Catégorie : Les Réalisateurs

JOHN FORD

Si l’Amérique possède une culture et une conscience nationales, elle le doit très largement à ce fils d’immigrés irlandais. Tout en cultivant la nostalgie de sa verte Erin, John Ford a été en effet le chantre inspiré d’une idéologie généreuse, qui avait ses racines dans les discours de Jefferson et de Lincoln.

[prise de vue] JOSEPH L. MANKIEWICZ

Dans les films américains, les personnages sont définis par leurs attitudes, actions et réactions. Cependant, les protagonistes des films de Joseph Mankiewicz se distinguent par leur parole, omniprésente et essentielle. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon affirment dans Cinquante ans de cinéma américain que si le cinéma parlant n’existait pas, Joseph Mankiewicz l’aurait inventé.

ALFRED HITCHCOCK : LA PÉRIODE ANGLAISE

Avant de devenir le grand maître du suspense hollywoodien, Alfred Hitchcock avait déjà démontré son talent indéniable avec les films qu’il réalisa en Angleterre jusqu’à la fin des années 1930. Dans son œuvre, on distingue une période anglaise et une période américaine, qui débute en 1940 avec Rebecca. Trop souvent, l’œuvre anglaise d’Hitchcock est considérée comme un simple exercice de style, parfois brillant, oubliant que le cinéaste a passé les quarante et une premières années de sa vie en Grande-Bretagne. Lorsqu’il arrive à Hollywood, il est déjà un metteur en scène de renommée internationale et son talent est pleinement épanoui.

MICHEL AUDIARD

Michel Audiard a révolutionné l’art du dialogue, laissant une empreinte indélébile sur le cinéma. Son écriture, nourrie par son expérience de titi parisien, traverse les tumultes de la guerre et les difficultés de la reconstruction, jusqu’à son entrée fracassante dans le monde du cinéma, portée par les plus grands acteurs. Sa plume évoque un Paris oublié, riche d’une langue qui témoigne de l’histoire des classes populaires, et est devenue emblématique du cinéma français d’après-guerre.

[flash-back] VINCENTE MINELLI : ENTRE RÊVE ET FOLIE

Des maîtres de la comédie musicale hollywoodienne de l’après-guerre, Minnelli est le seul à avoir affronté avec bonheur, non pas à la suite, comme le fit Stanley Donen, mais de front, les registres de la comédie légère et du drame symbolique. Peut-être son importance dans l’histoire du film musical a-t-elle masqué en partie la véritable place de l’artiste, qui s’est interrogé lucidement sur la création cinématographique dans plusieurs de ses films.

JULIEN DUVIVIER : UNE MYTHOLOGIE DE L’ÉCHEC

David Golder révélait pour la première fois, à travers une fiction pourtant étrangère, son pessimisme quant aux rapports des êtres entre eux. Ici, le destin d’un brasseur d’affaires bafoué par sa femme et sa fille pour lesquelles il avait lutté. C’est vers cette noirceur volontiers tragi­que que Duvivier orientera les sujets qu’il adapte souvent assez librement et c’est dans ce ton-là qu’il donnera ses meilleures réalisations.

[prise de vue] MARCEL CARNÉ

Marcel Carné est né à Paris en 1906. Après avoir été critique de cinéma, il tourne un premier film – un documentaire – en 1929 : Nogent, Eldorado du dimanche. Avec Le Quai des Brumes et Le jour se lève, il va devenir une figure clé du « réalisme poétique ». Durant la Seconde Guerre mondiale, Les Visiteurs du soir et Les Enfants du paradis marquent l’apogée de sa carrière, en même temps qu’ils traduisent une inflexion certaine de l’œuvre. Après la guerre, malgré des réussites certaines, Carné ne parvient pas à renouer avec la créativité de ces deux périodes.

