DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957)

Il est journaliste sportif, habite dans « une boîte à chaussures » désordonnée, aime le poker et les copains, se nourrit de sandwiches et de bière. Elle est modéliste, habite dans un appartement spacieux et moderne, fréquente le tout New York et ses amis sont raffinés. Voici une fois de plus deux mondes apparemment inconciliables face à face.  Et lorsqu’ils doivent cohabiter (partie de poker d’un côté, répétition du show musical de l’autre), l’harmonie n’est guère possible.

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Cela pourrait être un drame, mais c’est une comédie rapide, aux dialogues brillants. (Dans ses mémoires, Lauren Bacall estime qu’il y a dans Tea and Sympathy (La femme modèle) une des répliques les plus drôles de sa carrière : « Ouvre les yeux, Maxie, et endors-toi. » Minnelli a décidé cette fois-ci de se moquer de la futilité des apparences sociales. Ce monde-là est sophistiqué, mais ce n’est pas le vrai. [Vincente Minnelli – François Guérif – Filmo n°8 (Edilio 1984)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Il invente les mensonges les plus délirants et paraît le plus superficiel des hommes, mais il n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour démasquer les combines. Peut-être sera-t-il écrivain et gagnera-t-il le Prix Pulitzer ? Toujours est-il qu’il croit en son métier, qui en devient presque une vocation. Elle dessine des robes pour des femmes qui se figent comme des statues pour mieux étaler l’élégance de leur silhouette. Mais elle accepte de mettre en jeu sa réputation dans l’aventure d’un show musical. Ce show est de l’art sans artifices ; l’âme du spectacle est personnifiée par le danseur, qui lui a démontré la vanité du monde de la mode et insiste continuellement sur le besoin de vie dans toute création artistique. (L’intervention finale du danseur sera d’ailleurs salvatrice pour l’un et pour l’autre.) A la fin, tous deux auront remis à sa vraie place la société extérieure pour donner à la réalité intérieure de leur amour l’importance nécessaire. [Vincente Minnelli – François Guérif – Filmo n°8 (Edilio 1984)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Designing woman expose également un autre aspect de la morale Minnellienne. Comme l’a souligné Jean Domarchi dans Les Cahiers du cinéma (n°79) : « …Tous sont sans doute des victimes consentantes de leur milieu, mais sont professionnellement sans reproche, ennemis de l’à-peu-près et du laisser-aller… Soyons certains que nous avons ici le point de vue personnel de Minnelli dont la lucidité sait être indulgente, toutes les fois que les personnages ne considèrent pas leur métier comme une simple partie de plaisir… Sa morale est celle du devoir dans le travail accompli, celle du refus de la paresse, de l’à-peu-près, du bâclage. »  

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

C’est juste après Tea and Sympathy (Thé et Sympathie) que Minnelli tourne Designing Woman. « Qu’arriverait-il, écrit-il dans son autobiographie, si un journaliste sportif épousait une modéliste ? Telle était l’idée que présenta Helen Rose au studio. Dore Schary en acheta les droits. Il devait produire lui-même le film qui fut, en quelque sorte, son chant du cygne à la M.G.M. Il demanda à George Wells d’écrire le scénario et m’en proposa la réalisation. Il destinait, à l’origine, le rôle de la modéliste à Grace Kelly, qui préféra se marier ! Gregory Peck qui interprétait le rôle du journaliste, était ravi de tourner aux côtés de Lauren Bacall, finalement choisie. Greg avait auparavant interprété un rôle de comédie auprès d’Audrey Hepburn dans Roman Holiday (Vacances romaines). Mais il s’agissait d’une comédie romantique ; le rôle, ici, devait être transformé. Greg, qui adorait le second degré, était prêt à se lancer dans les aventures les plus farfelues… et Betty (Lauren Bacall) pouvait certainement évoluer à son aise dans ce type de rôle. »

