JOHNNY EAGER – Mervyn Le Roy (1942)

johnny_eager_02
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

A mi-chemin entre le drame psychologique et le film traditionnel, Mervin Le Roy décrit deux mondes que tout semble opposer, s’attachant au passage aux femmes qui gravitent autour de Johnny et surtout au très curieux personnage de Jeff (Van Heflin, oscarisé pour ce rôle), l’historiographe du gangster pour lequel il a une évidente admiration. Robert Taylor n’est plus le séducteur du Roman de Marguerite Gauthier mais un homme au double visage face à Lana Turner découvrant ici un univers trouble qui l’étonne et la fascine. [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]


La bande-annonce
Bénéficiaire d’une libération sur parole, Johnny Eager (Robert Taylor) semble être un sympathique chauffeur de taxi. Il est en réalité le chef d’un puissant syndicat du crime qui règne sur les paris et les courses. C’est alors qu’il fait la connaissance de Lisbeth (Lana Turner) qui fait des études de sociologie et est intéressée par le cas de ce délinquant revenu dans le droit chemin…

johnny_eager_05
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

De 1930 à 1943, les États-Unis produisent entre 450 et 500 films par an. Ils les diffusent dans le monde entier. Les studios s’adaptent aux exigences de la censure instaurée par le code Hays et renforcent le star-system avec la mise en orbite de nouveaux comédiens venus du théâtre. C’est aussi l’inflation du film de genre. Le critère dominant est de satisfaire le public en lui montrant ce qu’il souhaite voir.
Malgré des archétypes et des codifications, les films de cette période sont presque toujours en prise avec la réalité, même quand ils la caricaturent ou la truquent. Les angoisses conséquentes de la crise économique habitent le western, le mélodrame, la comédie et le film à costumes. Dans toutes ces productions, on peut lire les états d’âmes successifs des Américains au cours de cette période agitée de conflits sociaux.
Logique donc que l’inquiétude née de la grande Dépression et les déceptions devant le refus des dirigeants politiques d’intervenir contre le fascisme fassent le lit du futur « cycle noir» et la synthèse s’opère autant avec des saillies superbes que des concessions affligeantes. Il n’empêche qu’une esthétique et une thématique du désespoir se dessinent confusément à partir de diverses influences. [Le film Noir (Vrais et faux cauchemars) – Noël Simsolo – Cahiers du Cinéma Essais – (2005)]

johnny_eager_06
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

En 1942, la Metro Goldwyn Mayer produit Johnny Enger (Johnny, roi des gangsters) de Melvyn LeRoy, où Robert Taylor tient le rôle d’une crapule cynique, calculateur et ingénieux. L’intérêt du film est qu’il incarne la mutation vers le film Noir presque malgré lui. Quelque chose a bougé dans la représentation cinématographique de la pègre. Les choses sont moins tranchées. [Le film Noir (Vrais et faux cauchemars) – Noël Simsolo – Cahiers du Cinéma Essais – (2005)]

johnny_eager_10
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

L’histoire : Johnny Eager (Robert Taylor), vêtu de son uniforme de chauffeur de taxi, va rapporter à son juge d’instruction, A.J. Verne (Henry O’Neill), les succès de ses efforts pour mener enfin une vie honnête. Verne lui présente deux étudiantes en sociologie, Lisbeth Bard (Lana Turner) et Judy Sanford (Diana Lewis) puis Johnny, qui n’a en fait rien abandonné de ses activités de gangster, se rend au bureau d’un nouveau champ de courses de chiens qu’il envisage d’ouvrir très vite avec le soutien de politiciens véreux. Il expédie ensuite les affaires courantes de son racket avec le patron d’une boîte de nuit, Lew Rankin (Barry Nelson) et son associé, Marco (Charles Dingle) puis reçoit son avocat alcoolique, Jeff Hartnett (Van Heflin), lequel émaille constamment sa conversation d’allusions littéraires. Cette nuit-là, Johnny retrouve Lisbeth dans la boîte de Rankin. Il la raccompagne chez elle et apprend qu’elle est la fille de John Benson Farrell (Edward Arnold ), le procureur qui l’avait envoyé en prison. Farrell menace de réincarcérer Johnny s’il continue à voir Lisbeth. Furieux et espérant faire chanter Farrell, le gangster organise un coup monté. Il invite Lisbeth chez lui et la jeune fille assiste à un combat violent entre Johnny et un agresseur, qui est en fait Julio (Paul Stewart) (tenant simplement le rôle que Johnny lui a demandé de jouer dans sa mise en scène). Johnny supplie Lisbeth de l’aider en tuant son prétendu assaillant. Lisbeth s’exécute, mais reste traumatisée d’avoir pu accomplir un tel acte. Entre temps, Rankin cherche à contrôler tout seul les rackets de la ville. Johnny le tue mais doit fuir à la fois ses associés et la police. Lisbeth fait une dépression nerveuse à cause de « son crime» et Farrell supplie Johnny de lui dire la vérité sur l’incident mais seul Hartnett réussira à convaincre Johnny d’aller lui révéler la supercherie. Les hommes de Rankin se rapprochent et malgré le danger, Lisbeth refuse de quitter Johnny. Johnny en allant se rendre est tué par un policier.

