard compréhensif de Prescott que le réalisateur effectua deux prises supplémentaires qui introduisirent de nouvelles rimes visuelles : le plan où Devlin regarde Alicia dans l’avion et celui où Prescott observe Devlin alors qu’Alicia se prépare pour sa première visite chez les Sebastian .

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains, Leopoldine Konstantin
Qui est mon amour ?

Who is My Love ? Qui est mon amour ? Tel est le titre auquel Hitchcock avait d’abord pensé en réfléchissant au projet de ce qui allait devenir Notorious. Et, des années plus tard, le réalisateur confirmera son sentiment premier : « Le film tout entier fut conçu comme une histoire d’amour. » L’art d’Hitchcock réside dans sa capacité à fusionner les deux thèmes, celui de l’amour et celui de l’espionnage. L’histoire d’amour et le récit d’espionnage évoluent non seulement parallèlement, mais ils s’alimentent et se renforcent l’un l’autre. Le suspense amoureux rythme l’intrigue politique, et vice-versa.
Ainsi, chaque avancée plus avant dans la sordide entreprise nazie est le résultat d’un défi amoureux. Alicia accepte sa mission en espérant que Devlin s’y opposera ; elle a le même espoir quand Alex fait sa demande en mariage. Le comportement de Devlin est identique. C’est toujours dans l’espoir qu’elle refusera (et qu’elle refusera par amour pour lui) qu’il feint l’indifférence. De la même manière, c’est l’amour qui détermine le comportement des deux personnages. Il faut voir le visage illuminé d’Alicia après qu’elle soit tombée amoureuse, et avant même le premier baiser. À son arrivée à Rio, elle abandonne son cynisme du début, devient enjouée et oublie même de boire.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman

Seul le poids du passé s’oppose à l’épanouissement de cet amour. La réputation d’Alicia alimente les remarques des agents américains. Devlin lui-même croit un moment qu’Alicia a repris ses habitudes de séductrice alcoolique. Et c’est bien son passé (en tant que fille de nazi) qui permet à Alicia d’infiltrer la demeure des Sebastian et d’approcher les secrets du groupuscule allemand. Tout le poids de ce passé semble même décourager l’intéressée. Notorious rejoint ainsi le grand thème hitchcockien du passé venant hanter le présent développé dans des films comme RebeccaSpellbound, ou Vertigo (Sueurs froides).

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Ingrid Bergman, Claude Rains, Leopoldine Konstantin

L’amour de Sebastian pour Alicia est plus franc et direct que celui de Devlin. Il est aussi plus complexe. Comme souvent chez Hitchcock (que l’on pense au Bruno Anthony de Strangers on a Train (L’Inconnu du Nord-Express) ou à Norman Bates dans Psychose), la sexualité d’Alex est très fortement déterminée par son rapport à sa mère. La jalousie de Mrs Sebastian vis-à-vis des femmes qu’il convoite le marque d’une manière évidente. Et c’est vers sa mère qu’Alex se tourne lorsqu’il dévoile le double jeu de sa femme. Son image apparaît alors dédoublée par un miroir comme s’il était à la fois le fils et le mari. Un portrait de lui repose sur un guéridon de la chambre maternelle à la place qu’occuperait habituellement la photo du mari. Cette mère prend d’ailleurs des allures tout à fait masculines lorsque, réveillée par son fils qui vient lui demander conseil, elle allume virilement une cigarette. De cette situation découlent les tendances homosexuelles de Sebastian (qui annoncent celles de Bruno Anthony). À deux reprises dans le film, Alex fait remarquer que Devlin est très séduisant. Pour séduire Alexander ; Alicia se transforme en homme : elle est vêtue en amazone. Et lorsqu’il découvre le véritable rôle d’Alicia, Alex annonce à sa mère : « Je suis marié à un agent américain », exactement comme s’il s’agissait d’un homme.

« [Claude Rains et Ingrid Bergman] : C’était un bon couple, mais, dans les plans rapprochés, la différence de taille était si forte que, si on voulait les avoir tous les deux dans le cadre, il fallait monter Claude Rains sur des cales. A un certain moment, on les voyait tous deux arriver de loin, et comme ils se rapprochaient de nous à la faveur d’un panoramique, il était impossible de faire monter Claude Rains brusquement sur une cale ; il a donc fallu construire un espèce de faux plancher qui s’élevait progressivement !  » Alfred Hitchcock

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman
Blanche Neige et les sept nazis

