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LE CINÉMA DE MINUIT

Tout commence avec une émission née sur FR3 en 1976, Le Cinéma de minuit. Une fenêtre ouverte au cœur de la nuit, discrète, presque clandestine, qui offrait au public des films rares, muets, en version originale, des œuvres fragiles que l’on ne voyait nulle part ailleurs. Grâce à son approche documentaire et à une programmation d’une exigence rare, elle a permis à tant de films menacés d’oubli de retrouver une place, une voix, une lumière. Pour beaucoup d’entre nous, elle a été une école de patience, de curiosité, de découverte — une véritable initiation à la cinéphilie. Et pour moi, l’aventure avec le Cinéma de minuit a commencé avec un film d’Ernst Lubitsch : The Shop Around the Corner (1940). Un film d’une délicatesse presque miraculeuse, où chaque geste, chaque regard, chaque silence porte la signature invisible de la fameuse « Lubitsch touch ». Une comédie qui parle d’amour avec une pudeur infinie, d’humanité avec une douceur qui désarme. Ce film, je l’ai vu pour la première fois grâce au Cinéma de minuit. Je l’ai enregistré fébrilement sur une cassette VHS, comme si je capturais un trésor dont je ne savais pas encore qu’il allait m’accompagner depuis toutes ces années. C’était le 21 décembre 1986. Je me souviens de l’obscurité de la pièce, du silence de la maison endormie, du magnétoscope qui cliquetait doucement. Et puis James Stewart et Margaret Sullavan, leurs voix, leurs hésitations, leurs lettres échangées sans savoir qu’ils s’aimaient déjà. Ce soir-là, j’ai définitivement compris que le cinéma pouvait être un refuge, une émotion pure, un monde où l’on entre sans frapper. Aujourd’hui encore, quand je repense au Cinéma de minuit, c’est ce film qui revient en premier. Comme un point de départ. Comme une porte entrouverte sur une passion qui ne m’a jamais quitté.
Que 2026 vous offre des moments habités par ces films, comme autant de rendez‑vous secrets avec l’histoire du cinéma. Puissent vos pas de cinéphile vous mener encore vers ces œuvres que l’on découvre, redécouvre et transmet, dans la lumière fidèle du Cinéma de minuit.


À l’origine, il n’existait aucune case régulière dédiée aux ciné-clubs sur l’ORTF : les films en version originale étaient diffusés de façon désordonnée. Les responsables de la programmation ont longtemps sollicité Pierre Sabbagh, alors directeur de la seconde chaîne, pour créer une véritable case hebdomadaire. Finalement, il accepte et souhaite une émission ambitieuse. Il envisage d’abord un présentateur différent chaque semaine, mais cela s’avère trop complexe  ; le choix se porte alors sur Claude-Jean Philippe, reconnu pour sa passion et sa compétence à présenter des cinéastes variés comme Jean Vigo, Yasujirō Ozu ou Fritz Lang. Ainsi, grâce à la vision de Pierre Sabbagh, le premier ciné-club régulier à la télévision française voit le jour, marquant une étape importante dans la valorisation du patrimoine cinématographique à la télévision.

La Tentatrice (The Temptress) – Fred Niblo (1926). Premier film diffusé au Cinéma de minuit le 28 mars 1976 (Cycle Greta Garbo)

Suite à l’éclatement de l’ORTF consécutive à la loi de 1974, France Régions 3 s’est vu confier la mission de devenir « la chaîne des régions, du cinéma et de la libre parole ». La grille de programmation permettait alors la diffusion de quatre films hebdomadaires à 20 h 30. Toutefois, aucune plage horaire n’était réservée aux films muets ou en version originale, ce qui représentait une lacune notable pour une chaîne dédiée au cinéma. Après avoir sollicité l’avis des autorités compétentes, ces dernières ont choisi de ne pas intervenir et ont réorienté la démarche vers le Bureau de liaison de l’industrie cinématographique (BLIC). Le BLIC a estimé que l’attribution d’une cinquième case n’était pas justifiée, considérant le quota existant.

