LANA TURNER

Sept maris, un père bootlegger assassiné en pleine rue, un amant gangster poignardé par sa propre fille Cheryl : la vie de Lana Turner n’a pas été de tout repos ! Mais ce magnifique symbole du sex-appeal hollywoodien a su révéler une troublante sensibilité sous l’écorce soigneusement entretenue du glamour.

Blonde platine au maquillage savant et aux toilettes somptueuses, Lana Turner fut dans les années quarante l’une des divinités d’Hollywood. Elle incarna la quintessence du glamour dans les productions sophistiquées de la Metro-Goldwyn-Mayer, en couverture des magazines pour ménagères. Rien dans sa luxueuse apparence ne trahissait l’ardeur de ses étreintes, la folie de ses passions. Starlette délicieusement sexy, elle était devenue une star accomplie, une reine inaccessible de la romance. Les épreuves que pouvaient traverser ses personnages ne dérangeaient pas une mèche de ses coiffures apprêtées. Mais cette image qu’elle maîtrisait parfaitement allait être brutalement ternie à la fin des années cinquante par un fait divers sordide qui ferait éclater au grand jour le désordre de sa vie privée. Cette faille, que l’on pouvait déceler au détour de quelques films tournés par des cinéastes inspirés, lui donnait soudain une vulnérabilité, une dimension profondément humaine qui manquait à ses mélodrames luxueux et aseptisés.

Julia Jean Mildred Frances Turner, née le 8 février 1920 à Wallace, dans l’Idaho, a neuf ans quand son père est assassiné dans une rue de San Francisco. Après avoir occupé divers emplois, changé d’identités et de villes, Virgil Turner est devenu bootlegger. Son meurtrier lui a fait les poches avant de disparaître à jamais. Dès lors la vie est difficile pour Mildred Turner, esthéticienne de son état. Mais elle parvient à donner le change et s’emploie à mettre en valeur la beauté naissante de sa fille « Judy », qui, à Los Angeles où elles se sont installées, ne peut rester longtemps inaperçue. En octobre 1935, Billy Wilkerson, directeur de publication à Hollywood Reporter, remarque la jeune fille dans une buvette située en face de la Hollywood Highschool, où elle suit depuis peu des cours de dactylographie. Il lui suggère de faire du cinéma et l’envoie à Henry Willson, le jeune vice-président de l’agence Zeppo Marx. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

Innocence et sex-appeal

Les débuts de Judy Turner seront des plus modestes, dans A Star is born (Une Etoile est née) que tourne William Wellman en 1936 avec Fredric March et Janet Gaynor. De son visage, le producteur David O. Selznick n’a rien retenu et le public encore moins : la caméra l’a filmée de dos dans une scène de foule.

Pour son prochain film, un drame social (genre dont la Warner s’est fait une spécialité), le réalisateur Mervyn LeRoy est à la recherche d’une jeune fille qui allie le sexappeal à l’innocence et désespère la trouver. Quand Solly Baiano, l’un des directeurs de casting, insiste pour qu’il auditionne Judy Turner, il s’attend à être à nouveau déçu. Mais dès qu’il la voit dans l’encadrement de la porte, vêtue d’une robe de coton bleu, timide et tremblante, sans une once de maquillage, les cheveux « impossibles, comme s’ils n’avaient jamais connu un peigne », il sait qu’elle est faite pour le rôle et pour le cinéma. Il lui fait signer un contrat de sept ans en février 1937, assorti d’un salaire initial de 50 dollars par semaine.

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Lana Turner et le réalisateur Mervyn LeRoy sur le tournage de « They Won’t Forget » (La Ville gronde, 1937) © Warner Bros

Dans They won’t forget (La Ville gronde), promise à une mort prochaine, Judy n’est que dix minutes à l’écran et n’a que quelques lignes à dire ; mais, présente dès le premier plan, elle fait sensation en collégienne vêtue d’une jupe serrée et d’un pullover moulant, marchant au rythme de dixie joué par une fanfare – LeRoy a adapté « cet air pour que le tempo s’accorde avec le mouvement tressautant de ses seins ». Elle devient instantanément la « fille au sweater », lançant une mode vestimentaire qui met en valeur les poitrines galbées. LeRoy a conseillé à Judy de changer de nom. « Lana » serait une idée de l’actrice soudainement inspirée : « Lana voulant dire en espagnol laine, la matière chaude et confortable du pull-over providentiel ».