Alicia est la Belle au bois dormant que le baiser de Devlin va réveiller, rompant la malédiction dont elle est victime. Cette malédiction, c’est celle de Sebastian et de ses relations nazies. On a très justement comparé ce personnage à Hadès emmenant Perséphone au royaume de l’Enfer. C’est bien en enfer qu’Alicia pénètre lorsqu’elle se rend pour la première fois chez les Sebastian. Hitchcock nous le montre en donnant à chacune des présentations (la mère, puis les convives) une allure hautement inquiétante. Et ce n’est pas un hasard si, lors de cette visite, Alicia est vêtue entièrement de blanc. Cette fois, Blanche Neige sera empoisonnée par une tasse de café. Dans cet antre infernal, le Diable, le Mal absolu, ce n’est pas Alexander, mais sa mère. Alexander, comme beaucoup de méchants hitchcockiens (Phillip Vandamm dans North by Northwest (La Mort aux trousses) en est l’exemple le plus caractéristique) n’est pas antipathique. Il est attentionné, élégant, aime réellement sa femme, et semble réprouver quelque peu les méthodes expéditives de ses collègues nazis qui n’hésitent pas à liquider l’un des leurs dès lors qu’il représente une menace. Mrs Sebastian, au contraire, incarne réellement tout le mal. Sa froideur et sa droiture sont inquiétantes dès sa première apparition. C’est elle qui suggère d’empoisonner Alicia. Bien que discrète, elle règne sur ces lieux maléfiques. Dans cet univers, le parcours d’Alicia prend une forme très symbolique. Au point que Bill Krohn a pu écrire à son sujet : « Sa dégradation morale et sexuelle tient lieu d’une forme de crucifixion particulièrement féminine. »

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman

Bien que la référence à l’enfer soit une allégorie, et bien qu’Hitchcock ait affirmé que Notorious était, avant tout, une histoire d’amour, l’élément politique est très présent. L’engagement d’Hitchcock n’était pas nouveau. Le réalisateur avait ostensiblement affiché ses positions interventionnistes et anti-fascistes dans des films comme The Lady Vanishes (Une Femme disparaît) ou Saboteur (La Cinquième colonne). En juin 1945, il s’était rendu en Angleterre pour effectuer le montage d’images de la libération de camps de concentration filmées par les alliés (le film, Memory of The Camps, fut enterré par le gouvernement britannique et ne sortit qu’en 1984… ). Son scénariste, Ben Hecht, ne cachait pas non plus sa volonté de rappeler ce qu’était réellement la terreur nazie. Le film en porte la trace. Il s’ouvre sur une référence temporelle très précise : Miami, Floride, 15 h 20, le 24 avril 1946. Et les références au nazisme ne le sont pas moins. L’ultime espoir hitlérien résidait dans l’élaboration d’une arme fatale – d’où l’uranium. Les nazis de Notorious  sont eux-mêmes décrits avec réalisme. Le père d’Alicia se tue avec une capsule de poison, comme la plupart des dignitaires nazis ; et l’action du film se déroule en Amérique du Sud, terre d’asile pour les anciens dirigeants du Troisième Reich. Alexander Sebastian et ses acolytes travaillent pour I.G. Farben, firme allemande de produits chimiques, tristement célèbre pour avoir fourni à Hitler le Zyklon-B qui servit dans les chambres à gaz.
Conte de fées, œuvre politique, drame amoureux, comédie, film d’espionnage… La lecture du film est multiple ; elle s’échelonne sur plusieurs épaisseurs qui, réunies, forment un ensemble remarquablement structuré et cohérent. N’est-ce pas le propre des chefs-d’œuvre ?

Distribution

Pour jouer Devlin, Hitchcock tenait tant à Archibald Leach, plus connu sous le nom de Cary Grant (1904-1986), qu’il n’hésita pas à repousser le tournage jusqu’à ce que son acteur fétiche se libère de ses obligations, au grand dam de Selznick. L’actrice, elle, faisait l’unanimité. N’était-ce pas Selznick lui-même qui avait remarqué Ingrid Bergman (1917-1982) dans Intermezzo (Molander, 1936), avant de la faire venir aux États-Unis ? Outre Notorious, elle fut l’actrice principale de deux autres films d’Hitchcock : Spellbound (1945) et Under Capricorn (Les Amants du Capricorne, 1949). Habitué aux rôles de méchants, Claude Rains (1889-1967) fit d’Alexander Sebastian un parfait personnage hitchcockien, mêlant le charme et la sensibilité à la plus grande infamie. Quant à Louis Calhern (1895-1956), qui avait débuté dès 1921, il était rompu aux comédies, pour avoir joué notamment auprès des Marx Brothers. Le casting allemand était également de qualité. Leopoldine Konstantin (1886-1965), après une belle carrière allemande, tournait pour la première et dernière fois aux États-Unis. Reinhold Schünzel (1886-1954) était connu pour avoir joué sous la direction de Pabst dans L’Opéra de quat’sous (1931). Quant à Ivan Triesault (1898-1980), il mêlait la danse et le mime à ses talents d’acteur.