Par ailleurs, FR3 diffusait alors l’émission « Le Masque et la Plume », une initiative qui suscitait des tensions avec les professionnels du cinéma, ceux-ci tolérant ce format en radio mais refusant sa transposition télévisuelle par crainte de critiques publiques sur la qualité des œuvres. Ce contexte traduisait un antagonisme marqué entre le secteur cinématographique et le média télévisuel, certains professionnels estimant que la télévision concurrençait leur public via la diffusion de films. À l’issue de négociations, FR3 a obtenu une cinquième case consacrée au Cinéma de minuit, en contrepartie de l’arrêt de la télédiffusion du « Masque et la Plume ».


Il a toujours été prévu par Claude Contamine, président de FR3, Maurice Cazeneuve, directeur des programmes, et l’équipe en charge, que le Cinéma de minuit devait compléter les quatre autres créneaux de diffusion. L’idée était d’éviter de froisser les professionnels du cinéma tout en permettant la diffusion d’un autre type de films : des œuvres muettes et des films en version originale. La programmation n’avait pas vocation à présenter des films récents, sauf exception pour un cycle de productions de France 3 difficiles à intégrer ailleurs.

Bien que l’équipe du Cinéma de minuit admirait des chefs-d’œuvre tels que La Mort aux trousses, Rio Bravo ou La Prisonnière du désert, il n’était pas envisagé de les inclure dans cette case. Ce choix permettait à un public plus large de les découvrir à 20 h 30, dans leur version française reconnue pour sa qualité. La programmation était consciente du risque de verser dans un élitisme excessif en réservant la diffusion de tels films à la seule version originale, ce qui aurait restreint leur audience et privé la programmation de 20 h 30 de films majeurs, reléguant alors cette case à des œuvres de moindre envergure


Le titre de la case « Cinéma de minuit » a été proposé par Carine Rueff, collaboratrice de Claude Contamine à la présidence de FR3. Les films étaient programmés pour débuter à 22 h 30 et se terminer vers minuit. Ce choix d’horaire n’était pas anodin  : il répondait à une contrainte légale, car commencer avant 22 h 30 aurait signifié diffuser un cinquième film en prime time, ce qui n’était pas autorisé par la réglementation de l’époque. Il a été décidé d’organiser la programmation par cycles thématiques, permettant au public de faire des liens entre les œuvres. Chaque film bénéficiait d’une courte présentation, destinée à le replacer dans la carrière du cinéaste, dans son époque ou au sein d’un genre particulier. Initialement, ces textes de présentation devaient être lus par la speakerine Anne Lefébure. Finalement, sur la demande de Maurice Cazeneuve, ils ont été lus par Patrick Brion, dans un ton volontairement neutre et sans affectation, afin de conserver un caractère purement documentaire et historique.

 Le choix d’un texte de présentation bref avant chaque film du Cinéma de minuit est délibéré. Il était préférable qu’on le trouve « trop court que trop long », principalement parce que l’émission étant diffusée de plus en plus tard, il n’était pas souhaitable de retarder davantage le début du film. Ce texte n’est pas un commentaire critique, ni un résumé de l’histoire du film, et il ne vise pas à donner un point de vue personnel. Sa vocation est purement documentaire : il apporte quelques éléments de contexte sur la période de tournage du film, et, lorsque cela est possible, cite un texte du cinéaste lui-même. Par exemple, lors du cycle consacré à Pierre Chenal, l’équipe aurait souhaité diffuser des interviews du réalisateur avant les films, mais, faute de moyens techniques, elle s’est contentée de lire ses déclarations juste avant la projection.