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LOVE FINDS ANDY HARDY (L’Amour frappe André Hardy, 1938) avec Ann Rutherford, Mickey Rooney, Judy Garland, Lana Turner (à droite)

Changement de costumes et de décors pour un autre film de Mervyn LeRoy sur la vie de l’acteur David Garrick, qui se déroule au XVIIIe siècle, et pour The Adventures of Marco Polo qu’elle tourne l’année suivante sous la direction d’Archie Mayo. Prêtée à Samuel Goldwyn, qui la désirait en brune orientale, elle ne tournera que deux scènes où ne figure malheureusement pas Gary Cooper.

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Lew Ayres et Lana Turner dans THESE GLAMOUR GIRLS (S. Sylvan Simon, 1939)

Quand en 1938 LeRoy quitte la Warner pour la MGM, il emmène avec lui sa jeune protégée. Lana va parfaire sa formation dans le plus prestigieux des studios. Elle suit des cours de diction, d’art dramatique et de danse à la Little Red School House, que fréquentent les enfants stars Mickey Rooney et Judy Garland. Elle tourne à leurs côtés dans le quatrième épisode de la série des « Enfants Hardy » qui les a rendus immensément populaires, Love Finds Andy Hardy (L’Amour frappe André Hard). Mais le côté sexy et provocant de Lana trouve ses limites dans ces aventures sentimentales inoffensives dont Louis B. Mayer, via George B. Seitz, tient fermement les rênes.

Après avoir participé à plusieurs films de série B, elle est, en tête de générique, une collégienne à la chevelure flamboyante dans These Glamour Girls en 1939. Par son charme pétillant elle évoque Clara Bow, qui fit le bonheur du cinéma muet américain. Elle sera définitivement lancée avec Dancing Co-Ed, au côté du clarinettiste Artie Shaw, le « roi du swing », qui deviendra son premier mari en février 1940.

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Lana Turner dans ZIEGFELD GIRL (La Danseuse des Folies Ziegfeld, 1941) réalisé par Robert Z. Leonard © MGM

Cette année-là, Lana Turner réserve une surprise à son public de teen-agers. Le scénario, signé Dalton Trurnbo, de We Who Are Young la confronte aux problèmes du couple et à la maternité, et lui donne l’occasion de prouver que le sex-appeal n’exclut pus tout talent dramatique. Mais l’année suivante, revenant à son domaine de prédilection, la comédie sophistiquée, Lana Turner est en passe de devenir une star. Ziegfeld girl (La Danseuse des Folies Ziegfeld) marque en effet un véritable tournant dans sa carrière. Sous la direction de Robert Z. Leonard, elle est cette blonde éclatante qui fait pâlir les étoiles de Judy Garland et de Hedy Lamarr. Son rôle de showgirl à l’infortuné destin s’est étoffé au cours du tournage et lui a donné conscience de son métier. Elle a rendu inoubliable la scène finale, où sa descente d’escalier se termine par une chute qui symbolise son déclin. La fatalité lui ouvre désormais les portes de la légende.

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Johnny Eager de Mervyn LeRoy (1942) avec Lana Turner et Robert Taylor

La MGM, qui a fait porter son salaire à 1 500 dollars par semaine, va lui offrir en 1941 des partenaires prestigieux. D’abord Spencer Tracy, dont elle partage les faveurs avec Ingrid Bergman dans un remake de Docteur Jekyll et Mister Hyde dû à Victor Fleming. Autrement plus explosif est le couple qu’elle forme avec Clark Gable dans Honky Tonk (Franc Jeu) de Jack Conway, Le héros d’Autant en emporte le vent ne voit d’abord en elle qu’une écolière délurée ; elle est tremblante d’émotion à l’idée de rencontrer Rhett Butler. Pour séduire cet éternel aventurier, la « fille au sweater » portera des tenues affriolantes avant de tomber l’année suivante dans les bras de Johnny Eager (Johnny roi des gangsters), alias Robert Taylor, sous l’objectif exercé de Mervyn LeRoy. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