johnny_eager_11
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le début du film, Robert Taylor n’interprète pas le rôle d’un sympathique – et séduisant – chauffeur de taxi, gagnant honnêtement sa vie après une erreur passée, mais celui d’un empereur du crime, vivant dans deux univers parallèles. Poli et attentionné avec Verne qui est chargé de le surveiller, il se révèle dur, menaçant et impitoyable avec ses rivaux. Robert Taylor, le sémillant héros du Roman de Marguerite Gautier et de Waterloo Bridge, le hors-la-loi au grand cœur de Billy the Kid, joue à contre-emploi un personnage de gangster pratiquant la corruption, le chantage et le meurtre. Auteur de plusieurs films de gangsters et ancien metteur en scène de la Warner, Mervyn Le Roy retrouve ici, à la Metro-Goldwyn-Mayer, le style et la dureté des productions de la Warner, opposant à Taylor une ravissante Lana Turner – elle a vingt et un ans – à laquelle il avait donné sa chance quelques années plus tôt dans They Won’t Forget. Ébloui par sa partenaire, Robert Taylor avouera : « Elle était le type de femme pour laquelle tout homme n’aurait pas hésité à risquer cinq ans de taule pour la violer. » Remarquablement écrit par John Lee Mahin et James Edward Grant, le scénario s’attache à des personnages curieux, tel celui de Jeff Hartnett, tout à la fois l’ami et « l’historiographe» de Johnny, prêt à citer Shakespeare. Le scénario fonctionne d’ailleurs sur les ruptures que peut créer le choc de deux univers parallèles. D’un côté, celui de Verne, naïf et idéaliste, du procureur Farrell et de sa fille Lisbeth qui fait des études de sociologie et parle à Johnny de Cyrano de Bergerac. De l’autre, le monde de la pègre, avec ses parieurs, ses gangsters, ses règlements de comptes et ses filles faciles. Johnny en tentant de passer d’un univers à l’autre, Lisbeth en voulant goûter au second, provoqueront le drame. [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]
johnny_eager_04
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

Dans ce film noir, l’un des premiers du cycle, les rôles secondaires de Jeff Hartnett et de Lisbeth Bard, avec leurs faiblesses et leurs désillusions, sont plus caractéristiques que le protagoniste, Johnny Eager. Hartnett, avocat des gangsters est un homme blessé, conscient d’avoir trahi sa profession pour défendre la cause du crime. Il noie sa haine de lui-même dans l’alcool et la maquille de citations ésotériques. Lisbeth Bard, elle, est une étudiante innocente, excitée par « l’exotisme» du milieu. Riche et sans problème, elle s’imagine pouvoir contrôler son destin. Lorsqu’elle découvre sa vulnérabilité et le sérieux de « son crime », il lui est plus facile de sombrer dans la dépression plutôt que d’assumer la situation. Même son père, le puissant procureur, réalise qu’il peut aussi perdre le contrôle des événements lorsque le gangster l’oblige à sacrifier ses idéaux pour sauver sa fille. Johnny Eager, charmant et impétueux se métamorphose quand Jeff lui fait comprendre qu’il a abusé de son pouvoir et en a joué au-delà de ce qu’exigeait la réalisation de ses desseins criminels. Johnny va donc tenter de réparer le mal qu’il a fait à Lisbeth, mais ses efforts resteront vains. Elle n’est même pas capable d’entendre que le prétendu meurtre de Julio n’était qu’une mise en scène et Johnny doit se résoudre à la brutaliser pour sauver sa vie. Lisbeth est blessée à jamais. Johnny ira en fait lui-même à la mort, poussé par sa culpabilité. Il meurt dans une rue humide et sombre en hurlant : «Venez donc me chercher ! », abattu par un ami policier qui ne l’a pas reconnu.

johnny_eager_08
Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

L’ironie tragique de la fin verra Johnny abattu par un policier dont il avait arrangé la mutation, à la demande de la femme de ce dernier… Johnny, que son ami Jeff disait capable d’escalader les plus hautes montagnes, meurt en parlant à ce même ami des montagnes Rocheuses où ils auraient pu aller ensemble.

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Extrait n°1


Extrait n°2


Extrait n°3


Extrait n°4


Extrait n°5


Extrait n°6


Extrait n°7

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Merci à mon cinéma à moi. Excellent film de Mervyn LeRoy.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s