La musique d’accompagnement était une composition de Francis Lai pour « Les étoiles du cinéma », mais interprétée uniquement au violoncelle pour l’occasion. Le générique visuel a été confié à Gérard Marinelli, déjà auteur de plusieurs génériques emblématiques de FR3 (« des yeux » pour les films de 20h30, « Thalassa »). Une seule photo a été choisie pour illustrer l’émission : celle du tournage de Moonfleet de Fritz Lang. Cette image, montrant Lang dirigeant Stewart Granger et Sean McClory, symbolisait l’esprit d’équipe du cinéma. On y reconnaît également le producteur John Houseman et d’autres acteurs présents sur le plateau, même s’ils ne participaient pas à la scène en question, comme George Sanders, Viveca Lindfors et Joan Greenwood. Ce choix visait à placer, dès l’origine, le Cinéma de minuit sous le signe d’un chef-d’œuvre du septième art. Par la suite, un second générique a été conçu, toujours par Gérard Marinelli. Sur la même musique de Francis Lai, défilaient les visages de grandes stars du cinéma : Greta Garbo, John Gilbert, Robert Taylor, Vivien Leigh, Clark Gable, Ava Gardner, Humphrey Bogart, Ingrid Bergman et Gary Cooper.


Au fil des années, la programmation du Cinéma de minuit s’est continuellement adaptée, guidée par plusieurs principes et circonstances majeures. Tout d’abord, le choix de rediffuser certains films n’était jamais anodin. Ces rediffusions permettaient d’enrichir des cycles thématiques précis et offraient à de nouveaux spectateurs la possibilité de découvrir des œuvres essentielles. Revoir un film, surtout sur une période de quarante ans, s’apparente à retrouver un ami ou à relire un livre, tant l’expérience peut être renouvelée et enrichissante.

La grille du Cinéma de minuit tenait toujours compte de la programmation des autres chaînes, notamment celle du Ciné-Club d’Antenne 2 (devenue France 2), orchestrée par Claude-Jean Philippe. Grâce à une amitié solide et une longue collaboration, il n’y eut jamais de concurrence directe entre les deux cases. Chacune avait ses préférences : Claude-Jean Philippe privilégiait le cinéma français contemporain, notamment la Nouvelle Vague, et favorisait la découverte de cinéastes comme Mizoguchi et Ozu. De son côté, le Cinéma de minuit mettait en avant des réalisateurs tels que Tod Browning, Frank Borzage ou Maurice Tourneur.

Les cycles proposés étaient ainsi complémentaires : si le Ciné-Club programmait un cycle Renoir avec des classiques comme La Grande Illusion ou La Règle du jeu, le Cinéma de minuit optait pour des œuvres telles que Nana ou Toni. Cette complémentarité s’est installée naturellement, sans concertation formelle. La volonté de ne pas se limiter aux grands classiques reconnus, mais aussi de faire découvrir des œuvres plus rares, a toujours animé la programmation. Ce mélange favorisait la curiosité et dynamisait l’offre cinématographique proposée aux téléspectateurs.

La gestion autonome des cinq créneaux hebdomadaires sur FR3 offrait une grande souplesse : le Cinéma de minuit pouvait ainsi se consacrer aux films qui ne trouvaient pas leur place à 20h30. L’arrivée en 1982 de l’émission La Dernière Séance, animée par Eddy Mitchell et Gérard Jourd’hui, a marqué la diffusion massive de films hollywoodiens, notamment des westerns et des policiers. Le Cinéma de minuit a alors volontairement laissé de côté le genre western, puisque La Dernière Séance s’en chargeait déjà.

Enfin, un tournant décisif est survenu lorsque TF1 puis France 2 ont cessé de diffuser des films en noir et blanc à 20h30. Cette décision a entraîné l’apparition de films colorisés, rejetés par France 3, qui a continué à proposer des œuvres en noir et blanc aussi longtemps que possible, comme l’intégrale Marcel Pagnol. Progressivement, le Cinéma de minuit a pris le relais pour diffuser les classiques français, tels que Le Corbeau ou Les Enfants du paradis, évitant ainsi qu’ils ne disparaissent des chaînes gratuites.


