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LA CÔTE D’AZUR SELON HITCHCOCK : UN PLAISIR À REDÉCOUVRIR

Sous le soleil cru de la Riviera, Hitchcock délaisse l’ombre pour orchestrer un ballet de faux‑semblants où chaque éclat de lumière cache une menace. Cary Grant avance comme un chat qui connaît déjà la maison, Grace Kelly brûle sous le vernis glacé de la haute société, et la Côte d’Azur devient un terrain de jeu aussi dangereux que somptueux. Derrière l’élégance, le film distille une mécanique de désir et de duplicité que l’on ne cesse de redécouvrir. En cet été où l’on ralentit le pas, replonger dans La Main au collet et dans la publication de 2017, c’est retrouver Hitchcock au moment précis où la couleur devient une arme.

HIGH NOON (Le train sifflera trois fois) – Fred Zinnemann (1952)

Will Kane (Gary Cooper) quitte son poste de shérif pour épouser Amy. Le jour de leur mariage, il apprend qu’un criminel qu’il a autrefois arrêté revient par le train de midi afin de se venger. Malgré l’opposition de sa femme, il choisit de reprendre ses fonctions. Ce western, récompensé par plusieurs Oscars et écrit par Carl Foreman, critiquerait en filigrane le maccarthysme à travers la lâcheté des habitants de Hadleyville, symbole de la passivité face à la chasse aux sorcières. Le film se distingue aussi par son suspense en temps réel, renforcé par les nombreux plans d’horloges qui accentuent la tension et la solitude croissante du shérif. La mise en scène, notamment dans la rue désertée avant l’affrontement final, souligne son isolement. L’œuvre se démarque également par la richesse de ses personnages féminins, notamment Amy (Grace Kelly),  tiraillée entre ses convictions pacifistes et son amour pour son mari, et une « commerçante » (Katy Jurado) lucide face à l’hypocrisie masculine.

MOGAMBO – John Ford (1953)

Ava Gardner est contrainte de rester dans un camp d’un chasseur de fauves rustre, Clark Gable, dont la moustache frémissante rappelle son rôle de Rhett Butler. Leur marivaudage en Technicolor commence, Ava buvant du whisky au goulot et tapant dans le dos du mercenaire. John Ford, bien que critiqué pour son manque d’inspiration pour orchestrer ces duels de géants, manie l’ironie et le désenchantement alcoolisé avec brio. L’arrivée de Grace Kelly, une oie blanche tombant amoureuse de l’aventurier, ajoute une dimension supplémentaire, Gable y croit un temps à cet amour sage, mais « mogambo » signifie « passion » en swahili.

CES FEMMES FATALES

Du collant noir de Musidora à l’absence de dessous de Sharon Stone, l’accessoire ou son manque divinement souligné n’est jamais innocent et marque au fer rouge cette sublime pécheresse qui parcourt le cinéma, qu’il s’agisse du film noir hollywoodien qui en fit son égérie ou d’autres genres qu’elle hanta de son érotisme funeste. Car cette femme-là est fatale pour ceux qui l’approchent. Souvenirs de quelques figures mythiques entre Eros et Thanatos qui peuvent le payer cher dans un 7ème Art aux accents misogynes qui ne pardonnent pas. [Isabelle Cottenceau – Le Facteur sonne toujours deux fois – L’Avant-Scène Cinéma (avril 2004)]

ALFRED HITCHCOCK : Expérimentations (période 1945-1954)

Rentré aux U.S.A. après avoir réalisé Bon voyage et Aventure malgache (courts métrages à la gloire de la résistance française réalisés en Angleterre), Hitchcock tourne une production de Selznick : Spellbound (La Maison du docteur Edwards). Cette fois, la chasse à l’homme et la formation d’un couple s’inscrivent dans une structure plus complexe. La psychanalyse règne sur l’œuvre. Le héros porte un secret : enfant, il a tué accidentellement son frère. Il raconte un rêve qui est la clef d’un autre secret. Lorsque ces deux secrets seront émergés dans le conscient, le couple pourra se former. Le rêve fut conçu en collaboration avec le peintre Salvador Dali.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock (1954)

Immobilisé dans son appartement avec une jambe cassée, le photographe L.B. Jefferies observe ses voisins, leur prêtant des vies imaginaires, jusqu’à ce qu’un cri dans la nuit le persuade que l’un d’eux est un meurtrier. Avec Rear Window (Fenêtre sur cour), Hitchcock montre qu’il peut être dangereux d’épier ses voisins. Dans ce thriller haletant, une curiosité bien naturelle – et sans doute compréhensible – envers la vie des autres plonge James Stewart et Grace Kelly dans un cauchemar de meurtre et de suspense. 

GRACE KELLY OU L’ANTI-MARILYN 

En même temps que, grâce à l’assouplissement de la censure, déferlait sur les écrans la première vague, encore assez timide, d’érotisme, de scandale et de laisser-aller, en même temps que ce relâchement nouveau s’incarnait dans un certain nombre d’actrices provocantes, dont Marilyn Monroe fut le type achevé, et Jayne Mansfield la caricature, Hollywood sécrétait également leur parfait antidote sous les traits de Grace Kelly.

DIAL M FOR MURDER (Le Crime était presque parfait) – Alfred Hitchcock (1954)

Quand Tony Wendice, ancien joueur de tennis, décroche son téléphone, le sort de sa femme semble scellé. Mais le crime qu’il a mis au point depuis des années est-il si implacable qu’il le croit..? Pour son quatrième film tourné avec la Warner Bros, Hitchcock s’attacha à une pièce de théâtre à succès et accepta de réaliser Dial M for murder (Le Crime était presque parfait) en relief. Malgré les contraintes techniques que cela imposait, il signa une œuvre singulière, un huis clos riche de tous les éléments hitchcockiens : psychologie, intrigue amoureuse, humour et suspense. Le film fournit l’occasion de la première collaboration du maître avec Grace Kelly, qui dévoile ici tous ses talents.

BRIGADOON – Vincente Minnelli (1954)

En 1954, Gene Kelly retrouve le réalisateur d’Un Américain à Paris pour une fable musicale pleine de bruyères et de cornemuses. 
On a parfois dit que Brigadoon était la plus européenne des comédies musicales américaines. Inspirée d’un conte allemand et transposée en Écosse, son intrigue joue sur la nostalgie de la Vieille Europe, cette terre qu’ont quittée tant d’immigrants devenus citoyens des États-Unis.

TO CATCH A THIEF (La Main au collet) – Alfred Hitchcock (1955)

Ancien cambrioleur, « le Chat » doit prouver qu’il n’est pas responsable d’une nouvelle série de vol de bijoux sur la Côte d’Azur. L’intrigue policière sert de prétexte à un badinage plein de grâce et d’ironie. Les années 1950 comptent parmi les plus productives d’Hitchcock. En 1954, avec Grace Kelly et Cary Grant, le réalisateur tourna dans le sud de la FranceTo Catch a thief  (La Main au collet), une intrigue policière largement teintée d’humour et d’une grande beauté visuelle. Terminé en studio à Hollywood, ce « film léger », selon les termes d’Hitchcock lui-même, mais d’un charme irrésistible, obtiendra l’oscar de la meilleure photographie l’année suivante.