DAVID LYNCH

Né en 1946 dans le Montana, David Lynch offre l’image d’un « college boy » sans âge, à l’air studieux et sage. Une apparence qui contraste violemment avec l’univers d’inquiétante étrangeté qu’il a construit depuis Eraserhead (1976). Surnommé « le James Stewart de la planète Mars » par Mel Brooks, qui fut le producteur de son deuxième film, Elephant Man (1980), David Lynch passe le plus souvent pour être anglais et ses films, qui trouvent un meilleur écho en Europe qu’aux États-Unis, le rendent de fait insituable parmi les autres cinéastes américains, tellement il échappe aux oppositions entre cinéma commercial et cinéma de création, entre films de genre et films d’auteurs commercial et cinéma de création, entre films de genre et films d’auteurs.

FRITZ LANG À HOLLYWOOD

Fritz Lang de studio en studio cherche ses nouveaux Mabuse dans la réalité sociale de l’Amérique. « A revoir l’œuvre de Lang, on est frappé par ce qu’il y a d’hollywoodien dans ses films allemands et d’expressionnisme dans ses films américains ». Si ce jugement critique de François Truffaut insiste à bon droit sur l’unité de l’œuvre de Lang, il convient de préciser les termes un peu vagues d’« hollywoodien » et d’ « expressionnisme ».

HENRI DECOIN : LE ROI DU SPORT

1933, Henri Decoin va réaliser enfin son premier film sans entraves. Direc­teur de versions françaises en Allemagne et en Italie, maître de la technique, sûr de bien conduire sa troupe de comédiens, il choisit comme thème : l’aviation. Il veut servir la propagande de l’aviation civile et, par la même occasion, exalter la jeunesse. Il atteint la quarantaine, proclame que « les metteurs en scène français sont des as, mais qu’ils ne sont pas libres, parce-qu’ils ont trop de métier » et conclut qu’« il faudrait des jeunes avec l’étincelle ».

LA « LUBITSCH’S TOUCH » EN HUIT FILMS

Le style Lubitsch se caractérisait surtout par l’élégance des idées, la manière très originale d’engager une scène, ou un dialogue. On pense que son secret consistait à piquer la curiosité du public par quelques sous-entendus afin qu’il se sente complice. En d’autres termes, Lubitsch ne déclarait pas catégoriquement 2 + 2 = 4, mais il posait l’opération 1 + 3, laissant aux spectateurs le soin de trouver la solution, et le charme agissait…

HENRI DECOIN : TOUCHE À TOUT

Un des côtés attachants de l’œuvre d’Henri Decoin aura été une curiosité toujours éveillée, en quête d’arguments neufs. Cela jusque dans ses derniers films. Ce dernier fit triompher en France le cinéma des âmes sensibles. Avec ses attendrissements de bon aloi, il est l’Alphonse Daudet des studios. Cinéaste du second rayon, reflet des années perdues, rayons du projecteur où palpitent les grains de poussière…

HENRI DECOIN : SANG ET OR

Il faut éviter avant tout de se référer à l’histoire de Mathilde Carré, dite la Chatte, agent de l’Abwehr, alias « Micheline », alias « la dame au chapeau rouge », alias « Victoire » selon les différents réseaux, condamnée, traînée de prison en prison, graciée finalement. Les deux films de Decoin: La Chatte et La Chatte sort ses griffes prennent toute distance à ce sujet. « Il ne peut être question de retrouver dans ce film la personne qui a défrayé la chronique » lit-on en fin de générique. On joue sur un titre raccrocheur, l’opinion ayant été sensibilisée par les équivoques aventures de Mathilde Carré.

HENRI DECOIN : LA VIE À DEUX

Au départ, « La Vérité sur Bébé Donge » n’eut pas la critique qu’on pouvait en attendre, et le succès en dépit des têtes d’affiche fut seulement honorable. Présenter Gabin en vaincu, Darrieux en victime justicière, c’était, peut-être, aller trop carrément à l’encontre des idées établies chez le spectateur.