Il ne nous appartient pas de juger directement de l’utilité du Cinéma de minuit, mais force est de constater que de nombreux spectateurs témoignent avoir été « élevés  » par cette émission, qui leur a permis de découvrir des films rares, en particulier ceux résidant en province et n’ayant jamais eu accès à la Cinémathèque d’Henri Langlois. À une époque où la VHS et le DVD n’existaient pas encore, le Cinéma de minuit a joué un rôle fondamental : il a non seulement sauvé des œuvres de l’oubli, mais il les a aussi offertes au public. Ainsi, des films comme Accusée, levez-vous de Maurice Tourneur, alors en train de se décomposer dans un laboratoire, ont pu être restaurés et diffusés grâce à l’émission, qui privilégiait toujours la diffusion de copies neuves en 35mm.

Ce rôle de sauvetage patrimonial, longtemps passé sous silence car jugé naturel et indispensable, mérite d’être souligné. Grâce au Cinéma de minuit, des œuvres réputées perdues, telles que Les Filles de la concierge  de Jacques Tourneur, ont été retrouvées, restaurées et présentées au public, sauvant ainsi des pans entiers du patrimoine cinématographique. L’émission a également permis la diffusion de films américains considérés comme disparus, comme Mockery de Benjamin Christensen, Fazil de Howard Hawks ou The Show de Tod Browning, révélant ainsi au public des trésors insoupçonnés.

Toujours soucieuse d’enrichir l’expérience des spectateurs, l’équipe du Cinéma de minuit a régulièrement proposé des fins alternatives ou secondes fins, comme celles de Love d’Edmund Goulding ou La Tentatrice de Fred Niblo. Pour La Belle Équipe de Julien Duvivier, les deux fins – la positive et la tragique – étaient programmées, laissant au téléspectateur la liberté de choisir, sans lui imposer une vision unique. L’émission n’a pas hésité à présenter des copies uniques, même imparfaites, à l’image du Paquebot Tenacity  de Julien Duvivier, dont la seule copie disponible comportait des sous-titres japonais verticaux. Enfin, le Cinéma de minuit a contribué à la sauvegarde de films partiellement détruits, victimes de la négligence des firmes cinématographiques, en diffusant les seules bobines existantes de Confessions of a Queen de Victor Sjoström ou de The River de Frank Borzage, parfois reconstitués à partir de séquences et de photographies.


L’une des missions essentielles du Cinéma de minuit est d’offrir à un public curieux la possibilité de voir, revoir ou découvrir des films, sans chercher à imposer une accumulation de chefs-d’œuvre. L’objectif n’était pas de convaincre le public de la valeur exceptionnelle de chaque film diffusé, mais de lui permettre d’explorer par lui-même l’univers fascinant du cinéma. Cette démarche favorisait la découverte, l’ouverture et l’éducation cinématographique, en donnant accès à des œuvres variées, parfois méconnues ou simplement représentatives de la qualité standard d’une grande firme hollywoodienne comme Warner Bros.

Le Cinéma de minuit a principalement travaillé avec les ayants droit, producteurs et diffuseurs, car les cinémathèques ne disposent généralement pas des droits de diffusion des films. Il ne s’agissait jamais de diffuser une copie imparfaite : les techniciens de la régie de diffusion étaient très exigeants sur la qualité, et un contrat juridique était indispensable entre le distributeur et l’émission. Ainsi, certains films n’ont pas pu être diffusés, même si une excellente copie était disponible, faute d’accord sur les droits. Par exemple, une très belle copie 35 mm sous-titrée de The 13th Letter d’Otto Preminger (remake du Corbeau) n’a jamais pu être diffusée à cause de problèmes de droits, tout comme Agostino de Bolognini.

Ce choix éditorial s’inscrit dans une volonté de démocratiser l’accès au patrimoine cinématographique, en ne réservant pas la programmation aux seuls films considérés comme des chefs-d’œuvre, mais en incluant aussi des œuvres qui permettent de mieux comprendre l’industrie, ses standards et ses évolutions. Ainsi, le Cinéma de minuit a joué un rôle fondamental dans la formation du regard cinéphile, en invitant le public à pénétrer dans l’univers du septième art, à travers une sélection éclectique et enrichissante.