Sa garde-robe s’est assagie

En janvier 1942, le plateau de Somewhere I’ll find you (Je te retrouverai) réunit Clark Gable et Lana Turner. Le début du tournage va être marqué par un drame : la mort de Carole Lombard, épouse de l’acteur, dans un accident d’avion. En coulisse, Lana Turner fait taire sa gaieté naturelle. Le sujet, mêlant la romance à la guerre, renvoie à une actualité moins souriante. Son ample chevelure a subi une coupe presque sévère, sa garde-robe s’est assagie. Après le dernier tour de manivelle, Clark Gable rejoindra les forces armées. Le film sera un immense succès, annonciateur de nouvelles retrouvailles.

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Clark Gable, Lana Turner, et Robert Sterling dans Somewhere I’ll Find You (Je te retrouverai, 1942) réalisé par Wesley Ruggles

Avec Slightly dangerous (L’Amour travesti), Lana Turner gravit un échelon supplémentaire. Elle n’est plus le faire-valoir d’une vedette masculine et c’est elle qui a inspiré le rôle, celui d’une Cendrillon moderne. Elle offre un double visage: la brune Peggy Evans, la blonde Carol Burden. Une ambiguïté liée à son propre personnage, l’image lisse de sex-symbol aseptisé, que dément une vie sentimentale agitée qui l’expose à tous les dangers. Elle a épousé en juillet 1942 Stephen Crane, un ami de Virginia Hill, la maîtresse du célèbre gangster Bugsy Siegel. Mais Stephen Crane est bigame. La cérémonie sera annulée et le mariage à nouveau prononcé en mars 1943.

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Lana Turner et James Craig dans Marriage Is a Private Affair (Le mariage est une affaire privée, 1944) réalisé par Robert Z. Leonard

Après dix-huit mois d’absence, où elle s’est consacrée à la naissance de sa fille Cheryl, Lana Turner revient sur les écrans en 1944 avec Mariage is a private affair (Le Mariage est une affaire privée), un film qui tout en la réaffirmant dans sa splendeur de divinité du septième art – habillée par Irène, coiffée par Sidney Guilaroff, maquillée par Jack Dawn – prend en compte sa maternité récente. On verra Lana en compagnie de sa fille dans la campagne promotionnelle du Facteur sonne toujours deux fois, un film, sorti en 1946, qui a dû ruser avec la censure et privilégier le côté glamour de l’actrice. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

Short et à lèvres

Mais cette concession ne trahira pas totalement la noirceur sexuelle du roman de James M. Cain qui a servi de base au film, comme le note justement Jacques Fieschi : « Symboliquement vêtue de blanc – sauf deux exceptions où elle porte du noir -, le cheveu platine, [Lana Turner] est en accointances avec le personnage de Cora dans un mélange d’asepsie et d’érotisme fétichiste: le rouge à lèvres, le short… Cette petite bourgeoise matérialiste a des caprices de poupée hollywoodienne – et dans le roman, Cora, prix de beauté à Des Moines (lowa), fut sans succès starlette à Hollywood. » [« Huit coups de sonnette, littérature comparée; les choix de quatre adaptations », Cinémotographe n° 70.]

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LANA TURNER dans THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE de Tay Garnett (1946)

A nouveau brune, Lana Turner, dûment costumée, continue de faire en 1947 les beaux jours de la MGM dans une histoire romantique aux effets spectaculaires, Green Dolphin Street (Le Pays du dauphin vert), avant de participer sous la direction de George Sidney à un mélodrame, Cass Timberlane (Éternel Tourment), où sa blondeur fera merveille face à un vétéran de l’écran, Spencer Tracy. L’année 1948 verra se former un trio appelé au plus grand succès – Mervyn LeRoy, Lana Turner, Clark Gable – dans Homecoming (Le Retour), qui met en scène les amours d’un médecin et d’une infirmière pendant la guerre. Dépouillée en la circonstance de ses artifices habituels, l’actrice parviendra à exprimer de l’intérieur toute sa féminité. Dans le rôle de la voluptueuse et cynique Milady de Winter, Lana Turner était diablement belle, il convient de le rappeler, dans Les Trois Mousquetaires (The Three Musketeers, 1948), amusante adaptation de Dumas par George Sidney.