NOTORIOUS (Les Enchaînés) – Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains, Leopoldine Konstantin
Analyse du film

Prise de contact : Miami, Floride, 15 h 20, le 24 avril 1946. Au tribunal, John Huberman est reconnu coupable de trahison envers les États-Unis. Sa fille Alicia sort impassible sous les flashs des journalistes. Un homme demande qu’on la suive. Chez elle, Alicia donne une soirée. Un inconnu l’intrigue. Elle chasse ses invités et se retrouve seule avec lui. Manifestement ivre, elle propose, en pleine nuit, d’aller pique-niquer…
Cooptation : Alicia conduit comme elle peut son invité surprise sur une route de Floride. A ses côtés, Devlin reste serein. Un motard arrête la voiture, mais se retire quand Devlin présente sa carte. Alicia comprend qu’il est policier. Il la reconduit. Au matin, il annonce qu’il travaille pour les renseignements américains et cherche à lui confier une mission secrète au Brésil, où sont réfugiés des amis de son père. Alicia finit par accepter

L’envol : Dans l’avion qui les emmène à Rio-de-Janeiro, Alicia apprend que son père s’est suicidé en prison. À Rio, Devlin et Alicia attendent de connaître le contenu de leur mission, pendant que le supérieur de Devlin, Paul Prescott, négocie avec les autorités brésiliennes. Devlin, qui reste distant et quelque peu méprisant avec Alicia, finit par succomber à celle dont il est chargé de superviser la mission. Ils s’embrassent…
Dîner aux chandelles : Alors qu’il se prépare à passer une soirée avec Alicia, Devlin est appelé auprès de Prescott. Son supérieur lui apprend la teneur de la mission : Alicia est chargée de séduire un ancien ami de son père, Alexander Sebastian, qui dirige des opérations secrètes d’anciens nazis et qui a été amoureux d’elle par le passé. Retrouvant sa froideur initiale, Devlin annonce le programme à Alicia. Elle doit infiltrer la maison des Sebastian pour surveiller ce qui s’y trame. Avant d’être consommé, le dîner est aussi froid que l’est devenu le couple.
Mata Hari : Devlin mène Alicia faire du cheval. C’est là qu’elle doit renouer contact avec Sebastian. Le stratagème fonctionne : Sebastian reconnaît Alicia et la convie à dîner. Au restaurant, la jeune femme joue la carte de la séduction et feint de partager les opinions nazies de son père. Sebastian affirme qu’il a gardé les mêmes sentiments pour elle depuis leur dernière rencontre. Alicia découvre que Prescott, qui dîne dans la même salle qu’eux, est connu de Sebastian comme espion américain.

Bévue mortelle : Alicia est conviée à dîner chez Alexander Sebastian. Elle y rencontre sa mère, puis ses amis, tous réfugiés allemands. Soucieuse de mener à bien sa mission, elle est très attentive à chaque détail de la soirée. Lors du dîner, un convive, Emil Hupka, semble s’inquiéter à la vue de bouteilles de vin. Après le repas, les hommes discutent de la « faute» d’Hupka. Il est décidé qu’il faut « s’occuper» de lui. Eric Mathis se propose de le conduire sur une petite route sinueuse… pour s’en débarrasser.
Demande en mariage : Alicia, Sebastian et sa mère se rendent au champ de courses. Alicia y retrouve Devlin, et lui narre les événements de la soirée, dont l’incident des bouteilles de vin. Elle annonce également avoir conquis Sebastian. Devlin réagit brutalement. Alexander retrouve Alicia, se montre jaloux de Devlin et lui demande des preuves de son amour… Alicia retrouve Prescott, Devlin et leurs collègues brésiliens pour leur annoncer qu’Alexander la demande en mariage. Bien que manifestement agacé, Devlin ne s’y oppose pas. De son côté, Alexander doit composer avec la jalousie de sa mère.

