DOUGLAS SIRK 

Maître du mélodrame américain, Douglas Sirk a laissé une œuvre marquée par un style baroque d’une très grande originalité. Mais sa première période allemande, peu connue, mérite d’être redécouverte. Achevée en 1959, la carrière américaine de Douglas Sirk n’avait guère attiré , l’attention des critiques anglo-saxons, qui avaient pris l’habitude, contrairement à leurs collègues français, de considérer ses films avec le plus complet dédain. Leur revirement n’en fut que plus spectaculaire. Le début des années 70 vit en effet la parution d’un remarquable ouvrage d’entretiens réalisés par Jon Halliday, « Sirk on Sirk », la publication d’un numéro spécial de la revue Screen (été 1971), ainsi qu’une importante rétrospective au Festival du film d’Edimbourg, en 1972.

DARK PASSAGE (Les passagers de la nuit) – Delmer Daves (1947)

Un jour de l’hiver 1946, plus de 1500 fans se rassemblèrent dans l’excitation au Golden Bridge Gate de San Francisco, afin d’apercevoir une star de cinéma. Et pas n’importe laquelle, la grande star du cinéma : Humphrey Bogart qui était venu dans la ville de la baie tourner des scènes de son dernier film : Dark passage (Les passagers de la nuit). Ses fans étaient venus en masse pour l’accueillir. Sa partenaire, Lauren Bacall, était au centre du pandémonium accompagnant son nouveau mari. De nouveau face à face, Humphrey Bogart et Lauren Bacall semblent pourtant moins à l’aise que dans To have and have not (Le port de l’angoisse) et The big sleep (Le grand sommeil). L’histoire paraît elle-même souvent artificielle, et la fin semble un happy end un peu trop facile par rapport au reste du film, ponctué de morts violentes.

THE BIG SLEEP (Le Grand sommeil) – Howard Hawks (1946)

Le vieux général Sternwood (Charles Waldron) charge le détective privé Marlowe (Humphrey Bogart) de résoudre une affaire de chantage dans laquelle est impliquée sa fille Carmen (Martha Vickers), une jeune femme aux mœurs très libres. L’enquête conduit le détective sur la piste d’un complot meurtrier dans lequel la jolie Vivian (Lauren Bacall), la seconde fille du général, semble jouer elle aussi un rôle obscur. En s’éprenant de cette dernière, Marlowe va devenir la cible de bandes rivales.  
Ce court résumé ne saurait faire oublier que The Big sleep (Le Grand Sommeil) est l’un des rares classiques d’Hollywood à posséder une intrigue aussi illogique que nébuleuse. L’anecdote de la querelle durant le tournage entre le réalisateur Howard Hawks et son acteur principal Humphrey Bogart, incapables de se mettre d’accord au sujet de la mort de l’un des personnages du film, restera célèbre. A-t-il été assassiné ou s’est-il suicidé ? Décidé à trancher la question, Hawks fera alors appel à Raymond Chandler, qui a écrit le roman, et celui-ci avouera qu’il n’en sait strictement rien.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957)

Il est journaliste sportif, habite dans « une boîte à chaussures » désordonnée, aime le poker et les copains, se nourrit de sandwiches et de bière. Elle est modéliste, habite dans un appartement spacieux et moderne, fréquente le tout New York et ses amis sont raffinés. Voici une fois de plus deux mondes apparemment inconciliables face à face.  Et lorsqu’ils doivent cohabiter (partie de poker d’un côté, répétition du show musical de l’autre), l’harmonie n’est guère possible. Cela pourrait être un drame, mais c’est une comédie rapide, aux dialogues brillants. (Dans ses mémoires, Lauren Bacall estime qu’il y a dans Tea and Sympathy (La femme modèle) une des répliques les plus drôles de sa carrière : « Ouvre les yeux, Maxie, et endors-toi. » Minnelli a décidé cette fois-ci de se moquer de la futilité des apparences sociales. Ce monde-là est sophistiqué, mais ce n’est pas le vrai. [Vincente Minnelli – François Guérif – Filmo n°8 (Edilio 1984)]

TO HAVE AND HAVE NOT (le Port de l’angoisse) – Howard Hawks (1944)

«C’est le meilleur et le seul véritable metteur en scène de cinéma avec qui j’ai jamais travaillé, a dit Bacall .. Je pense qu’il était totalement en avance avec cette façon pleine d’esprit de montrer les hommes et les femmes. Ses films n’ont pas vieilli ils sont complètement modernes. Il trouvait que les femmes devaient se comporter comme les hommes. Avec lui, on se sentait en sécurité. Et on s’amusait ».

CHERCHEZ LA FEMME !

Belle, cruelle et amorale, la femme fatale, personnage qui a toujours hanté l’imagination des hommes, a conquis sa place sur les écrans à la faveur du film noir des années 40. Nombreux furent ceux qui se laissèrent prendre au piège de sa vénéneuse séduction… La femme fatale est toujours prête à trahir. C’est, par essence,…