L’actrice s’entendit à merveille avec George Cukor, le cinéaste des femmes, A Life of Her Own (Ma vie à moi) distribué en 1950, ne fut pas à la hauteur de leurs espérances. Malgré l’échec de ses deux derniers films, l’actrice verra son contrat renouvelé par la MGM qui lui offre, en ouverture, un tour de valse : The Merry Widow (La Veuve joyeuse), adapté de l’opérette de Franz Lehar qui avait déjà inspiré Lubitsch avec Jeanette MacDonald et Maurice Chevalier en 1934. La version de Curtis Bernhardt lui fera regagner le cœur du public et conquérir celui de son partenaire Fernando Lamas, un acteur argentin.

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Lana Turner et Fernando Lamas dans THE MERRY WIDOW (la Veuve joyeuse) de Curtis Bernhardt (1952)

En 1953, Lana Turner allait connaître un des sommets de sa carrière avec The Bad and the beautiful (Les Ensorcelés) sous la direction de Vincente Minnelli, connu jusqu’alors comme un grand réalisateur de comédies musicales. Le sujet en était le monde du cinéma, centré autour de la figure d’un producteur dont le modèle implicite était David O. Selznick. « Le scénario me fascina, confiera le cinéaste. Cette histoire synthétisait tout l’amour et toute la haine des gens de cinéma envers Hollywood… L’ambition, l’opportunisme, le sentiment de puissance, l’idéologie : « Trouve-moi-un-salopard-de-talent. » Mais elle dépeignait aussi le triomphe sur l’adversité et le respect que portent les gens de l’industrie du cinéma à ceux qui dépensent leur talent sans compter. » (Tous en scène, 1981.)

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Kirk Douglas et Lana Turner dans THE BAD ANS THE BEAUTIFUL (Les Ensorcelés) réalisé en 1953 par Vincente Minnelli

Lana Turner incarnait la star Georgia Lorrison, un rôle qui lui permettrait d’aller jusqu’au bout d’elle-même. « Les Ensorcelés (titre français pour une fois intéressant), écrit François Guérif, c’est avant tout l’ensorcellement du cinéma, comme en témoigne la scène la plus violente du film : la fuite de Lana Turner en voiture. Minnelli explique que, dramatiquement, la scène lui paraissait forte, mais qu’il la trouvait plus forte encore en la traitant comme un ballet, en faisant de la voiture un personnage. Autrement dit, en la traitant de façon irréaliste. La voiture folle nous amène au cœur de l’hystérie de l’actrice, nous la rend explicite, et, à travers l’artifice, nous conduit à une vérité essentielle. » (Vincente Minnelli, Filmo 8.)

L’année 1954 verrait une tentative de renouveler l’image de la star, latinisée dans The Flame and the Flesh (La Flamme et la chair) de Richard Brooks, influencé par le néoréalisme ; teinte en brune pour Betrayed (Voyage au-delà des vivants) afin de mieux se glisser dans la peau d’une espionne. Le film marquait l’ultime apparition du couple Gable-Turner, dont les étreintes avaient tant passionné le public. Prêtée à la Warner, Lana Turner serait la partenaire de John Wayne dans une aventure maritime mouvementée, The Sea Chase (Le Renard des océans). Femme fatale pour la Fox dans The Rains of Ranchipur (La Mousson) de Jean Negulesco en 1955, elle se verra confier l’année suivante le rôle de la contesse de Poitiers dans Diane, qui marquera la fin de son contrat avec la MGM.

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Ricardo Montalban et Lana Turner dans LATIN LOVERS (Lune de miel au Brésil) de Mervyn LeRoy (1953)

Rendue à sa liberté, l’actrice allait connaître une phase critique. Succédant à la blonde Jean Harlow, disparue en 1936, Lana Turner se voyait supplanter par la blonde Marilyn Monroe, de cinq ans sa cadette, dans des rôles qu’elle ne pouvait lui disputer. Prisonnière d’une image passée de mode, privée de l’écrin somptueux dans lequel elle avait évolué depuis des années, elle devait opérer une reconversion à laquelle ses trente-cinq ans la prédisposaient naturellement. En avril 1957, Louella Parsons, la célèbre commère d’Hollywood, annonçait que l’actrice avait accepté d’être pour son prochain film la mère d’une adolescente.