Le Cinéma de minuit s’est imposé comme une émission pionnière dans la valorisation du patrimoine cinématographique, grâce à plusieurs axes majeurs. Réhabilitation des cinéastes et œuvres oubliés : L’émission a œuvré pour réparer de nombreuses injustices de l’histoire du cinéma. Elle a notamment consacré le plus long cycle jamais diffusé à la télévision française à Maurice Tourneur, permettant ainsi au public de redécouvrir des films devenus introuvables, tels que Justin de Marseille, Au nom de la loi, Partir, Maison de danse ou Les Deux Orphelines. Malgré certaines critiques sur la longueur de ce cycle, la direction de FR3 a soutenu cette démarche audacieuse, privilégiant la découverte et la transmission.

Mise en lumière de carrières sous-estimées : Le Cinéma de minuit a su reconnaître la valeur de réalisateurs injustement relégués au second plan, comme Mauro Bolognini. Souvent réduit à un simple « sous-Visconti », Bolognini a pourtant signé des œuvres majeures, notamment en noir et blanc, telles que Senilità, La Corruption, Les Garçons ou Ça s’est passé à Rome, que l’émission a permis de (re)découvrir. Diffusion d’œuvres rares et inédites : L’émission s’est illustrée par la programmation de films rarement ou jamais diffusés à la télévision française : l’intégrale d’Albert Lewin, la quasi-totalité des dessins animés de Tex Avery, les courts métrages rares de Jacques Tourneur, ainsi que de nombreux films italiens ou « films noirs » hollywoodiens inédits en France. Cette diversité a enrichi la culture cinéphile du public.

Défense du patrimoine cinématographique français : Le Cinéma de minuit a joué un rôle essentiel dans la préservation et la diffusion du patrimoine national, en mettant régulièrement à l’honneur des réalisateurs majeurs mais parfois négligés, comme Julien Duvivier, ainsi que Raymond Bernard, Pierre Chenal, Edmond T. Gréville, H. G. Clouzot, Richard Pottier, Marc Allégret, Marcel L’Herbier, Abel Gance, Robert Siodmak, Henri Decoin, et bien d’autres. Cette démarche a permis de rappeler la richesse et la diversité du cinéma français.


Les regrets de Patrick Brion sont aussi nombreux que profonds. Parmi les plus marquants figure l’impossibilité de diffuser certains chefs-d’œuvre aujourd’hui considérés comme irrémédiablement perdus : The Divine Woman de Victor Sjostrom avec Greta Garbo, The Four Devils de F. W. Murnau, The Mountain Eagle d’Alfred Hitchcock, London after Midnight de Tod Browning, ainsi qu’une quarantaine des premiers films de John Ford. Ces œuvres, disparues à jamais, laissent un vide douloureux dans l’histoire du cinéma et dans la mémoire des cinéphiles. Beaucoup de regrets subsistent face à cette perte irréparable.

Mais les manques du Cinéma de minuit ne s’arrêtent pas là. L’émission reconnaît avoir privilégié certaines cinématographies – la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre et Hollywood – au détriment d’autres, comme le cinéma japonais ou des cinémas moins exposés, souvent déjà mis en avant par le Ciné-club de France 2 ou Arte. Ce choix, dicté par la complémentarité des programmations, a néanmoins laissé de côté des pans entiers du patrimoine mondial

Aujourd’hui, alors que la multiplication des chaînes n’a pas nécessairement enrichi l’offre cinématographique, il est plus que jamais pertinent de rappeler la réflexion de Jean-Luc Godard : « Plus il y a de chaînes, moins il y a d’offres. Il y a de plus en plus de chaînes cinéma mais pas un film de Griffith en plus ! » Cette observation souligne la nécessité, pour l’avenir, de créer de véritables espaces de diffusion dédiés aux œuvres rares ou devenues difficiles d’accès. Il serait ainsi possible de programmer, d’un côté, les films français de Claude Sautet, Michel Deville, Bertrand Tavernier, Yves Boisset, Francis Girod ou Jacques Deray, et de l’autre, les films hollywoodiens de la génération de John Frankenheimer, Arthur Penn, Franklin Schaffner, Robert Parrish ou Robert Mulligan. Beaucoup de ces films, autrefois couramment diffusés, sont aujourd’hui devenus de véritables raretés.

