SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946)

Réalisé par Joseph L. Mankiewicz, Somewhere in The Night (Quelque part dans la nuit, 1946) place la figure du détective privé dans le dispositif des films sur les amnésiques. Sa forme repose sur les transcriptions visuelles de l’angoisse d’un homme sans mémoire qui cherche l’individu susceptible de l’éclairer sur son passé, puis découvre avec stupeur que celui qu’il veut retrouver n’est autre que lui-même. Et qu’il est un détective privé qu’on soupçonne de vol et d’assassinat.
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
Ce dispositif est fréquent dans le roman noir. Edgar Allan Poe l’a traité sur le mode fantastique dans « William Wilson ». Mais ici, l’homme en quête de son identité bénéficie inconsciemment de son expérience passée d’enquêteur pour mener ses recherches. Nous sommes donc dans l’œil du cyclone et toute la quête pour en sortir ne conduit qu’à soi-même, d’autant plus que le film est souligné par un élément de l’époque : le retour de guerre du combattant et son inadaptation à la vie civile.
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Loin de métaphores existentielles et des fatalités malheureuses, Jacques Tourneur tournera l’année suivante une histoire de détective privé : Build My gallows High, adapté par son auteur Geoffrey Homes (Daniel Mainwaring) sous le titre d’Ouf of the Past (La Griffe du passé). [Le Film Noir (Vrais et faux cauchemars) – Noël Simsolo – Cahiers du Cinéma Essais – (2005)]
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
L’histoire : Blessé au cours de la guerre, George Taylor (John Hodiak) est soigné à Honolulu mais il demeure amnésique. Il se rend à Los Angeles pour tenter de reconstituer son passé. Qui est-il ? Il récupère une serviette dans laquelle il trouve un revolver et une lettre signée Larry Cravat. Il poursuit ses investigations dans une boîte de nuit, The Cellar, et, menacé, se réfugie dans la loge de Christy (Nancy Guild), une jeune artiste. Il a ensuite affaire au dangereux Anzelmo (Fritz Kortner), qui veut savoir où est Larry Cravat. John (Whit Bissell), le barman du Cellar auquel il avait parlé, a été retrouvé mort. Mel Phillips (Richard Conte), à qui appartient The Cellar, conseille à George de se confier au lieutenant Kendall (Lloyd Nolan). George le rencontre et apprend que Cravat, qui était un détective privé et s’était trouvé mêlé à une affaire de fonds nazie, a disparu avec deux millions de dollars. George apprend, de même, par Anzelmo que Cravat avait été, trois ans plus tôt, cité à propos d’un meurtre. Un certain Conroy aurait été témoin du drame. George cherche à lui parler, mais Conroy, amnésique, est soigné au Lambeth Sanitarium. Il échappe de peu à un camion fou et découvre Conroy qui vient d’être poignardé et lui révèle avant de mourir qu’il a caché, lors du crime, la valise recherchée sous les docks. George et Christy retrouvent la valise en question, bourrée d’argent. George comprend alors qu’il est Larry Cravat ! Mais Phillips se démasque. C’est lui, le coupable ! Kendall intervient et Cravat refera sa vie avec Christy.  [Le Film Noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
Quelque part dans la nuit est le second film de Joseph L. Mankiewicz, qui venait de tourner quelques mois plus tôt Dragonwyck (Le Château du dragon) avec Gene Tierney et Vincent Price. Intéressé par le sujet du film qui lui avait été apporté par Anderson Lawler lui-même, Mankiewicz décida de le mettre en scène. Cette histoire d’un homme à la recherche de la vérité et, à travers elle, de sa propre identité, ne pouvait, en effet, que passionner le futur cinéaste de A Letter to Three Wives (Chaînes conjugales), de All about Eved (Ève) et de The Barefoot Contessa (La Comtesse aux pieds nus), qui a toujours souhaité découvrir la vérité au-delà des apparences.
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
Somewhere in The Night est parfaitement représentatif d’un des aspects du cinéma hollywoodien de l’après-guerre. Le héros est un ancien combattant, blessé, amnésique, qui revient chez lui. Son problème n’est même pas de retrouver sa femme et sa famille, mais de savoir qui il est. Cette recherche va le précipiter dans un univers crépusculaire, peuplé d’individus dangereux, et dans lequel sa vie est constamment en danger. Le fait que les premiers plans aient été tournés en caméra subjective, le spectateur se trouvant soudain à la place du héros, contribue, dès le départ, à troubler le spectateur. Darryl F. Zanuck a d’ailleurs tenu à ce que Mankiewicz renonce à deux idées qu’il avait concernant le début : l’utilisation du thème de la chirurgie esthétique, qui intéressait le cinéaste, et une scène au cours de laquelle on voyait un Japonais envoyer une grenade sur un groupe de soldats, ce qui expliquait la blessure de George Taylor. Zanuck jugeait cette séquence trop spectaculaire par rapport à l’intrigue et au début dans lequel il souhaitait que le spectateur puisse très vite s’identifier à Taylor, malade, inquiet et amnésique. L’utilisation d’une voix off sert d’ailleurs elle aussi à sensibiliser le spectateur. [Le Film Noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
Comparé aux meilleurs films de Mankiewicz, Somewhere in The Night souffre parfois de l’inégalité de son interprétation. John Hodiak, parfois falot, sans être un acteur prestigieux, facilite l’identification d’un spectateur moyen avec cet ancien combattant, commun lui aussi. Plus troublante et plus réussie est la composition de Nancy Guild, que la 20th Century-Fox cherchait à lancer comme une nouvelle Gene Tierney et qui allait être quelques mois plus tard l’interprète de Raymond Chandler dans The Brasher Doubloon. De même, la présence de Fritz Kortner, célèbre acteur du cinéma muet allemand, interprète de G.W Pabst, Fedor, Ozep, Richard Oswald et Maurice Tourneur, apporte, en même temps qu’une surprenante rugosité, une véritable originalité au personnage d’Anzelmo.
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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte

A plusieurs reprises, Mankiewicz cherche à échapper aux conventions de type d’histoire, et la longue scène du monologue d’Elisabeth Conroy, déplorant la manière dont les êtres évoluent et se corrompent, est un moment sensible et très attachant. Le film se termine sur une pirouette – la phrase du lieutenant Kendall : «J’ai compris pourquoi, au cinéma, les flics ont toujours leur chapeau sur la tête. S’ils l’avaient à la main, comment pourraient-ils tenir leur revolver ?» – alors que l’ensemble demeure ténébreux et lourd de menaces, le héros se retrouvant lui-même, à la fin du film, comme un dormeur émergeant d’une nuit de cauchemar… [Le Film Noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

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SOMEWHERE IN THE NIGHT – Joseph L. Mankiewicz (1946) – John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte
Les extraits
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