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Lee Philips et Lana Turner dans PEYTON PLACE (les Plaisirs de l’enfer) réalisé par Mark Robson (1957)

Dans Peyton Place, devenu en français Les Plaisirs de l’enfer, qui avait pour cadre une petite ville américaine en proie aux drames et aux passions, l’actrice incarnait Constance MacKenzie, mère d’une fille à problèmes. Cheryl Crane, qui entretenait des rapports difficiles avec sa mère, se sentit particulièrement concernée : « Je restai pétrifiée sur mon siège dès les premières images du film, écrira-t-elle dans son livre de souvenirs. J’avais lu le roman de Grace Metalious et me rappelais le thème, mais le voir en CinémaScope sur un écran géant était fascinant. Deux des intrigues secondaires semblaient tirées de ma propre vie. L’une concernait un homme qui viole sa belle-fille -laquelle le frappe à mort de désespoir. L’autre mettait en scène une jeune femme – Mère – aux prises avec sa fille rebelle, interprétée par Diane Varsi. Au début de l’action, Mère fait irruption dans une surprise-partie d’adolescents et foudroie sa « fille » d’un regard terrible que je ne connaissais que trop bien. (…) J’étais submergée par son image cinémascopique, je la voyais réprimander une adolescente en qui je me reconnaissais. La gifle fut pour moi une révélation, les techniques utilisées par ma mère pour m’intimider et me dominer ne trouvaient pas leur source dans des sentiments naturels, elle les puisait dans son sac à malices d’actrice. Pour ma mère, la vie était un film. Elle ne vivait pas dans le réel. » [Ma vie en noir et blanc] [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

Le second souffle de Lana Turner

Le film de Mark Robson, qui devait recueillir neuf nominations aux oscars et donner un second souffle à la carrière de l’actrice également nominée, allait bénéficier indirectement de la tragédie où se trouveraient impliquées la mère et la fille quelques mois plus tard. La scène du tribunal durant laquelle Constance MacKenzie, appelée à témoigner dans un procès criminel, évoque ses difficultés relationnelle avec sa fille sembla terriblement prémonitoire. Le magazine Life alla jusqu’à en publier les photos. Fiction et réalité se confondaient étrangement.

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John Gavin et Lana Turner dans IMITATION OF LIFE (Mirage de la vie) réalisé par Douglas Sirk (1959)

Hollywood et le public pouvaient-ils pardonner à l’impeccable Lana Turner d’être la mère d’une criminelle, sinon une criminelle elle-même ? Grâce au producteur Ross Hunter, qui répondra à son désir de travailler, la star allait pourtant relever la tête et effectuer une rentrée triomphale en 1959 avec Imitation of life (Mirage de la vie). Dans ce film de Douglas Sirk, Lana Turner a retrouvé sa splendeur d’antan : bijoux coûteux et tenues superbes. Mais son personnage d’actrice qui a sacrifié à son métier l’homme qu’elle aime et l’éducation de sa fille est en écho avec sa propre vie. En côtoyant le destin d’une femme noire dont la fille essaie désespérément de se faire passer pour blanche, elle se trouve confrontée à des problèmes essentiels. Mirage de la vie allait remporter un succès qui mettrait l’actrice financièrement à l’abri : avec une participation à hauteur de 50 % des profits net du film, elle percevrait onze millions de dollars pour la seule première année.

Sa collaboration avec Ross Hunter serait par la suite moins brillance mais tout aussi lucrative : Portrait in black (Meurtre sans faire-part) de Michael Gordon (1960), qui fait d’elle une séduisante meurtrière, et Madame X de David Lowell Rich (1966), où son personnage offre comme le résumé de tous ses rôles. Se faisant plus rare au cinéma, Lana Turner a alors multiplié les apparitions à la télévision. Ses débuts sur scène en 1971 avec une comédie sentimentale, Forty Carats, adaptée d’une pièce de Barillet et Gredy lui ont prouvé que le public ne l’avait pas oubliée. En septembre 1981, le festival de Deauville rendrait un hommage à la star qui, justifiant de l’intérieur une carrière fondée sur l’apparence, avait déclaré que « renoncer au glamour serait comme renoncer à son identité ». [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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