En somme, les regrets et les manques du Cinéma de minuit témoignent d’une passion inaltérable pour le septième art et d’une volonté constante de transmission, malgré les obstacles et les limites imposés par le temps, la disponibilité des œuvres et les choix éditoriaux. Cette lucidité invite à poursuivre l’effort de sauvegarde et de diffusion du patrimoine cinématographique, pour que les trésors du passé ne sombrent pas dans l’oubli. [D’après les propos recueillis de Patrick Brion dans son livre « Cinéma de minuit – 40 ans, 2000 films » (Ed. TELEMAQUE – Novembre 2017)]

César – Marcel Pagnol (1936). Dernier film présenté par Patrick Brion, le 20 décembre 2024, au cinéma de minuit.

Illustrations
  • La Tentatrice (The Temptress) – Fred Niblo (1926). Premier film diffusé au Cinéma de minuit le 28 mars 1976 (Cycle Greta Garbo)
  • Justin de Marseille – Maurice Tourneur (1935). Première diffusion le 19 juin 1977 (cycle « A la découverte de Maurice Tourneur »).
  • Le Port de l’angoisse (To Have and Have Not) – Howard Hawks (1944). Diffusé le 3 septembre 1978 (cycle « Stars féminines).
  • Avec le sourire – Maurice Tourneur (1936). Diffusé le 12 août 1979 (cycle « Aspects du cinéma français : L’Avant-guerre ».
  • Le Port de la drogue (Pickup on South Street) – Samuel Fuller (1953). Diffusé le 03 août 1980 (cycle Samuel Fuller).
  • Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice) – Tay Garnett (1946). Diffusé le 07 juin 1981 (cycle « Aspects du film noir« )
  • Macao, l’enfer du jeu – Jean Delannoy (1942). Diffusé le 11 juillet 1982 (cycle « Drames et Mélodrames »)
  • Dangerous Dan McFoo – Tex Avery (1939). Diffusé le 02 janvier 1983 (cycle Tex Avery)
  • Chantage (Blackmail) – Alfred Hitchcock (1929). Diffusé le 28 octobre 1984 (cycle « Hitchcock anglais« ).
  • On murmure dans la ville (People Will Talk) – Joseph L. Mankiewicz (1951).  Diffusé le 14 avril 1985 (cycle « Hommage à Darryl F. Zanuck »)
  • L’Étrange Monsieur VictorJean Grémillon (1938). Diffusé le 21 septembre 1986 (cycle « France, l’avant-guerre »)
  • Le Garçon aux cheveux verts (The Boy With Green Hair) – Joseph Losey (1948). Diffusé le 15 mars 1987 (cycle « Hollywood et l’Enfance »)
  • Marie-Antoinette – W. S. Van Dyke (1938). Diffusé le 16 octobre 1988 (cycle « La Révolution française vue par Hollywood »)
  • Les Vitelloni (I vitelloni) – Federico Fellini (1953). Diffusé le 14 mai 1989 (cycle « Aspects du cinéma italien »)
  • La Belle ÉquipeJulien Duvivier (1936). Diffusé le 08 avril 1990 (cycle Julien Duvivier)
  • Mirage de la vie (Imitation of Life) – Douglas Sirk. Diffusé le 22 décembre 1991 (cycle Douglas Sirk)
  • Retour à l’aubeHenri Decoin (1938). Diffusé le 29 novembre 1992 (cycle « France : le patrimoine »).
  • Tous en scène (The Band Wagon) – Vincente Minnelli (1953). Diffusé le 17 janvier 1993 (cycle Arthur Freed)
  • Chasse à l’homme (Man Hunt) – Fritz Lang (1941). Diffusé le 17 août 1994 (cycle « Hollywood et la résistance »).
  • Port of Seven Seas – James Whale (1938). Diffusé le 26 février 1995 (hors cycle).
  • La Main du diable – Maurice Tourneur (1943). Diffusé le 28 novembre 1996 (cycle « La Continental »)
  • RebeccaAlfred Hitchcock (1940). Diffusé le 28 septembre 1997 (cycle « Alfred Hitchcock »).
  • L’Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby) – Howard Hawks (1938). Diffusé le 18 janvier 1998 (cycle « L’âge d’or de la comédie américaine »).