Maîtresse de maison : Après le mariage, Alicia s’installe chez les Sebastian. En bonne maîtresse de maison, elle visite chaque parcelle de la demeure, dans le but évident de poursuivre sa mission. Malgré l’opposition maternelle, elle obtient toutes les clés de la maison, exceptée celle du cellier. Elle rend compte de ses découvertes à Devlin, qui l’engage à se procurer la clé du cellier et à organiser une soirée où invité, il pourra s’y introduire. Lors de la préparation de la soirée. Alicia parvient à subtiliser la clé du trousseau de son mari.
Le champagne coule à flot : À la réception des Sebastian, Alicia parvient à donner les clés à Devlin. L’investigation doit être rapide. Si le champagne venait à manquer, Sebastian se rendrait compte de l’absence de la clé du cellier sur son trousseau. Alicia mène Devlin à la cave. Là, en cassant une bouteille, ils découvrent qu’elle contient un sable étrange, qui s’avérera être de l’uranium. Sebastian arrivant, Devlin embrasse Alicia pour cacher leur véritable but, puis affirme avoir forcé la volonté de la jeune femme. Le soir, Alexander découvre qu’il manque une clé à son trousseau.

Qui est pris qui croyait prendre : Au matin, la clé est de nouveau à sa place sur le trousseau. Alexander Sebastian se rend dans le cellier et découvre bientôt la bouteille cassée. Il se rend compte qu’il a épousé une espionne américaine et fait part de sa découverte à sa mère… Puisque les amis de Sebastian ne doivent rien savoir de tout cela, sans quoi Alexander le paierait de sa vie, sa mère et lui décident de se débarrasser d’Alicia en feignant une longue maladie qu’ils provoqueront en l’empoisonnant progressivement.
Poison lent : Alicia apprend de Prescott que Devlin a demandé à être muté en Espagne. Lorsqu’elle le rencontre, il n’en dit rien. Elle est visiblement malade, mais Devlin croit à une gueule de bois, convaincu qu’elle a repris ses habitudes de débauchée. Il s’agit en fait de l’effet du poison que lui administre Sebastian dans son café. Alicia finit par comprendre, mais elle n’a plus la force de réagir. Elle doit être alitée. Sebastian prend soin d’ôter le téléphone de sa chambre. Sans nouvelles d’Alicia depuis plusieurs jours. Devlin décide de se rendre chez les Sebastian.

La scène de l’empoisonnement : Dans le calvaire qu’endure Alicia Huberman chez les Sebastian, la scène de l’empoisonnement est sans doute la plus forte. Comme la plupart des séquences du film, elle fut d’abord envisagée d’un point de vue extérieur, objectif, avant d’être recentrée sur le personnage d’Alicia en renforçant le point de vue subjectif. Hitchcock voulait nous plonger dans les souffrances de la jeune femme. Il y parvint en maniant magistralement tous les outils à sa disposition : jeu des acteurs, mouvements de caméra, montage, bruitage… On peut noter que le réalisateur avait tenté d’obtenir un effet qu’il décrivit ainsi : « La porte semble d’abord normale, puis elle s’éloigne de la caméra, hors d’atteinte d’Alicia. » Cette image venait d’une expérience personnelle qu’il avait vécu après une consommation excessive d’alcool… Hitchcock ne parvint pas au résultat qu’il escomptait. Ce n’est qu’en tournant Sueurs froides, quelques années plus tard, qu’il l’obtiendra, lors de la fameuse scène dans le clocher.

L’amour triomphe : Chez les Sebastian, Devlin apprend qu’Alicia est malade. Il parvient à rejoindre sa chambre et la retrouve, très mal en point. Elle lui annonce être victime d’empoisonnement et, alors qu’elle s’étonne qu’il ne soit pas en Espagne, il lui avoue son amour pour elle. Devlin porte Alicia jusqu’à sa voiture, devant Sebastian rendu impuissant par la présence de ses amis. Au dernier moment, Devlin empêche Sebastian de monter dans la voiture, le livrant à ses bourreaux qui comprennent enfin. La porte de la demeure se referme sur Alexander.

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Le plus long baiser…

Le baiser d’Alicia et Devlin fut longtemps considéré comme « le plus long baiser de l’histoire du cinéma ». Pourtant, le Code de production imposait qu’un baiser ne dure pas plus de trois secondes ! De fait, Hitchcock sut composer avec la censure : Devlin et Alicia ne s’embrassent jamais plus longtemps. C’est le nombre de baisers qui valut à la scène ce compliment. L’idée originale prévoyait une coupe entre les baisers du balcon et ceux du téléphone. Hitchcock choisit finalement de filmer la scène en un seul plan séquence. Les dialogues, qui furent en grande partie improvisés par Bergman et Grant, avec leurs doubles sens, ajoutent à l’érotisme de la séquence. Cela ne plut pas à tout le monde. Lors d’une projection-test où les spectateurs notaient chaque scène en fonction de leur satisfaction, le film obtint de très bonnes notes. Une seule scène fut mal jugée : celle du baiser…