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Helen Rose a raconté elle-même, dans « Just make them beautiful » la genèse du film. Depuis des années, son beau-frère, Milton Kahn, l’incitait à écrire une histoire sur les vedettes qu’elle rencontrait. Le titre était même choisi : Designing Woman. Créatrice de costumes pour les films de fa M.G.M., Helen Rose avouait manquer de curiosité et d’imagination… Elle en parla à George Wells et de cette rencontre devait naître cette éblouissante comédie, l’une des plus parfaites des années cinquante. A l’origine le mari devait être un homme d’affaires, comme Harry, le propre mari d’Helen Rose mais il devint vite évident qu’en faire un journaliste donnait à ces démêlés matrimoniaux une nouvelle dimension. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que George Wells s’est souvenu à ce propos de l’excellent film produit par Joseph L. Mankiewicz et réalisé par George Stevens : Woman of The Year (La Femme de l’année), tourné en 1942. Écrite par Ring Lardner Jr. et Michael Kanin, cette comédie avait pour cadre un grand journal, le New York Chronicle et opposait un rédacteur sportif (Spencer Tracy) à une journaliste plus brillante et mondaine que lui et que jouait Katharine Hepburn. On y voyait Tracy tenter d’apprendre à celle-ci les rudiments du base-ball puis assister, devant un parterre entièrement féminin, à une conférence donnée par l’élue de son cœur. Stevens signait là l’un de ses meilleurs films et le couple formé par Spencer Tracy et Katharine Hepburn brillait de mille feux. [Minnelli « De Broadway à Hollywood » – Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle – ED. 5 continents Hatier (1985)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Designing Woman réussit à être tout aussi éblouissant et Minnelli décrit avec une suprême ironie ces deux univers opposés, celui du journalisme et celui de la haute couture, qui vont soudain se heurter et se fondre harmonieusement l’un dans l’autre. Imaginez, d’un côté, Gregory Peck, plus journaliste que nature, prêt à dénoncer les combines du racket de la boxe, habitué à taper sur une vieille portable, un verre de whisky sur la table, et de l’autre, Lauren Bacall, vertigineuse incarnation de la sophistication new-yorkaise et dont la démarche ondulante est une véritable merveille. Une première fois, ces deux mondes opposés vont se heurter lorsque, dans l’appartement de Marilla, les joueurs de poker, amis de Mike, croiseront les camarades de travail de la jeune femme, venus écouter la répétition d’une pièce. La seconde, ce sera au cours de la fabuleuse bagarre finale où jack Cole, le propre chorégraphe du film, mettra hors d’état de nuire les hommes de main de Martin Daylor et prouvera ainsi que l’art chorégraphique peut être plus efficace que les mauvais coups d’une bande de gangsters.

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Ne serait-ce que pour ce finale exceptionnel, Designing Woman mérite une place de choix et, à un moment où le cinéma hollywoodien commence à subir les tragiques conséquences du « divorcernent » (la séparation des circuits de production de ceux de la distribution), Minnelli retrouve quasi miraculeusement l’esprit de la grande comédie américaine, telle que l’illustrèrent Leo Mc Carey, Howard Hawks ou Mitchell Leisen. L’apogée du film est d’ailleurs certainement, en dehors de la bagarre-ballet de la fin, le simple et sublime moment où Lori Shannon, exaspérée par les compliments que Mike vient faire de sa femme, se contente de lui renverser sur les genoux une assiette de ravioli. La précision du découpage de la scène, l’air de Dolores Gray et surtout la réaction de Gregory Peck, admirable, font de ce bref instant un sommet de la comédie. [Minnelli « De Broadway à Hollywood » – Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle – ED. 5 continents Hatier (1985)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