  • Copie conforme – Jean Dréville (1947). Diffusé le 14 novembre 1999 (cycle « Policiers français »)
  • Volpone – Maurice Tourneur (1941). Diffusé le 16 juillet 2000 (cycle « Visions multiformes de Venise au cinéma »)
  • La Loi du milieu (Get Carter) – Mike Hodges (1971). Diffusé le 11 novembre 2001 (cycle « Aspects du cinéma britannique »)
  • Loulou (Die Büchse der Pandora) – Georg Wilhelm Pabst (1929). Diffusé le 06 octobre 2002 (cycle « Louise Brooks « )
  • Péché mortel (Leave Her to Heaven) – John M. Stahl (1945). Diffusé le 16 février 2003 (cycle « Autour du film noir« )
  • Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) – Vincente Minnelli (1952). Diffusé le 19 décembre 2004 (cycle « Vincente Minnelli »)
  • La Dolce vita – Federico Fellini (1960). Diffusé le 26 juin 2005 (cycle « Aspects du cinéma italien »)
  • Les Caves du Majestic – Richard Pottier (1945). Diffusé le 12 février 2006 (cycle « Aspects de notre patrimoine : le film policier « )
  • Jenny Marcel Carné (1936). Diffusé le 12 août 2007 (cycle « Le Patrimoine français : Constantes et Diversité »)
  • Chercheuses d’or de 1933 (Gold Diggers of 1933) – Mervyn LeRoy et Busby Berkeley (1933). Diffusé le 06 juillet 2008 (cycle « La Warner Bros. et l’Administration Roosevelt »)
  • L’Obsédé (The Collector) – William Wyler (1965).  Diffusé le 07 juin 2009 (cycle « Le Film criminel britannique »)
  • Thé et Sympathie (Tea and Sympathy) – Vincente Minnelli (1956). Diffusé le 20 juin 2010 (cycle « Raretés, curiosités »)
  • Johnny, roi des gangsters (Johnny Eager) – Mervyn LeRoy (1942). Diffusé le 09 janvier 2011 (cycle « Hommage au film noir »)
  • La Fille de l’enfer (Safe in Hell) – William A. Wellman (1931). Diffusé le 04 novembre 2012 (cycle « Hommage à William A. Wellman »)
  • Les Misérables (3 parties) – Raymond Bernard (1933 et 1934. Diffusés les 03, 10 et 17 novembre 2013 (cycle « Littérature et cinéma »)
  • La Forêt interdite (Wind Across the Everglades) – Nicholas Ray (1958). Diffusé le 25 mai 2014 (cycle « Nicholas Ray »)
  • Bob le flambeur – Jean-Pierre Melville (1956). Diffusé le 07 juillet 2014 (cycle « Policier français »)
  • Cœurs enflammés (Surrender) – Allan Dwan (1950). Diffusé le 19 avril 2015 (cycle « Allan Dwan à la Republic Pictures »)
  • Les Poupées du diable (The Devil-Doll) – Tod Browning (1936). Diffusé le 11 avril 2016 (Hors cycle)
  • Laura nuda (Laura nue) – Nicolò Ferrari (1961). Diffusé le 15 mai 2017 (cycle « Aspects du cinéma italien »)
  • Derrière la façade – Georges Lacombe et Yves Mirande (1939). Diffusé le 12 mars 2018 (cycle « Patrimoine français »)
  • La Vie privée d’Élisabeth d’Angleterre (The Private Lives of Elizabeth and Essex) – Michael Curtiz (1939). Diffusé le 25 mars 2019 (cycle « Histoire de l’Angleterre »)
  • Le Gouffre aux chimères (Ace in the Hole, retitré The Big Carnival) – Billy Wilder et sorti en 1951. Diffusé le 23 novembre 2020 (cycle « Hollywood et la presse « )
  • Le Fanfaron (Il sorpasso) – Dino Risi sorti en 1962. Diffusé le 06 février 2021 (cycle « Cinéma italien »)
  • La ChienneJean Renoir (1931). Diffusé le 25 février 2022 (cycle « Littérature et cinéma »)
  • Blow-Up – Michelangelo Antonioni (1966). Diffusé le 26 mai 2023 (Hors Cycle)
  • CésarMarcel Pagnol (1936). Dernier film présenté par Patrick Brion, le 20 décembre 2024, au cinéma de minuit.