Effets spéciaux : petit glossaire des mouvements de caméra

Fondamentalement, le cinéma se distingue de la photographie par le mouvement et sa représentation. Pourtant ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence ne le fut pas toujours. Au tout début du cinéma, la caméra était immobile: le mouvement provenait uniquement de la scène filmée.
Les personnages, les éléments (nuages, vagues…) ou les objets (un train, une voiture) constituaient le seul moteur du mouvement dans un film. L’apparition de déplacements « naturels » de caméra fut la première évolution. Pour suivre un personnage, l’appareil de prise de vues était placé sur un bateau, un train, une voiture, créant ainsi un mouvement propre à la caméra.

ON SET – NOTORIOUS – Alfred Hitchcock (1946)

Avec le temps, le mouvement de la caméra acquit une réelle autonomie, en grande partie grâce aux progrès techniques. L’impact fut énorme : les mouvements de caméra s’intégrèrent pleinement au langage cinématographique et permirent l’épanouissement complet d’un art. Dès 1916, Billy Bitzer effectuait un remarquable mouvement de caméra, précurseur de l’utilisation d’une grue, pour Intolérance, de David Griffith. Pourtant, il faudra encore attendre des années avant que les possibilités techniques rendent de tels effets possibles sans avoir recours à des moyens trop onéreux ou scabreux. En 1945, pour réaliser le fameux travelling des Enchaînés, Alfred Hitchcock dut faire construire l’appareil nécessaire pour réaliser son plan.
On distingue cinq méthodes de tournage principales : le plan fixe, le panoramique, le travelling, la grue et la caméra sur l’épaule. L’absence de mouvement, le plan fixe, utilise en général une caméra installée sur un pied, dont la taille peut varier.

ON SET – NOTORIOUS – Alfred Hitchcock (1946)

On emploie un « pied de campagne », c’est-à-dire un pied télescopique à trois branches, directement hérité de celui des photographes. Pour certains plans (une contre-plongée vue du sol, par exemple), le pied est proscrit. On utilise alors un socle spécial, une base, beaucoup plus petite.
Le panoramique est une simple rotation de la caméra. Le terme désigne aussi bien le mouvement de la caméra que l’effet visuel obtenu avec ce mouvement. Il peut être horizontal, vertical ou oblique. Une caméra professionnelle comporte deux axes de rotation, horizontal et vertical. Le panoramique horizontal s’obtient par rotation autour de l’axe vertical, le panoramique vertical autour de l’axe horizontal et le panoramique oblique par la combinaison des deux mouvements.

ON SET – NOTORIOUS – Alfred Hitchcock (1946)

Le travelling désigne le déplacement de la caméra elle-même. On distingue trois types de travelling. Le premier consiste à donner le point de vue d’un personnage (la route qui défile quand le personnage conduit, par exemple). La caméra est alors simplement installée dans le moyen de locomotion avec l’acteur. Un autre type de travelling consiste à suivre un personnage en mouvement. Pour cela, la caméra est généralement placée sur un chariot de travelling ou une voiture-travelling. Enfin, le dernier groupe de travellings est purement narratif et nécessite des moyens fort divers selon la situation. Au réalisateur de déterminer celui qui convient le mieux.
La grue ouvre la troisième dimension et permet le mouvement vertical, alors que le chariot de travelling ou la voiture-travelling n’autorisent généralement qu’un mouvement selon un plan horizontal.
Enfin, la caméra sur l’épaule fut d’abord utilisée pour le reportage. Certains réalisateurs l’intégrèrent à leur propre langage à cause des possibilités qu’offre une telle mobilité.

Arrêt sur image
Les prémices du film

L’idée de Notorious venait d’une nouvelle de John Taintor Foote, The Song of the Dragon (La Chanson des flammes), parue en 1921 dans le Saturday Evening Post, que David Selznick, le producteur d’Hitchcock lui avait mis entre les mains. On peut pourtant parler d’un scénario original tant le texte de Foote ne fut qu’un prétexte. La qualité de l’œuvre doit tout au travail du réalisateur et de son scénariste, Ben Hecht (1894-1964), dont Hitchcock connaissait le talent depuis leur collaboration sur Spelbound. Les deux hommes s’inspirèrent aussi de la vie des grandes espionnes telles Mata Hari (1876-1917) ou Marthe Richard (1889-1980), ancienne prostituée ou service de la Fronce durant la Gronde Guerre, qui fera compagne en 1946 contre les maisons closes, fermées par une loi qui porte son nom.

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Fiche technique du film

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