On ne dira sans doute jamais assez à quel point le film est redevable à Gregory Peck dont la composition est ici un pur chef-d’œuvre. La manière dont il raconte, à Lori, puis à Marilla, son « alibi », est la marque d’un grand acteur dont le talent comique n’a pas été utilisé à sa juste valeur. De même, il est difficile de se souvenir du film sans évoquer Maxie Stulz, le boxeur sonné qui rêve de remonter sur le ring et qui, en attendant, se contente de lire les bandes dessinées de Tom et Jerry et dort les veux ouverts. Mickey Shaughnessy à qui, la même année, Charles Walters confiera le soin de personnifier dans Don’t Go Near The Water (Prenez garde à la flotte), le marin américain type dont les phrases sont ponctuées de grossièretés, incarne avec une agressivité empreinte de bonhomie cette victime du ring. Sam Levene en rédacteur en chef bourru mais sympathique, Jesse White dont le vocabulaire semble se confondre avec l’histoire des présidents des Etats-Unis et Edward Platt, le dangereux caïd du gang de la boxe, sans oublier Chuck Connors, Richard Deacon et naturellement Jack Cole, composent autour de Mike et de Marilla, de savoureuses personnalités qui ont bénéficié de la justesse d’observation de Minnelli et de George Wells. [Minnelli « De Broadway à Hollywood » – Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle – ED. 5 continents Hatier (1985)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Passant avec humour d’une séquence de party à un match de boxe, d’une répétition de show à une scène de comédie à deux, Minnelli prouve son habileté – il venait de tourner Tea and Sympathy – à changer brusquement de style. L’ensemble du film est d’ailleurs composé comme un véritable ballet dont Mike et Marilla sont les protagonistes, échappant peu à peu chacun à leur propre monde pour en former un troisième, le leur. Comme toujours chez Minnelli, le drame naît de l’affrontement de deux mondes opposés et de l’attrait que présentent pour ces héros ces univers inconnus. L’amour de Mike pour Marilla, à l’image de celui de Tommy pour Fiona dans Brigadoon, provoque la brusque rencontre de ces univers parallèles qui s’ignoraient, victimes de leurs propres conventions. [Minnelli « De Broadway à Hollywood » – Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle – ED. 5 continents Hatier (1985)]

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray

Producteur en titre du film, Dore Schary écrira non sans tristesse, dans son livre de souvenirs, Heyday : « Designing Woman fut ma dernière production personnelle pour la M.G.M. Ce fut une expérience agréable et cela devint un film agréable et je m’en souviendrai toujours avec ironie parce qu’il s’agissait d’une comédie. Je quittais la M.G.M., après tout, sur un rire. » Victime des guerres internes qui ébranlaient la M.G.M., Dore Schary qui était surtout célèbre pour ses drames sociaux et ses films à thèse, partait sur une pirouette…

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DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957) avec Gregory Peck, Lauren Bacall et Dolores Gray
L’histoire

Michael Hagen (Gregory Peck), journaliste sportif, rencontre et épouse la ravissante Marilla Brown (Lauren Bacall), dessinatrice de mode. Mais Michael, qui vit dans les milieux de la boxe déteste le monde de la danse dans lequel évolue sa femme et Marilla trouve, de son côté, que les amis de son mari manquent de classe… Marilla découvre que Lori Shannon (Dolores Gray), une danseuse, a autrefois été la maîtresse de Michael. Cette liaison est-elle bien terminée ? Michael est chargé par son journal d’enquêter sur le racket de la boxe que contrôle le gang de Martin Daylor (Edward Platt). Pour le protéger, son patron Ned Hammerstein (Sam Levene) lui donne un garde du corps en la personne de Maxie Stulz (Mickey Shaughnessy), un boxeur « sonné » qui rêve d’un hypothétique retour sur le ring. Mais, en fait, contrairement à ce qu’il dit à sa femme, Michael ne quitte pas New York et Marilla le surprend un jour chez Lori que Michael avait revue pour mettre au point un (invraisemblable) scénario relatif à leur liaison passée. Marilla est furieuse mais lorsque les hommes de main de Daylor tentent de l’enlever, Michael et le fidèle Maxie livrent à ces gangsters professionnels une violente bagarre qui se termine par la victoire de… Randy, un danseur, ami de Marilla ! Michael et Marilla sont plus amoureux que jamais l’un de l’autre.

Les extraits
Fiche technique du film

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