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6 réponses »

  1. Ce retour au Cinéma de Minuit nous ramène à l’origine de notre cinéphilie. On ne sera jamais assez reconnaissant à Patrick Brion d’avoir ouvert nos émotions et notre curiosité à tout un pan d’Histoire du cinéma.

    Merci pour ce magnifique article, et pour tous les autres qui sont des mines d’information. Bravo pour ce que vous faites.

    Et meilleurs vœux.

    Aimé par 1 personne

  2. Un immense merci pour cette mise en lumière sur « Le Cinéma de minuit ». Votre introduction m’a touché au plus profond car vous avez su mettre en mots ce que, tout comme vous, j’ai plusieurs fois ressenti en découvrant un film grâce à monsieur Patrick Brion. Je ne pourrai jamais assez le remercier pour tous ces moments d’attente fébrile, ces picotements lorsque le générique démarrait et ces découvertes merveilleuses qui ont fait briller mes yeux et trembler mon cœur plus d’une fois. Depuis mon adolescence (mes13/14 ans) je suis cette émission et bien des émotions sont liées à ces diffusions du dimanche soir. Mon souvenir le plus marquant est la diffusion de Lucky Star (L’Isolé, 1929), film muet de Frank Borzage. Quel émotion ! j’avais programmé le magnétoscope, je ne savais rien de ce film muet et je pensais regarder un peu le début avant d’aller me coucher. Je suis rester jusqu’à la fin du film, subjugué par ce noir et blanc magnifique, cette histoire poignante, ces travellings dans la neige et la beauté de Janet Gaynor. Je ne regardais pas le film, j’étais dans le film. Aucun accompagnement musical, mais j’aurais juré qu’il y en avait eu un tellement le film m’avait emporté. Bien des années plus tard je me suis rué sur le Blu-ray lorsqu’il est sorti.
    Je dois tellement à monsieur Brion. Je feuillette très souvent le magnifique livre sur son émission, c’est comme un album de souvenirs.
    Encore merci de rendre ce vibrant hommage à cette émission qui fête cette année ses 50 ans !
    Et je vous souhaite, ainsi qu’à vos visiteurs, une belle et douce année 2026. Et encore merci de partager votre amour du cinéma avec tous ces articles, tous plus intéressants que les autres, sur ce magnifique blog.

    Roger

    Aimé par 1 personne


  3. Bonjour, bonne année et un immense Merci pour la création et la rédaction de votre Blog …J’ai cherché il y a quelques mois si un blog sur le cinéma, tel que je le concevais dans l’idéal, existait, et j’ai trouvé le votre et donc il existe ! Vos recherches sont fines et exhaustives, les photos et extraits vidéo parfois sont très enrichissants, et votre article sur le Cinéma de Minuit est une véritable petite madeleine pour tous ceux qui, comme moi, sont devenus de vrais cinéphiles grâce à Patrick Brion. J’ai personnellement 4 beaux livres de cet incroyable diffuseur de culture et vous en faites partie, encore Merci, Nathalie
     

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